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Chroniques d'Irydaë
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 Deux cervoises et du petit lait !

Althéa Ley Ka'Ori
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Jeu 17 Aoû - 22:18
Irys : 602448
Profession : Guérisseuse du Troisième Cercle
My'trän +2 ~ Suhury





« Ta destination, ma jolie ?
- Zochlom.
- On ne va pas aussi loin à patte !
- Sans blague ? »

Mantal esquissa un sourire devant sa prétendue surprise, mais reprit d’un ton égal :

« Nous t’offrons protection et guidance jusqu’à Eoril tout au plus. Qu’as-tu à proposer ?
- La bénédiction de Möchlog, et les talents de mon frère. »

Yecht dégagea son épée de son fourreau d’un pouce, suffisamment pour attirer l’attention du nomade par le faible tintement, mais pas assez pour avoir l’air menaçant. Yecht était un combattant raisonnablement émérite, et un clan en vadrouille ne pouvait que se voir conforté par sa présence. Mantal haussa les épaules, ce qui sembla sceller leur accord. Ils quitteraient Draga aux aurores en compagnie du clan nomade.

***

« Althéa ! J’ai mal à la tête … ! »

Un soupir d’exaspération lui échappa. Cinq jours qu’il lui martyrisait les tympans, mais ne parvenait toujours pas à éveiller le moindre instinct maternel. Non pas qu’elle fut persuadée qu’un tel instinct existât chez elle, mais les efforts fournis étaient rationnellement trop déplorables pour seulement caresser sa compassion. Thaël faisait partie de ce genre d’enfant sans charme, qui pleurniche lorsqu’il est effleuré par la brise, et pose des questions plus souvent qu’il ne prend de respirations. Elle en venait à se demander comment on pouvait même désirer une famille ; les dés étaient truqués, on tombait forcément sur un capricieux de nature comme cet énergumène. Mieux valait s’abstenir.

« T’as pas une plante magique ? Contre le mal de tête, je veux dire ? »

Elle avait eu le malheur de lui en administrer une trois jours auparavant, et depuis il n’avait cessé de lui en demander d’autres, prétextant un nouveau mal à chaque fois. Si elle avait eu le malheur de voyager avec le clan suffisamment longtemps, il aurait fini par découvrir chaque muscle et chaque organe de son corps faiblard et aurait clamé haut et fort ressentir une douleur extrême en ces endroits. La frustration montait, son propre clan lui manquait, et elle regrettait les sages guérisseurs de Draga. Comme il était agréable de partager, dans un respect silencieux toutefois, cette admiration des dons de Möchlog dans ce qu’ils avaient de plus rares et précieux. Offrez le don de vie à un non-adepte, et il finit forcément par en abuser. Le doute lui murmura à l’oreille que sa place, elle l’avait quittée en même temps qu’elle avait vu la capitale s’abaisser à l’horizon jusqu’à se fondre totalement dans la ligne lointaine qui découpe cieux et paysages divers.

« Thaël. » Elle inspira pour s’inciter au calme. « Tu sais ce que les architectes détestent le plus après les anomalies ?
- Les Daënars ?
- Et ensuite ?
- Hm, les araignées ?
- Non. Les enfants râleurs.
- Mais j’ai mal à la tête pour de vrai ! »

Elle lança un regard désespéré à Yecht qui semblait se délecter de sa consternation. Il haussa les épaules, visiblement peu enclin à lui venir en aide, et elle détourna le regard pour observer Thaël à nouveau. L’enfant lui collait désagréablement le flanc, et il lui fallait trouver une solution promptement si elle souhaitait conserver son sang-froid. A un jour d’Eoril, tout de même ! Elle se résolut à sortir une feuille séchée, et lui recommanda de la faire tremper dans sa gourde. Un bonheur trop pur scintilla dans ses yeux. Il la remercia d’un grand sourire et partit en sautillant rejoindre son père.

« Althéa ? fit Yecht, et elle aurait dû percevoir le timbre joueur de sa voix.
- Oui ? demanda-t-elle dans son insouciance.
- J’ai mal au veeentreuh … !!! gémit-il en se pliant en deux dans son imitation de la douleur la plus probante -et la plus hilarante.
- Quoi, toi aussi tu veux une infusion au basilique ? rétorqua-t-elle, non sans avoir levé les yeux au ciel. »

Elle ne sut réprimer un sourire, comme une enfant qui réussit à mentir pour la première fois.

***

« Tu vas me manquer Althéa ! »

Elle dissimula mal son dégoût alors que Thaël l’étreignait à la taille. Elle lui tapota maladroitement l’épaule, puis salua respectueusement Mantal, qui s’enquit poliment de ses projets. S’ensuivit la poignée de minutes dédiées aux adieux et aux vœux stéréotypés. Une fois libérés, Yecht voulut rapidement trouver une auberge, un lit avec option matelas et une chope bien remplie ; la convaincre fut chose aisée.

Ainsi s’achève donc le bref mais éprouvant voyage d’Althéa, et là commencent les véritables péripéties. Elles sont honteuses mais pas moins déterminantes. A peine arrivés dans le chahut d’une salle commune où le vin coulait à flot, Yecht croisa le regard d’une femme qu’il trouva aussitôt à son goût.

« Regarde-moi ce morceau de femme, Althéa ! Je crois que je suis amoureux. »

Althéa reçut la remarque avec un masque d’impassibilité. Elle n’aspirait qu’à une chose, profiter d’une soirée apaisante, et une partie virile de qui trouve-le-meilleur-morceau n’en faisait guère partie. D’autant que Yecht était une homme aussi buté qu’un buffle ; six jours de voyage n’auraient pas raison de son entêtement si sa victime en valait la chandelle. Ils se frayèrent un chemin jusqu’au comptoir en faisant des coudes.

« Tavernier, une chope de cervoise et un verre de lait je vous prie.
- Et une chope de plus ! s’exclama Yecht par-dessus son épaule. »

Pendant une fraction de seconde, elle commit l’affront de penser qu’il avait la panse libre pour deux boissons, puis elle revint à la raison. Il avait le regard brillant de concupiscence, et elle lisait sur son visage le plaisir anticipé d’une délicieuse rencontre. Elle émit un son de dégoût quasi-fraternel, partagée entre l’amusement curieux et l’abattement.

« Vraiment, Yecht ?
- Ah sois pas rabat-joie, tu comprendras jamais les joies de la séduction.
- Tu as raison, admit-elle. J’ai une question sans réponse qui demeure à ce sujet : Comment peut-on tant apprécier se faire remballer à répétition ? Et tout de même persévérer dans son échec ? Même les animaux apprennent de leurs erreurs après tout.
- Tu vois, je savais que tu serais rabat-joie. Ton verre de lait prouve à lui seul comme tu es fermée aux joies de la vie en communauté. »

Sur cette belle leçon de vie, qui a le mérite d’allier petit lait et plaisir charnel, le tavernier posa leurs boissons sur le comptoir, et Yecht ne tarda pas pour se saisir des chopes. Sans même s’enquérir de son opinion, il se dirigea tout droit vers table voisine de sa malheureuse proie. Althéa le suivit, partisane malgré elle de son stratagème idiot. Une fois assis l’un en face de l’autre, il se pencha en avant et murmura :

« Tu veux qu’on lance les paris ? 20 Irys qu’elle me trouve charmant ! »

Althéa jeta un coup d’oeil inquisiteur, presque intéressée par son petit jeu à défaut d’avoir la motivation de s’occuper à une autre tâche.

« Je parie pour une défaite en trois répliques. Tu ne dois vraiment pas avoir les yeux en face des trous : elle est svelte, cheveux longs et soyeux, habillée pour être à l’aise mais pas pour être séduite… inaccessible, je te dis. En plus elle te casserait les dents en un revers, tu feras pas l’affaire !  »

Yecht joua de ses biceps, et la gratifia d’un clin d’œil qui disait "Regarde l’expert". Althéa hocha la tête, indifférente. Le spectacle ne serait pas désagréable, et elle se moquait bien qu’il salisse l’honneur des Ley Ka’Ori. La chaise ripa sur le sol alors que Yecht se levait avec détermination ; il vint se placer en face de la dame, qui tournait le dos à leur table. Il tira aussitôt une révérence polie, presque élégante, tâchant de ne renverser aucune goutte d’alcool sur le plancher.

« Bien le bonsoir jolie dame ! Vous auriez pas quelques Irys sur vous par hasard, que je vous paye un verre ? »

Althéa porta sa main à ses yeux pour les frotter d’exaspération. Elle aurait dû se douter que ses tentatives seraient plus aptes à la faire grimacer que sourire. Elle se réfugia dans son verre avec soulagement, heureuse qu’un Yecht sauvage ne soit pas venue troubler sa soirée pour le moment. Mieux valait profiter de l’instant avant que cela ne se produise ! A deux tables de là, son frère se dressait fièrement, dévorant du regard celle qu’on appelait Luka Toen.

« Je plaisante bien sûr, je vous l’offre volontiers, répartit-il sans se démonter. Je vous l’échange contre une bonne anecdote de votre poche si vous êtes joueuse ! »

Il avait cette intonation taquine qui l’insupportait tant, probablement parce qu’il était son frère mais aussi parce qu’elle traduisait tant d’arrogance et si peu d’humilité. Quelque part, elle admirait son audace, et une partie d’elle souhaitait ardemment perdre le pari.
L’on espère toujours que le courage soit récompensé.


Dernière édition par Althéa Ley Ka'Ori le Ven 12 Jan - 15:31, édité 6 fois
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Luka Toen
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Ven 18 Aoû - 16:50
Irys : 329546
Profession : Historienne et naturaliste à ses heures perdues, médecin officiellement
Guilde +2 (femme)
Le sable crissait sous la plante de ses pieds, embrasé de mille nuances au sortir de l’hiver par un soleil qui inondait la place et dévidait les ombres. Elle avait marché longtemps contre le flanc des digues, parcourant des sentiers oubliés des habitants eux-mêmes depuis semblait-il des temps immémoriaux. La végétation dense avait tout recouvert, et des centaines de tiges échevelées se dressaient vaillamment dans les fissures des rochers, cela, lorsque la mer ne les noyait pas pour étendre ses frontières. Luka ôta l’ample capuche qui masquait ses traits, une main protégeant ses yeux de la luminosité vorace pour espérer distinguer l’abrupte fin de ce chemin. Là, quelques mètres plus loin, la roche s’enfonçait dans les flots et dessinait tout un monde sous-marin en contrebas, progressivement recouvert d’algues que des poissons multicolores appréciaient picorer. Parfait. L’océan était calme à cette heure, et les vagues venaient lécher paresseusement la digue sans autre remous qu’un brin d’écume. Elle eut une maigre pensée pour son grand-père qui lui avait présenté cet endroit bien des années plus tôt. Voilà qui lui permettrait de se détendre…

Elle ôta avec moult précautions Kharan Shar de ses épaules, quelques plumes encore abîmées dans le grain de sa peau. Les transformations n’étaient pas encore au point, si ce n’était parfois douloureuses lorsqu’elle luttait trop. La sensation malaisante lui arracha une grimace, et elle dut étirer ses muscles pour en soulager les fibres sensibles. Ses entraînements quotidiens avaient néanmoins commencé à porter leurs fruits ! Elle perdait moins de temps dans ses virages, arrivait à peu près à atterrir sans courant d’air nuisible. Elle n’avait aucun doute quant à l’amélioration de cette transition magique sitôt qu’elle en aurait saisi tous les arcanes… Mais pour l’heure, il lui était urgent de se décrasser l’esprit.

L’étoffe glissa sur sa silhouette dans un bruit de soie soufflée, et c’est avec un bonheur presque tangible qu’elle ôta sa tunique d’un seul geste délié, peu soucieuse d’être vue par qui que ce soit à l’horizon. La pudeur ne l’avait jamais étranglée, et encore était-ce là un odieux euphémisme. Quel plus grand plaisir y avait-il dans l’existence que de sentir le vent filer sur son corps, soulever ses longues mèches de cheveux flammes comme la caresse d’un ancien ami… ? Elle revolait à nouveau avec lui, revenue douze ans en arrière, la brise remplissant l’embrassade de ses bras ouverts, attrapant de ses doigts d’invisibles giboulées qui ne manquaient jamais de faire grogner Selhan… Elle soupira d’aise et s’élança du haut de la digue en un plongeon parfait. L’eau glaciale vint la saisir toute entière en une constellation de bulles cristallines, un goût de sel sur ses lèvres et un rêve sous ses paupières.

Elle n’était pas uniquement venue à Zolios dans le but de s’entraîner, à vrai dire. La véritable raison résidait dans une missive reçue un mois plus tôt, appel de l’un des amis de son grand-père. Il avait remis la main sur l’une des statuettes fétiches de ce dernier, une minuscule sculpture de Süns en obsidienne. « Tu es celle qui devrait en hériter », lui avait dit cet ami, lorsqu’elle était allée lui rendre visite la veille. Elle avait fait courir ses doigts sur le grain de cette roche si particulière, l’avait étudiée toute la nuit durant, fascinée par cette création qui n’était certainement pas récente. – 500, 600 avant l’ère de Süns peut-être… ? Elle ferma les yeux à fleur d’eau, paisiblement portée par le courant. Il y avait aussi cette récente étude des Mogoï qui l’agaçait, une thèse publiée par l’un de ses confrères et qu’elle ne jugeait pas véridique. Allons, leur milieu principal de vie à Zolios aurait bien quelques informations clés à lui apporter ! De quoi monter un dossier, et envoyer paître cet idiot qui pensait pouvoir prouver que l’animal était naturellement menaçant et hostile au genre humain. Ah bon sang, tant de choses à faire et si peu de temps…

¤¤¤

Elle s’était séchée le long des chemins, ramassant sa chevelure trempée d’eau sur l’une de ses épaules en une torsade efficace. Le soleil ferait le reste. Il ne lui avait de toute façon guère fallu longtemps pour rejoindre la civilisation, Eoril la grandiose siégeant sur le bord de l’océan comme une reine en son domaine. Narguait-elle l’impétuosité de Dalai dont l’élément n’était pas parvenu à éroder ses magnifiques quais et tours diaprées ? Les rues, pleines de monde, bruissaient d’un son continu tandis que l’on s’affairait sur les étals d’un immense marché, car il fallait bien appâter le chaland. Luka laissa promener son regard curieux sur les établis et finit par jeter son dévolu sur une orange juteuse qui ferait tout à fait son affaire. Elle rattacha l’une de ses sandales dont la lanière s’était abîmée ces derniers jours à force de crapahuter dans les forêts, puis se dirigea d’un bon pas vers l’auberge dans laquelle elle résidait pour son séjour. Un brin de toilette, et elle se sentait d’aplomb pour tester le confort de l’une de ces tavernes repérées en chemin… Ne restait plus qu’à espérer que nul ne viendrait la déranger dans son travail !

