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Chroniques d'Irydaë
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 [Terminé] Une union couleur de vin. [PV: Ludwig Strauss]

Dolores de Rosse
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Sam 12 Aoû - 2:32
Irys : 154974
Profession : Sbire de Ludwig Strauss
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On l’avait annoncé, enfin elle arrivait. Le joyau de cet établissement prestigieux. Ils sont tous là. Qu’ils soient les commandants ou seulement les héritiers, tous proviennent de familles anciennes et prestigieuses. Tous sont spécialisés dans une industrie, celle des armes. Malgré le clair-obscur qui l’aveuglait à demi, Dolores pouvait admirer leurs visages au premier rang. Albert Clairvaux, le vicomte de Gretts Jonathan Ioussoupov, Claude de Bloy, fils du célébrissime Walter de Bloy, détenteur d’un quasi-monopole sur la canonnerie navale du chantier de Fort-Felsberg. Qui suspecterait qu’une simple animatrice de bouge pour aristocrates décadents connaisse autant de détail ? Personne, comme à chaque fois. Et pourtant, elle connaissait fort bien ceux qu’elle allait faire rêver durant les prochaines minutes. Comme la sirène des légendes helléniques, envoûtant ces pauvres esprits réunis ici-bas par la simple invitation du Maître Irys, leur tortionnaire à tous. Une nouvelle religion était née sur ce continent, malgré ce que peuvent bien raconter les pamphlets des premiers exilés.

Qu’on éteigne ces lumières ! Il y en a encore trop ! Je suis là, l’unique étoile de votre ciel, au moins pour ce soir ! Je brille au moins autant que les lunes, et me décrocher de l’attraction de mon astre chéri est bien plus facile que pour elles ! Je suis si émue… Tous venus pour moi. Ils l’ont dit, je l’ai entendu. Leurs pupilles dilatées le montre. Pourquoi mentir ? J’ai envie de tous les voir, prendre leur visage entre mes mains, et de tous les dévorer un par un… La vie de riche bourgeois produit des hommes d’une allure magnifique ! S’il vous plait ! Arrêtez-moi cette horloge ! Que plus rien ne bouge ! Je veux éteindre cette flamme qui m’hypnotise avant de chanter, sinon qui sait quel incendie je pourrais allumer dans leur pauvre cœur ? Mais je ne peux pas… Je vais être obligée de faire mon travail avec un tel désir dans la cervelle ! J’ai quand même un ouvrage bien cruel…

Elle se plaça au centre de la scène, diamant enveloppé d’un velours dont on ne pouvait que supposer l’inexorable douceur. Une robe qui s’arrêtait aux genoux, mais qui laissait les épaules découvertes, et qui épousait suffisamment bien la poitrine de la chanteuse pour que, même si elle était complètement fermée à toute œillade indiscrète, permettait de se faire une assez belle idée de ce qui s’y cachait. Une paire de longs gants de tissu d’un rouge flamboyant complétait cette toilette terriblement raffinée et sensuelle. Ses lèvres brillaient comme si la demoiselle venait d’embrasser une plaie ouverte, sûrement celle qu’elle avait laissée sur la paroi vasculaire d’un pauvre malheureux. Même ses cheveux illuminaient le regard, une cascade aux reflets d’un doré sombre sur son dos. Rien d’autre n’aurait pu faire ombrage à une pareille femme, et c’était là la prestation qu’offrait humblement La Ruche pour ceux qui avaient la fortune suffisante pour y entrer. Probablement qu’aucun de ces grands noms de l’armement ne pouvait détourner la tête de la scène.

C’est ÇA le charisme. Prenez-en bonne note, politicards malhabiles. Conquérir le cœur d’une foule est bien plus sûr que de conquérir sa cervelle. Je suis au-dessus de ça encore. Ce que je mets à ma botte, ce sont leurs hormones !

Forte de son numéro, qui n’avait démarré que depuis quelques instants en plus, Dolores se sentait enfin prête à user de son arme la plus terrible. Le signal était donné au bataillon de violonistes dans le coin sombre de la scène. Posant une main d’albâtre sur son buste, fermant les yeux, elle laissa la magie se dégager de ses cordes vocales. Des artisans minuscules y brodèrent une mélodie tout droit sortie de cités célestes et Dolores se chargea de la dompter.

- Passe, le point de non-retour. Nos mains se cherchent. Le grand moment arrive, enfin l’étreinte. ♪♫

De longues syllabes, pour caresser les tympans des moins attentifs. Des mots simples, sensuels, certainement à la manière du flux de pensées qui envahissait l’esprit du plus libidineux d’entre eux. Hormis la musique offerte par Dolores et ses talentueux compagnons, tout le monde semblait s’être tut. C’était l’attraction de la soirée après tout, celle pour laquelle La Ruche se permettait tant de dépenses, car Dolores assurait toujours que les plus rebuts des bigots reviennent un autre jour pour se faire flatter la rétine et les oreilles par cette plantureuse demoiselle.

- Passent, les liens du cœur, du sang. Pourquoi se battre ? Abandonne aux excès l’ultime enceinte. ♫♪ Vers quel enfer affluerons-nous ? Parviendrons-nous jusqu’à sa porte ? Quel grand brasier est là pour nous ? ♪♫


Oh… j’espère qu’il me voit. Par Alexandre, je sais qu’il me voit, je sais qu’il aime. En cela, il n’est pas différent des autres, mais ça me fait tout de même chaud au cœur. Je lui rends la pareille après tout. Quand nous nous sommes rencontrés la première fois, il a gagné ce petit jeu. Mais ce soir, tu vas perdre…

*flashback*

- Dolores ! Je te présente Ludwig Strauss. Il dirige un important complexe d’usines d’armement. C’est un cador de l’Union ! Il voulait discuter avec vous en privé. Je vous laisse, j’ai d’autres clients qui m’attendent…

*fin du flashback*


J’adore quand mon patron m’organise ce genre d’entrevues. En plus, mais qu’il était bel homme… Je me demande comment on peut aimer autre chose que les fils de la grande bourgeoisie ? C’est le summum du raffinement ! Vous ne faites pas plus galant ! Et vous ne faites pas meilleurs coups surtout.

*reprise du flashback*

- Je.. suis enchanté, monsieur Strauss. Vraiment. Mais venez, ma loge est par ici, on pourra y faire plus ample connaissance. Avait-elle lancé, en appuyant sa proposition du plus éloquent des regards.

Mais il ne fallait pas s’y méprendre, ce qu’elle aimait surtout chez ces hommes du monde, avant d’admirer leur vigueur au grand jour, c’était leur conversation. Se mettre à quatre pattes sans dire un mot, c’est bon pour les trainées, même de luxe. Dolores était d’aussi haute naissance que la majorité de ces dandys en haut-de-forme. Elle avait donc un rituel très divertissant avant l’inévitable moment où il fallait tout de même consumer ce qu’ils avaient dans leur bas-ventre et qui les empêcherait de trouver le repos une fois dans l'intimité de leurs draps, seuls.

L’originalité de cette soirée du 5 juillet 932, c’est que ce moment n’arriva jamais, et ce par le consentement des deux personnes qui étaient entrées dans le vestibule. Quelque chose de bien plus prometteur était née de leur entrevue.



Soyez à leurs pieds, à leurs genoux... Mais jamais dans leurs mains.

