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Chroniques d'Irydaë
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 :: Les terres d'Irydaë :: Daënastre :: Ünellia
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 Nul repos pour les damnés

Ludwig Strauss
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Ven 22 Sep - 23:14
Irys : 1003794
Profession : [Officielle] Propriétaire d'industries de l'armement [Officieusement] Baron du crime
Daënar -2
Hm, voilà qui est pour le moins problématique.

La petite salle douillette était éclairée par la délicate lumière de l’aube. La ville, dehors, s’éveillait lentement à mesure que le soleil baignait de sa clarté les maisons et les ruelles. Pourtant l’homme étendu sur sa chaise était parfaitement éveillé, de nature matinale. Sur son bureau reposait de nombreux documents, lettres et papiers à signer correctement ordonnés selon leur niveau d’importance et leurs délais. Une statuette d’obsidienne d’origine My’Träne venait ajouter un peu de charme à ce temple de professionnalisme bureaucratique qu’était le bureau du maître des compagnies d’armement. Près de lui, sur une petite table en bois de chêne, un gramophone chantait doucement au rythme orchestré par le disque qui tournait gracieusement avec la manivelle métallique.


Ludwig inspecta une dernière fois le télégramme qu’il avait entre les doigts, un sourcil arqué tandis que ses yeux semblaient être perdus dans une profonde contemplation spirituelle. De mauvaises nouvelles au matin, quoi de mieux pour démarrer sa journée ? On lui racontait que ses hommes à Aildor avaient échoué à récupérer les précieux documents qu’il désirait à cause d’une femme qui semblait avoir réussit à échapper à l’étau de ses incapables avec brio.

« Stewart, Stewart … que vais-je bien pouvoir faire de toi ? »

Caressant d’un air pensif les cheveux soignés et finement taillés de sa barbe, il méditait sur comment réagir quant à l’incompétence de son subordonné. Allait-il le punir pour donner l’exemple ? L’échec faisait partie de la condition humaine, certes, mais cela ne l’empêchait pas de désirer réprimer toute incompétence et montrer qu’il gardait toujours une autorité de fer sur son réseau mafieux. Il aurait put calmer son silencieux courroux en exécutant brutalement un des hommes de mains sensés mettre la main sur la femme en question, mais cette dernière les avait envoyé à la tombe l’un après l’autre. Intrigant, elle devait être particulièrement redoutable pour survivre à deux tentatives d’assassinats. Une menace ? Dans ce cas-là, il fallait la réprimer au plus vite.

Wallace s’était mieux débrouillé, quant à lui. Il avait racheté son erreur en se débarrassant de la racaille du port qui avait volé des armes de ses propres usines. Par cette action il put échapper à la ligne de mire du requin du Tyorum. Il vivra encore, mais on pouvait pas dire autant de Stewart qui avait mobilisé des éléments précieux et les avait perdus pitoyablement. Enfin, il y repensera plus tard. S’il se montrait d’humeur magnanime son rat d’Als’Kholyn pourrait s’en sortir avec seulement quelques doigts en moins comme piqure de rappel …

Se relevant lentement, il reposa son télégramme sur le bureau et se dirigea vers la fenêtre qui ouvrait sur la vue de la capitale, ses nombreux édifices et la fine fumée qui s’échappait des multiples cheminées. Croisant les mains derrière son dos, il réfléchissait, méditait et élaborait un plan susceptible de régler ce fâcheux incident qui, s’il n’était pas très grave, n’en restait pas moins problématique.

Il soupira longuement, jetant un regard presque mélancolique au gramophone, se délectant de la musique qui résonnait doucement, cette symbiose de violoncelle et de piano. Ses paupières cachèrent un instant ses yeux bleus, le figeant telle une statue des plus réalistes. La musique semblait paver son palais mental de nouvelles idées qu’il accueillit avec un subtil sourire.

Quittant sa position, il avisa un jeu d’échec disposé sur une table pardessus un tapis, en face d’une cheminée richement décorée et surmontée par la tête d’un fier cerf aux andouillers majestueux.