¤¤¤



« Bien le bonsoir jolie dame ! Vous auriez pas quelques Irys sur vous par hasard, que je vous paye un verre ? »

Lentement, Luka décrocha son regard du carnet de notes dans lequel elle griffonnait pour s’intéresser à celui qui l’interpellait de cette manière fort cavalière. Elle parcourut du regard la grande salle baignée de soleil, l’air de se demander s’il ne s’agissait pas d’un canular.

« Je plaisante bien sûr, je vous l’offre volontiers. Je vous l’échange contre une bonne anecdote de votre poche si vous êtes joueuse ! »

Se sentait-elle d’humeur joueuse… ? Oh, sans doute pas, mais d’humeur généreuse, en revanche… Un fin, très fin sourire vint étirer ses lèvres rouges comme un fruit, tandis qu’elle reposait la brioche qu'elle s’apprêtait à manger dans sa coupelle. Elle pencha la tête à la manière d’un animal intrigué, les yeux mi-clos comme un chat savourant toute l’étendue de sa future proie, le rideau de ses cils sombres sur le vert langoureux de ses prunelles.

« Nous jouons donc… ? »

Son sourire s’étira, dévoila la blancheur d’une canine. Elle décroisa ses longues jambes effilées avec ostentation, se releva d’un souple mouvement des hanches avec une fluidité de prédateur né, hypnotique comme le mouvement des vagues. Elle le détailla sans se cacher, un regard fauve et scrutateur qu’elle glissa sur lui, le ferrant progressivement dans le filet de son stratagème. Monsieur détenait une épée, remarqua-t-elle. Ses mains calleuses n’étaient pas mauvaises, et la stature de ses épaules trahissaient les quelques heures d’entraînement qu’il avait derrière lui. Elle remonta jusqu’à son cou, suivit la courbe de sa mâchoire et ancra le jet final de sa contemplation incendiaire dans les yeux bleus gris de cet imprudent. Alors, proche de lui à le frôler, la chaleur de sa poitrine rôdant à proximité de sa peau, elle vint chasser une poussière imaginaire sur le repli de son col et sa voix se fit murmure ronronnant à son oreille :

« Cela aurait été avec plaisir, si tu avais eu quelque chose susceptible de m’intéresser sur le long terme. En revanche, il y a bien un service que tu peux me rendre, saikhan baina, prononça-t-elle bellâtre en ancien langage comme l'on savourerait une sucrerie délicieuse sur la langue. »

La tonalité volontairement moqueuse cachée par-devers échappa vraisemblablement au jeune homme, trop obnubilé par la proximité évidente avec ce corps féminin qui lui emplissait les sens. Non, il n’avait rien pour l’intéresser. Un physique fort agréable somme toute, mais aucune de ces étincelles sibyllines qu’elle aimait tant déceler chez les gens…

La demoiselle qui était entrée en sa compagnie, en revanche… Luka tourna le feu de son regard vers le véritable objet de sa convoitise depuis le début de cette petite mascarade, et ses prunelles s’ancrèrent à la jeune femme brune attablée en face d’eux pour ne plus la lâcher. Elle. C’était elle, la porteuse de cette étincelle, elle dont la façon de se déplacer dans l’espace, d’appréhender l’air autour d’elle était tout bonnement fascinante. Quel qu’était leur lien, Luka escomptait bien l’utiliser à son avantage… Elle n’aurait pas su passer à côté de cette chance inespérée d’appréhender la quintessence de ce que cette demoiselle était.

« Invite donc ton accompagnatrice à nous rejoindre, et j’accepterai ce verre avec plaisir. »

Elle lâcha son col, tapota son épaule avec un sourire éclatant. Brave garçon, dut-elle se retenir de dire, une envie folle de rire dans les prunelles.


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Althéa Ley Ka'Ori
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Lun 21 Aoû - 9:40
Irys : 602448
Profession : Guérisseuse du Troisième Cercle
My'trän +2 ~ Suhury
La jeune dévote sirotait son lait, s’apprêtant à se délecter du spectacle de l’humiliation inconditionnelle qui allait inévitablement se produire. Comme elle serait bientôt déçue de voir son implication dans ce numéro médiocre de taverne oubliée ! Une dragonnière érudite, une guérisseuse indifférente et un imbécile arrogant. Cela sonnait comme le commencement d’une histoire drôle dont personne n’aurait attribué l’épithète, mais où tout le monde s’accorderait de façon tacite pour la qualifier comme telle lorsqu’ils la raconteraient a posteriori.

Pour l’heure, elle détaillait la jeune femme de son regard presque mélancolique. L’aventurière avait ce quelque chose de magnétisant qui lui échappait et pourtant la frappait de plein fouet. D’une certaine façon, cela s’apparentait à reconnaître la présence du soleil ; on a conscience du rayonnement qu’il en émane, mais planter ses yeux dans sa direction n’a jamais apporté aucune information utile à son étude. Peut-être était-il plus pertinent de comparer Luka aux flammes au vu de sa chevelure de braise et de son comportement impétueux. Après tout, l’analogie fonctionnait tout aussi bien ; le mystère du feu reste insondable à l’œil nu qui l’observe. Cela sonnait mieux, pensa-t-elle avec une once de fierté à peine décelable sur son visage.

Quoi qu’il en soit, cette aura de chaleur et de mystère construite était probablement celle qui avait tant ému Yecht dès son arrivée sur les lieux. Lui-même semblait quelque peu peiner à la regarder dans les yeux, lui pourtant si confiant ! Elle avait ce degré de complexité qui gênait les hommes sans histoire, sans douleur autre que celle de la faim temporaire, du désir charnel inassouvi et de l’ennui. Elle comprit à sa première phrase qu’elle allait jouer avec lui mais pas de la façon qu’il espérait. Le « Nous jouons donc… ? » marqua la fin de Yecht en tant que pion dominant et meneur de la partie.
La tension monta entre les deux protagonistes, si bien qu’elle se répandit sur quelques tables. Un ou deux ivrognes habitués (à l’alcool ou à la taverne, vous en serez les juges) lancèrent une remarque déplacée lorsqu’ils prirent note de leur promiscuité. Les corps se frôlaient de façon à ce que leurs expirations deviennent les inspirations de l’autre. Inconsciemment, Althéa fit parvenir à Yecht une vague d’apaisement qu’elle aurait juré avoir seulement imaginé dans son esprit. En tout cas, il tint bon, et parvint même à ne pas sembler trop gêné ou maladroit.

De son côté, Althéa retenait son souffle, un demi-sourire sur les lèvres. Elle comprenait le corps et son fonctionnement, elle avait étudié chacun de ses composants ainsi que leurs emplacements, et pourtant quelle divine et inaccessible science que les effets de la volonté sur celui-ci ! Le meilleur des médecins ne pouvait qu’insuffler des émotions, là où les deux personnes placées au bon endroit pouvait former un véritable raz-de-marée irrévocable de sensations. Elle pouvait lire d’ici le trouble de Yecht ; sa volonté n’était plus, parce que celle d’une autre avait voulu la rabattre au plus profond de son âme. Quelque proximité précipitée avait eu raison de ses années de séduction cumulées. Lorsque Luka s’écarta de son frère, l’air redevint palpable, et il lui sembla possible de respirer à nouveau. Yecht lui-même se fit violence pour ne pas inspirer à pleins poumons tant sa poitrine avait été comprimée par l’effort.

La pièce était la même toutefois, et ses occupants vaquaient paisiblement à leurs occupations tout comme avant le commencement de la scène. C’était le cas de "magie spontanée " dont Althéa s’évertuait tant à clamer l’existence et elle appréciait toujours une nouvelle démonstration à étudier. Elle reprit une gorgée de petit lait à déguster.

« Invite donc ton accompagnatrice à nous rejoindre. ».

La guérisseuse manqua de s’étouffer avant la fin de cette phrase. Elle dissimula une quinte de toux, tant dans sa gorge que dans son coude, puis releva les yeux pour croiser celui du feu incarné. De son côté, elle était figée comme la glace.

« Je ne connais pas les pratiques en Zolios, mais chez nous, nous ne faisons pas ce genre de choses avec nos soeurs ! protesta Yecht avant de partir d’un rire franc. »

Althéa secoua doucement la tête, et contesta également la proposition d’un ton solennel :

« Je ne suis pas le genre de personne que vous souhaitez avoir comme partenaire de buvette...
- Oh, tu te méprends, Althéa ! Tu fais de très beaux discours sur la vie, la mort, et ce qui lie les deux comme tu dis, le destin ! De quoi faire passer de belles nuits aux enfants, et faire pleurer les plus vieux. »

Comme à son habitude, Yecht avait la fibre de la taquinerie aiguisée par la lame de l’authenticité. La dérision n’est-elle pas augmentée par une once de vérité ? Elle lut dans son attitude qu’il avait abandonné toute méthode de séduction, comme si on lui avait annoncé qu’il était nécessaire de se couper un bras pour devenir primo-gharyn d’une certaine capitale ; le prix était trop fort pour en valoir l’effort. Il valait mieux adopter les méthodes traditionnelles que de vouloir précipiter les évènements.

Althéa contempla la scène l’espace d’une seconde. Luka ne s’était pas démontée, et semblait déterminée à l’inviter à sa table. Yecht ne semblait pas voir d’inconvénient à se présence malgré son humour peu raffiné. Elle ne serait qu’un appui lors des récits de ses exploits ! Elle conclut sans difficulté qu’elle était suffisamment curieuse pour embrasser le retournement de situation sans se défiler. Elle se leva sans hâte, et rejoignit la table voisine. Yecht tira la chaise de Luka, car après tout la galanterie ne se perdait pas avec l’espoir, et s’installa en face d’elle, Althéa placée en bout de table.

« Aurons-nous l’honneur de connaître votre prénom, charmante demoiselle ? Signifie-t-il beauté fatale ou plutôt fleur délicate ? »

Althéa toussa pour ravaler son rire, prétextant une autre quinte de toux pour masquer son hilarité. D’ici la fin de la soirée, on la penserait malade, mais mieux valait cela que réduire à néant les efforts d’un homme épris. Elle se promit de ne jamais tomber pour ce genre de phrases impersonnelles au possible.

«  Sachez que me prénomme Yecht, et que la petite  (Althéa le foudroya du regard)  que vous vouliez à votre table s’appelle Althéa. Maintenant que nous avons trois joueurs, qui pour commencer ?
- A quel jeu ? L’émotion loquace ou le dragueur frustre ? »

Lorsqu’elle était enfant, du temps où ses parents résidaient encore parmi le clan, elle se prêtait avec plaisir aux joies de "l’émotion loquace ", jeu des plus subtiles s’il en est. Il fallait pour y jouer déterminer un sentiment, qui lui-même évoquerait un souvenir à raconter. Beaucoup mentaient, peu importait ; tant que les mots étaient touchants et l’intrigue atypique ! Inévitablement les émotions négatives étaient de celles qui révélaient le plus sur la profondeur d’une âme. Parler de loyauté, de bravoure et de confiance n’apporte qu’histoires pré-inventées et sans couleur, atones parce que toutes identiques. C’est en parlant vices et souffrances que l’on apprend à connaître. On est amis que lorsqu’on connait les pires aspects d’une personnalité, on n’est familiers que si l’on a conscience des expériences endurées.

«  C’est bien le premier que j’avais en tête, je perds trop vite au second jeu, rétorqua-t-il sur son ton jovial. »

Il fallait au moins admirer cela chez Yecht. C’était le plus divertissant de ses frères, et il n’avait certes pas la science infuse mais il avait une maîtrise du langage et de la vie en société qu’elle n’atteindrait peut-être jamais.

« La règle est simple : il suffit de choisir un mot, qui doit vous évoquer un souvenir qu’il faut raconter. Nous feriez-vous l’honneur de commencer, charmante demoiselle, avec pour émotion la déception ? »

Althéa jubila intérieurement. Le mot n’était pas très fort, mais tapait dans la moitié négative des sentiments. Tout bien considéré, Yecht n’avait pas abandonné la partie s’il voulait apprendre à la connaître via ce jeu ; elle s’était fourvoyée sur son compte. Contre toute attente, l’endurance d’un combattant est réemployée lorsqu’il fait la cour. Elle en fit une note mentale, et posa son regard sur le carnet que Luka griffonnait plus tôt, et elle ne se cacha pas de sa lecture alors qu’elle attendait son histoire d’une oreille distraite.