Talleyrand



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Dernière édition par Dolores Rossetto le Jeu 14 Sep - 13:38, édité 1 fois
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Ludwig Strauss
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Lun 14 Aoû - 18:46
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Profession : [Officielle] Propriétaire d'industries de l'armement [Officieusement] Baron du crime
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Un nuage de blancheur, écumeux, flottait paisiblement. Des bulles aux tailles différentes se mêlaient et s’entremêlaient gracieusement dans un bal somptueux et délicat, tournoyant lentement autour d’un point invisible avec légèreté, tel un vol de gracieux cygnes aux ailes immaculées. Ce nuage mystique surmontait un univers liquide ambré, ou orangé. Seuls les jeux capricieux de la lumière indiquaient si ce monde étrange allait prendre une couleur de miel éclatante ou se renfermer dans un sombre teint d’apaisement. Deux joyaux d’acier surmontaient cet univers mélancolique, s’abreuvant de ce spectacle à la fois immobile et pourtant palpitant de mouvement. Le spectateur contemplait calmement les fines petites herbes qui semblaient léviter dans ce monde liquide, rappelant les contes sur les âmes des mortels qui, une fois débarrassés de leurs fardeaux de chaire et de sang tentaient de s’élever vers les cieux pour y trouver la quiétude tant promise de la mort. Les joyaux métalliques remontent, s’intéressant désormais à l’ascension infatigable d’une colonne de vapeur, danseuse immatérielle qui se mouvait en de lentes rondes sensuelles, décrivant des arabesques sulfureuses et voluptueuses avant de lentement d’estomper dans l’air, ne laissant plus qu’un parfum. Il inspire doucement cette odeur et jubile silencieusement. Il s’enivre de ce mélange de douceur et de volupté, cette chaleur exquise, ce délicat parfum d’herbes aromatiques, cette caresse sucrée à en faire pétiller ses narines …

« Le spectacle va enfin commencer ! »

Retour vers la réalité.

Ludwig se força à ne pas soupirer bruyamment tant l’irritation provoquée par la remarque banale de son voisin l’énervait. Il était en pleine dégustation d’un thé si bon et raffiné, préparé par de vrais maîtres de l’art en mêlant les plus exquises des herbes parfumées … et ce primate s’excitait bêtement comme un enfant dans un cirque. La simplicité humaine de certaines personnes était désespérante.

Strauss déposa lentement sa tasse de thé sur l’assiette de porcelaine couleur de neige prévue à cet effet et croisa ses doigts gantés de noir. Son regard d’un bleu de glace se dirigea discrètement vers son voisin. Gordon Smith, héritier du renommé Brandon Smith, un riche homme d’affaires détenant une forte part du marché des armes polymorphiques à Vereist. Ludwig se souvenait de cet homme pour l’avoir rencontré lors d’une invitation à une exposition des premiers prototypes d’armes magithèques. Un homme de caractère, intelligent et ferme, appliquant d’une poigne d’acier les lois du business en écrasant ses concurrents en toute légalité. Tout le contraire de cette ombre insolente qu’était Gordon. Ce freluquet avait un faible esprit d’investissement et un goût assez prononcé pour les divertissements en toutes sortes, délaissant ainsi la puissance industrielle qui avait fait le succès de son défunt père.

Le regard de l’élégant moustachu analysa vivement Gordon malgré lui. Un tic ? Non, pas vraiment. C’était … sa nature. Un esprit aussi développé, une intelligence aussi vive et un regard aussi minutieux exigeaient, non poussaient leur détenteur à toujours tout décortiquer dans le coffre-fort qu’était sa psyché. C’était son arme la plus terrible mais aussi sa malédiction, son fardeau. Un fardeau qu’il avait réussit à en faire une force plutôt qu’un poids. Gordon passa ainsi, en quelques secondes seulement, sous le peigne-fin invisible de son voisin silencieux. Rien ne pouvait échapper à ses prunelles bleues qui captaient le plus infime détail et le gardaient en mémoire comme on graverait des mots dans l’argile frais. Vêtements de grande qualité mais légèrement froissés, cheveux taillés avec le plus grand soin et visage bien entretenu si ce n’est quelques poils au niveau de ses oreilles. Ongles non découpés … cet homme veille donc sur son apparence mais pas trop non plus, il ne s’investit pas totalement dans l’apparence tout en préférant garder une attitude correcte, preuve qu’il est de nature paresseuse mais veut faire bonne impression à cause de son entourage. Ludwig inspire. Une forte odeur de parfum émanait de l’homme. Son regard se pose sur ses mains. L’un des doigts porte une trace creuse et circulaire. Très probablement une bague de mariage, Gordon l’enlevait en absence de son épouse pour aller se pavaner comme un paon chez les dames. Monsieur semble s’ennuyer de sa pauvre épouse.

« Quelle voix … quelle beauté ... Elle est extraordinaire, n’est-ce pas monsieur Strauss ?»

Strauss cligna des yeux furtivement, arrêtant aussitôt ce flux d’informations. Son palais mental prend soin de transformer toutes ces images en dossiers ordonnés et les classer dans un placement adéquat. Il n’avait guère besoin de sonder d’avantage la nature banale et sans intérêt de Gordon, il ne tirerait rien de cette épave libidineuse. Mais sa présence, aussi déplaisante soit-elle, allait être cruciale ce soir.

Grâce à sa nouvelle amie très particulière. Ses yeux bleus se portent vers la scène, plus précisément vers le rossignol aux charmes d’Aphrodite. Sa voix était de miel et de stupre, un délicieux poison qui vous invitait à plonger dans une lente perdition, à se laisser consumer dans le brasier de la passion et les flammes du péché. Il devait admettre que sa voix était absolument mélodieuse. Portant sa tasse vers ses lèvres, il en préleva une fine gorgée, laissant la boisson chaude caresser ses papilles gustatives à la manière de la plus passionnée des amantes. Puis il soupira longuement et répondit

« Elle a un avenir très prometteur. »

Flashback

Il entra dans la chambre de Dolores, y trouvant la décoration de luxe qu’il s’était imaginé de la part de cette perle de nacre aux charmes dignes de la plus sulfureuse des succubes. La rencontrer en vrai fut un moment très particulier. Elle avait une forte réputation chez les bourgeois, riches marchands, aristocrates et politiciens et force était de constater que les éloges qu’on faisait sur elle étaient fondés. Divinement ravissante aurait été un euphémisme pour décrire cette beauté humaine.

« Miss Rossetto. »

Avec toute l’élégance et la prestance du monde, Ludwig retira avec grâce son haut-de-forme, dévoilant ses longues mèches sombres et coinça d’un geste vif sa canne sous son aisselle. Se penchant avec la délicatesse d’un cygne sur un lac, il s’empara de la main de Dolores et l’approcha à ses lèvres. Ces dernières ne touchèrent nullement à la peau de la chanteuse, se contentant de souffler doucement dessus comme le voulait la règle de la galanterie que l’homme lambda avait tendance à pousser et déformer pour profiter de la saveur d’un contact grisant avec le sexe-opposé.

« Quel immense plaisir de rencontrer, enfin, l’astre éclatant qui illumine la Ruche. »



Chibi Ludwig
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Dolores de Rosse
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Ven 1 Sep - 22:22
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Parfois, il y a des gens que l’on peut qualifier de galant. Ceux qui vous aident à vous relever d’une malencontreuse chute, ceux qui vous ouvrent la porte pour que vous n’ayez pas à le faire, ou même ceux qui vous offrent le repas si vous sortez un soir d’automne. Mais je peux vous assurer que l’on repère très vite les véritables gentlemen des simples opportunistes à peine aussi éduqués que les pages d’un gouverneur. Ludwig, ce soir-là, alors même que nous n’avions échangé que quelques mots, venait déjà de me prouver l’excellence de son éducation, d’un simple souffle. Même dans le sac de nœuds des codes de la société daënars embourgeoisée, on pouvait redoubler de finesse pour déceler ce qui était vraiment de la richesse d’esprit de ce qui restait vulgaire et bestial.

