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Chroniques d'Irydaë
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 [Terminé] Une pluie de cendre efface toutes les peines

Luka Toen
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Ven 11 Aoû - 17:56
Irys : 400402
Profession : Historienne et naturaliste
Pérégrin 0
Une pluie de cendre efface toutes les peines
[Pv : Faye Toen] - Avril 932



La terre, le ciel et l’air s’étaient mués en un tapis de cendre dont la chaleur écrasante rougeoyait sous les semelles des égarés. Partout des cris jaillissaient de gorges dont l’oxygène ne tarderait guère à manquer, bien en peine contre cette magie diluvienne qui transformait toutes leurs tentatives en explosions incendiaires incontrôlables. Comment en était-on arrivé là ?, songea Luka dont la peau et la flamboyante crinière se recouvraient d’une fine couche maculée de suie. Elle n’eut que le temps de chasser d’une bravade la cendre qui se prenait dans ses longs cils sombres et lui barrait la vue, qu’une seconde secousse fit s’écrouler sous elle le tréteau de bois sur lequel elle s’était réfugiée. Elle bondit, réflexe avivée par l’adrénaline, roulant au sol deux mètres plus bas pour mieux faire à nouveau volte-face vers l’ennemi :

« Nom de nom mais réveillez-vous ! Vous êtes en train d’aggraver votre cas ! »

La quinquagénaire et nomade d’Amisgal qui se tenait devant elle n’avait plus allure de femme depuis belle lurette. Des morceaux de magilithe lui mangeaient le visage, avaient poussé cahin caha sur son corps et sa peau, gangrenant sa vie, ses espoirs et son équilibre mental. Non, il ne restait rien sous ce tapis de poussière qui avait figure humaine… Ses pas s’étaient définitivement éloignés de l’humanité, une brisure sans lendemain qui l’avait conduite à cet ultime acte suicidaire. Voilà quel était le triste destin des My’träns dont une vie d’abnégation des Anomalies les poussait à la plus terrible des folies le jour où ils se découvraient malades à leur tour. Comment espérer encore lorsque l’on vous décrivait comme un monstre depuis votre plus lointaine enfance… ? Alors, ne restait que la solution d’embrasser à pleines mains votre destin, se venger de tous ces autres dont le regard horrifié vous avez détaillé comme un pur cauchemar, et non plus l’adorable mère de famille aimée que vous étiez par le passé.

« Les Régisseurs vont venir de toute façon, c’est déjà trop tard… »

Sa voix n’était plus qu’un mince filet déraillé, son regard mort errant entre les décombres de ses propres crimes sans se heurter au moindre obstacle. Un rire fugace franchit ses lèvres, une musique détraquée, et sa main vint recouvrir la seule partie de son visage encore humaine.

« Mon choix n'existe plus… »

Luka sentit sur sa peau cet infinitésimal remous de vent qu’elle avait appris à reconnaître au plus profond de sa chair du temps de Selhan. Un creux, un trou d’air latent à peine perceptible, comme le revers d’une vague dans un pli de sable… Et la déferlante d’une lame de vent plus terrible qu’une tempête née, une explosion venteuse qui fit sauter toute la devanture de l’une des maisons attenantes, d’une seule traite, comme un vulgaire fétu de paille qui arracha le dallage de la rue. Le feu provoqué par la tentative de résistance des habitants gonfla d’autant plus, allumant ici et là les multiples tonneaux de poudre qui avaient été stockés pour servir à l’artisanat des feux d’artifice.

Le tableau, qui s’était déjà répété une dizaine de fois depuis le début de ce carnage, ne prit heureusement pas Luka de court : voilà vingt minutes qu’elle courrait en tous sens pour écarter l'Anomalie du centre ville et de ses habitants - elle commençait à connaître les quelques trucs de son adversaire. Hommage à sa malchance qui l’avait conduite à heurter sans le vouloir l’épaule de cette passante recouverte d’une capuche, immobile en plein milieu d'une rue principale de Losos. Le mouvement contraire l’avait brusquement sortie de sa torpeur, et soudain, l’inconnue avait commencé à véritablement sombrer dans sa folie toute personnelle… Oh, Luka avait bien essayé de la raisonner, mais cela n’avait contribué qu’à attirer les foudres de cette ancienne mère de famille sur sa propre personne. Si elle n’était pas rapidement neutralisée, songea-t-elle, Losos aurait droit au pire des scénarios catastrophes… Un combat aux grands dommages collatéraux dès que son Régisseur aurait mis un seul pied dans cette ville. Il était plus que temps de trouver une solution miracle. En urgence, si possible, se reprit Luka, évitant de justesse la seconde salve d’une adroite dérobade qui ne lui coûta qu'une coupure effilée à l'épaule.