Dernière édition par Althéa Ley Ka'Ori le Jeu 31 Aoû - 3:01, édité 1 fois
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Luka Toen
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Mer 30 Aoû - 0:33
Irys : 329546
Profession : Historienne et naturaliste à ses heures perdues, médecin officiellement
Guilde +2 (femme)
Elle se levait pour les rejoindre –elle se levait, et Luka n’avait pas assez d’yeux semblait-il pour s’adonner à ce dépiautage visuel et impudent dont elle avait le secret, un long effeuillage de la pigmentation de sa peau jusqu’aux plumes légères égrenées dans ses cheveux. Aussi brune que son frère constata-elle, car il ne pouvait s’agir que de cela lorsqu’il se permettait de draguer avec bravache les donzelles alentours. Jeune ou peut-être pas, son physique indéfinissable avait le mérite de ne pas heurter le regard avec ses traits doux et cette délicatesse du visage que l’on accordait aux femmes gracieuses et candides. C’était là toute la beauté de ce piège récurrent… Un minois de fleur gracile, une petitesse alléchante, et l’on était prêt à vous confier monts et merveilles pour deux Irys six sous. Néanmoins… Il aurait fallu être fou ou inexpérimenté pour ne pas repérer la dissonance qui se jouait entre la cambrure de ses lèvres et la parole silencieuse de ses prunelles. Un déséquilibre sous-jacent, comme une ridule sur la surface de l’eau témoignant de quelques remous internes, si profonds qu’ils en étaient indécelables au premier instant. Elle avait… Comment l’exprimer ? Cette lame de rasoir au coin des cils et la discrétion d’un volcan endormi.

« Ni l’un ni l’autre je le crains, rit-elle avec bonne volonté au romantisme mielleux de son jeune prétendant. Je m’appelle Luka. Luka Toen à vrai dire, pour être précise. Je crois qu’il devait s’agir du mot lumière dans la lointaine culture de ma mère. »

Elle se fendit d’une élégante révérence, théâtrale et surtout bonne joueuse. Au jeu du chat et de la souris, elle n’était pas victorieuse. Ses tours de passe-passe et ses ronronnements sensuels n’avaient pas de prise sur la volonté impérissable de Yecht : abattez des murs et il vous reconstruisait des tours. Son énergie était belle à voir, pourquoi la piétiner d’une odieuse pédanterie ? Elle n’était pas femme à refuser de se laisser charmer, juste un peu plus pétillante et moins habile à la passivité.

« S’il-vous-plaît ? héla-t-elle l’une des serveuses affairées au comptoir. Mes amis et moi-même allons reprendre de ces délicieuses pâtisseries que vous m’avez servies tout à l’heure. Une histoire devrait toujours être accompagnée d’un bon repas, précisa-t-elle à l’intention de ses deux invités. »

La dénommée Althéa n’était pas loquace, mais la relation qu’elle entretenait avec son frère parlait pour elle. Ils avaient cet espace confiné entre eux deux où nul autre ne pouvait entrer en dépit de la proximité physique de Luka. Ils étaient en cet instant et à tout jamais hors de portée dans un univers nommé habitude et passé commun, en témoignait le répondant vivifiant d’Althéa et les connivences amusantes de Yecht… Loin de jalouser leur lien, Luka se laissait très volontiers imprégnée de cette atmosphère, peut-être trop rôdée à l’observation des bêtes pour ne pas aimer cette promiscuité. Ils la laissaient vagabonder à l’orée de leur monde, et c’était déjà énormément.

« La déception donc… ? »

Elle plongea les yeux dans le liquide ambré de sa choppe, un fin semi-sourire mutin au coin des lèvres :

« Je suppose que vous n’attendez pas de moi une anecdote sur comment j’ai déjà loupé mon transport en commun ou raté un rendez-vous important. C’est dire si vous manquez quelque chose ! »

Elle retourna son carnet de notes dans le sens de lecture d’Althéa, l’air de rien, aussi naturelle que s’il se fut agi de présenter le futur menu alimentaire à sa compagne de table. Peut-être en effet était-elle désireuse de savoir jusqu’où s’étendait le tempérament de la jeune fille, et l’intérêt qu’elle portait spontanément à cette activité avait l’insigne mérite de plaire à Luka. Nourrissait-elle un certain goût pour la biologie des Mogoï… ? Son carnet était rempli d’esquisses et de croquis en tout genre desquels elle tirait quelques menus enseignements d’observation. Elle ne prononça mot sur la question cependant, considérant que la curiosité d’Althéa allait de soi et n’était pas plus source de problèmes que d’impolitesse pour elle.

« J’ai voyagé longuement à travers les différents continents d’Irydaë il y a plusieurs années. Je suis allée à Aildor, plus précisément, sur Als’kholyn. Connaissez-vous ? C’est une ville fort particulière, en cela qu’elle est construite sur différents niveaux souterrains. Magnifique et mortelle. Je crois que la plus grande déception que j’ai pu ressentir fut un soir dans une auberge de ces rues. »

Elle marqua un silence, remercia succinctement la serveuse qui déposa sous leurs yeux une assiette ma foi vraiment appétissante. Alors eut-elle ce geste inattendu de joindre ses mains sur le bois poli de la table, et ses paupières vinrent clore le vert mordoré de ses prunelles tandis qu’elle égrenait d’une voix suave la douce complainte des Architectes :

« Enfant, tu n’as qu’un souvenir à conserver,
Un seul devoir à accomplir.
Envers les Architectes, puissants et éclairés,
Ta foi ne doit jamais défaillir.

Sinon, prends garde, tu finiras comme eux,
Ces fous qui ne croient plus en aucun Dieux.
Des souvenirs morbides, des morts, de la peine,
Infectant les corps du souci et de la haine.

Alors du droit chemin tu seras exclu,
Repoussé par ceux qui l’auront continué,
Car de ces anciens frères déchus
Ne suis jamais le chemin vicié.
1 »

Elle rouvrit les yeux, plongea le feu magnétique de son attention sur son auditoire.

« Cette nuit-là, j’ai tenu en joue une Anomalie. »

Elle se souvenait, à peine des réminiscences éparses. Le métal glacé du canon contre sa tempe, ses doigts indifférents sur la gâchette et le goût exacerbé du sang sur sa langue… Puis ce hurlement qui lui avait déchiré les tympans. Le cri d’un homme effaré, lorsque Geal avait couru vers elle avec l’énergie du désespoir, ces pas précipités sur le parquet, l’odeur de la poudre et le ricoché sanglant que la balle avait imprimé sur le mur…

« Il y a une suspension étrange du temps, vous savez, lorsque vous braquez un revolver sur un être vivant. »

Elle leva sa dextre à hauteur de son visage, deux doigts sur sa tempe, joueuse et décalée dans l’imaginaire de sa narration, faisant naître sous ses gestes la réalité brutale d’une scène ancienne. Un souffle et…

« Mais je ne l’ai pas tuée. »

Non. Cette balle, qui devait fourrager son crâne et éteindre à tout jamais les restes de Selhan n’avait jamais trouvé son chemin vers sa chair. Elle y avait laissé une ligne fumante, décalée au dernier instant par la puissance humaine de feu son mari qui avait abattu tout son poids sur elle pour l’en protéger.

« Quelqu’un m’en a empêché, juste à temps. Un homme qui m’aimait suffisamment à sa manière pour ne pas vouloir me laisser porter un tel fardeau. »

Elle revint poser sagement sa main sur la table, consentant tacitement à laisser l’atmosphère regagner son abordable détente tandis qu’elle se laissait aller contre le dossier de sa chaise.

« Croyez-le ou non, mais j’en ai ressenti de la déception. J’étais désappointée, car cette solution me paraissait la plus viable parmi les possibilités existantes. Cette Anomalie avait fait du mal et recommencerait sans aucun doute. Il faut croire que ce n’était pas à moi d’apporter un point final à son existence... Le côté drôle de l’histoire, c’est qu’aujourd’hui je sauve des vies grâce à mon métier, plutôt que d’en prendre. »

Elle remit une mèche de cheveux flamme derrière une oreille, un sourire avenant sur ses lèvres.

« J’espère avoir répondu à vos attentes en matière d’anecdotes. Allons donc, chère Althéa, pourriez-vous à présent nous régaler du mot « avidité » ? »



1 Prière du folklore my'trän : Marcher droit, marcher bien.


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Althéa Ley Ka'Ori
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Jeu 31 Aoû - 4:35
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Lumière. Dans un langage ancien, d’une civilisation perdue peut-être ou aux mœurs profondément changées. A quoi bon nommer ses descendants après des dialectes d’aïeux oubliés ? On honore la mémoire de ce que l’on regrette à peine, puisque de nouvelles langues les ont substitués. De Luka à Lumi, qu’est-ce qui empêchait sa mère de modifier une syllabe ? Et de Lumi à Lumière, qu’est-ce qui la retenait d’en prononcer une de plus ? Mais l’on a peur de nommer des enfants avec des concepts concrets. Il resterait l’angoisse, pire l’anxiété diffuse, d’appeler son peureux de fils « Courage » ou son incapable de fille « Adroite » - ou même d’appeler une Althéa « Lumière ». On ne saurait alors nier son propre manque de discernement, puisqu’il serait ancré dans un quotidien bâti par les remords.

Aussi serait-il avisé de nommer les enfants à un âge plus avancé, puisque le nom est une définition en soi, qu’il soit en langage ancien ou nouveau. Le nouveau-né est une chose sans personnalité et sans talent sur lequel on appose malgré tout une appellation. Comment justifiait-on cela ? La praticité ? Et cela suffisait ?

Lumière. Ne nous méprenons pas, dans certains cas, cette façon de faire fonctionnait à merveille. Nommer Luka ainsi révélait avec justesse la lueur du feu brûlant qui se devinait dans l’émeraude de ses pupilles et qui s’interprétait dans chaque geste qu’elle entreprenait. La flamme qu’elle avait avivé dans le cœur de Yecht en était un autre aspect. Il fallait bien admettre qu’il y avait des succès formidables (mais pas moins hasardeux) dus à ces traditions ancestrales, et que Luka en faisait ouvertement partie. Quel nom aurait convenu à Althéa ? Ombre ? Plume ?
Poussée par un élan qui l’étonna elle-même, Althéa ne put s’empêcher de demander sur le ton cynique qui lui allait si bien :

« Êtes-vous plutôt la lumière salvatrice de la lune par une nuit austère et inquiétante ou celle que l’on abhorre au petit matin parce qu’elle nous tire d’une nuit trop courte ? »

Althéa devina plus qu’elle ne vit son frère lever les yeux au ciel dans sa meilleure expression de l’exaspération. Il eut été plus évident de s’attirer les faveurs de Luka en ramenant une petite sœur gazouillante de deux ans et demi qu’un morceau philosophique de deux décennies ! Mais Althéa ressentait ce désir immodéré d’en savoir davantage, de percer à jour, partiellement du moins, l’âme de Luka. Une sensation désagréable d’avoir été lue dans toute l’ampleur de son être sans pour autant savoir ce qui avait réellement été transmis lui parcourait les veines et la figeait d’horreur. Luka irradiait d’une énergie vitale époustouflante, là où Althéa renfermait ses passions au plus profond de son être. Mais la "lumière" avait eu raison de ses barrières, et une impression dérangeante d’être sous le feu des projecteurs persistait. De même que son regard impudent lui pesait encore.

Elle s’était persuadée que l’aura de Yecht serait un rempart à la sienne pour la durée de la discussion. De surcroît, lorsqu’elle conta son histoire, Althéa pensa à tort que la lumière s’était retournée à l’encontre de leur interlocutrice. La réalité était bien autre toutefois ! Elle ne faisait qu’approfondir le lien qui les unissait inexplicablement autour d’une même table par la force des choses en jouant sur une ambiance de suspense et de tension mêlés. Certains auraient pu confondre ce lien avec une passion foudroyante, mais il n’en était rien. Il s’agissait là d’un lien sobre de compatibilité. A sa façon de s’exprimer, elle devinait les qualités qui lui plaisaient chez elle. C’était une sensation étrange, elle qui s’était longtemps contenté des rapports avec sa fratrie, son clan et ceux, plus professionnels, des patients qu’elle traitait.  De toute évidence, elle était loin d’être un animal social, et se sentait mal à l’aise à l’idée de tenir un rôle si important auprès d’une inconnue. Pourtant, ne rêvait-elle pas de pouvoir ? N’était-ce pas là un des symptômes naturels que d’être le centre d’intérêt ?

Troublée, elle se contenta tout d’abord de jouer le rôle de la pièce rapportée, laissant à Yecht le soin de dévorer du regard la belle, pendant qu’elle se plongeait (plus en apparence que dans les faits) dans les croquis scientifiques du carnet présenté. Elle appréhendait Luka. Elle luttait pour ne pas être intimidée, mais rien n’y faisait. Au fur et à mesure que la tension montait en harmonie avec l’intensité de sa voix, elle fut forcée de se laisser absorber par ses paroles.

Non elle ne connaissait guère Als’Kholyn. La complainte des architectes en revanche, sur le bout des doigts. Avant qu’elle ne prenne conscience de son impulsion, elle chuchotait déjà en cœur les vers sacrés. Luka avait le don des grands diplomates à bien introduire leurs récits, tant et si bien qu’il put s’agir d’un mensonge, et l’on aurait mis sa main à couper que tous les évènements racontés étaient des faits, et parfois même on pouvait se convaincre de les avoir vécus soi-même comme tels. L’important était de créer une atmosphère et un lien avec son auditoire.

Althéa retenait déjà son souffle, et la chute de l’histoire ne fut pas décevante ! L’anomalie vit encore, conclut-elle avec amertume. Elle faillit faire un commentaire, mais Luka reprit son récit à temps. Ce n’était pas sa faute si l’anomalie avait survécu. Elle se détendit quelque peu sur son siège.
Il y eut au sujet de cette histoire de meurtre avorté de nombreux malentendus, mais auxquels Althéa fut totalement insensible. Toutefois, ils étaient le fruit d’un hasard qui aurait plus de répercussions que prévu.

La morale de l’histoire fut davantage à son goût. La tant attendue déception se dévoilait à présent, celle de ne pas avoir mis fin à une existence parjure, une insulte aux architectes ! Althéa se sentit en connexion avec Luka, mais certainement pour les mauvaises raisons. Sa main était posée sur le carnet de Luka, prête à tourner une page, et pourtant son attention était portée dans sa totalité sur la jeune femme. Cette dernière poursuivit sans attendre que le dénouement de son souvenir ait percuté les consciences ; elle savait quelle tâche lui incombait à présent. Le concept, elle l’avait plus qu’acquis ! Un seul mot se détacha nettement de ses paroles, et sonna comme la mort d’un proche aux oreilles d’Althéa.