La petite Dolores ne rougit même pas devant une telle marque de raffinement et d’attention. Peut-être l’habitude, la lassitude, ou un habile jeu de son esprit pour masquer de son visage de tout ce qui pouvait s’apparenter à de la faiblesse. D’ordinaire, elle se présentait toujours avec ce visage de minaude sans cervelle qui se pâme à la moindre caresse. Mais on n’était pas devant n’importe qui là, la réputation de ce grand homme le précédait, et autant tout de suite enlever un ou deux masques pour accélérer ce qui était sûrement une opportunité unique. Voilà donc qu’à la place du visage ordinaire de l’ingénue empourprée, Dolores esquissa un semi-sourire désarmant, du genre à vous faire bégayer pauvrement.

- Je vous remercie de vos compliments, monsieur Strauss, mais j’aime aussi ces moments où je n’émets plus la moindre lumière, c’est plus… intime. Lâcha-t-elle avant de tourner les talons vers la paire de fauteuils au fond de la pièce. Mais asseyez-vous, je vous en prie. Puis-je vous servir un verre de vin ? J’allais m’autoriser à y goûter, mais c’est bien meilleur en bonne compagnie.

*fin du flashback*

Retournons un court instant voir ce qui se passe sur la scène de la Ruche. Toujours aussi belle, voilà que Dolores poursuit son sulfureux couplet sous le regard bienveillant de Ludwig, juste au-dessus d’elle.

Quelle affreuse lumière… Je ne peux le voir, je dois juste me contenter de cette jolie brochette de pingouins tout de blanc et de noir apprêtés. Un peu de couleur, que diable. Regardez le décor autour de vous ! La nature, la vie ! Vous avez juste l’air de poupées éteintes déguisées pour faire croire qu’elles sont vivantes. Ce doit être ça qui vous fascine chez moi, tout compte fait. Je respire la passion, les battements de mon cœur s’entendent jusqu’à Vereist ! Voilà, c’est bien la plus spectaculaire différence entre vous et moi. Ce n’est pas la seule, évidemment… Je pourrais aussi souligner la douce ironie de la situation. Vous avez approximativement le même regard que devant le meilleur des jambons. Prêts à me manger, comme à chaque fois.

*reprise du flashback*

- Tenez, voilà votre verre. Il parait que c’est une bonne bouteille, je ne m’y connais pas beaucoup en œnologie, même si j’aimerai m’y mettre. Connaître d’un seul coup de langue le nom et la provenance d’un vin, ces gens sont exceptionnels en tous points.

Elle essayait d’entamer une conversation cordiale, qui avait pour but d’ennuyer le mâle au point qu’il boive plus qu’il ne devrait. En réalité, Dolores connaissait ce vin, réputé comme l’un des plus forts de sa région d’origine, et pourtant il dégageait une amertume trompeuse, qui faisait croire au buveur que la boisson n’était forte que dans le goût. Un parfait appât pour le rendre un peu moins… retenu.

- Eh bien… trinquons, monsieur Strauss. A votre santé. Dit-elle simplement en trinquant, sans toutefois se départir de son sourire enjôleur.

S’il y a bien une chose qui me ferait changer de vie, c’est bien de finir avec lui. Cela prendra du temps, je pense, mais je finirai bien par le harponner convenablement. Non pas que j’ai spécialement envie de me marier, fonder une famille et tutti quanti, mais j’ai besoin de voir autre chose. Là je commence vraiment à devenir une bête de routine, et ça ne me plait pas du tout… Aller, Ludwig Strauss, fais-moi rêver d’ailleurs radieux.



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Talleyrand



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Ludwig Strauss
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Ven 8 Sep - 23:25
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Avec une lenteur et une prestance tout à fait naturelle, l’homme d’affaires vint rejoindre Dolores jusqu’à son fauteuil et s’installa confortablement dessus, posant sa canne sur ses jambes et glissant ses mains sur chacun des accoudoirs. Très confortable, il devait l’admettre. Une fois de plus son esprit ne put s’empêcher de mémoriser chaque détail qu’il captait de son regard de requin féroce. La texture du fauteuil, les couleurs de la chambre, les nombreux produits de beauté sur la coiffeuse, le parfum enivrant de la pièce, la marque de la bouteille de vin. Tout était mémorisé et traité au détail près afin que le personnage établisse une déduction aussi précise que possible de qui était Dolores.

Femme de goût. Amatrice des liqueurs exquises … et fortes. Un sourire lascif, elle maîtrise à la perfection l’art du masque. On peut sentir le parfum d’ici, elle joue donc aussi sur le charme olfactif. Futée. Tenue élégante qui reste pudique tout en laissant entrevoir suffisamment de chaire pour brûler la libido d’un homme. Séductrice de talent. Timbre de voix sensuel et courtoises manières. Conclusion : Femme intelligente et compétente qui s’épanouit dans la luxure.

Cling !

Les verres tintèrent l’un contre l’autre, mais la jeune Dolores constatera que le gentleman ne semblait aucunement avoir l’intention de porter le verre à ses lèvres. Avant que cet acte ne semble être une indigne façon d’honorer la courtoisie de la belle chanteuse, Ludwig se justifia avec son timbre de voix si calme et assuré :

« Je peux sentir que le vin que vous m’offrez si gracieusement est un excellent crû à n’en point douter. Cependant je me permets de refuser pour la simple et unique raison que je ne consomme pas d’alcool. Je préfère garder mon esprit constaté éveillé, voyez-vous ? Mais merci beaucoup pour cette délicate attention très chère. »

Il posa délicatement le verre plein sur la petite table qui le séparait de son interlocutrice, puis fixa ses prunelles de glace sur le visage angélique de la chanteuse de talent.

« Miss Rossetto, si je suis venu vous rencontrer c’est pour vous parler dans la plus grande intimité d’un grand projet. Je ne suis pas un de ces pompeux marchands venu vous faire des avances bien qu’il est vrai qu’une aussi charmante demoiselle que vous mériterait qu’on lui fasse la plus passionnée des cours. »

Sa main droite, gantée de cuir noir, caressait doucement la surface polie de sa canne, parcourant les arabesques qui recouvraient le bois finement taillé à la manière d’un tendre amant caressant le corps de sa partenaire nocturne. Avec un sourire paternel et bienveillant, il continua :

« Je pense que, tout comme moi, vous êtes une personne ambitieuse qui a horreur de la stagnation. Vous êtes comme une fleur qui a besoin de lumière pour s’épanouir. Et je pense que la lumière de la Ruche ne sustente plus vos désirs. Je suis près à vous offrir une activité bien plus passionnante à mes côtés, utiliser vos charmes pour servir nos intérêts communs. »

Pianotant de l’autre main contre l’un des accoudoirs de son fauteuil au rythme d’une musique silencieuse dont lui seul en percevait les discrètes notes, il plissa subtilement les yeux, prenant un air plus complice. Sa voix aussi s’était faite plus mielleuse, presque un murmure susurré tandis qu’il s’était légèrement penché en avant :

« Mais cela impliquerait de devoir plonger dans une marre sombre dont on ne ressort jamais, de devoir oublier toute éthique et compassion pour adopter un froid pragmatisme. Le succès est pavé d’actes que certains qualifieraient d’immoraux. Alors dîtes-moi, miss Rossetto, jusqu’où iriez-vous pour vous joindre à ma conquête de fortune et de pouvoir ? »

À vous de jouer, Dolores, surprenez-moi …

Fin de flashback

Comme en ce jour si particulier, dans cette chambre si particulière et en compagnie de cette femme si particulière, Ludwig pianotait doucement des doigts contre les accoudoirs de sa chaise. Son regard emprunt d’une subtile outrecuidance contemplait les spectateurs agglutinés autour de Dolores comme autant de bourdons autour de la plus exquise des fleurs. Un sourire de dédain royal glissa furtivement sur ses lèvres qui, jusqu’à présent, étaient restées aussi plissées qu’une balafre.