« Voyons un peu de quoi vous êtes capable, mystérieuse aventurière. »

Se faisant, il s’empara d’une pièce du jeu représentant un cavalier qu’il disposa face à la tour ennemie dans un claquement solennel.

~~~

La locomotive poussa un long sifflement sonore, appelant les passagers à grimper à bord au plus vite afin de quitter le port de Laurgal, direction la plus prestigieuse et grande ville de Daënastre, le joyau de la civilisation technologiste, Alexandria la Grande, Alexandria la sublime, la capitale qui ne dormait jamais, la ville où se croisent tous les chemins. Que de mots pour décrire le légendaire cœur battant du continent.

Composé de trois parties, une en avant pour les riches et les hommes de grande importance, un second compartiment pour la classe moyenne et enfin les wagons arrières rappelant les dortoirs serrés des casernes militaires. Le train chauffait déjà en s’apprêtant à traverser le territoire par-dessus l’un des majestueux aqueducs.

Une foule bondée s’agglutinait autour des portes du destrier de fer telle une colonie de fourmis empressées de rejoindre leur repère. Les trains en direction d’Alexandria étaient toujours les plus bondés.


 X 8
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Lizzie Seavey
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Dim 24 Sep - 23:19
Irys : 298723
Profession : Chasseuse de primes - Pirate
Pérégrins -1 (femme)
Une semaine après l'incident dans le bateau, ce dernier finit par arriver au port. Sa bourse vide, mais presque complètement remise de ses blessures, Lizzie posa pied sur le sol sous les regards suspicieux ou haineux des autres passagers et du personnel qui avaient dû évacuer la partie qui avait était détruite lors de son combat. Heureusement, le navire avait réussi à arriver à bon port, mais il devrait certainement y passer quelques temps pour réparations. La jeune femme ne prêtait pas attention à tout ce remue-ménage autour d'elle, elle avait un objectif clair: Alexandria. Elle ne prendrait même pas le temps de se balader dans sa ville natale, et se dirigerait directement vers la station de train. Il lui restait peu d'argent, mais assez pour se payer une place en seconde. En partant dans le premier train de 7h, la jeune femme devrait arriver à la capitale dans la soirée. Il lui faudrait courir jusqu'à la gare - se payer un fiacre n'était pas dans son budget - pour l'avoir à temps, mais c'était faisable.

Alors qu'elle courait, toutes ses affaires sur le dos, dans les rues de Laurgal, Lizzie se posaient encore des questions sur le mystérieux commanditaire de ses assassinats. Elle espérait qu'Alexandria lui permettrait de se rapprocher des réponses qu'elle cherchait, même si elle ne savait pas pourquoi elle avait cette intuition-là. Après tout, elle avait été attaquée par deux assassins als'kholyens et un mage my'trän, en quoi revenir à Daënastre aller lui donner des réponses ? Elle ne pouvait oublier le nom de Strauss gravé sur les armes, le jour où tout ceci avait débuté. Elle ne comprenait pas ce que le marchand d'armes avait à voir dans toute cette histoire, mais la jeune louve tirerait tout ça au clair.

Arrivant à la gare, Lizzie avait un point de côté et son corps qui finissait de se remettre de son dernier combat était douloureux. La jeune femme fit la queue au gichet, tripotant entre ses mains nerveuses ses papiers d'identité. S'il y avait bien un endroit où l'on pouvait connaître la laurgaloise pour ses actions et la faire arrêter, c'était chez elle. La jeune femme avait gardé ses papiers de daënar même si elle ne considérait plus vraiment comme telle, et ceux-ci étaient abîmés, déchirés par endroits. Le guichetier les prit et les étudia un peu trop longtemps, avant de lui dire qu'elle ferait bien de les faire changer, vu leur état. Un soupir imperceptible s'échappa de la jeune femme, elle pouvait voyager tranquillement. Le guichetier lui tendit son billet, avec un deuxième ticket. Elle s'enquérit de la teneur de ce dernier et on lui expliqua que c'était la consigne obligatoire pour ses armes, qui serait enfermées comme les autres dans le dernier wagon du train, auquel on ne pouvait accéder que par l'extérieur. Cette fois-ci, le juron que prononça Lizzie fut bien audible et le gichetier leva un sourcil étonné en entendant la demoiselle, déjà étrange dans son accoutrement presque masculin et le nombre d'armes qu'elle portait, prononcer un tel mot. Elle s'excusa puis prit la direction du train. Comment passer outre l'interdiction... Elle ne pouvait être sûre qu'un assassin n'allait pas encore essayer de la cueillir dans le train, et ne pouvait certainement pas se passer de ses armes...

La jeune Seavey avait pris la peine d'enrouler sa carabine dans la cape en fourrure qu'elle avait acheté quelques mois plus tôt, afin de passer un peu plus inaperçue, mais la forme restait reconnaissable, et elle devrait forcément s'en séparer. Elle s'approchait lentement du wagon, cherchant une solution. Au dernier moment, avant d'être vue par les contrôleurs qui s'occupaient de la consigne, elle se cacha derrière un pilier et enleva sa carabine de son dos, déroula la cape et la mit sur ses épaules. En plein mois de juillet à Ünellia, elle allait mourir de chaud, mais ça valait mieux que mourir tout court. Elle fit glisser sa ceinture pour que son revolver se place dans son dos et mit sa machette dans son sac à dos, au milieu de ses affaires.