«  Avidité. »

Avidité. Désir immodéré de posséder. Immodéré, soit irraisonnable ? Irraisonnable, donc immoral ?
Avidité. En plein dans le mille ! Un péché capital ! N’existait-il pas tant d’autres mots préférables ? Passion, amour, ambition, euphorie ? Fraternité, réussite, et même des mots plus sombres tels que doute, désillusion et même chagrin ? Non, Luka était plus maligne que tous ces mots réunis.

« Hey oh ! T’endors pas de suite ! »

Yecht avait claqué des doigts, tout près de son oreille. Elle sursauta, planta son regard dans celui de son frère, puis caressa du regard le visage de Luka. Elle pouvait lire la curiosité dans ces iris évocatrices d’une prairie enflammée par un orage de chaleur. Elle fit languir ses deux comparses pendant quelque secondes bien méritées, prit une longue inspiration et entrouvrit la bouche… pour la fermer instantanément. Pourquoi était-elle indécise ? Elle qui était une joueuse aguerrie de l’émotion loquace !

Avidité. Un thème délicat, qui révélait les raisons d’une existence autant que les moyens entrepris pour les mener à bien. En bref, il s’agissait d’un résumé compact d’un caractère dans son intégralité. Quels rêves enjolivaient ses nuits, et jusqu’où irait-elle de jour pour les réaliser ? Le temps pressait, il fallait qu’elle réponde avec spontanéité !

« Avant de commencer mon propre récit, j’aurais aimé savoir, pour peu que vous connaissiez la réponse à mon interrogation... si l’anomalie vit encore ? »

Elle gagnait du temps. Un temps essentiel, non, vital pour trouver une histoire qui …
Un éclair de compréhension la stupéfia ; elle n’avait jamais menti à ce jeu. Elle n’avait jamais éprouvé le besoin pressant de répondre par autre chose que le premier souvenir qui lui venait à l’esprit. Pire, elle ne savait pas mentir avec suffisamment de talent pour improviser de toutes pièces un souvenir. Elle se saisit de son verre, but une longue gorgée de petit lait pour reprendre contenance, et elle choisit la voie de la facilité. Celle de n’improviser que la forme, et point le fond. Celle de passer les détails qui font rougir, les désirs charnels et émotionnels qui sont la base de toute avidité. Malgré tout, elle révéla ce qu’elle avait de plus profond en elle.

« Mon histoire est sans date, sans période, sans fin également. Elle s’étale sur vingt années de mon existence, soit ma vie dans son intégralité. »

Et elle était certes peu loquace en présence de ses frères, mais pas moins éloquente que les conteurs du clan une fois lancée.
De son côté, Yecht ne souriait plus. Droit sur chaise, il faisait tourner machinalement sa chope de bière entre ses doigts habiles. Althéa fronça un sourcil interrogateur mais ne s’interrompit par pour autant.

« Réda était bien plus âgé que moi. Il comptait déjà huit hivers lorsque je naquis, et il a malgré tout passé les dix-sept suivants à mes côtes. »

Il ne s’appelait pas ainsi, mais cela ne changerait pas la face du monde que de modifier un tant soit peu les faits. C’était une pratique quasiment inscrite dans les règles.

« C’est lui qui m’a ouvert la voie de la magie Suhurienne, alors même qu’il vénérait celle de Khurmag. »

Dans la voix d’Althéa, on ne décelait ni tristesse ni regret. On lisait beaucoup d’attachement, une once de mélancholie et un raz-de-marée d’estime. Chez Yecht en revanche, la lecture était plus complexe. Il hochait la tête de droite à gauche en signe de désapprobation, et il finit par se lever sans bruit avant de déclarer avec un ton qui jurait avec sa chaleur habituelle :

« Pardon d’interrompre, mais un besoin urgent de remplir ma chope me pousse à fausser compagnie à d’aussi jolies demoiselles. »

Il avait perdu son aplomb originel. Même son sourire permanent ne paraissait plus. Leur bulle de confort fut inexplicablement vaporisée pour retomber en des milliers de gouttelettes sur le parquet grossier et usé par les passages quotidiens des clients. Althéa sortit soudainement de sa torpeur, et sa solitude fut plus poignante que jamais. Yecht n’était plus là, puisqu’il s’était élancé dans sa quête d’une seconde boisson, semant sur son passage une traînée de malaise malvenu.
Néanmoins, Althéa s’éclaircit la gorge et reprit son histoire sans hésitation aucune, guidée par sa foi en ses convictions plus qu’en sa stabilité émotionnelle :

« Nous avons toujours eu une relation ambiguë, entre sentiments affectueux et amitié fusionnelle. Cela faisait partie intégrante de notre lien, et il faut dire que la différence d’âge n’aidait pas à la compréhension de son ampleur, et aux termes exacts d’une telle relation. »

Ses mains se joignirent sur la table pour former un globe, comme une cage destinée à saisir et confiner ses propres pensées.

« Ce qui est sûr, c’est qu’il avait de grands projets pour nous deux, et qu’ils étaient mal vus par le reste de notre clan. Je vous épargnerai les détails éprouvants. Yecht fut l’un des plus fervents opposants. Il fallait que je sois en mesure de me défendre, mais il faut plus que se protéger pour se défendre ! La magie seule ne me suffit pas. Il faut savoir attaquer, il faut pouvoir blesser. Mais une fille en quête de compétences guerrières, c’était un projet suffisamment risible en soi pour que mes frères y soient opposés. L’entreprendre pour Réda l’était davantage. »

Althéa ne quittait plus Luka des yeux. Elle l’avait fait ; elle était parvenue à mentir tout en révélant malgré tout une grande part de ses émois. Elle ne savait si elle en éprouvait de la satisfaction ou de l’effroi.

« C’est là qu’entre en jeu votre fameuse avidité. Je suis avide de peu de choses. Mais de sa fierté, de sa reconnaissance, je suis la plus avide. Je payerai le prix fort pour m’élever à ses attentes, quitte à embarrasser mes frères. Pour tout vous dire, il n’y a que Möchlog qui saurait se dresser en travers de mon chemin. »

Elle marqua une courte pause, et s’adossa complètement à sa chaise.

« Je désire par-dessus tout qu’il m’estime comme je l’estime, quitte à me doter d’amoralité le temps d’acquérir cet honneur. »

Et quitte à déplaire à Yecht !
Althéa porta une main à son visage pour se masser la tempe, puis se résolut à goûter à l’excellente pâtisserie dont l’odeur régalait d’ores et déjà ses papilles. L’intensité inhérente au jeu alla decrescendo jusqu’à parfaitement s’évaporer dans l’air ambiant. Seul demeura le malaise laissé par le départ de Yecht.

« J’espère ne pas vous avoir assommée avec mon récit. Mais comme le dit Yecht, j’ai un don pour raconter les mauvaises histoires aux bons moments ! »
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Luka Toen
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Jeu 21 Sep - 18:17
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« Non, elle ne vit plus, répondit Luka après un court moment de réflexion. Du moins, pas sous une forme tangible en ce monde. »

Elle se fendit d’un sourire énigmatique, et il fut clair qu’elle n’en dirait pas davantage en dépit de la flamme vindicative qui semblait brûler en Althéa. La non existence d’une Anomalie supplémentaire devait la satisfaire pour cette humble après-midi, et c’était là, après tout, la véritable nature de ces êtres en déviance avec les Architectes : des produits non finis destinés à l’oubli, des identités radiées des registres par centaine de millier dans une lente et souffreteuse extermination massive. Mais l’heure de ce débat n’était pas plus venue que celle de ses réponses. Althéa était jeune et éduquée, il y avait des choses ancrées dans les consciences bien plus difficiles à dénouer qu’un simple petit lait accompagné d’une conversation trépidante.

Mais voilà qu’elle avait joué le jeu, pressentant immédiatement et confusément la nature ambivalente de la consigne qui ne définissait jamais clairement les frontières du mot « vérité ». Loin de s’adonner à la tentation de modifier certains noms, il avait été plus simple de laisser ses interlocuteurs interpréter par leurs regards certains gestes donnés. Qu’en serait-il maintenant de sa jeune amie ? Car elle n’en doutait pas, Althéa était indubitablement vouée à devenir une amie. Par quel sortilège du destin, Luka ne le savait guère encore – tout au plus savourait-elle par avance la première étape de cette vaste construction relationnelle, incarnée en la personne de Yecht. Oui, si cette après-midi s’éternisait, il ne demeurait plus aucun doute à ses yeux qu’elle le désirait dans son lit. Il y avait néanmoins un temps pour tout, et pour l’heure ne se peignait sur le visage du frère aîné qu’une étrange distanciation soudaine.

Elle le regarda s’éloigner, car ses raisons n’avaient trompé personne. Cela ne donnait que davantage d’accents véridiques à l’histoire que lui contait Althéa dans toute sa nudité psychologique, close sur elle-même et sa façade zébrée de fissures. Luka sentait poindre les prémices du volcan qu’elle avait flairé en elle, cette énergie insaisissable qui transformait les personnes secondaires en figure de premier plan. C’était là une histoire triste, et elle ne l’était pas pour autant. Il y avait une sensibilité confuse à l’arrière de ces mots qui chaviraient à la frontière de ses lèvres, et qui pourtant ne doutaient pas un seul instant. Non, ce conte n’était pas à la mesure d’un drame familial, mais à celle d’un espoir vivace. La volonté et les décisions étaient déjà fermement arrimées dans l’esprit d’Althéa, et plus qu’un aveu, cette description du mot « avarice » parut aux yeux de Luka comme la digne présentation qu’elle attendait jusqu’alors. Enchantée, me voilà enfin telle que je suis entendait-elle par-delà la carapace grammaticale de la jeune fille. Et à cela répondait-elle d’un regard confiant plus droit et certain qu’à la lune succédait toujours le soleil, Bienvenue chez toi, tu as semble-t-il trouvé ta juste place.

« Il y a au moins le mot « bon » dans cette définition, ce qui n’est pas une mauvaise chose, intervint-elle lorsque son interlocutrice eut fini son récit. »

Elle se redressa sur sa chaise, poussa sa chope de bière en direction de la jolie brune :

« Nous sommes toujours l’esclave de quelqu’un d’autre. De ses attentes, de ses envies, et de nous-mêmes. Nous n’échappons pas à cette règle plus naturelle que l’existence du monde : regardez donc, même la bière est contrainte par le bois qui l’enveloppe et nous permet de la boire. Pensez-vous que cela soit négatif pour autant ? Que la bière en souffre ? »

Ses prunelles pétillèrent d’une malice flagrante, celle d’un enfant ou d’un fou, il n’y avait pas grande différence. Althéa était assez âgée pour prendre ses propres décisions, et Luka n’aurait pas pu l’en dissuader si tel avait été son but. Il n’en était heureusement rien, elle ne s’appelait pas Möchlog et n’était pas encore assez imbue d’elle-même pour se prétendre l’égale d’un Architecte. Il eut tout d’abord fallu pour cela que ses notions de bien et de mal aient été un tantinet plus tranchées… Au lieu de quoi prenait-elle toujours plaisir à verser d’un côté et de l’autre du miroir, guère désireuse de limiter sa vision à des contrindications trop humaines. En revanche, il y avait bien une subtilité dont elle était capable… ! Sa jeune amie souffrait partiellement, et cela était inadmissible.

« … Non, bien sûr que non. Seuls les êtres humains que nous sommes établissent autant de précautions autour du « soumis à », tant l’idée de la liberté que nous avons est pure et élogieuse. Pensez et agissez prudemment vis-à-vis de cet homme à qui vous accordez spontanément autant de pouvoir sur votre corps et votre âme. Mais ne laissez personne vous dire le contraire de vos convictions, si vous jugez pouvoir grandir par et grâce à lui. Après tout, lequel est en position de force, entre le bois et la bière… ? Un liquide souple et adaptable à toute surface a-t-il vraiment quoi que ce soit à craindre d’un bois certes solide, mais figé dans sa condition ? »

Il lui revenait en mémoire une ancienne fable my’trän, à propos d’un roseau et d’un chêne, tout à fait de bon aloi avec la teneur de ses propos. Impossible néanmoins de se remémorer le nom de son brillant auteur, probablement perdu depuis tant de siècles par les évolutions marquantes qui avaient frappé Irydaë. Elle s’accorda une rasade en guise de récompense pour cet effroyable discours. Oh, Althéa n’était pas la seule à se donner des airs de grand-mère rabâchant certaines vérités peu agréables à l’oreille des jeunes générations. Donnez-leur une tour perdue dans les plus sombres forêts, des airs de prophètes ensorceleuses, et elles avaient tout de l’indécrottable philosophe aussi ennuyant à écouter que les professeurs de Suhury ! Heureusement que Yecht leur avait fait faux bond, derrière l’infinité de son indifférence apparente, Luka n’aurait pas voulu qu’il se persuade que sa bouche était aussi peu douée pour les baisers que les conversations prenantes.

« Je vous pardonne de m’avoir assommée si vous me pardonnez mes écarts de mégère maternelle, vous avez probablement besoin de tout sauf d’un nouveau parent rabâcheur de leçon à vos trousses. »

Elle rit de bon cœur, amusée de son propre comportement. L’autodérision était un art trop souvent oublié, et Luka avait pour honnête passe-temps de le raviver de quelques braises lorsque l’atmosphère se faisait trop pesante.

« Toutefois, j’aimerais que vous m’écoutiez attentivement. Vous voulez la puissance, m’avez-vous dit, la force combattive et l’honneur récupéré. Très bien. J’ai tout cela, et bien plus encore pour vous. »

Son visage se fit sérieux, et c’est avec une attention franche qu’elle contempla Althéa sans détour. Elle ne doutait plus. Il y avait chez cette jeune femme une étincelle qu’elle ne se serait jamais pardonné de laisser passer.