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Dernière édition par Luka Toen le Jeu 17 Aoû - 18:37, édité 1 fois
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Faye Toen
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Ven 11 Aoû - 21:01
Irys : 44995
Profession : Chasseuse d'artefacts - Aventurière
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Un panache de fumée recouvrait ce qui fut autrefois l'une des ruelles les plus habitées de Losos, réduite désormais à l'état de débris et de cendres. Tandis qu'elle accourait en direction des différents sinistres afin de porter secours aux retardataires en proie aux flammes, Faye rencontrait sur son chemin d'innombrables habitants ayant renoncé à l'idée même de se rendre maîtres du feu. Pouvait-on réellement se prétendre experts en pyrotechnie lorsque l'on courbe l'échine à la vue de quelques incendies ? La situation se voulait cocasse d'un certain point de vue, mais le moment n'était pas approprié pour de tels jugements...

Certains individus, devant la résistance farouche qu'opposait Faye à cet élément devenu incontrôlable, vinrent finalement lui proposer leur aide et la coopération magique de plusieurs mages de terre et de feu permit un contrôle du brasier bien plus efficace. La jeune femme profita de cette occasion pour prendre congé, mais elle fut alors surprise d'apercevoir des locaux s'enfuir à toutes jambes d'une ruelle pourtant épargnée par Süns... Un mauvais ressentiment piqua sa curiosité et c'est à contresens de la foule qu'elle se mit à marcher, non sans être bousculée un nombre incalculable de fois, avant d'enfin arriver à l'œil du cyclone.

L'incendie n'avait donc rien d'un incident...

Deux silhouettes se distinguaient difficilement parmi les cendres et la fumée, mais alors que l'une d'elles semblait appartenir à un simple humain, la seconde n'était pas identifiable par quoi que ce soit de connue de la mage de feu. Une intuition lui fit rapidement comprendre que cet individu s'était probablement mit sur le chemin de cette "créature", coupable du tumulte environnent, et que la ville ne serait peut être plus qu'un champ de ruine sans son intervention... Les deux adversaires entamèrent alors un dialogue, faisant comprendre à Faye qu'il s'agissait bien là de deux humains, des femmes, et que l'aspect physique de la pyromane se justifiait par la présence de Magilithe sur l'intégralité de son corps, faisant d'elle une véritable monstruosité.

Monstruosité... La Toen n'aimait guère l'emploi de ce terme pour définir une anomalie. Lorsqu'elle-même dévoilait maladroitement ses épaules à la vue de tous, il n'était pas rare qu'elle devienne la victime de moqueries. Elle se vit plus d'une fois bannie d'établissements ou de villages dans lesquels elle s'était provisoirement établie, par crainte de sa différence. Craindre cette différence est compréhensible, mais cette peur prends parfois des proportions inimaginables et des propos tels que "Monstre, Chose, Créature" deviennent monnaie courante, ne faisant que plonger encore plus ces malchanceux individus dans leur solitude, fausse amie lorsque tout autours de nous s'assombrit. Dans ces conditions, comment juger une personne dont l'envie de vivre s'est volatilisée au profit de la fatalité, voie de sortie vers la libération ?

Il ne semblait y avoir qu'une seule victime en ces lieux...

Les deux adversaires se faisaient face. Tandis que l'une semblait opter pour une résolution pacifique de ce conflit, la seconde se perdait en faux-arguments et elle attaqua plusieurs fois celle qu'elle avait choisie délibérément de prendre pour son ennemie. D'un mouvement tout en souplesse, la jeune femme esquiva une première attaque rapide mais l'intervention subite de Faye pour la plaquer au sol les sauva toutes deux d'une seconde salve, envoyée in extremis après la précédente. La Ju'äm se releva rapidement, le visage crispé par la douleur provoquée par des centaines de petits débris recouvrant son bras qu'elle se dépêcha de balayer d'une poussette de la main. Ses habits, jusqu'à présent épargnées par la suie, étaient désormais recouverts d'une épaisse couche grasse et noire qui la fit grimacer. Elle se concentra alors sur l'anomalie, et sentit sa partenaire d'infortune se redresser également. Il n'était pas encore l'heure pour les présentations, aussi se contenta-t-elle d'expliquer la raison de sa venue...

« Je pense pouvoir l'occuper suffisamment pour que tu la mettes hors combat de la manière que tu le souhaites ! » proposa-t-elle à l'inconnue.