Ses prunelles surprirent alors un mouvement dans les recoins sombres de la Ruche. Des hommes qui se déplaçaient et , à en juger par leurs uniformes, il s’agissaient de serveurs qui se déplaçaient avec discrétion pour ne pas gâcher le spectacle de ses messieurs.

Il ignora rapidement ce mouvement de foule pour se concentrer sur la voix mélodieuse de sa nouvelle amie. Dommage qu’elle ne puisse le voir d’ici avec toutes les lumières qui la mettaient en valeur. Il aurait adoré la voir lui lancer un de ses sourires si brûlants. Il avait beau être un homme de glace et un manipulateur impitoyable, il ne crachait nullement sur la beauté et spécialement pas sur celle d’une femelle si divinement gâtée par la nature. Hors s’il n’était pas un fervent croyant il aurait juré que Dolores était l’enfant d’un Architecte.



Chibi Ludwig
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Dolores de Rosse
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Sam 9 Sep - 14:23
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Profession : Sbire de Ludwig Strauss
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Il n’en but pas une goutte. Dolores ne sut que penser. Evidemment, elle était un peu vexée de voir ainsi un grand cru ne pas être honoré par les lèvres de Mr.Strauss, mais il développa prestement les raisons de son geste. Elles se comprenaient aisément, bien que l’hédonisme naturel de Dolores la poussait à plaindre ce pauvre hère qui, pour des raisons purement pratiques, se refusait de pareils plaisirs des sens. Peut-être parviendrait-elle un jour à le pousser à la boisson, si elle se montrait suffisamment convaincante. Bien sûr, il faudrait déjà que ces deux âmes si semblables, et par la même si éloignées sur bien des points, aient l’occasion d’avoir de nouveau un de ces entretiens intimistes. Pas question de penser à cela pour l’instant, la chanteuse se contenta de profiter allègrement du regard profond que lui lançait le mania de l’industrie. Il commençait à prendre de l’âge, mais il avait des yeux si vifs qu’on savait son esprit encore pétri de la fougue des jeunes gens.

Ce regard… Mais, que m’arrive-t-il ? Voilà que je rougis maintenant. Je peux le sentir, mes joues brûlent. Il a du mérite, le bougre. Je n’ai pas eu de tels transports involontairement depuis des années maintenant. Et pourtant… Ce n’est pas de l’amour ça, je le saurais, mais plutôt… de la pudeur. Il me dévisage avec tant d’intensité, c’est le même regard que je porte sur le monde, je sais ce qu’il signifie. Cet homme est en train de me lire, comme si j’étais une page toute découverte devant lui. Je ne peux ni fuir, ni me cacher à sa vue. C’est horriblement gênant. C’est pour ça que je rougis. Mais bon, c’est de bonne guerre. J’ai fait la même chose à tant et tant de personnes par le passé. Mon examen à moi, le voilà arrivé.

La suite de la discussion fut des plus inattendues. Dolores qui, en sous-main, échafaudait doucement quelques stratagèmes pour entrer dans les petits papiers de Ludwig se vit, sans ménagement, proposer un étrange partenariat dont elle ne connaissait ni les détails, ni les risques. L’homme devant elle se pencha sensiblement, prenant un air complice qui en aurait refroidi plus d’une, mais pas la jeune chanteuse.

Par Marc Ünen, qu’a-t-il bien pu voir dans cet esprit que je ne connais même pas parfaitement moi-même et qui l’a poussé à autant de proximité ? Je pars sur un étrange chemin avec lui… Moi qui espérais simplement en faire un amant de choix. Plonger dans un abîme ? Hm… Je commence à cerner le personnage… Et quel personnage !

D’abord interdites, les lèvres de Dolores se fendirent en un semi-sourire qui faisait écho à l’expression de Ludwig. Son regard pénétra celui de l’industriel avec autant d’intensité que celui qu’un rapace réserve à ses proies inconscientes. Elle posa à son tour le verre de spiritueux aux côtés de celui de son hôte, pour pouvoir mieux se pencher vers le visage de ce dernier. Quelques mèches de cheveux, jusque-là timidement cachées derrière les épaules de la demoiselle, se mirent à tomber en cascade sur la table, encadrant un visage aussi mystérieux que charmant.

- Vous m’offrez les plus belles lumières en venant des plus profonds abysses ? Mais qui êtes-vous, Ludwig ? Sa voix se fit douce, susurrante. Et qui vous dit que je n’ai pas déjà plus de fortune et de pouvoir que vous ? Taquina-t-elle. Je peux mettre au pas n’importe quel grand nom de ce pays… Même vous, je suis sûr que j’y arriverais.

Elle se replaça sur son fauteuil, adoptant un visage de malice, avec toujours l’éternelle sensualité qui la caractérisait.

- Mais ce que vous me proposer m’intéresse plus que tout cela. Je peux vous offrir ce cœur de pierre qui vous intéresse tant. Cet esprit machiavélique, prêt à tout pour atteindre son objectif. Mais en échange, je veux que vous assumiez votre proposition jusqu’au bout. Je ne sais pas où sont les limites de mes pulsions, de ma douceur, de mes fantasmes, et de mon horreur. Je veux pouvoir aller au bout de tout ça, savoir combien de masques je porte. Ce que je veux, Ludwig, c’est que vous me poussiez à découvrir de quoi je suis capable, sans jamais m’enfermer nulle part.

Son sourire s’était effacé pour laisser place à une expression encore plus profonde, encore plus intense. Dolores révélait là, à cet homme qui semblait des plus puissants, tout ce qui la troublait en secret, toutes les questions qu’elle voulait résoudre. Mais ce qu’elle proposait en échange valait bien une telle attention.

- SI vous acceptez mes conditions, vous aurez entre les mains quelqu’un dont personne, même pas moi, ne connait la complète dangerosité. Votre mare sans fond et sans lumière, j’y suis déjà depuis un moment.

Certes, elle se vendait du mieux qu’elle pouvait, et cela avait le potentiel de tout gâcher. Mais elle savait Ludwig déjà presque entièrement conquis, sinon il n’aurait pas été aussi direct. Ce genre d’opportunité ne se représenterait pas une seconde fois. Embrasser un océan aux eaux mystérieuses, ne plus pouvoir retourner en arrière, il n’y avait pas de plus belle perspective.

*fin du flashback*

C’est bientôt ? Aller ! C’est bientôt l’heure ? Ma nouvelle vie m’attend ! Plus le temps passe, plus la vision de cet endroit me révulse. J’y pense, et y repense sans cesse, mais jamais je n’étais sous la lumière de la scène. Ce n’était jamais moi, chantant ici, mais un simple avatar de tout ce qu’ils désiraient y voir. Dolores de Rosse, ils ne la connaissent pas, ce n’est pas d’elle qu’ils sont tombés amoureux durant toutes ces années… Je le savais pourtant. Créer Dolores Rossetto était mon but depuis le départ, le moyen le plus direct de satisfaire cette faim. Mais à quel prix ai-je obtenu tout cela ? Je vais devenir une femme puissante ! Tellement puissante, que sans aucun masque on me donnera tout ce que je voudrais ! Oooh, j’ai si hâte, mais si hâte !