Il fallait maintenant espérer que les contrôleurs ne soient pas très attentifs, car son stratagème était vraiment grossier. La jeune femme arriva devant eux et leur présenta le ticket, puis leur confia sa carabine et son sabre. Les hommes étiquetèrent les autres et s'apprêtaient à aller les poser quand Lizzie les arrêta et commença à se défaire de tous les poignards qu'elle portait sur elle, ouvrant sa cape. Son revolver dans son dos formait une drôle de bosse, mais tant que les deux hommes restaient devant elle ils ne se rendraient compte de rien. De plus, ses gestes sensuels détachant un à un les fourreaux de ses poignards suffisait à occuper leur regard. Sortant le dernier de l'intérieur de son corsage, où elle venait de le placer - elle ne se baladait évidemment pas avec un poignard dans la poitrine, c'était beaucoup trop dangereux - elle sut qu'elle avait gagné son pari. Les deux hommes la laissèrent partir telle quelle, sans chercher à la fouiller, malgré leur envie de la toucher. Son sourire charmeur les avait convaincu de la laisser tranquille.

Devant son wagon, Lizzie fit de nouveau glisser sa ceinture pour que son revolver soit une fois de plus dans l'angle mort du contrôleur. Elle présenta son billet et ses papiers d'identité et on la fit monter dans le train. Elle s'assit à sa place et enleva sa ceinture pour mettre son revolver dans son sac à dos. Elle l'aurait fait plus tôt si elle n'avait pensé que son sac serait contrôlé, mais au moins elle était tranquille. La jeune femme enleva ensuite sa cape et la roula, puis glissa le tout sous ses jambes. Il fallait que tout soit à portée de main. Il lui suffisait de glisser sa main dans son sac, déjà pré-ouvert, pour récupérer ses armes. Poussant un long soupir, la jeune femme regarda les gens se presser sur le quai, avant que le calme ne revienne. Un vieil homme s'était assis à côté d'elle et elle le salua poliment avant de retourner à sa contemplation. Le chef de gare siffla trois coups, et une grande quantité de vapeur envahit la gare, indiquant la mise en branle de la locomotive. Il lui sembla que le quai se mettait à bouger, mais c'était le train qui avançait. Et voilà, elle quittait Laurgal.



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Ludwig Strauss
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Ven 6 Oct - 19:01
Irys : 1003794
Profession : [Officielle] Propriétaire d'industries de l'armement [Officieusement] Baron du crime
Daënar -2
Le train imperturbable taillait sa route sur le chemin de fer des grands aqueducs, à des dizaines de mètres au-dessus du sol. Voilà bien une heure qu’ils avaient quitté Laurgal et en ce moment même seul des champs et quelques bois se profilaient à travers les fenêtres du destrier métallique fumant. Parfois on pouvait admirer le passage d’une de ces majestueuses créatures à la taille imposante. Un bien paisible spectacle en somme.

Le wagon était plutôt tranquille pour une seconde classe, chaque personne présente occupée à lire quelques livres, manger leur maigre repas, discuter avec leurs voisins ou dormir à poings fermés le long du trajet. Parfois un serveur passait avec une petite table roulante remplie de victuailles qu’il vendait à bas prix pour les passagers les plus gourmands. Gâteaux, friandises et autres délices. Même des jouets étaient disponibles pour le plus grand plaisir des bambins et le plus grand malheur des parents qui devaient supporter les supplications bruyantes et insupportables de leur progéniture.

Un trajet donc tout à fait ordinaire et banale à bord du train. C’est alors qu’un des hommes du personnel entra avec une table roulante bien différente. Elle ne portait aucune sucrerie, aucun repas, mais un objet volumineux qui attira les regards des passagers. Pour leur plus grande surprise, il s’agissait d’un gramophone de belle taille que l’homme installa près de la porte avant d’indiquer avec un large sourire.

« La compagnie des chemins de fer a eu l’idée de faire profiter aux classes moyennes du même confort musical que la première classe afin de faire en sorte que votre trajet soit le plus agréable possible. Nous espérons que vous apprécierez la musique. »

Sifflements, exclamations satisfaites, applaudissements et murmures de joie. Il semblerait que la foule appréciait effectivement ce petit bonus qui n’était pas de refus. Un peu de musique devrait animer un peu l’ambiance soporifique du wagon. Ils regardèrent l’homme en manteau rouge placer un disque avant de déposer l’aiguille après avoir actionné énergiquement la manivelle. Quelques grésillements plus tard et voilà qu’on entendait parfaitement une voix féminine caresser les tympans des passagers.

Ainsi donc Lizzie et tout les autres avaient de quoi divertir leurs oreilles. Sympathique initiative, non ?