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Luka Toen
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Sam 12 Aoû - 20:14
Irys : 400402
Profession : Historienne et naturaliste
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Outch, la terre avait-elle toujours été si dure… ? A peine le temps de saisir la présence d’une tierce personne, qu’une force extérieure l’entraîna derechef sur le plancher des vaches. Grand bien lui en fit : il ne se passa pas un quart de seconde qu’une rafale frôla son cuir chevelu avec la puissance d’une balle, déracinant derrière elle un pauvre arbuste innocent. Le visage protégé de ses bras, Luka risqua un regard vif en direction de la première source de danger immédiate. La My’trän, trop obnubilée par sa défaillance mentale ne paraissait guère soutenir un rythme de combat ininterrompu. Probablement inexpérimentée car pacifique toute sa vie, elle n’avait pas les réflexes premiers d’une combattante vétérane et se contentait de balancer à tout va sa puissance brute magique comme s’il se fut agi de secouer en tous sens un bout de bois. Un bon, très bon point en perspective, car Luka n’aurait guère voulu affronter un guerrier mage au sommet de sa gloire, n’ayant que ses poings et ses pieds pour se défendre…

Se relevant péniblement, elle s’accorda alors seulement le luxe d’un coup d’œil sur l’âme bienveillante qui avait daigné lui épargner un fort mauvais coup. Les cheveux d’un doux roux auburn et les prunelles aussi jades que les siennes, tout dans sa posture traduisait l’urgence du moment et son habitude de ce type de situations. Autrement, qui donc d’assez fou serait venu droit sur le danger juste pour prêter main forte à une humaine esseulée… ? Confiante en sa nouvelle partenaire, Luka ne prit pas non plus le temps de réfléchir trois cent mille ans : c’était un oui, ou c’était la mort.

« C’est bon pour moi, acquiesça-t-elle, le vert fauve de ses yeux braqué sur l’Anomalie, un pli mordant au coin des lèvres. »

Alors, sans attendre, elle s’élança sur sa gauche, évitant ainsi la lame de vent qui s’écrasa là où elles se tenaient un instant plutôt, tandis que le souffle et les semelles de Faye sprintaient sur sa droite. Elles décrivirent un parfait arc de cercle, aussi agaçantes que des abeilles pour cette fidèle d’Amisgal qui ne sut plus d’où pouvait venir le plus grand danger, forcée de se tordre le cou dans l’espoir de les avoir toutes les deux en même temps dans sa ligne de mire.

Luka ne connaissait rien de sa jolie partenaire. Ses atouts, ses aptitudes au combat, la manière dont elle comptait s’y prendre pour détourner l’attention de leur principal problème… Néanmoins… Toutes ces interrogations muettes n’avaient pas lieu d’être dans ces quelques poignées de minutes où leurs corps sous adrénaline se muaient par instinct de survie. Animale et fulgurante, Luka prêta à sa compagne la confiance d’un nokhoi en sa propre meute : elle saurait. Et puisque cette absolue conviction animait ses membres, elle se jeta sans attendre et en dépit du bon sens humain droit dans le cercle vital de son adversaire. Des flammes valsèrent, des flammes calculées au mètre près qui vinrent se dissoudre avec violence dans le tissu de vent dressé par la nomade, détournant son regard vers Faye, légèrement, à peine le temps d’un souffle… Et le talon de Luka jaillit d’une souple détente droit dans sa jugulaire, freiné un terrible instant par l’armure invisible dont elle s’était revêtue. Sa tête partie brutalement sur la droite, de nouvelles flammes incendiaires mordant sa longue cape à pleines dents.

Elle tituba sur un mètre, et un cri du fond des âges grimpa de sa gorge abîmée, un son qui résonna longtemps contre les murs des maisonnées tel un rugissement rageur.

« AHAH, je suis couverte de magilithes petites sottes ! »

Et elle arracha la longue cape qui entravait ses mouvements, dévoilant la grande majorité de sa gorge d’ores et déjà absorbée par la roche des Architectes. Alors Luka n’eut plus que le temps d’anticiper sa chute, qu’une bourrasque phénoménale vint la cueillir et l’envoyer valser plusieurs mètres plus loin contre le bois d’un établi. Mue par des réflexes presque félins elle vrilla son corps sur lui-même, amortit le choc dans l’onde qui parcourut ses chausses, bénéficiant fort heureusement de l’épaisseur de ses semelles pour se prémunir de la plupart des copeaux de bois. Bon sang, jura-t-elle entre ses dents serrées, encore quelques coups de ce type, et elle ne garantissait plus sa réactivité pour sauver sa peau…



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Faye Toen
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Sam 12 Aoû - 22:24
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Au moment ou la jolie rousse acquiesça son semblant de stratégie, les deux femmes s'élancèrent toutes deux dans une gestuelle parfaitement identique, comme si cet instant ne fut qu'une simple répétition de chorégraphie où deux partenaires accoutumés à des mouvements devenus mécaniques forment un duo dans lequel les gestes font office de parole. Elles n'avaient eu besoin, pour cela, que d'un vague coup d'œil l'une à l'autre et de quelques mots pour s'accorder mutuellement une confiance situationnelle. C'était bien plus que suffisant pour venir à bout de leur adversaire commun...