*reprise du flashback*

- Alors, Ludwig, est-ce que vous voulez toujours m’emmener avec vous ? Lança-t-elle, comme un défi.

Allez-y, mon cher, surprenez-moi !



Soyez à leurs pieds, à leurs genoux... Mais jamais dans leurs mains.

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Ludwig Strauss
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Lun 11 Sep - 23:26
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Un sourire, puis un rire. Non pas un rire moqueur et méprisant à la suite des paroles de la douce et sensuelle Dolores, oh non il n’était pas un grossier personnage, mais plutôt un rire d’amusement. Ses pupilles glacées pétillèrent un instant d’une lueur presque malicieuse comme si la réaction de la fabuleuse chanteuse avait éveillé en lui une bonne humeur qu’il étouffait généralement d’un épais manteau de calme et de contrôle.

« Ah, Dolores … »

Il avait soupiré son nom avec un timbre si particulier, un souffle à peine échappé d’entre ses lèvres souriantes. Tant de sens et d’émotions enfouies en un mot.

L’homme en noir se relève lentement et se déplace avec une prestance naturelle. Il avançait doucement à travers la chambre, semblant être plongé dans une réflexion particulière, une méditation dont lui seul pouvait entrevoir toute la profondeur et la subtilité. Voilà que le requin commença sa chasse, nageant élégamment à travers la chambre de la maîtresse des lieux, flairant sa proie en inspectant avec le talent d’un détective vétéran chaque pièce du vaste puzzle qui allait lui permettre de faire de Dolores son arme de mort, sa rose aux épines coupantes.

Il s’approche de la coiffeuse, jetant un vague regard sur toutes les bouteilles et boîtes qui ornaient ce meuble. Sans aucune gêne, sa main gantée parcoure la surface de bois et en récolte les infimes particules de poudre, parfums et autres petits éléments qu’il porta à ses narines avec une expression qui s’approchait terriblement du bourreau des cœurs s’enivrant du parfum de sa chérie … ou du squale flairant le sang de son prochain festin. Elle ne s’en doutait pas mais Ludwig était entrain de cerner d’avantage Dolores tant dans son examen peu orthodoxe que l’analyse de ses paroles et ses réponses. Son esprit froid et calculateur classait et triait tout le flux d’informations, chassait les possibilités incompatibles et dressait un portrait complet de cette femme si particulière. Ses goûts, son hygiène, son accoutrement, ses timbres de voix … tout était utilisé pour lire en elle comme dans un livre ouvert. Et soudain, il vit la sublime blonde dans toute sa valeur, ses vices et ses fantasmes, ses ambitions et ses passions.

« Vous savez, Miss Rossetto, pourquoi je m’évertue à m’enrichir, à faire fortune encore et encore sans me rassasier, à toujours pousser plus loin les limites de mon humanité pour voir jusqu’où je peux devenir un homme puissant ? Pourquoi je n’hésite pas à abandonner les valeurs humaines et baigner mes mains dans le sang ? »

Révélations lourdes, ambiance soudain pesante, un silence de plomb s’installe et le temps en personne se fige comme s’il s’étouffait devant l’audace de Strauss. Le voilà qui soudainement se dévoilait complètement à elle, lui qui s’évertuait d’ingéniosité pour cacher ses crimes et ses vices aux yeux de tous, même de la plupart de ses pantins.  

Ludwig avançait à nouveau, contournant le fauteuil de Dolores, tapotant doucement sa canne sculptée entre ses doigts agiles.

« Parce que la vie, telle qu’elle est décrite et étiquetée par nos lois et nos règles, est d’un ennui atroce et mortel. Suivre une existence banale, se plier à nos valeurs, coutumes et règles qui font de nous un bétail stupide et fade, des morts qui marchent. Pourquoi devenir un mouton comme les autres quand on peut se changer en loup ? On dit que seuls les plus forts survivent. Je pense plutôt que seuls les survivants le peuvent. Les forts, les faibles, les valeureux, les brutes … tous des moutons. Seul le loup qui porte la laine de ses proies peut se tailler la part du roi en ce monde et connaître une vie passionnante et luxuriante. »

Maintenant qu’il était placé derrière son interlocutrice à la chevelure d’or, il posa ses mains sur le haut du fauteuil, de chaque côté de ses épaules si subtilement dévoilées pour éveiller l’appétit des plus frigides. Il se pencha alors légèrement, tel le vampire s’apprêtant à plonger ses crocs dans la chaire pâle et palpitante de sa douce victime. Mais nulle morsure ne vint, seulement la voix du maître des industries qui continua son monologue avec cette voix si envoutante de part son timbre plus mielleux que mille poèmes d’amour :

« Miss Rossetto, vous et moi nous sommes pareils. Nous voulons profiter de la vie sans se soucier des autres, alimenter nos propres désirs prétentieux et donner du piment à cette morne existence que la civilisation humaine nous force à adopter. Nous brisons les chaînes de la morale et nous libérons la fureur de nos ambitions quittes à les bâtir dans le sang et les larmes. »

Un silence, les mots se gravent dans l’esprit et taillent leur chemin jusqu’au cœur, foyer de la passion et du désir.

« Ce que je vous offre, ma chère, c’est l’opportunité de devenir un électron libre et destructeur. Vous serez ma main, mon œil qui espionnera les plus prudents, ma rose qui séduira les plus réticents et ma dague pour éteindre les plus agaçants. Tu seras une flamme entre mes mains, une flamme qui embrasera n’importe quel homme, du plus simple au plus puissant. Tu les dévoreras et les consumeras dans la plus flamboyante des passions et, tel un incendie, tu brûleras tout avec la fureur de ta passion et l’ardeur de ton cœur. La Ruche endigue ta flamme. Avec moi, tu seras déchainée sur ce monde obscur. »

Le Tentateur s’écarte, laissant ses mots de miel faire leur effet. Affichant un sourire amical et paternel, il reprend sa place sur son fauteuil et retire un instant son haut-de-forme, passant ses doigts le long de ses longues mèches d’obsidienne. Malgré l’âge, il avait parfois ces instants où il pétillait d’une jeunesse insoupçonnée.

« Vos conditions, je les avais deviné avant même qu’elles n’effleurent vos lèvres, Miss Rossetto. Je les accepte tout naturellement. Alors dîtes-moi, souhaitez-vous quitter la Ruche dans un coup d’éclat digne des plus grands théâtres de Daënastre ? Qu’on brise vos chaînes devant les spectateurs les plus passionnés ? »

Il croise les doigts et place une jambe au-dessus de l’autre, son sourire s’éclaircissant d’avantage et dévoilant la blancheur immaculée de ses dents.

« Vendez-moi votre âme, et vous et moi allons soumettre ce monde à nos propres règles. »



Chibi Ludwig
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Dolores de Rosse
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Mar 12 Sep - 16:22
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Et voilà qu'il soupire mon nom, comme tant d’hommes avant lui. Je dois avouer qu’il se prête parfaitement à l’exercice. Ces consonances sifflantes que l’on ne peut qu’allonger devant soi, comme on le ferait de la plus innocente amante. Je regrette peut-être mon nom de famille, il me manque. Ce pseudonyme vient du peuple, car c’est de là que je souhaitais apparaître aux yeux des plus importants. Eteindre leur méfiance, aliéner leur attention, c’était primordial pour vivre en paix. Mais aujourd’hui, ce beau diable me propose un chemin tout tracé vers la puissance. Dolores de Rosse, héritière légitime de feu le compte de Magdeburg, pourrait bien revenir d’entre les morts.