~~~~

L’homme rentra dans sa cabine, prenant congé de deux autres de ses collègues. Refermant soigneusement la porte derrière lui, il retira son petit bonnet et passa ses doigts le long de sa chevelure.

S’accroupissant sous son lit, il en tira le grand sac supposé contenir ses nombreux vêtements. Sauf que ledit sac était particulièrement lourd et imposant.  Et pour cause, il renfermait le cadavre du malheureux servant froidement assassiné hier. L’imposteur sourit avec satisfaction et cacha à nouveau le fruit de son méfais, puis inspecta l’horloge qui ornait l’un des murs de la cabine. S’il en croyait son employeur, la bombe qu’il avait placée dans le gramophone exploserait dès que la musique jouée par l’instrument s’arrêterait.

Il ne savait pas trop comment ça marchait mais connaissant le chef, l’engin allait faire de sacrés dégâts. L’assassin trouvait amusant à quel point son employeur avait si peu de scrupules au point de faire sauter tout un wagon et ses passagers avec dans l’optique de camoufler le meurtre d’une seule personne. Ce manque total de pitié le ferait presque frissonner.

~~~~

La musique continuait à faire son effet, adoucissant l’ambiance et invitant même certaines personnes à se laisser aller à un repos des plus salutaires. Qui aurait put penser un seul instant que le gramophone était une bombe à retardement qui allait signer leur glas dans quelques minutes avec une brutale rapidité ?

Pas notre intrépide pirate … à moins qu’elle survive à ce diabolique piège par un quelconque procédé ? Serait-ce sa chance ou son instinct qui la tireront de ce mortel destin ?


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Lizzie Seavey
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Lun 13 Nov - 20:38
Irys : 298723
Profession : Chasseuse de primes - Pirate
Pérégrins -1 (femme)
Le train avait quitté la ville de Laurgal depuis une bonne heure et Lizzie somnolait, la tête posée contre la fenêtre. Dans le wagon les gens étaient assez calmes. Deux enfants papotaient en riant un peu fort, mais rien de bien dérangeant. La louve des airs entendit la porte s'ouvrir mais garda ses yeux fermés, bien décidée à s'assoupir vraiment. Elle avait besoin de repos et avait le sommeil assez léger pour se le permettre. Elle ouvrit néanmoins un oeil en entendant le bruit d'un objet lourd que l'on transportait, pour apercevoir un énorme pavillon avancer vers elle. Surprise, elle fit un bond dans sa chaise avant de comprendre qu'il n'y avait pas de danger. Le vieil homme à côté d'elle lui sourit, ce à quoi elle répondit par un petit hochement de tête, avant de fermer de nouveau les yeux.

La belle brune écouta d'une oreille le petit discours qui accompagnait cette distraction sonore. Un peu de musique l'aiderait peut-être à s'endormir, pensa-t-elle. La mélodie débuta sur quelques accords au piano avant que la voix chaude d'une femme s'élève. Se concentrant sur la musique pour oublier l'agitation que le gramophone avait suscité dans la voiture - certains passagers commençant à se lever pour entamer quelques pas de danse hésitants - Lizzie se détendit de nouveau. Les notes défilaient, entonnant une douce mélodie qui allait la porter au pays des rêves. Tic. Elle avait l'impression de reconnaître la chanteuse... Elle devait être connue, mais la pirate manquait de connaissance dans ce domaine. Tic. Les bruits autour s'estompaient, tout comme les secousses du train, pour ne laisser placer qu'à la musique. Tic. Plus rien d'autre ne comptait que la voix douce de cette femme. Tic.