Faye fit en sorte d'arrêter sa course quelques instants plus tôt que sa partenaire. Lancée à vive allure, elle dérapa encore sur une courte distance mais n'en fut aucunement troublée. Bien au contraire, la magicienne faisait d'or et déjà naître dans la paume de ses mains des flammes rougeoyantes, véritables caméléons dans le paysage qui leur servait d'arène de combat... Le timing était parfait : elle décocha deux simples traits de feu en direction de l'anomalie, qui vinrent s'écraser sur la protection magique qu'elle s'était tissée quelques instants auparavant. D'une puissance très négligeable, les deux projectiles s'étaient simplement volatilisés en un instant, mais l'effet psychologique sur leur ennemie - inexpérimentée - ne fut pas des moindres : elle oublia quelques secondes la présence de la seconde combattante, dévoilant une faiblesse qui fut aussitôt exploitée lorsqu'un coup de talon la frappa violement à la tête. La Ju'äm profita de l'instant pour enflammer l'anomalie qui tituba, avant de soudainement reprendre du poil de la bête.

Elle n'attendit pas longtemps pour lancer une contre offensive sous la forme d'une bourrasque à destination de l'associée de Faye. A peine remise de son précédent mouvement, celle-ci fut prise de court et expulsée sur quelques mètres contre des obstacles de bois, hors de la vue de la mage de feu. La My'trän, bien qu'inquiète pour sa nouvelle connaissance, ne se laissa pas impressionner et s'élança à vivre allure vers la servante d'Asmigal, ses avant-bras enflammés prêts à marteler son opposante. Son mouvement, simple sprint en ligne droite, se voulait volontairement prévisible et lorsque qu'une barrière de vent se créa entre les deux femmes, Faye bascula en avant afin de plaquer ses mains au sol, projeter le reste de son corps à la verticale et se servir des dons dont Süns l'avait allègrement dotée pour propulser son corps à quelques mètres du sol, pieds joints. Elle retomba quelques instants plus tard accroupie, dos à dos avec son adversaire. Plus de deux décennies d'expérience de combat avaient forgée la Ju'äm ; il ne fut donc pas étonnant qu'elle fasse ensuite preuve d'une plus grande rapidité pour profiter de ce nouveau positionnement et agripper farouchement l'anomalie à la gorge, bien trop sure d'elle.

« Merci de t'être approchée autant de moi ! »

Faye sentit soudainement l'étreinte mortelle de son opposante se refermer doucement sur elle : quelle idiote, se jeter d'elle même dans la gueule du loup ! Il n'aurait pas été étonnant de la voir, à cet instant, se vexer d'avoir fait preuve d'autant de maladresse, si sa vie n'avait pas été en jeu...

« Voyons voir si la volonté de te battre se brisera avant ton corps. »

La pression qui s’exerçait inexorablement sur sa colonne vertébrale lui fit comprendre qu'elle n'avait plus d'autre choix que de trouver une solution pour s'extraire rapidement de cette situation. Bientôt, ses os seraient réduits en poudre, tout comme sa combativité...


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Luka Toen
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Lun 14 Aoû - 19:04
Irys : 400402
Profession : Historienne et naturaliste
Pérégrin 0
Alors, l’ombre de Luka se matérialisa dans le dos des deux silhouettes mêlées. Un bond qui la projeta à hauteur des épaules de sa victime, enserrant sa tête dans l’étau de ses jambes et le poids tout entier de son corps. Si la vielle femme tituba, juste assez pour relâcher le corps de celle qu’elle tentait d’étouffer, elle ne sut guère comment réagir de la bonne façon à cette attaque aussi impromptue qu’inattendue. Car immédiatement, d’un même geste plus fluide que la reptation d’un serpent, Luka se tordit brusquement en arrière avec violence, envoyant valser d’un mouvement délié l’Anomalie par-dessus elle comme un vulgaire sac de noix retourné. Elle s'écrasa au sol plusieurs mètres plus loin, s'arrachant la peau sur le dallage avant de heurter le bord de la rue dans un vaporeux nuage de poussière.

Mais il n’était pas encore temps de s’attarder, car si cette offensive avait principalement servie à éloigner le danger de sa compagne d’aventure, ce n’était pas là ce qui allait l’arrêter ! Luka se redressa donc avec vivacité et franchit d’une traite la distance jusqu’au corps brinquebalé de leur ennemie : une quinte de toux l’agitait justement, et son dos couvert de poussière exhibait quelques morceaux de magilithes brisés par l’éraflement du sol. Nul doute qu’elle devait l’avoir mauvaise. Bien heureux le fait que l’ancienne dragonnière ait encore un atout dans sa manche… Elle tapa d'un coup sec du talon sur le bord d'une planche brisée à ses côtés, l'attrapa au vol lorsqu'elle passa à sa portée, et l’abattit de toutes ses forces sur le crâne de la mage du vent.