*fin du flashback*

- Passe, le point de non-retour… Non n’hésitons plus ! Qu’éclate enfin ce drame de la passioooon ! ~

Ses envolées lyriques étaient de plus en plus charmantes, de plus en plus fréquentes, et pour cause, le cœur de la chanteuse s’emballait, solitaire, sous la pression de ces souvenirs charnels. Les mots que prononça le serpent tentateur, et qui revenaient sans cesse lui marteler les tempes, accélérer son pouls, humidifier la paume de ses mains. Miss Rossetto, vous et moi nous sommes pareils… Un coup de boutoir dans sa poitrine, incontrôlé. Un sublime soubresaut d’excitation. Vous serez ma main… ma rose qui séduira les plus réticents… Et un nouvel éclat passionné brisa le verre de ses pupilles sombres qui se dilatèrent sous l’effet d’une grossière hormone en totale roue libre. Mais Dolores ne s’en souciait plus. Tu seras une flamme entre mes mains… Tu les dévoreras… Tu seras déchainée sur ce monde obscur... Nul ne sait comment, mais malgré toutes les pulsions qui lui secouaient le corps, la jeune femme parvenait encore à tout masquer aux yeux de son public. Même sa voix ne faiblit pas, ne se brisa pas, alors que son cerveau bouillonnait d’idées toujours plus folles, de visions toujours plus belles, et de fantasmes toujours plus sombres.

*reprise du flashback*

- Alors dîtes-moi, souhaitez-vous quitter la Ruche dans un coup d’éclat digne des plus grands théâtres de Daënastre ? Qu’on brise vos chaînes devant les spectateurs les plus passionnés ?

Dolores fixait les décorations murales de son vestibule personnel. Des masques d’opéras, aux enluminures classieuses qui trônaient sous la lumière des quelques lampes, mais il y en avait d’autres, posés sur les meubles ou les étagères. Certains d’un noir mat, d’autres pourpres, tous parés de fourrures coquettes. Ils avaient un tout autre usage que les premiers, voilà pourquoi ils n’étaient pas exposés, mais il n’était pas imprudent d’affirmer qu’il servait plus souvent que leurs cousins dorés. Cela faisait plusieurs minutes que la chanteuse ne disait plus rien, laissant le beau diable écrire, ligne après ligne, un contrat qui ferait d’elle une éternelle menace pour ce joli monde, ordonné, réglé, millimétré. Un être de changement, révolutionnaire, mais qui ne pourrait plus faire marche arrière.

- Vendez-moi votre âme, et vous et moi allons soumettre ce monde à nos propres règles.


Comme son invité avant elle, Dolores eut un long, un interminable et brûlant soupir.

- Ludwig…. Ludwig, Ludwig, Ludwig…

Elle ne le regardait toujours pas, son attention toujours perdue dans ces orbites vides qui la fixaient, elle. Une toute autre espèce de spectateurs, mais de bien plus grande qualité. Elle n’en aurait pas voulu d’autres, de toute façon, pour ce jour si particulier. La tête appuyée contre son poing serré, tapotant l’accoudoir de son fauteuil, elle ne pouvait se départir de son rictus désarmant. Elle ferma les yeux, eut un rire étouffé derrière ses lèvres avinées, puis posa finalement ses prunelles azurées sur le serpent à ses cotées.

- Je vous offre mon âme avec grand plaisir. Elle n’a jamais beaucoup servi, de toute manière. Je serais l’instrument de toutes vos fantaisies, manipulez-moi de toutes les façons possibles, mais assurez-vous de demeurer le meilleur des compositeurs de ce monde. Je ne servirai rien de moins que celui-ci…

Elle avait ostensiblement penché la tête vers Ludwig, leurs visages étaient si proches que ce dernier aurait parfaitement pu comprendre les paroles de la jeune femme par le simple brasier que ses lèvres soufflaient à chaque expiration. Une incroyable malice luisait dans son regard. Eternelle provocatrice, impérieuse, même dans la vassalité on la croirait dominante.

- Nous allons sceller notre pacte dans un beau spectacle, cher ami. Une grande fête, ici même. Dans deux semaines, jour pour jour, apportez-moi les plus indésirables cloportes qui freinent votre sérénité, et moi je trouverai les exterminateurs les plus à-même de vous en débarrasser.

Doucement, languissamment, elle se leva de son siège et fit quelques pas vers toutes ces parures qui lui faisaient de l’œil depuis le début de cette conversation. Elle décrocha un masque au hasard. Très esthétique, en ivoire et enluminé par de nombreuses gravures dorées. Il ne couvrait que les yeux et une partie du nez de son porteur. C’était l’un de ces masques dont on ne saurait vraiment dire s’il servait dans le publique, ou dans le privé. Elle l’enfila, il avait été taillé pour sa physionomie, donc nul besoin de l’attacher nulle part. Se retournant vers son hôte, Dolores avait repris son allure espiègle, innocente, ses grands yeux de biches assortis à un sourire de circonstance. Un changement si brutal et important de son allure qu’on pourrait jurer ne pas avoir la même personne devant soi. Même sa voix sonnait comme totalement différente.

- Les incendies les plus retentissants ont toujours des causes mystérieuses, hihi.


*point final du flashback*

Tic, tac, tic, tac. Cette aiguille va si lentement... Tic, tac, tic, tac. Mais… mais c’est l’heure ! C’est maintenant !


Sa voix mourut dans sa gorge en même temps que toutes les lampes de la salle s’éteignirent. Approvisionnées par la même centrale à gaz, il n’était pas étonnant qu’un disfonctionnement de cette dernière plonge le restaurant entier dans l’obscurité totale, pour le plus grand amusement des spectateurs qui pensaient, la plupart du temps, que ces incidents étaient volontaires. Ne subsistaient que les lampes portatives qui éclairaient la scène, et l’éclatante Dolores. Mais elle ne chantait plus, et pour cause. Un énorme bruit avait éclaté à l’entrée de la Ruche, le bruit d’un objet fort lourd que l’on écrase sur le crâne de quelqu’un. Quelques visages se retournèrent vers cette étrange mélodie, et la porte s’ouvrit enfin. Elle s’ouvrit sur une frénésie. Le spectacle était terminé pour ces messieurs, mais un autre allait débuter pour un public fort restreint. Seulement Ludwig et Dolores à vrai dire. Cette dernière en profita d’ailleurs pour prendre place sur un siège. Après tout, pourquoi ne pas s’accorder un peu de confort ? Croisant les jambes, elle reposa sa tempe sur son poing fermé, comme durant cette lointaine soirée.

Et voilà, la première étincelle. J’espère qu’elle vous satisfera, Ludwig.



Soyez à leurs pieds, à leurs genoux... Mais jamais dans leurs mains.

Talleyrand



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Ludwig Strauss
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Mer 13 Sep - 21:10
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Les lumières s’éteignent, la voix se tait, des chuchotements intrigués parcourent la vaste pièce. Dans l’ombre, Ludwig voyait tout du haut de sa position privilégiée. Il pouvait voir les manchots hausser des sourcils, adopter des visages de confusion ou d’étonnement, chuchoter à leurs voisins pour exprimer leur curiosité et leur incompréhension.

Hauts fonctionnaires, industriels, hommes d’affaires et géants des industries de l’armement. Tous s’étaient réunis en cette salle après s’être convenus ensembles durant un conseil dirigé par monsieur Fortuna Yold, un vieillard respecté et considéré comme le détenteur des meilleurs fabriques de prothèses de tout Rathram. Durant la conversation échangée entre les hommes d’affaires au sujet d’accords commerciaux et de propositions d’oligopoles de paix, monsieur Fortuna avait eu la merveilleuse idée de sceller leurs accords amicaux autour d’une fête sensée immortalisé les nouveaux liens d’amitié et de succès. Une grande majorité, dont Ludwig, avait accepté. Ainsi ils s’étaient donné rendez-vous ici, à la Ruche, établissement à la réputation grandiose, véritable perle d’Ünellia, diamant d’Alexandria.