Tic ? Lizzie se leva en sursaut et attrapa son sac, bousculant le vieil homme à côté d'elle. Elle se précipita sur le gramophone, s'accroupit et posa son oreille contre la caisse de résonance de la machine. Il y avait bien un claquement régulier, et elle avait déjà entendu ce son-là lors d'une mission de sabotage à l'époque où elle travaillait pour Rackvan. Il y avait une bombe à retardement dans le gramophone. La porte du caisson était fermée à clé. La pirate extirpa son couteau Suüisz du fond de son sac et sortit l'outil crochet qu'elle s'apprêtait à enfoncer dans la serrure avant de se rendre compte que la chanson était presque finie. Les gens autour l'observaient s'affairer sans comprendre ce qu'il se passait, mais la tension commençait à monter. Lizzie jetait des regards affolés autour d'elle.

La jeune femme se releva et passa derrière l'énorme engin, vers le fond du wagon, et ouvrit la porte. Il y avait un petit espace fermé entre les deux voitures, avec une fenêtre pouvant s'ouvrir pour les fumeurs et les gens ayant le mal du transport. La brune poussa les deux hommes qui se trouvaient là et s’agrippant à deux accroches au plafond, elle enfonça la fenêtre avec force de ses deux jambes. Comme elle l'espérait, la fenêtre se brisa et une partie du mur, peu solide, partit avec. Pendant que des cris commençaient à jaillir des deux wagons, elle finit de deux autres coups de pied de débarrasser le petit couloir de sa paroi gauche. Lizzie fonça alors vers le gramophone, mais deux mains fermes la saisirent par derrière, la forçant à s'arrêter. Un violent coup de coude cueillit le nez de l'homme qui essayait de l'empêcher de sauver leur peau à tous, qui la lâcha. La pirate profita de sa surprise pour pousser le gramophone dans le couloir puis par-dessus bord alors que résonnait la dernière phrase de la mélodie. Ils passaient à ce moment sur l'un des énormes viaducs et en se penchant par dessus bord, Lizzie vit le gramophone chuter rapidement. Elle avait espéré avoir été assez rapide, néanmoins il explosa à mi-chemin contre l'un des pilliers du viaduc.

La structure complète du viaduc se mit alors à trembler tandis que le train continuait à avancer à toute allure. Autour de Lizzie, les gens commençaient à paniquer. Comme un château de cartes, Lizzie vit tomber les pilliers autour de celui qui avait explosé. Au sol, une meute d'Uraldaan se dispersa à toute allure, effrayés par le vacarme. L'un d'entre eux néanmoins fut atteint par un débris avant qu'il n'ait eu le temps d'aller très loin et mourut sur le coup. La jeune pirate fit une grimace, mais elle espéra que la bombe ne fasse pas plus de dégâts que cela. Le train allait assez vite pour qu'heureusement, la dernière voiture, celle des armes, puisse espérer passer sans aucun soucis.

C'est alors qu'un énorme crissement se fit retentir. Dans la panique, quelqu'un avait tiré sur une poignée de sécurité, déclenchant l'arrêt d'urgence du train. Lizzie jura, et se pencha de nouveau par dessus le vide pour voir l'avancée de la machine à vapeur. Cette fois-ci, c'était sûr, le dernier wagon ne passerait pas. Il était hors de question pour la jeune femme de perdre la carabine et le sabre de son père. Ni une ni deux, la belle profita de l'ouverture qu'elle avait fait pour grimper sur le haut du train dans un parfait timing, puisque déjà deux gardes de sécurité se précipitaient vers elle pour l'arrêter. Sans réfléchir, Lizzie se mit à courir, sautant de wagon en wagon.

Les secousses et le vent manquèrent plusieurs fois de la faire tomber, mais finalement le train finit par s'arrêter. Comme elle l'avait prévu, le wagon de queue pendait dans le vide dans un grincement assez inquiétant. Les deux gardes étaient en train de monter péniblement sur le toit à leur tour, essayant de courser la pirate. Heureusement pour elle, la jeune femme avait gardé son couteau Suuïsz. Elle se laissa glisser comme sur un toboggan sur l'avant-dernière voiture, qui était penchée. En dessous d'elle, les passagers commençaient d'ailleurs à l'évacuer. Tombant sur le wagon des armes qui était maintenant complètement à la verticale, Lizzie dégaina de nouveau le crochet de son couteau multi-outils et s'attaqua à la porte fermée à clef. Heureusement, le mécanisme était assez simple, et la porte s'ouvrit rapidement, alors qu'au-dessus d'elle les deux gardes hésitaient sur la marche à suivre. Ne pensant pas à eux, elle se laissa tomber dans le wagon, le faisant d'autant plus trembler.