Ce fut à cet instant précis que trois miliciens débouchèrent précipitamment dans leur allée à moitié détruite, et leurs cris firent échos au son étouffé de l’Anomalie inanimée heurtant le sol tout en douceur :

« Vous étiez là ! Est-elle hors d’état de nuire ? Il y a des blessés ? »

Celui qui parlait devait être un remplaçant du capitaine, car il ne semblait pas pleinement habitué à prendre les devants. L’un de ses comparses vint pour sa part immédiatement s’assurer de l’inconscience de la quinquagénaire, et Luka dut reculer de quelques pas pour le laisser travailler. A bout de souffle, échevelée et en piètre état, elle ne put s’empêcher de sourire en remarquant combien ces trois-là lui faisaient miroir : ils avaient l’air d’avoir passé un bien sale quart d’heure également. Très similaire au leur, à vrai dire.

« Des habitants viennent juste de nous informer de la source de tous ces incendies, expliqua-t-il à Faye et Luka d’une voix éreintée, le visage maculé de suie, et la moitié de la garnison n’était pas en ville… »

Cette ancienne mère de famille avait bien choisi son heure pour faire du grabuge, songea Luka, non sans un coup d’œil épuisé à l’intention de sa silhouette inconsciente trois mètres plus loin. Truanderie, problèmes urgents à gérer, escorte… Les raisons étaient nombreuses pour justifier l’absence du gros de la milice de Losos à cet instant. Les Marcheurs au moins, autre branche des forces armées locales, luttaient avec vaillance contre les flammes depuis le début des événements.

« Je crois que nous nous en remettrons, lui répondit Luka, un regard complice échangé avec sa nouvelle connaissance. »

« Qu’est-ce que… ?! lui fit écho le cri interloqué de l’un des soldats dans leur dos. »

Dans un même ensemble, ils se retournèrent tous en direction du bruit, et purent constater combien l’Anomalie semblait drôlement éveillée pour une personne mise à terre. Un morceau de verre aiguisé dans sa main, ensanglantée et plus abîmée que les deux jeunes femmes, elle se raccrochait néanmoins à l’énergie du désespoir et à l’otage qu’elle venait d’attraper.

« Si vous faites le moindre geste je lui tranche la gorge ! siffla-t-elle comme un animal fou, amorçant une fuite vers l’arrière de la rue dans l’espoir d'échapper à ce chaos ambiant. »



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Faye Toen
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Lun 14 Aoû - 20:57
Irys : 44995
Profession : Chasseuse d'artefacts - Aventurière
My'trän +2 ~ Zolios
Une quinte de toux s'empara de Faye après sa libération. Elle passa rapidement une main dans son dos dans le but de constater d'éventuels dégâts, avant de se relever pour observer sa partenaire fracasser une planche de bois sur le crâne de leur adversaire. Ce coup brutal sembla signer la fin du combat, et l'anomalie demeura à terre jusqu'à l'arrivée de la milice, au pas de course... Mieux vaut tard que jamais, comme le dit le proverbe !

L'un des soldats vînt aussitôt prendre connaissance de la situation auprès des deux protagonistes, justifiant au passage la non-intervention de la garde de la ville du fait de sa présence sur d'autres fronts. Mais alors que le calme semblait rétablit de nouveau, la magicienne du vent s'anima une fois encore, mue par la rage et le désespoir et bien décidée à survivre à cette malchanceuse rencontre. Elle prit l'homme le plus proche en otage, menaçant sa gorge d'un débris de verre tranchant et hurlant sa détermination aux quatre spectateurs avoisinants.

Les yeux de Faye furent soudainement emplis d'une rougeoyante lueur : si cette femme leur échappait, elle causerait des catastrophes similaires partout sur son passage jusqu'à ce que son Régisseur parvienne à l'arrêter. Souffrant elle même de ce mal qui rongeait son opposante, la Ju'äm ne pouvait également se résoudre à la laisser finir entre les mains d'une de ces entités. Au moins pouvait-elle lui épargner, par respect pour la bienveillante femme qu'elle fut peut être autrefois, la mort pénible et lente qui l'attendait si elle réussissait à s'enfuir... Elle déroba sans prévenir le pilum d'un des miliciens, si étourdit par cette action qu'il n'eut pas le temps de s'y opposer, le recouvrit de ses somptueuses flammes en un temps record puis esquissa un rapide mouvement afin de projeter l'arme en direction de l'anomalie, pariant sur sa précision acquise en temps que lanceuse de sorts.

La vieille femme, aussi surprise que chacune des autres personnes présentes, n'eut pas le temps de mettre sa menace à exécution que l'arme de jet fendit la partie de son visage épargnée par la magilithe. Elle relâcha son étreinte et bascula d'avant en arrière, tentant vainement de soustraire le javelot de son corps tandis que les flammes s'affairaient à dévorer celui-ci de l'intérieur. Epuisée par son combat et son nouveau physique, elle ne mit pas bien longtemps à chuter à terre. La douleur ne fut alors plus qu'irréelle : déjà voyait-elle la mort s'approcher pour l'envoyer dans un monde probablement plus juste... Elle rendit enfin son dernier souffle.