Mais monsieur Fortuna n’était pas présent parmi les nombreux invités de cette merveilleuse soirée. On apprit que par soucis de santé il devait s’absenter, ce qui était fort regrettable pour ce brave homme. On se promit de porter un toast à son hommage, après tout il était derrière toute cette joyeuse distraction … n’est-ce pas ?

Et bien il semblerait que monsieur Fortuna se portait très bien, du moins au niveau de sa santé qu’on pourrait qualifier d’exemplaire, surtout pour quelqu’un de son âge. En ne pouvait pas en dire autant de son épouse que l’on croyait morte il y’a de cela presque deux mois. En réalité, ce qui avait été décrit comme un paisible décès était en réalité un vicieux coup monté où madame Yold fut capturée par un groupe de dangereux truands qui firent savoir à Fortuna que son épouse était non seulement vivante, mais à leur merci. Débuta alors une collaboration forcée entre l’industriel et les criminels qui le poussèrent à inviter ses collègues à une réunion festive.

Il ignorait, bien sûr, que l’un de ses collaborateurs était justement l’instigateur de cette fourbe machination. Le sourire de Ludwig s’accentua doucement lorsqu’il pensait désormais à ce cher Fortuna. À l’heure qu’il est, il devait s’être suicidé selon ses propres directifs. On lui avait promis que son épouse sera relâchée lorsqu’il mettra un terme à sa vie et, dans sa générosité, Strauss avait préparé une petite fiole de cyanure pour faciliter son passage de vie à trépas. Pauvre monsieur Yold … fidèle jusqu’à la mort, il mit un terme à son existence sans hésiter, dégouté par sa faiblesse et par les terribles conséquences de ses actions. Les sous-fifres de Ludwig se firent une joie de glisser des documents compromettants dans son bureau afin que la police se fourvoie à penser qu’il était à l’origine de la scène de crime qui n’allait pas tarder. Une lettre reposait à ses pieds. Des adieux, mais aussi des aveux concernant son dégoût du gouvernement et de la nation, son désir de mettre un terme à toute guerre en éliminant ceux qui ont créaient les instruments … y comprit lui.

Une lettre très élaborée et écrite par Ludwig en personne qui, grâce à son esprit élaboré et à sa mémoire inébranlable, avait mémorisé l’écriture de Fortuna et l’avait retranscrite avec talent. Strauss voulait bien regretter la tragique fin de ce cher Fortuna Yold qui avait été comme un père pour lui mais … les sentiments n’arrivaient pas à atteindre le cœur de glace de cet homme ambitieux et impitoyable. La pitié lui était une notion presque inconnue. Le remords n’eut aucune emprise sur lui. Il était tout simplement insensible à ses abjectes manigances.

Les instruments sont en place. Le public reste silencieux, captif. La performance de Dolores n’était que l’entrée d’une plus grande mise-en-scène, une œuvre d’art peinte d’écarlate. Les artistes arrivent, je peux entendre leur pas d’ici. J’ai choisis mes meilleurs pinceaux pour cette peinture grandiose. Il faut immortaliser cet instant. Ce soir, le loup festoiera et les moutons pleureront.

La porte d’entrée claque soudainement, brisant brutalement le silence qui s’était installé. Tous les visages se tournent vers cette même direction. Le temps se fige, un court moment, dans l’esprit de Ludwig qui mémorisa dans un recoin de l’antichambre de son palais mental les visages de stupeur et de terreur des invités. Une œuvre digne des plus célèbres artistes dramatiques s’était immortalisée dans son esprit. Un moment inoubliable.

Puis il y’eut le hurlement strident et paniqué d’une des dames dans la salle. Les hommes qui venaient de faire leur spectaculaire entrée étaient armés de carabines, fusils et revolvers. Des engins de mort et de destruction, les instruments qui scelleront le destin de tout ce beau monde. Une première détonation retentit, puis le corps d’un des marchands qui s’affala sur sa table, le torse percé de part en part.

Et le massacre commença.


L’enfer se déchaîna sur les spectateurs devenus acteurs de la plus sanglante représentation. Les tueurs déchainaient dans une fantasmagorique symphonie les tirs sardoniques de leurs armes, fauchant hommes et femmes sans aucune distinction. Des corps s’affalaient, pendaient sur les tables renversées, gesticulaient sur le sol dans ses spasmes d’agonie ou baignaient silencieusement dans une marée de sang toujours grandissante. Pire, voilà que certains serveurs présents se précipitaient soudain sur les victimes qui tentaient de fuir et les égorgeaient froidement avec couteaux, hachettes et autres armes de poing éclaboussées de vermeille.

« Par Alexandre ! Qu’est-ce … ouf ! »

Gordon Smith, le voisin de table de Ludwig, eut tout juste le temps de se relever avec une expression de pure épouvante sur son visage juvénile avant d’être assommé d’un coup de matraque sur la tempe par leur serveur. Ce dernier, jeune blond au visage angélique, avait troqué son sourire avenant par une balafre d’indifférence. Laissant l’inconscient sur la table, il croisa à nouveau les bras et resta près de Ludwig qui assistait tranquillement à la boucherie, sirotant calmement son thé sans démontrer la moindre émotion. Telle une gargouille solitaire, il veillait, regardait de haut les mortels s’adonner à ce qu’ils savaient faire le mieux : blesser son prochain.

Ah, Architectes. Avez-vous crée l’homme à votre image pour qu’il tue son frère dans la plus primitive violence ? Sommes-nous donc conçus pour amuser vos mesquines passions ? Ici, sur cette chaise, à voir mes hommes saigner sous mon commandement, je vous comprends, en un sens. Oh oui … cette fugace impression d’être un dieu.

Son regard se porte sur la scène, captant parfois, parmi les exécuteurs et le bétail, certains visages familiers. Claude de Bloy se démarquait dans un recoin, avec sa caractéristique panoplie de scintillants boutons dorés ornant sa pelisse de zibeline. Ce bougre agitait avec l’énergie du désespoir ses mains, tentant d’agripper derrière lui le grand gaillard en tenue de serveur qui le garrotait froidement avec un épais fil de fer. Plus loin, le vicomte tentait de panser de ses mains tremblantes la plaie béante qui ouvrait le ventre de sa femme mourante, avant qu’un des assassins ne le libère de son tourment  par un tir à bout-portant dans le crâne. Le mari mort dans les bras de sa femme agonisante. Une macabre beauté dans cette tragédie. Ludwig trouva la mort du vicomte bien plus poétique que celle de Walter Dayl, propriétaire d’un riche commerce de carabines à Hinaus. Le trentenaire se défendait comme il pouvait avec un sabre de parade, croisant le fer avec un trio de coupe-jarrets ricanant armés de machettes et coutelas. Quand ils mirent à terre le malheureux Walter d’un coup de pommeau sur l’arête de son nez, les trois bandits le taillèrent en pièce à même le sol, abominables bouchers qui ricanaient comme si des démons les avaient possédés.