« Je ne me suis pas totalement présentée. Mais je me nomme Luka Toen, petite-fille de George Toen, fondateur des Cercles de l’Aube. J’œuvre en tant que second Cercle, et nous vivons et combattons en l’honneur de la vie. Et vous avez précisément cette hargne que je ne vois que trop rarement chez nos apprentis, ce quelque chose qui fera de vous sans aucun doute l’une de nos plus grandes soigneuses combattantes. »

Elle marqua un temps, une seconde de souffle où ses prunelles dévisagèrent ce volcan si magnifique qu’était son interlocutrice.

« Rejoignez les Cercles de l’Aube. Devenez quelqu’un d’important. Vous verrez qu’il y a là-bas cent aventures à vivre dans une seule existence. »


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Althéa Ley Ka'Ori
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Sam 23 Sep - 22:37
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Althéa se fit l’oreille attentive de tous les dires de Luka. Il y avait ce quelque chose d’admiratif dans son regard qui rappelait la dévotion d’un apprenti pour son maître. Peu de choses savaient caresser sa sensibilité avec une telle expertise. Trouver plus subtil et raffiné que soi en faisait partie de façon évidente. Parfois l’arrogance doit être ravalée au profit d’une opportunité immanquable. Si elle peinait à faire l’aveu de son adoration à quiconque d’autre que Quevven, elle était néanmoins disposée à la considérer comme une égale de par son attitude, comme un modèle auquel prêter allégeance de par sa pensée. Le cours de la discussion serait alors à même de satisfaire son ambition.

Pour l’heure, plus que tout, Luka posait des mots sur ses démons du passé comme autant de pansements sur des plaies infectées depuis trop longtemps. Ce n’était pas sa relation avec Quevven (Réda) qu’elle déplorait, mais en effet la vision humaine de la morale, de ce qu’autrui doit être contre son gré pour la simple satisfaction de compter dans la majorité banale qui cherche la liberté à tout prix.

« Je suis émue d’être comparée à de la bonne cervoise ! plaisanta-t-elle, non sans esquisser un sourire qui affichait un soulagement inexprimable. Mais je demeure plus que comblée de tenir dans ce contenant, même s’il est en effet convenu que le terme ‘comblé’ soit attribué à la chope de façon automatique. Mais je m’y suis modelée, à cette chope, à Réda. J’ai mes propres remous à la surface, et une consistance bien à moi, qui me définissent en tant qu’individu. Du moins j’ose l’espérer. De là à dire que je quitterais le confort qu’elle m’octroie ! Qui s’y résoudrait dans ma situation ? »

Le petit lait délie autant la langue que la cervoise, c’est un fait. Rien de mieux qu’un tel breuvage et une interlocutrice de qualité pour produire une Althéa loquace et passionnée. Elles s’étaient isolées dans une atmosphère propice aux confidences, une bulle bien à elles qui ne saurait être percée par quelque facteur extérieur. Le jeu avait eu plus d’effet qu’escompté sur leur conversation, et la jeune femme nota mentalement l’efficacité de l’émotion loquace à donner de la profondeur à une discussion.

« J’en fais partie intégrante à présent, comme deux verres de bière mélangés donnent un tout que l’on ne saurait dissocier avec exactitude. C’est davantage le regard des autres que je redoute que ma propre soumission. C’est tout comme vous dites ; si une tierce personne décidait soudain que la bière se doit d’être bu dans un verre en cristal, et que la morale voudrait qu’il ait raison, alors on ne demanderait plus leur avis aux concernés. Il se moquerait éperdument de ce qui lie les deux composants aussi intrinsèquement. Il ne verrait que ce qui lui semblerait le plus approprié. »

Elle marqua une pause réflexive. Elle regrettait presque d’avoir menti, de ne pas avoir avoué que l’homme était son frère et qu’il se nommait Quevven. Elle n’avait eu qu’à raconter son histoire pour que Luka en comprenne les enjeux et les nuances. Mais après tout, il était peut-être plus avisé de taire son identité pour le moment, puisqu’elles n’étaient attablées ensemble que depuis peu et que Quevven n’aurait guère apprécié que l’on parle à son sujet aussi ouvertement. Malgré tout, elle éprouvait un indescriptible pincement au cœur. Accepter sa situation est une chose, avoir la possibilité de l’exposer librement en est une autre. A dessein, elle modifia le cours de la conversation.

« Yecht refuse toute discussion à ce sujet, vous excuserez sa soudaine distance qui ne trompe personne. Son raisonnement est pavé de bonnes intentions et… Ma foi, si vous avez des frères et sœurs, vous comprendrez ; il arrive qu’ils n’aient plus le recul nécessaire pour vous accorder quelque once de crédit. »

Althéa se joignit timidement au rire de Luka lorsqu’elle acheva ses préceptes philosophiques pour employer un ton plus badin. Elle préférait entendre la mélodie de son enjouement que d’emplir l’air de son propre rire.

« Je vous pardonnerais tout, chère mégère ! Vous êtes probablement la plus subtile dame à qui mon frère n’ait jamais fait la cour. »

Elle en profita pour finir son verre, laissant place à un silence des plus agréables où chacune se remettait de l’éclat de rire, comme pour solidifier la complicité qui régnait à cette table. Elle fut prise au dépourvu par le ton étrangement sérieux pour lequel Luka opta. Il contrastait avec la dérision avec laquelle elle s’était qualifiée elle-même de "mégère". Elle plongea dans l’intensité de son regard, qui accaparait à présent toute son attention au point qu’elle ne sut guère comment s’en défaire.

Lorsque la jeune Toen approfondit son identité, et l’arbre généalogique qui s’y rattachait, Althéa ne put empêcher l’émerveillement de poindre sur ses lèvres entrouvertes et ses sourcils qui tiraient vers le haut. Sa grandeur l’impressionnait déjà, et la renommée de sa famille ne vint qu’ajouter du poids à l’admiration qu’elle lui vouait déjà.

« Vous êtes… Vous … Et bien… *Ahem* »

Elle reprit contenance en hochant doucement de la tête, se détachant du regard enjôleur de la rouquine pour remettre ses idées en place. Un sourire naquit sur ses lèvres et elle redressa la tête pour croiser à nouveau son regard. Ses pommettes avaient un peu rosi aux yeux de l’observateur attentif.

« C’est idiot, pardonnez mes balbutiements ! J’avais envisagé de les rejoindre et vous rencontrer en personne est comme un signe envoyé de Möchlog en personne ! »

Elle n’admit pas tout haut que le nom Toen l’avait intimidée au plus haut point. Les Suhurs qu’elle fréquentait avait certes leurs opinions bien tranchées sur les Cercles de l’Aube, mais cela n’en revenait pas moins à rencontrer la descendante d’une légende que l’on vous a maintes fois conté. Luka avait été placée sur son chemin par la chouette elle-même, autrement comment expliquer cette coïncidence ? Mieux, ce miracle ? Elle avait trouvé son Destin. Elle prit soudain conscience qu’elle n’avait pas répondu à la question, et elle se précipita d’ajouter, non sans ponctuer ses propos d’un rire enthousiaste :

« J’accepte, bien évidemment, j’accepte ! Aventure et réputation, voilà des concepts pour lesquels vivre. »

Dans sa tête défilait une prière à Möchlog, et un fouillis d’émotions et d’idées sans suite logique aucune. Parmi celles-ci, elle parvint à en énoncer certaines.

« Qu’en est-il de l’aspect "combattant" que vous attachez à la soigneuse que je suis ? Faut-il à tout prix me rendre en Zochlom pour y recevoir un enseignement ? Et faut-il être une érudite comme vous ? Je ne suis pas sûre de comprendre tout ce qui figure sur votre carnet, à dire vrai ! Et quelles sont les ambitions des Cercles de l’Aube ? Mis à part fournir des guérisseurs, y a-t-il un objectif plus vaste ? »
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Luka Toen
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Mer 25 Oct - 17:16
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Profession : Historienne et naturaliste à ses heures perdues, médecin officiellement
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Si vous avez des frères et sœurs, vous comprendrez, et ce refrain résonnait à son oreille avec une douce tristesse teintée de joie. Oui, elle avait une sœur. Une sœur qu’on lui avait arrachée dès l’origine, leur ôtant toute possibilité de bâtir, ensemble, un château de souvenirs à la hauteur de leur jeunesse d’alors. Et qu’avaient-elles fait de leur futur, leurs destins respectifs inévitablement séparés et pourtant si liés ? Il paraissait fou qu’à l’exacte même période de leur vie les effets secondaires de la magilithe les aient frappées de plein fouet. Dix années d’immortalité passive, leur jeunesse figée dans l’ambre d’une inhumanité de plus en plus présente. Luka était parvenue à maintenir la tête hors de l’eau, lutter avec elle-même contre la maladie qui la rongeait. Faye… Faye était toujours une Anomalie. Un frisson glacé la parcourut. Le goût acide et amer de l’injustice, cette sensation qui vous vrillait les entrailles lorsque l’une des personnes que vous aimez le plus au monde vous apprend que son corps est malade, et qu’elle n’en sortira probablement pas vivante. Etait-ce là tout ce que les Architectes avaient prévu pour elles ? Des retrouvailles douces-amères, éphémère lueur de bonheur pour mieux les plonger dans les tréfonds du doute et de la misère ? Car son Régisseur viendrait. Tôt ou tard. Il raflerait sa mise, dévastant ce qu’il restait d’une lointaine famille sans l’once d’une hésitation. Cela, si Faye ne finissait pas dévorée toute entière par les cristaux qui pulsaient sur sa peau…

Une volonté sauvage assaillit Luka, la rage sourde d’un animal lovée dans sa poitrine. Qu’ils viennent nombreux. Que les Architectes, les puissants de ce monde se donnent rendez-vous pour détruire sa sœur. Car alors, ils la trouveraient sur leur chemin, l’ensemble de ses recherches scientifiques pour armes et l’impétuosité d’une louve prête à mordre pour ne plus jamais lâcher. Nul ne poserait le moindre doigt sur Faye, peu importe ce que cela puisse coûter à cette réalité. Elle la soignerait. Un jour ou l’autre. Et n’aurait plus jamais à subir la perte de son univers entre ses mains impuissantes.

« Et… Tu es toi ? reprit-elle néanmoins avec humour le cours de la conversation présente. Je suppose que nous pouvons désormais nous tutoyer, si cela te convient bien sûr. Après tout, il semblerait que nous ayons déjà passé le cap du verre à boire ensemble… »

Luka interpréta faussement les balbutiements soudains de la jeune fille, misant cela sur la superbe que renvoyait toujours son grand-père même d’entre les morts. Incapable d’envisager l’image qu’elle renvoyait ou trop peu concernée par sa propre réputation – de toute façon confinée au secteur scientifique, et plus encore zoologique -, elle demeurait l’enfant admirative de son parent dont l’esprit assimilait la moindre parole, buvait les gestes de Georges comme la gestuelle religieuse d’un Khorog. Comment ne pas l’aimer ? Se sentir un instant dépassée par cet homme dont l’histoire avait fait infiniment plus que la majorité des êtres vivants sur Irydaë ? Lui qui avait bâti une guilde, fait grandir Yeronkhii jusqu’à lui attribuer le rang de capitale de Zochlom… Il n’y avait aucun doute possible, Luka était fort mauvaise juge lorsqu’il s’agissait de son grand-père, beaucoup trop subjective dans ses opinions. Aurait-il triché qu’elle l’aurait malgré tout déclaré gagnant, et s’il pouvait être l’inventeur de la médecine, de la technologie et de la nature tout à la fois, elle se serait retrouvée à prêcher sa foi au premier venu.

« Quel hasard malgré tout ! »

Elle frappa le bois de la table d’une main pleine et enthousiasmée, n’en revenant pas d’avoir précisément croisé le chemin d’une recrue. Une fidèle de Möchlog qui plus est ! Luka ne se leurrait pas, les mages de la chouette avaient toujours été les meilleurs alliés en médecine, capables de prouesses que nul herboriste ou chirurgien n’aurait pu même envisager. Elle ne s’était guère attendue non plus à parler travail aux confins de My’trä, mais puisque sa fonction la poursuivait toujours aux quatre coins du monde…

« Tu as en tout cas déjà le premier atout vital à une carrière : le sens de la curiosité, se moqua-t-elle gentiment, croyant avoir affaire à un reflet d’elle-même. »

Voilà qu’elle n’était donc pas la seule affamée à poser une kyrielle de questions minute !

« Tu n’as pas nécessairement besoin de te rendre jusqu’à Zochlom, même si je ne peux que trop te le conseiller. Malgré tout nous avons parfois des responsabilités à assumer, nous ne pouvons par conséquent obliger nos apprentis à tout quitter pour rejoindre le Quartier Général. Il existe de nombreuses succursales, postes principaux où des représentants de la guilde assurent le bon fonctionnement à échelle nationale, voire régionale. Tu les trouveras en majorité près des capitales. Tu peux postuler directement dans l’un de ces postes, car ils communiquent chaque semaine avec le QG.

Le terme de « combattant » s’applique quant à lui surtout aux Seconds Cercle. As-tu des notions de hiérarchie au sein de la guilde ? Nous nous divisons en quatre cercles, dont le dernier palier représente les aspirants, et le premier notre chef de guilde. Les Troisièmes Cercles sont nos médecins traditionnels, nos soigneurs venus de tous les horizons. Les Seconds Cercles, eux, ont en plus de cette base médicale l’apprentissage de compétences martiales, un entrainement rigoureux au combat. Non dans le but d’attaquer ou blesser, bien évidemment, nous restons des médecins. Mais dans l’optique de pouvoir assurer leur propre sécurité lorsqu’ils se rendent à Ekhlen, pour aider les chasseurs aventuriers face aux plus terribles créatures.
»

Du bout de l’index, elle traçait sur le bois verni de la table d’invisibles cercles supposés illustrer ses propos, sous la forme d’une immense pyramide. Rajoutait-elle un brin de piments à ses explications ? Sans aucun doute, mais l’engouement était tel qu’elle ne pouvait résister à la tentation d’enrober la piqure professorale d’une large couche de chocolat.