Les iris de Faye s'éteignirent, reprenant leur couleur habituelle. La mage savait, dés le début de leur affrontement, que cette fin lui était inévitable. Pourtant, un maigre espoir avait subsisté : celui de voir cette personne reprendre le contrôle de son corps et de son esprit et revenir dans le droit chemin, lui épargnant une mort prématurée... Ce scénario s'était consumé en même temps que sa vie.

« Merci ! », lui adressa l'ancien otage après que tous eurent constaté la mort de l'anomalie, « J'ai bien cru pendant un instant qu'elle allait me tuer. Et vous aussi d'ailleurs, pour ne rien vous cacher...»

Faye lui rendit un maigre sourire en guise de réponse. Ses doigts parcoururent alors ses épaules, frôlant de ses phalanges la magilithe qui s'y était développée depuis déjà quelques années. Devrait-elle également finir son existence de cette manière ? Être vu comme un monstre toute sa vie pour finir par en prendre les traits, semer le chaos autours de soi sans jamais ne l'avoir souhaité, et ne laisser dans l'esprit des gens que l'image de cette horrible personne qui ne fut jamais que la personnification de notre folie...

Elle secoua légèrement la tête pour chasser ses mauvaises pensées avant de croiser le regard de Luka. Ce fut seulement à cet instant qu'elle prit conscience de la beauté de sa nouvelle connaissance qui n'était aucunement ternie par la suie et les cendres sur son visage : c'était une jolie rousse tout comme elle, son portrait craché à vrai dire. Elle semblait très jeune bien que ses prouesses au combat trahissaient une grande expérience. On ne lui donnait guère plus de 25 ans. Faye, après quelques instants d'hésitation, décida finalement d'aller à sa rencontre...


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Luka Toen
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Mar 15 Aoû - 23:02
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Ainsi finissait toute vie, dans la cendre et la poussière. Nul ne se souviendrait du nom de cette ancienne mère au foyer, seul subsisterait le dernier acte de sa comédie. Ses enfants devaient déjà probablement sentir leurs souvenirs s’étioler par bribes, effacés par la foi qu’ils portaient aux Architectes. Peut-être était-ce mieux ainsi… ? Ne jamais se souvenir des êtres qui nous manquaient, et ne pas ressentir cette souffrance frustrante de l’impuissance. Luka s’accroupit aux côtés du corps de l’Anomalie. Cette femme qui avait marché comme tous les autres dans ces rues, avait respiré le même air, eut les mêmes espoirs et transmis ses gênes à une future génération. Et voilà dans quoi résidait à présent toute la construction méticuleuse de son existence : une silhouette avachie au sol qui n’avait plus que le lointain nom d’humain, de paresseuses corolles rouges sanglantes s’étirant pesamment sur les pavés. Elle lissa la peau de son visage du bout des doigts, ferma ses paupières effrayées sur d’autres mondes. Là était la seule fin possible.

Elle se releva calmement, prit le temps d’épousseter sa tunique et ses chausses, mimant une pseudo grimace à la vue d’une déchirure sur son épaule. Voilà qui allait encore lui coûter cher en fil à coudre, elle qui bénéficiait presque d’un abonnement chez les marchands du coin à force de sombrer dans des situations improbables ! La coupure n’était au moins pas profonde, juste une démangeaison négligeable qu’elle se sentait l’audace de repousser encore quelques heures. Il y avait trop à faire par ici. A commencer par sa compagne d’infortune…

« Vous avez bien fait. »

Ses prunelles de jade ancrées dans les siennes sans détour brûlaient pour elle d’un calme tranquille et pur. Il y avait dans ces simples mots l’assurance et le pardon de cette scène, car mettre à mort n’était, et ne devait jamais être anodin. La My’trän n’était pas la seule à devoir porter ce fardeau. Elles avaient été deux à sauter à pieds joints en direction de cet irrémédiable dénouement, et cela aurait été à refaire que Luka n’aurait pas plus retenu sa main.

« Plus rien ne l’attendait ici, à partir du moment où elle a fait le choix de détruire ce qui l’entourait. »

Pardonner une Anomalie d’être ce qu’elle était n’avait pas lieu d’être aux yeux de Luka. Il aurait fallu pour cela qu’elle soit coupable de quelque chose, et non simplement d’être et d’exister. En revanche, rien n’expliquait la violence libératrice et gratuite… Ceci était une tare du genre humain, et non une caractéristique de la nature d’Anomalie. A ce titre, et parce qu’elle avait voulu arracher ce bout de société qui l’avait tant fait souffrir en miroir, la mort était l’unique consolation possible.