Et les rideaux tombent …

Enfin, le silence. Un calme presque surnaturel planait à présent sur ce spectacle surréaliste. Ici et là s’étendaient l’œuvre du Diable, une représentation de la grotesque cruauté humaine, une orgie écarlate. Les assassins enjambaient le fruit de leurs pulsions, vérifiaient qu’il n’y’avait pas une âme qui soupire et achevaient ceux qui traînaient leurs corps brisés le long du plancher. En peu de temps seulement les plus grands du domine de l’industrie des armes avaient succombé à un atroce acte de boucherie innommable. Les journaux s’affoleront autour de cette scène de crime incroyable qui, sans nul doute, fera le tour du continent.

L’homme derrière tout ça se relève avec une remarquable prestance, repoussa doucement l’inconscient étendu à ses côtés. Il leva majestueusement son verre, son regard de givre posé désormais sur une seule personne : Dolores. Un toast silencieux, un sourire si élégant. Ainsi le chef d’orchestre clôtura son œuvre la plus splendide.



Chibi Ludwig
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Dolores de Rosse
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Jeu 14 Sep - 13:38
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Et le massacre commença.

Chose promise, chose due. Par je ne sais quel plan, ce cher Ludwig avait réussi à ramener tout ce beau monde dans mes filets. Je n’en attendais pas autant d’ailleurs, mais qu’importe. Qu’ils soient dix, cinquante ou cent, le résultat serait équivalent. J’avais réussi à dégoter les services de l’Ordre de la Pénitence en personne pour s’occuper de ce travail. Ce n’était pas de simples coupe-jarrets ordinaires qui officieraient ce soir. Ce n’était pas si compliqué que ça, de surcroît. Ces chevaliers de la nuit étaient ravis de mettre fin à la vie d’autant d’artisans de la mort. Ceux derrières les créations humaines les plus destructrices. Leur idéal de paix fut frappé en plein cœur quand j’ai affirmé, avec la plus grande ferveur, vouloir soustraire au monde tant de viles âmes emplies de fautes. Il n’en fallait pas plus pour qu’ils dépêchent une vingtaine d’hommes sur place.

Bien sûr, ce n’était pas les plus finauds, les mieux équipés, ou les plus discrets de l’Ordre, mais qu’importe ? Le but ici n’était pas de ne laisser aucune trace, mais bien de peindre une œuvre monumentale sur chaque mur, chaque comptoir, chaque plante ornementale. La seule exigence de discrétion était de ne pas imprimer partout que l’Ordre de la Pénitence était derrière cette opération. Ludwig avait déjà tout préparé pour inculper un vieux croulant de ce crime, et autant ne pas multiplier les versions possibles d’une même histoire. Et quelle histoire.

Bien que Dolores s’était promis d’être forte en ce jour, de montrer à son mécène toute la glace qui pouvait protéger son cœur de la faiblesse, elle eut un sursaut de surprise quand les mécréants entrèrent en trombe par la porte de la Ruche, armés jusqu’aux dents avec force fusils, sabres, lamies et coutelas. La jeune femme, assise en face du dossier de sa chaise, indolemment appuyée dessus, avait quelques doutes quant à sa capacité à résister à cette vue. Les coups de feu, d’abord, puis un massacre plus folklorique. Des membres qui tombent, des hurlements, raclements de gorges ouvertes, un épais nectar qui commença à recouvrir chaque surface du sol et des tables, se mêlant au vin servi à ces pauvres victimes de leur propre industrie. En parlant de vin, et alors que la grimace d’inconfort de Dolores se faisait de plus en plus visible, une ombre dans son dos glissa sous ses yeux un verre rempli d’un rouge profond et au parfum alléchant.

- Tenez, madame. Vous devez avoir soif après votre prestation.

Saisissant tranquillement le verre de sa main gauche, Dolores tourna un regard sincèrement enthousiaste vers Joseph, son majordome resté en coulisse le temps de la représentation.

- Tu es un ange, mon Joseph, un ange… Je me demande bien pourquoi tu restes avec moi d’ailleurs. Soupira-t-elle avec un sourire las.

- Vous aussi, vous êtes un ange, madame. Regardez à qui vous ôtez la vie, et vous verrez que la barbarie peut avoir du bon.

- Oui… mais cette pauvre Emilie est parfaitement innocente, elle. D’ailleurs, tu peux aller me la chercher ? Elle aussi a le droit à sa place sur ce tableau. Songea la chanteuse toute en avalant une longue gorgée de vin.

Joseph s’exécuta en silence, retournant pendant une minute hors de la lumière de la scène. Lorsqu’il revint, il trainait par les cheveux une plantureuse demoiselle, habillée exactement comme Dolores ce soir de fête. Ce n’était d’ailleurs pas la seule ressemblance que les deux femmes partageaient. Il a bien fallut deux semaines à Dolores pour retrouver cette demoiselle, qui n’était jusqu’alors qu’un chuchotement périodique dans ses oreilles. On racontait que dans un petit village du nord, il y avait une beauté tout à fait semblable à la chanteuse de la Ruche, et à la douceur tout aussi charmante. On lui avait même donné une photo, un soir, et la ressemblance était en effet époustouflante. Bon, il y avait besoin d’un peu de maquillage, par ci par là, pour cacher quelques défauts que notre vipère n’avait pas, mais dans l’ensemble elle serait parfaite pour jouer son rôle dans cette pièce macabre.

Alors, voyons ça. Je n’ai pas encore eu le temps de la voir, cette petite, j’espère qu’elle me ressemble autant qu’on veut bien le prétendre. Mais… mais ce n’est pas du tout moi ! Quelle affreuse arnaque ! Regardez-moi ces yeux, ils n’ont aucune intelligence, aucune sensualité. C’est peut-être à cause de toutes ces larmes… Mais ça fera plus « vrai » comme ça. Mais sérieusement, ça se voit qu’elle n’est qu’une copie ridicule de qui je suis.

- Alors, ma chère… On me raconte parfois que tu es mon exact sosie ! Quelles sottises. Dis-moi, tu aurais été capable d’organiser tout ça, toi ? Non, hein. Je m’en doutais… Elle soupira, fermant les yeux un léger instant. Bien, tu feras tout de même l’affaire. Avec toi, on enterrera Dolores Rossetto, la chanteuse frivole de la Ruche. Je tiens à te remercier, car grâce à toi, la fille unique du comte de Rosse peut revenir à la vie ! Joseph, tue-là s’il te plait.

Et tandis qu’elle reprenait sa place sur sa chaise, qu’elle tourna de nouveau pour adopter une position qu’elle jugeait plus confortable, le majordome abattit sans concessions la jeune Emilie de Vereist d’une balle dans la tête. Non sans d’abord avoir tiré une fois dans la jambe, et une autre fois dans l’épaule. Autant essayer de maquiller cette parfaite exécution en grossière victime du massacre. Enlevant précautionneusement le bâillon qu’elle avait à la bouche -il ne l’avait pas attaché ailleurs pour ne pas risquer des marques compromettantes- il jeta ce piètre cadavre dans la marée de corps qui jonchaient le sol.

Et voilà, je suis morte. C’est étrange, mais je ne me sens pas aussi joyeuse que je l’avais prévu. Il faudra encore que je m’endurcisse j’imagine… Mais bon, je suis plutôt satisfaite de ma prestation. Et, enfin il n’y a plus de lumière, je peux donc enfin voir les beaux yeux pour lesquels j’ai préparé cette belle soirée.

Et chacun porta un toast à l’autre. L’un avec sa tasse de thé, l’autre avec son verre de vin. Leurs boissons préférées pour savourer dans le plus grand confort ce qui marquait le début d’une collaboration aux fruits inconnus, mais qui seraient certainement les plus délicieux que l’on puisse imaginer.



Soyez à leurs pieds, à leurs genoux... Mais jamais dans leurs mains.

Talleyrand



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