« Quant aux objectifs de la guilde… C’est une question ma foi fort difficile. A l’origine de sa création mon grand-père et ses comparses avaient surtout pour but de pouvoir offrir le droit à la guérison à tout un chacun, même ceux qui n’avaient pas les moyens de s'acheter une nouvelle santé. »

Devait-elle évoquer l’idéal utopiste des deux nations réunies sous une même bannière dans l’intérêt commun de la médecine ? Elle dévisagea longuement Althéa, parfaitement dans son rôle de My’trän. Elle se remémora sa réaction à l’évocation des Anomalies, et craignit que dépeindre la présence des Daënars ne desservent son but premier qui était de l’enrôler. Elle aurait par ailleurs tout le temps de le découvrir ou de faire abstraction de ce détail. Après tout, libre à elle de n’œuvrer qu’à My’trä, la guilde ne forçait pas ses membres à confronter leurs idéaux.

« Nous espérons également que la réunification d’autant d’esprits brillants nous aidera à faire grandement progresser la médecine, et les connaissances que nous avons du corps humain et de son fonctionnement. Pour qu’un jour peut-être la maladie n’existe plus, et la perte infortunée d’un être cher non plus. Mais cela, tu connais la chanson, reprit-elle avec dérision cette fois-ci, un sourire amusé sur les lèvres. Blablabla, les grands de ce monde ont toujours des idées pures et grandiloquentes sur ce que devrait être Irydaë. Pour ma part je pense que ce projet est irréalisable, car la nature s’adaptera toujours à nos tentatives. Nous pouvons néanmoins alléger le sort d’énormément de gens avec nos moyens actuels, et cela n’est déjà pas rien. Tu peux également avoir ta propre opinion, ton objectif personnel à œuvrer pour la guilde. »

Elle tapota son carnet, et vint appuyer son menton dans sa main à la manière d’une vieillarde ennuyée :

« Oh et puis ça… Ce ne sont rien que des délires de zoologiste pour mes futures recherches. Les comprendre ne veut pas dire que je suis érudite, j’ai juste pris le temps de me spécialiser sur un sujet. Demande-moi de parler de la condition des habitants de Khurmag ou de l’art de construire une maison, et tu découvriras à quel point je suis infiniment loin de ce statut ! Nous ne cessons jamais d’apprendre, n’est-ce pas ? »


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Althéa Ley Ka'Ori
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Dim 5 Nov - 20:42
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Profession : Guérisseuse du Troisième Cercle
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Althéa affichait un sourire ravi, teinté de juvénilité. Sa vie de simple guérisseuse de Darga prenait une toute autre ampleur sous le joug des Cercles de l’aube. Sa lassitude était lavée, l’aventure s’emparait de sa vie stérile, avant même qu’elle ne soit en mesure de quêter l’épopée en Zochlom. Elle en tira une belle morale, ou du moins une conviction, qu’elle répéterait d’innombrables fois à l’avenir ; il suffit de désirer l’aventure pour qu’elle vienne spontanément à soi.

Si ses paroles troublèrent Luka d’aucune manière, notamment lorsqu’elle mentionna les relations fraternelles, elle n’en prit pas conscience. Non pas par pure égoïsme -une fois n’est pas coutume-, mais davantage parce qu’elle était ahurie devant le tournant décisif qu’empruntait son existence, sa destinée. Ses pas s’engageaient sur un sentier sinueux et incertain, qu’elle avait contemplé et redouté de nombreuses années. Elle le devinait fait de diverses embûches et menant vers une destination qu’elle méconnaissait. Mais Luka lui tendait une main amicale et rassurante, et l’incitait à présent à se détourner de son passé. Elle entrait de façon presque officielle dans la deuxième période significative de sa vie, aussi elle ne pouvait que remercier les architectes d’avoir parsemé son quotidien de multiples indices quant au destin qu’ils lui avaient réservé ; ils avaient rendu cette transition si fluide de par leur subtilité !

De surcroît, elle se rendait compte maintenant que les éléments de réponses que lui apportaient sa nouvelle amie correspondaient parfaitement aux attentes qui l’animaient en les posant.

« Vos… tes propos me rassurent grandement ! avoua-t-elle avec entrain. Il faudra bien que j’acquière des compétences de combat à un moment donné, mais j’aimerais effectivement avoir un avant-goût de ce que signifie vivre une vie d’aventurier, avec le lot d’explorations palpitantes que ça implique ! Mon frère compte rejoindre ces fameuses expéditions en Ekhlen, cependant, et je m’en voudrais de ne pas pouvoir l’assister… J’espère qu’il retardera son départ ? »

La question rhétorique, murmurée d’une voix plus faible, demeura en suspens, malvenue, comme une tâche de sang sur un drap blanc. Elle aviserait lorsqu’il serait revenu de son interminable escapade.

« Je suppose que je ferai partie du troisième cercle pour le moment, et que je ferai tout de même au mieux pour apprendre les rudiments du combat d’ici quelques mois peut-être. J’ai été trop longtemps couvée par mes frères, et je n’aurai pas leur main rassurante à tout instant de ma nouvelle vie.  »

Elle écouta attentivement la présentation concise que Luka faisait des objectifs de la guilde. Elle songea que faire progresser la médecine était un but qu’elle négligerait probablement. En tant que disciple de Möchlog, le potentiel des soins qu’elle prodiguait lui paraissait infini, dans la mesure où seul l’architecte décidait de ses limites. Par bien des aspects, cette idée la réconfortait. Il ne lui restait qu’à prouver sa foi, à parfaire ses dons, et elle était persuadée que la chouette accroitrait ses pouvoirs en conséquence. Sa maîtrise en était imparfaite pour sûr, mais elle ne saurait douter de l’immensité et de l’entièreté de ce don. Dans ce modèle de pensée, à quoi bon faire progresser la médecine, alors que c’était la Foi qu’il fallait poursuivre ? Peut-être ses talents d’herboristes serviraient à ce but en revanche ? Elle rit intérieurement que cette médecine alternative puisse en être une à part entière.

« Pourvu que les missions soient plus insolites que les soins de routine de Darga, je ferai en sorte de répondre à ces grandes ambitions dont tu parles. Elles ne desservent pas mes intérêts. »

Althéa jouait à présent avec son verre vide ; son tempérament calme était largement compensé par son désir constant dans son intensité d’activité. Elle aimait trop peu l’ennui pour s’y adonner. Patienter, peut-être, en faisant autre chose toujours. Le sujet du carnet fut donc bienvenu, puisqu’il occupa son attention et la dispensa donc de jouer avec son verre. Elle trouva un côté touchant à la réaction de son interlocutrice, sans parvenir à mettre le doigt sur le pourquoi. Peut-être son éducation purement masculine avait omis de poser des mots sur ce qu’il y a d’adorable en ce monde.

« Je crois que tu es fort humble. J’ai beau avoir vécu en Khurmag, je ne me suis pas pour autant intéressée d’aussi près à la faune qui y réside, avec toute… la curiosité donc je suis capable pourtant… Et il me semble que c’est ce que font les érudits, pousser cette curiosité au point de la nourrir de recherches personnelles.  »

Yecht profita de cet instant pour refaire son apparition, aussi soûl que Pedro le pirate dans ses heures de gloire. Sans délicatesse, il tituba jusqu’à la table pour y déposer trois nouveaux verres, invariablement emplis du même breuvage jaunâtre qui plaisait tant au citoyen my’trän. Sa sœur observa les récipients avec une certaine moue de mépris, dont elle seule avait le secret, alors que Yecht tirait sa chaise sans ménagement pour se placer entre les deux femmes, soit à l’angle de la table. Il parlait distinctement, et pourtant il empestait l’alcool, et semblait longuement réfléchir aux mots qu’il avançait. Il espérait ainsi leur donner un ordre logique ainsi qu’une certaine cohérence, mais sa perception des mots était rendue aléatoire par ses trois grammes d’alcool dans chaque bras. Diantre, avaient-elles discuté longtemps, ou avait-il enchaîné les verres d’alcool fort ?

« J’voulais m’excuser, les filles pour tout … tal’heure… J’pas été d’assez bonne compagnie ! Mais j’me rattraperai ! Hein, Althéa, j’suis sympa en vrai ?
- T’as ramené que de la cervoise ! s’attrista-t-elle simplement, feignant la déception la plus extrême.
- Il faut que ma p’tite sœur, elle apprenne à s’amuser ! »

Il s’adressait uniquement à Luka en prononçant cette affirmation, son regard azur cherchant l’émeraude de la rousse, une main presque paternelle sur l’épaule de la guérisseuse. Celle-ci leva les yeux au ciel, appuyant à son tour son menton sur sa paume offerte, le coude posé sur la table comme pour supporter la lourdeur de son frère. Derrière l’épaule du mercenaire, elle sourit avec complicité à la jolie rousse, se fendant d’une expression absolument neutre lorsque Yecht la dévisagea à nouveau. Il prit une large inspiration, distribuant une boisson à chacune. Althéa inhala les senteurs acidulées qui s’en échappaient, et eut un mouvement de recul poussé par l’instinct lui-même. Jamais, par Möchlog, elle ne boirait une goutte de cet alcool sans grâce !

« Heeeey… ce serait pas un Mochkoï ? Un truc du genre ?  »

Il parlait très fort, et Althéa ne pouvait retenir son hilarité face à ses intonations approximatives et son timbre qui recelait un aplomb certain. Elle se pencha sur le carnet, étonnée de la soudaine érudition de son frère. Les esquisses lui avaient semblées loin d’être familières lorsqu’elle y avait jeté un coup d’œil, comment alors était-il à même deposer un nom sur cet entrelacs de traits griffonnés ?

« Un quoi, tu dis ?
- Un Mochkoï ! Ou un Möchlog ? Haha, je plaisante Althéa. Je sais juste que… tu sais le gars toooout… blond, du convoi ? Ben, il m’a proposé d’aller en poutrer un ou deux ! M’a dit qu’il venait en Eoril pour trouver… *hic*… un mercenaire pour sauver son village de leur… menace.
- Oh, et tu lui as dit quoi ?
- Bah… que j’y réfléchirais ! Mais bon, ça attendra que je revienne de Zochlom !  »

Pour un peu, Althéa aurait préféré avaler sa bière d’une traite plutôt qu’avouer à son frère qu’elle ne partait plus en Zochlom dans l’immédiat. Mais ce goût âcre la révulsait tant qu’elle privilégia toutefois la première option. Elle s’éclaircit la gorge, et prit son courage à deux mains pour confesser :

« Yecht, à ce propos… que dirais-tu de repousser notre voyage à Zochlom de… quelques mois ? Luka m’a assurée que je pouvais rejoindre les Cercles de l’Aube depuis My’trä, ça me donnerait l’occasion de me familiariser avec la guilde avant d’entreprendre ce voyage… un peu à l’aveuglette, sans connaître à quoi je m’engage.
- C’est pour Quevven que tu restes ?
- Mais non, Yecht, je viens de t’expliquer mes raisons. Honnêtement, tu te sens vraiment prêt à quitter My’trä tout de suite ?  »

Son frère sembla réfléchir profondément, les yeux perdus dans le vague autant que dans le liquide de sa chope. Althéa profita de cette trêve pour ajouter, de sa voix la plus cajoleuse :

« Peut-être qu’on pourrait accepter la proposition de l’homme du convoi, et ainsi Luka pourrait étudier ces… Mochkoï de plus près, et tu pourras satisfaire un homme en peine ! Et ça nous donnera la possibilité de dire proprement au revoir à nos terres et à Leryan. »

L’idée ne lui déplaisait certainement pas, au vu du joyeux sourire qui étira timidement ses lèvres. Il jeta un regard langoureux à Luka, mais il répondit absolument à côté de la plaque.

« Ca s’appelle un Mogoï, c’est bien ça, chère Luka ? reprit-il, sa voix presque dénuée de toute trace d’ivresse. Haha, c’est ça je le sais ! Buvons à votre santé, beauté flamboyante au regard enjôleur ! ♫  »

Son toast était quelque peu maladroit, et Althéa cueillit son visage dans sa main en signe d’exaspération – ou peut-être pour dissimuler une hilarité discourtoise. Sans y prêter attention outre mesure, Yecht dressa son verre bien haut devant lui. Alors, et sans attendre qu’elles fassent de même, il s’élança dans la plus longue descente de la taverne. Althéa remercia Khugatsaa pour avoir donné à Yecht le tempérament docile qui lui faisait tant défaut une fois sobre et son entêtement recouvré. Elle savait que son absence de réaction impliquait quasiment une acceptation de sa demande. Elle jugea donc cette affaire réglée pour l’instant, et s’adressa directement à Luka :

« Ne vous sentez pas obligée d’accepter la proposition, Luka ! précisa-t-elle, oubliant temporairement qu’elle avait son accord express pour la tutoyer. Vous … Tu avais peut-être d’autres plans en tête. Malgré tout, je crois que nous serions tous deux prompts à t’accompagner dans tes études. »
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Luka Toen
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Jeu 23 Nov - 18:57
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Luka s’apprêtait à répondre à la brunette lorsque les embruns caractéristiques de la cervoise vinrent lui chatouiller l’odorat. Elle ne put qu’hausser un sourcil circonspect, assimilant la présence des trois choppes supplémentaires à la main qui les tenait, puis peu à peu au visage rougi du frère revenu. Cet homme était un véritable mystère, songea-t-elle en guise de première réaction, ne trouvant aucune explication logique scientifique à son aptitude à boire autant en un temps si réduit. Parlaient-elles donc depuis des heures… ? Il lui semblait que cela ne faisait guère plus d’une poignée de minutes. Néanmoins la langue bien pendue de Yecht et son équilibre tout relatif remettait en cause jusqu’à la justesse de son hypothèse. Soit sa descente était incroyable, soit Althéa avait ouvert sous leurs pieds une faille temporelle. Elle se remémora la raison du départ du jeune homme tandis que frère et sœur se disputaillaient, et il lui apparut combien leurs ennuis familiaux paraissaient beaucoup plus obscurs que ce qu’Althéa avait bien voulu lui en dire. Qui était donc ce Réda qu’il poussait Yecht dans ses retranchements par une simple évocation de son fantôme ?