« Vous vous battez drôlement bien, changea-t-elle brusquement de sujet, guère plus logique qu’elle ne l’avait été par le passé. Honnêtement, je n’avais jamais vu un mage de Süns en action ! »

Une pointe d’admiration passa dans sa voix, enthousiaste et candide comme une enfant découvrant pour la première fois l’étendue d’un monde inexploré.

« Cela ne vous brûle pas… ? Vos flammes… ? C’est épuisant ? »

Et, immensément tactile et fort peu attentive à la notion d’espace privé, Luka effleura de ses doigts la peau soyeuse de Faye, remontant avec fluidité jusqu’à ses doigts immaculés. Aucune trace de cloque ou de plaie. La magie était fascinante !



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Faye Toen
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Mer 16 Aoû - 23:05
Irys : 44995
Profession : Chasseuse d'artefacts - Aventurière
My'trän +2 ~ Zolios
Calme, compréhension, sincérité... Tels étaient les mots qui qualifiaient la réaction de Luka face à la mise à mort brutale de l'anomalie des mains de Faye. De toute évidence, elle n'avait envisagé que ce dénouement tragique pour la mère de famille ; cela ne fit d'ailleurs plus aucun doute lorsqu'elle confirma que plus rien n'aurait réussit à détourner cette pauvre femme de sa funeste destinée, du fait de ses choix... C'était également le ressentit de la Ju'äm et ses remords s'en trouvèrent tout soudain apaisés. Elle s'autorisa alors un sourire plus authentique, véritable vent de fraîcheur dans cet environnement apocalyptique, et eut même à refreiner un léger rictus - qu'elle jugea très inadapté à la situation - lorsque sa partenaire vint frôler sa peau du bout des doigts. Bien que surprise par ce geste très familier et parfaitement inattendu, Faye ne repoussa pas sa nouvelle amie et fut même impressionnée de constater l'intérêt enfantin que portait celle-ci à son égard. On aurait cru assister à la découverte par une enfant d'un nouveau centre d'intérêt, ébahie et interloquée, cherchant à en déceler tout les secrets !

Alors, comme pour satisfaire ces adorables résurgences de fillette, la mage fit apparaître une simple flamme au creux de sa main, jouant avec elle comme on le ferait d'un objet du quotidien. Elle la fit tournoyer, la canalisa sur un seul de ses doigts, la fit rouler sur le dos de sa main pour enfin la laisser s'évanouir dans le néant, en même temps qu'un des incendies présent dans son dos...

« Je ressens la chaleur. Elle apaise plus qu'elle n'agace, c'est un sentiment difficile à retranscrire pour être honnête. »

Faye jeta un bref regard autours d'elle, constatant qu'un garde la dévisageait dorénavant d'un mauvais œil. Elle voulut alors changer de conversation pour se rattraper et en apprendre plus sur la jolie inconnue, mais un groupe de miliciens fit son apparition par delà les ruines avoisinantes à la recherche des deux protagonistes. Le leader, un homme plus âgé que ses collègues, s'adressa alors à elles, ayant été informé par l'un de ses hommes de leur présence et de leurs exploits.

« La ville vous remercie pour votre bravoure, mesdames, mais elle est loin d'être tirée d'affaire... Nous avons eu vent de qui vous êtes et de vos compétences. » fit-il en tournant la tête vers Luka. « Dans notre infortune, nous pouvons nous estimer chanceux de vous compter parmi nous aujourd'hui. Nous vous serions redevable si vous acceptiez de nous venir une fois de plus en aide, pour panser les blessés et diagnostiquer les cas les plus graves. Quant-à-vous... ».

Ce fut au tour de Faye d'être victime du regard perçant du Capitaine de la Milice. Il ne trahissait aucun signe de méchanceté, mais sa "reconnaissance" semblait bien moins lisible sur son visage que ce qu'il avait laissé transparaître dans ses premiers mots.

« Plusieurs habitants combattent toujours le feu à l'heure ou nous parlons. On nous a informé que vous étiez intervenue plus tôt pour retenir le plus gros de l'incendie, voilà pourquoi j'aimerai que vous retourniez là bas aux cotés des autres Mages. Si vous acceptez, ne perdez pas une seconde de plus et foncez les rejoindre ! »

Prise de court, Faye ne rajouta rien et s'exécuta, confirmant simplement sa volonté d'aider par un geste rapide de la tête. Alors qu'elle courait rejoindre l'action à nouveau, elle s'arrêta subitement et se tourna en direction de l'endroit ou elle se tenait quelques instants plus tôt : il n'y avait plus personne.

Avant qu'elle ne reprenne sa course, une question transcenda sa conscience : qui pouvait-elle être ?


Code couleur dialogues de Faye : #ff6600

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Luka Toen
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Jeu 17 Aoû - 18:37
Irys : 400402
Profession : Historienne et naturaliste
Pérégrin 0
Luka sentit la lointaine morsure des flammes chatouiller le bout de ses doigts, sa main toujours à portée décente des jeux magiques de Faye. Comment apprivoisait-elle cet élément qui ne demandait qu’à dévorer, prendre emprise sur le velouté d’une peau aussi douce que la sienne ? Perdue dans sa contemplation fascinée, pareille à un animal exotique charmé par la danse hypnotisante de ce qu’il ne comprenait pas, Luka se remémora quelques-uns de ses souvenirs anciens. Son grand-père également maîtrisait cette forme de beauté, en avait étiré les nuances et les rougeoiements pour elle, espérant peut-être secrètement qu’elle y adhérerait corps et âme. A l’époque, la nécessité impérieuse de ne se lier à aucun Architecte pour ne pas oublier avait primé sur toute envie magique : comment aurait-elle pu apprendre et emmagasiner des trésors de connaissance si l’énergie d’une créature divine venait sans cesse parasiter ses tentatives ? Elle l’avait vu, de ses yeux d’enfant, ces moments où George décrochait et ne paraissait plus guère se souvenir d’untel ou d’untel. Elle releva le vert doré de ses prunelles vers sa compagne my’trän. L’oublierait-elle également, si quelque chose devait lui arriver… ? Ne se souviendrait-elle pas de ce combat mené ensemble, si demain Luka mourrait ? Elle ne sut trop pourquoi, mais cette pensée l’attrista.

« Vous… »

Ses mots furent coupés court par l’interruption des gardes de Losos. Luka dut papillonner un instant des yeux pour se souvenir de la situation présente, trop obnubilée par les maintes réflexions qui l’agitaient chaque fois qu’un sujet la passionnait.

« Je vois. »

Elle inclina légèrement la tête, signe qu’elle obtempérait, et ses mains tendues en direction de Faye vinrent retrouver le giron de leur propriétaire.

« Je ferai tout mon possible pour vous aider. Avez-vous pu faire une estimation du nombre de blessés ? »

Alors, insidieusement, sans qu’elle n’y prit garde, ses pas s’éloignèrent de la jolie inconnue qu’une attention contraire tirait dans l’autre sens. Il y avait trop à faire, trop à terminer pour que le moment se prête à une conversation mesurée.

« Environ une dizaine seulement, nous l’espérons. L’explosion inattendue des feux d’artifice a fait plus de dégâts que les attaques de cette… Anomalie. »

Une mimique de profond dégoût passa sur ses traits, le mot presque craché comme un fruit pourri qu’il valait mieux taire. Ils enterreraient cette affaire parmi les nombreuses autres similaires à Zolios… Quelle idée risible de penser que leur peur absolue des Anomalies était sans doute la première cause de ces transformations !

« Entendu. Il me faudrait mon matériel à l’auberge du Vent d’argent et je suis à vous. »

Elle s’étira comme un chat, savourant l’énergie déliée de ses muscles et la sensation de son corps, bien en vie, dans cette ville en proie au drame. Elle sortit une ficelle élimée de l’une des sacoches qui ceignaient sa ceinture, ramassa sa chevelure flamme et la releva sur sa nuque d’une main experte afin de ne pas être gênée dans sa pratique. On la conduisit immédiatement aux chevets des nécessiteux, réunis tant bien que mal par la population locale dans le plus proche temple de Süns, soigneusement allongés au sol en fonction de leurs blessures.

Elle n’eut pas grand souvenir de cette nuit qui fondit comme neige au soleil, les mains trempées de sang, essuyant la fatigue de son visage d’un revers sanglant chaque fois qu’une seconde se présentait. La plupart s’étaient montrés chanceux, des coupures qu’elle avait refermées d’une kyrielle de points ou des brûlures qu’un cataplasme pouvait apaiser. D’autres s’étaient vus projetés contre une bâtisse, et c’était alors un ticket gratuit pour une hémorragie interne, lorsqu’il ne s’agissait pas tout simplement d’une jambe trop écrasée par une toiture qu’il fallait amputer… Mais l’énergie mêlée des soigneurs de Losos à la sienne fit son œuvre, et lorsque le jour pointa par-delà les collines teintées de couleurs, c’est une ville à peu près remise sur ses pieds qui s'éclaira. Il cueillit Luka en pleine discussion avec l’un de ses collègues my’träns, assise sur les marches, emmitouflée dans une couverture et une tasse fumante entre les doigts. Une pensée toute simple venait brusquement de germer dans son esprit, jusqu’à présent reléguée au second plan par l’urgence de son travail. Oui, qu’était-elle devenue, cette jolie jeune femme aux éclats rouges et or, dont le souffle domptait les flammes… ?



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