Elle secoua néanmoins la tête, ses problèmes présents étant bien plus préoccupants que des plans vaseux sans fondement véritable. Un « Mochkoi » ?! Sérieusement ? Elle dut se mordre la lèvre inférieure pour ne pas rire, jouant malgré elle le rôle que Yecht avait désiré lui affubler. C’était peine perdu : il était atrocement attendrissant avec ses manières d’homme fortement éméché, tentant de prononcer de façon risible ce qu’il avait quasiment sur le bout de la langue. Elle se retint de justesse de corriger une erreur qui n’en était pas vraiment une ; elle le soupçonnait fortement d’ajouter de l’eau dans son vin avec un soupçon de théâtralité.

« Sauver son village de leur menace ? »

Cela du moins requérait son attention, et son visage arborait désormais une nuance un brin inquiète et concernée.

« Il s’est probablement produit quelque chose d’important, ces bestiaux se déplacent rarement en dehors de territoires définis… Les nomades les connaissent en général et évitent leur proximité. »

Elle s’aperçut qu’elle déblatérait son discours tout scientifique sans attendre la moindre réponse de ses partenaires de tablée – qui pour le coup ne paraissaient pas l’avoir entendue, affairés qu’ils étaient à se chamailler. Tapotant de deux doigts pensifs la commissure de ses lèvres, elle crut sentir dans ce début d’affaire les clés de sa théorie pour contrer son confrère. N’était-ce pas pour cette exacte raison que ses pas l’avaient conduite en Zolios de prime abord ? Si l’aide apportée à leur ami lui permettait de mettre au clair quelques comportements primaires des Mogoï, leur protection serait assurée à l’avenir et les accidents d’autant plus rares. L’animal n’était pas omniprésent sur le territoire my’trän, aussi peu avaient vent de son existence et moins encore savaient comment réagir correctement à sa proximité. Outre les mages d’Orshin, s’entend, dont les facultés limitaient d’ores et déjà les éventuels dégâts. Elle fit rapidement le calcul mental du temps qui lui restait, et des lanières rapiécées de ses sandales. Il ne serait pas dit qu’elle les achèverait sans un seul résultat à présenter à la communauté scientifique ! Cette Althéa lui apportait une solution sur un plateau d’argent.

« Quevven ? répéta-t-elle à nouveau stupidement, rattrapant la conversation au vol. »

L’air grave de Yecht la dissuada de poursuivre sur sa lancée curieuse. Elle sentit très nettement un malaise similaire à celui provoqué par Réda, s’amusant ironiquement du nombre d’hommes à proximité de sa future recrue et dont l’influence semblait négative à son frère. La liste était-elle encore longue ? Un Paul peut-être, Francis, Jérémis ? Que diable avait-elle fui en s’éloignant ainsi de sa tribu, visiblement poursuivie par une foule de prétendants ? Se méprenant ainsi sans vergogne sur le sujet de leur altercation, Luka regarda Althéa sous un jour entièrement nouveau. Cette fille faisait chavirer plus de cœurs qu’elle ne l’aurait cru, non pas qu’elle ne soit guère jolie – elle était magnifique -, mais plutôt que son tempérament discret pouvait être un frein à l’enthousiasme de certains jeunes hommes. Hé bien, elle se trompait et elle s’en réjouissait ! Peut-être aurait-elle l’occasion de constater de ses propres yeux ce fameux pouvoir à l’œuvre lors de leur future aventure. Charme qui devenait subitement tout aussi intéressant que ses dons issus de Möchlog.

« C’est bien cela, un Mogoï, confirma-t-elle simplement à la place non sans rendre son sourire à Yecht. »

Elle leva son verre en l’imitant, ne résistant pas à rendre également à César sa part de gloire :

« Et à vous deux dont je suis ravie d’avoir fait la connaissance. Mon existence était bien trop fade avant votre venue ! »

Elle ne put poursuivre sa tirade grandiloquente, car ses mots se figèrent lorsque Yecht entreprit de liquider sa choppe d’une seule et même goulée. Damne, elles ne seraient pas trop de deux pour le raccompagner à sa chambre s’il entreprenait de démontrer ses talents de buveur ! Elle tourna vers Althéa un regard choqué. Quoiqu’il y avait quelque part dans ses iris une vague nuance admirative… « Est-ce toujours ainsi ? » formula-t-elle du bout des lèvres sans prononcer mot, jouant avec bonne humeur les fausses commères horrifiées.

« Voyons, qui serais-je pour refuser une expédition en terre inconnue avec moult dangers et une bête en arrière-fond ? J’étais justement à la recherche d’une occasion pareille. Et avec vous deux, nul doute que je pourrai travailler en toute sécurité. Si Monsieur le chevalier protecteur n’a pas trop bu pour défendre les Demoiselles que nous sommes... »

Elle adressa au concerné un regard tout de braise amusé, plus renarde et maraudeuse que les affriolantes créatures qui arpentaient les trottoirs le soir. Elle ne tarda toutefois pas à revenir à sa première interlocutrice, s’inquiétant des détails des préparatifs :

« Sais-tu si cet homme blond est toujours en ville ? Il ne faudrait pas qu’il reparte sans nous… Si cela vous convient, engloba-t-elle Yecht dans sa démarche, le temps de passer à ma chambre d’auberge récupérer quelques affaires et je vous rejoins à un point de rendez-vous. La porte nord-est peut-être ? J’ignore vers où se situe le village en question par rapport à Eoril… S’il vous est possible de le contacter dans ce laps de temps pour le prévenir… Je n’en ai que pour une vingtaine de minutes, trente en comptant le trajet. »

Déjà s’était-elle levée de sa chaise, réunissant ses affaires éparses dans le but de filer à son auberge. Une excitation primitive exacerbait sa patience, électrisée comme une enfant s’apprêtant à vivre le meilleur goûter de son existence. Elle aurait bien proposé à Yecht de faire un détour par ses quartiers, mais la perspective de perdre du temps et l’alcool abreuvant présentement ses veines la retinrent de formuler une telle proposition intéressée.


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Althéa Ley Ka'Ori
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Mer 13 Déc - 21:15
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Profession : Guérisseuse du Troisième Cercle
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« Quevven est notre aîné, expliqua Althéa, un sourire presque timide sur les lèvres. Trois frères me précèdent.
- Et moi je suis le meilleur des trois ! déclara Yecht avec une assurance volontairement candide.
- Tu es surtout le plus soûl. »

La jeune femme parlait avec le reproche affectueux d’une mère attentive, mi-agacée, mi-amusée. Elle posa une main délicate sur la joue de son frère, comme pour lui rendre un peu de contenance, usant allègrement de ses dons à cet effet. Malgré elle, elle songea que de la distance leur serait bénéfique, pour tarir les souvenirs, et tempérer les épreuves du passé. La chasse au Mogoï, ou plus vraisemblablement son sauvetage selon Luka, constituait certainement la dernière aventure que ces deux-là partageraient avant longtemps. Une pointe de regret teinta l’ambre de ses iris d’une noirceur oppressante.

Pour le reste, elle se contenta d’assister, non sans un sourire satisfait, aux effusions de gentillesse de sa nouvelle amie – et supérieure ! – qui se parait d’un ravissement enjôleur et contagieux. Yecht répondit d’ailleurs à son dynamisme par un émoi galant, présentant son bras à Luka pour la mener sur un chemin incertain, mais d’ores et déjà prometteur. Les clignements excessifs de ses paupières semblaient annoncer par avance qu’il s’appuierait davantage sur elle que le contraire, comme le voudrait pourtant la courtoisie.

« Ma dame, votre chevalier servant est avancé. »

A chaque trait d’humour, la guérisseuse retenait un éclat de rire que seul Yecht aurait su lui soutirer.

***

La journée terminait sa course, mais leur propre trajet, pour sa part, semblait sans fin. Yecht les menait d’un pas qui se voulait ferme vers la milice de la ville. D’après ses dires, le mystérieux homme blond avait annoncé s’y rendre une fois le refus de Yecht assimilé. Toujours selon ses dires, il en connaissait l’emplacement. Seulement, voilà près d’une moitié d’heure qu’ils vagabondaient (et que Yecht bringuebalait) sans trace de la milice à l’horizon.

« Yecht, cela m’étonnerait grandement que la milice ait pour plus proche voisin une maison close et une taverne remplie d’ivrognes (…) Quoique, ça limiterait sans doute leurs déplacements, ajouta-t-elle en aparté. »

Yecht sembla s’éveiller d’un long songe, pendant lequel il aurait tenté une approche subtile entre sa joue et l’épaule de la jolie rousse à son bras. Intérieurement, elle s’interrogea ; pourquoi aucun homme n’avait jamais tenté un tel rapprochement avec aucune de ses épaules ? Etaient-elles moins jolie que d’autres ? Puis elle se rappela que son regard froid avait probablement dissuadé tout potentiel prétendant avant que l’idée ne traverse son esprit. L’attouchement d’épaule, très peu pour elle.

« Mais si, encore quelques rues et on va tomber sur une pléiade de gardes, tu vas voir ! »

De l’autre part de la rue, une voix (dont la couleur est semblable à la saleté de son propriétaire) s’incrusta sans gêne dans leur conversation.

« Vous rêvez si vous espérez trouver des miliciens dans les environs ! C’est le quartier pauvre, m’sieur, et pire, c’est le quartier mal famé. Ca fait longtemps qu’ils ont abandonné le petit peuple de ces rues à ses ennuis ! Moi j’vous l’dis, on vit dans un sale monde, avec un système pourri jusqu’à la moelle. Ça m’étonnerait pas que… »

Althéa encourageait le couple à accélérer, très peu encline à se mêler à un débat politique avec un mendiant probablement plus ivre que Yecht en personne. Par ailleurs, ils étaient trop pressés par le temps pour s’attarder dans ce charmant quartier à déblatérer sur le régime my’trän et ses limites.

[Version censurée]
« C’est ça, *BIP* ! Ignorez-moi ! Z’êtes pas mieux que ces *BIP* qui nous gouvernent !
- C’est incroyable comme les gens se sentent obligés de parler d’autre chose que de la pluie et du beau temps. »

***

« Ah ! Elle est là ! La milice ! J’vous l’avait pas dit ? »

Une heure. Il avait fallu une heure pour trouver une maudite milice, soit en principe le bâtiment le plus accessible de toute cité. De quoi faire perdre patience à Althéa, qui affichait à présent un air plus calme en apparence, l’irascibilité poignant sous son masque de nonchalance. L’avantage, c’est que son frère semblait un brin moins éméché grâce à cette randonnée improvisée, mais la différence n’était perceptible que pour un observateur aguerri. Althéa tendit les mains vers le ciel pour bénir Möchlog de sa grâce. Toutefois le pinacle de leur trouvaille était encore à venir.

« Ha ! Et il y a notre homme blond aussi ! »

Un des voyageurs du convoi, à la chevelure effectivement dorée, se tenait adossé au mur de la milice aux côtés de son fier compagnon de voyage. Althéa n’avait guère échangé plus que quelques mots avec ces deux freluquets. Ils lui avaient paru plus simplets que la moyenne, et l’avenir prouverait sans doute ce pressentiment. Pour le moment, ce qui était certain, c’est que la queue semblait bien longue pour obtenir audience auprès d’un des chefs de la milice !

« Tiens ? La fratrie des Ka’ori qui se ramène ? Vous faites quoi là ?
- C’est les Ley Ka’Ori, crut bon de préciser son ami tout en fixant résolument le sol.
- Ah ouais ils sont bien laids ça j’peux t’le dire hahaha !
- J’accepte la mission que tu m’as proposée ce matin, déclara Yecht d’un ton sans appel. »

Le blondinet l’observa d’un air interdit avant de se rappeler qu’il avait effectivement quémandé son aide avant de se rendre à la milice.

« T’arrives trop tard, mon bon gars ! Ça fait quatre heures que je fais la queue, c’est pas pour céder ma place maintenant !
- Vous semblez être partis pour attendre bien davantage, intervint Althéa.
- D’avant l’âge ?
- Ouais, ça veut dire longtemps je crois, répondit son ami, un tic nerveux interrompant sa phrase en cours de route.
- Ah bah on attendra ce qu’il faudra, mais nous ce Mogoï il nous sort par les yeux, et on n’est pas venus jusqu’à Eoril pour revenir dans notre village bredouilles ! Manquerait plus qu’à faire des poutous à cette sale bête qui nous martyrise ! s’emporta-t-il .
- Qu’est-ce que la milice pourra bien y faire ?
- C’est des maîtres de Süns ! Ils feront griller la forêt en un clin d’œil, et on mangera une chère côtelette de Mogoï en rentrant le soir ! Mais pour le moment ils s'occupent des anomalies qui pourrissent la vie des citadins, alors nous on poireaute.
- Je rêve, ce plan est absolument foireux.
- Ouais, comme elle dit la frangine. Franchement, faites plutôt confiance à des mercenaires comme nous, et d’ici deux jours votre affaire est réglée, et pour le même prix que celui d’la milice !
- Genre d’ici deux jours vous le zigouillez ? Avec ses petits s’il en a ? »

Althéa dévisagea leurs interlocuteurs ; l’intelligence ne scintillait guère dans leurs yeux idiots. Pour un peu elle en aurait parié que le néant y figurait, et qu’on pouvait voir à travers aussi aisément qu’à travers une boule de cristal. Peut-être mentir plutôt que de plaider la thèse scientifique selon laquelle les Mogoï étaient des êtres pacifistes paraissait préférable ? Elle dirigea son regard vers Luka, espérant trouver une réponse à sa question muette.
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Luka Toen
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Dim 21 Jan - 15:12
Irys : 329546
Profession : Historienne et naturaliste à ses heures perdues, médecin officiellement
Guilde +2 (femme)
« Mon bon Monsieur… débuta Luka, sa patience mise à mal par les chemins tortueux qu’ils avaient suivi à travers toute la ville. Je ne crois pas m’être encore présentée, mais figurez-vous que je détiens justement la solution à tous vos problèmes. »

S’extraire des bras baladeurs de Yecht ne fut pas une mince affaire, tant il semblait avoir créé son propre centre de gravité aux alentours de leurs épaules respectives. Luka était pour autant endurante – vous n’imaginez pas le nombre incroyable de patients qui s’échappent de leur quartier dans le simple but de courir après l’alcool, au grand dam du personnel soignant – et n’avait pas jugé bon de blâmer le jeune homme pour son ivresse manifeste sur la voie publique. Elle s’était contentée d’adopter une marche souple et fluide et les mimiques d’une amourette d’après-midi lorsque les yeux des bons samaritains d’Eoril avaient erré un tantinet trop longtemps sur leur étrange trio, ce qui avait en général suffi pour les détourner. Trouver l’emplacement du quartier général de la milice ne consistait pas à y être rapatrié de force ! Elle dut donc se contorsionner pour libérer son bras porteur, hésitant une infime seconde lorsque Yecht se mit à tanguer dangereusement comme un navire libre de toute attache. Tenait-il bon… ? Elle ne mit guère longtemps à se décider, les inepties de l’autrement nommé « homme blond » et la dignité de Yecht enterrée depuis l’aube la convainquirent de ce qui pressait le plus : être médecin était aussi privilégier les situations d’urgence à l’amabilité d’un ami. La voilà par conséquent qui s’avançait désormais jusqu’à Blondinet, un jeu de hanches soigneux et la moue d’un requin dans un bassin de truites :

« Un homme de votre catégorie saurait voir immédiatement à travers tous mes stratagèmes, aussi, mon bon Monsieur, soyez assuré de mon honnêteté la plus totale. »

Sa dextre vint s’enrouler autour des épaules de Blondinet, contraignant son corps et sa poitrine à l'effleurer. Sa bouche s’arqua pour poursuivre son flot de paroles, berçant l’ouïe de son interlocuteur d’une succession de phrases ampoulées tout à fait de son cru.

« Je conviens que l’apparence physique de mes accompagnateurs ici présents n’est point à la hauteur de ce que l’on attendrait d’un digne représentant des Ley Ka’Ori, mais vous comprendrez bien je vous l’assure que la poussière des routes se fait agressive de nos jours et ne laisse plus aucun répit à ses victimes. Soyez donc indulgent mon cher, vous avez là devant vous d’humbles victimes des chemins, car nous savons tous deux combien votre prestance malgré un tel voyage n’est pas aisée à atteindre pour le commun des mortels. »

Sa dextre maligne déplia un index qui vint perfidement se faufiler contre la nuque du Blondinet en une parodie de douce caresse. Elle pencha subtilement la tête vers lui et prit des airs de comploteuse :

« Laissez-les s’occuper de votre Mochkoi – Mochkoi, c’est bien cela qu’on dit ? s’enquit-elle avec l’innocence dérobée à Yecht quelques heures plus tôt, parfaitement crédible dans son rôle d’ingénue du fait de l’excellence de son modèle. Qu’est-ce que cela vous coûte ? Une nuit paisible dans une auberge tandis que les plus laids effectuent le sale boulot : à vous les draps chauds, à eux la boue et les ennuis. Allons, je puis m’en occuper pour vous si vous le désirez. »

Elle s’écarta de lui, porta les mains à sa bouche dans une exclamation pour le moins bruyante à leur extrémité de la file d’attente. A ce cri à moitié étouffé, les villageois les plus proches de leur groupe se retournèrent d’un même ensemble, désireux de connaître l’origine de cette agitation soudaine. Un public parfait pour une scène d’héroïsme improvisée :

« Oh mon bon Monsieur, votre clémence est remarquable ! Ainsi donc vous acceptez que nous allions nous charger du Mogoï qui menace votre ville ? Vous êtes un trésor pour notre communauté, vous qui faites fonctionner le savoir-faire des artisans régionaux et préférez faire appel à nos services plutôt que de contraindre la vaillante milice d’Eoril à traiter des affaires aussi mineures… Je ne saurais trop vous remercier, mis à part en acceptant cette mission dont nous nous montrerons dignes. Et n’ayez crainte, tout comme vous nous l’avez suggéré, nous gérerons l’affaire dans le respect des règles ancestrales d’Orshin et des Architectes, car vous ne sauriez être vindicatif même par amour pour votre village. Quelle grandeur d’âme ! Protéger des petits Mogoï innocents de la colère d’autrui ! »

Elle hocha maintes fois la tête, toute à son rôle sous le feu des regards de la foule qui les observait toujours avec grand intérêt, leur attention arrimée au Blondinet comme une multitude de projecteurs. Les joies de la pression sociale. Il allait sans dire qu'il valait mieux se débarrasser dès à présent de ces deux indésirables. Leur village ne devait pas être trop difficile à trouver, et quand bien même Blondinet changeait d'avis par la suite il ne saurait vérifier que son Mogoï était bien mort : il suffirait de maquiller brièvement la scène, et un néophyte animalier n'aurait aucune idée du coup monté. Car Luka espérait toujours pouvoir résoudre la situation de façon diplomatique et pacifique, sans passer par la case extermination de reptiles.

« Bien bien, reprit-elle un ton plus bas, jouant le dernier acte de cette parodie enfantine, pour vous remercier, vous n’aurez qu’à vous rendre à L’Erveekhei Cendrée et demander à Matilda, la patronne, son menu spécial tout compris de ma part. Croyez-moi, vous ne regretterez par votre nuit… Attendez-nous sagement bien au chaud et en bonne compagnie. »

Elle esquissa un sourire de connivence, son index achevant une caresse prometteuse sous le menton de Blondinet pour mieux traduire sa pensée. L’Erveekhei Cendrée était un établissement réputé dans les quartiers chauds d’Eoril, ils trouveraient sans mal le chemin de ces portes aux mille soupirs.

« A plus tard ! »

Elle fit demi-tour et revint s’ancrer à son port d’attache, autrement dit la coque d’un Yecht toujours brinquebalé. Cela, pour mieux glisser à l’oreille d’Althéa l’air de ne pas y toucher :

« Matilda prépare toujours beaucoup d’alcool et ses hommes experts les plus charpentés à la demande du menu spécial tout compris… »

Puis à haute et intelligible voix, un grand sourire satisfait sur les lèvres :

« Nous pouvons y aller ou il restait des détails à régler ? Je paye notre moyen de transport jusqu’au village ! Vous savez conduire un Mànan-Aashtaï ? Leur faculté de brouillard pourra nous être grandement utile et je connais un éleveur qui en loue près de la porte nord-ouest. »


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Althéa Ley Ka'Ori
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Dim 28 Jan - 18:06
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Profession : Guérisseuse du Troisième Cercle
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Yecht se figea sur place à la perte de ce contact si tendre avec la douce rouquine. Althéa dut lui envoyer un coup de coude dans les côtes pour qu’il ne rouspète pas en voyant sa Luka, tant désirée, désirable pour un autre. Deux autres, d’ailleurs, si l’on comptait le compagnon bougon suspendu aux lèvres cajoleuses de Luka, et jaloux de l’attention que le blondinet attirait injustement sur lui, le relayant au second plan. Son grand frère se renfrogna à vue d’œil, la parole et le souffle coupés par le coup, et se remit à vaciller imperceptiblement dans sa quasi-immobilité. Althéa leva une main pour pousser contre son épaule, espérant que son geste passerait pour une certaine nonchalance de sa part, à s’accouder négligemment sur son fraternel alors même que c’était elle qui supportait tout son poids par la magie. Elle bailla pour ajouter à la pièce de théâtre initiée par leur nouvelle camarade, mais ne perdit pas une goutte de la scène qui se déroulait délicieusement sous ses yeux. Elle était étonnée que les mensonges du Cercle trouvent un écho volontaire dans les âmes de ces deux marauds et que son attitude aguicheuse porte préjudice à leur répartie.

Dissimulant son ivresse à l’idée d’employer les mêmes manœuvres à l’avenir, puisqu’elles semblaient pour le moins efficaces, elle se mordit l’intérieur des joues pour ne pas éclater de rire. Son frère semblait trop hébété pour prendre en compte les piques sur leur apparence malmenée par le voyage, et elle-même préféra le mettre sur le compte de son attitude manipulatrice que sur une opinion honnête qu’elle exprimerait si peu subtilement devant eux. Par ailleurs elle n’avait que faire de son apparence, à l’inverse de Yecht ! Il avait une manie à se montrer présentable, quand bien même le sang couvrait le cuir de son armure et formait des plaques coagulées et écœurantes aux yeux de sa sœur. Leurs standards divergeaient de façon évidente.

    «  Ok, les guignols, on vous laisse deux jours pas plus. T’façon j’en peux plus d’attendre ici. Nous décevez pas, c’est compris ? Après ce s’ra la milice qui s’en chargera, et vous toucherez rien du tout du pognon ! »


L’homme jetait des coups d’œil furtifs vers les nombreux regards posés sur leur petit groupe, et mettait un point d’honneur à s’exprimer très fort, de façon à ce que chacun l’entende, et acquiesce d’approbation. Comment aurait-il pu résister à la fois à la pression sociale et au charisme flamboyant de l’historienne devant lui ? De plus ses tentatives offensives avaient ce quelque chose de pitoyable qui sied si bien aux faibles d’esprit et décrédibilise la majorité de leurs velléités dominatrices. Althéa avait pouffé de rire au murmure discret de Luka qui reprenait le fardeau du nom de Yecht, mais elle camoufla son hilarité dans une quinte de toux mal contrôlée.

    « Ce ne sera plus… *Ahem* qu’un vestige du passé d’ici là.*AHEM* Rendez-vous de ce pas à l’Erveekhei Cendrée, de belles surprises vous attendent ! »


Les deux idiots se redressèrent du mur contre lequel ils étaient adossés, et commencèrent à s’éloigner sans plus de considération pour les trois comparses. On put néanmoins entendre leur conversation, donc l’intellect ne devait pas dépasser celui d’une colonie de rats d’égout.

    « C’est quoi un Erveekhei ?
    - Ça ressemble à un Avuushtai mais moins gros et moins poilu.
    - Ça existe pas les Avuushtai.
    - Ah bon ? j’dois confondre avec quelqu’un alors, c’est peut-être plus un hamster.
    - Tu veux dire que quelqu’un aurait décidé d’appeler son auberge le Hamster Cendré ?
    - Pas un Hamster, un Erveekhei.


Bientôt ils furent hors de vue, pour le plus grand soulagement de leur entourage proche, et les suivants de la queue s’empressèrent de combler l’espace libéré, avec la sensation grisante et bien dérisoire d’avoir gagné beaucoup de temps. Les activités de la rue reprenaient leur cours, et plus rien ne témoignait de ce coup d’éclat fugace qui avait lancé les trois protagonistes dans une toute nouvelle quête. Althéa se tourna vers la jolie rousse avec un sourire franc et des étoiles dans les yeux.

    « C’était absolument pro-di-gieux ! Te voir à l’œuvre comme ça ! Je savais qu’on allait bien s’entendre.
    - Hey, moi aussi je le savais ! Non parce qu’au début, elle voulait pas v’nir te parler quand même !
    - Non, non, non ! J’ai simplement dit que ce n’était pas l’heure de courtiser…
    - Moi ? Courtiser ? Je voulais simplement discuter en charmante compagnie, je ne suis pas un séducteur moi ! »


Yecht s’était défait de l’étreinte de Luka pour venir tituber devant Althéa, et il était peu convaincant tant il tanguait. Althéa réagit à la dernière seconde pour le rattraper afin d’accompagner péniblement sa chute. Il s’écroula par terre de tout son long, la bouche entrouverte, les yeux ébahis, une main sur le ventre et l’autre bras plié au-dessus de sa tête. La guérisseuse leva les yeux au ciel, mais il était évident que ces querelles de beuverie la divertissaient plus qu’autre chose. Elle aimait profondément son frère, et en soi c’était une raison suffisante pour rire de leurs tares respectives. D’un pas décidé, elle s’approcha de la devanture d’une taverne où des chevaux buvaient leur soûl dans un abreuvoir réservé à cet effet. Elle se saisit d’un sceau qui traînait là, et servait vraisemblablement à l’alimenter en eau, et l’emplit de trois quarts. Elle employa sa magie pour qu’il fût plus aisé de le transporter, et arrivée près de son frère, elle attendit que sa présence attire son attention. Il leva finalement un regard perdu vers sa sœur. La seconde d’après elle versait le contenu du sceau sur son visage.


***


Une heure plus tard, les trois compagnons chevauchaient chacun un Mànan-Aashtaï, sur la route de Darga empruntée plus tôt dans la journée, et un Yecht plus lucide s’agrippait comme il le pouvait à sa monture. Le sceau d’eau, à défaut d’avoir altéré son désir de plaire à Luka, avait au moins le mérite de lui avoir nettoyé son visage !

    « Le blond et son compagnon nous ont rejoint très tard sur le trajet, expliquait Althéa à la rouquine. On les a trouvés à une intersection un peu hasardeuse. Un chemin coupait l’axe principal, et menait à l’Est si mon orientation est bonne. Avec un peu de chance, nous déboucherons sur le bon village sans trop chercher ! »


Son vœu fut exaucé puisque lorsqu’ils parvinrent à la fameuse intersection, et bifurquèrent à droite, le chemin les mena tout droit vers un patelin pittoresque et minuscule à la fois. Des cultures diverses, des potagers individuels pour la plupart, s’étendaient au Sud du village. Néanmoins deux chaumières tombaient visiblement en ruine, et des arbres abattus ou sacrément endommagés témoignaient d’un passage abrupt d’un massif animal. Ou d’une horde de lamas, qui était-elle pour juger ?

    « J’ai peur que les habitants ne soient pas très disposés à discuter études animalières avec nous, mais plutôt extermination pure et dure de l’espèce des Mogoï. Il vaudrait mieux étudier les lieux nous-mêmes avant d’entrer en contact avec la population locale. »
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