Les armes étaient entassées par terre, étant tombées des étagères. Il n'y avait pas grand chose heureusement, la majorité des gens ne se baladant pas aussi armé qu'elle. Lizzie attrapa sa carabine et son sabre, accrochant la première dans son dos et le deuxième à sa ceinture comme à l'accoutumée. Elle récupéra aussi quelques poignards et une grenade, mais ne s'éternisa pas. Le wagon tanguait dangereusement quand elle entreprit d'escalader les étagères pour remonter vers la porte. C'est alors qu'un premier coup de feu retentit. Depuis l'avant dernière voiture, les deux policiers avaient commencé à lui tirer dessus. Un nouveau juron sortit de la bouche de la jeune femme alors qu'elle continuait à monter, espérant que leur visée soit assez mauvaise. Quand elle arriva enfin à la porte, elle saisit la grenade qu'elle avait récupéré et la lança en hauteur. Evidemment, elle n'avait rien pour l'allumer, mais cela serait certainement suffisant pour effrayer les deux hommes. Elle avait raison, et l'un des deux, tentant de reculer pour ne pas être touché par la grenade trébucha et glissa, tombant dans le vide. Lizzie se maudit intérieurement, mais continua sa route, sortant du wagon.

Au lieu de retourner sur le toit, elle pénétra à l'intérieur de l'avant dernier wagon maintenant déserté, et courut vers le suivant, qui était aussi pratiquement vide. Avançant de voiture en voiture, elle finit par revenir au sien. La jeune femme se saisit de son sac qu'elle avait laissé au sol, y laissa le couteau Suuïsz pour récupérer son revolver, et le fit passer dans son dos tout en continuant à courir. Les gens la pointaient du doigt mais elle n'y prêta pas attention: elle devait retrouver l'homme qui avait laissé le gramophone dans le wagon.

Si elle n'avait pas déjà survécu à deux tentatives d'assassinat, Lizzie aurait juste cru à un mauvais coup de chance d'être tombée sur la voiture visée par un attentat, mais là, elle savait que cette bombe lui était destinée. Alors que la fauconnière avançait, bousculant les gens qui s'offusquaient, elle finit par atteindre la première classe. Là, les gens étaient encore assis, à peine inquiétés par ce qui se passait plus loin, par les gens terrorisés qu'elle avait rencontrée, entassés dans des wagons trop petits pour eux. Ici, les riches, loin du danger, sirotaient leur brandy, un sourcil levé parce qu'ils perdaient du temps et ne seraient pas à l'heure pour leur concert de ce soir. Une femme d'ailleurs se leva, semblant reconnaître Lizzie, qui fut assez surprise pour freiner sa course.

- Oh ! Regarde chéri c'est Ginger Holmes ! Mademoiselle Holmes, savez-vous ce qu'il se passe ? Pourquoi sommes-nous arrêtés ?

Le regard interloqué de Lizzie devant cette petite femme au chignon gris parfaitement tenu en place par une broche en forme de papillon poussa cette dernière à se présenter.

- Oh mademoiselle Holmes ! Je suis Fran Walters, souvenez-vous, vous avez retrouvé mon fils qui avait disparu dans les bas quartiers d'Alexandria !

Un homme assis à côté de Walters - certainement son mari, il avait à peu près le même âge qu'elle - la saisit alors, la poussant à dégager le passage.

- Fran, ne vois-tu pas que l'enquêtrice est en mission... Laisse la travailler.
- Oh oui pardon mademoiselle ! Je vous laisse.
- Euh oui merci...

Lizzie reprit alors sa route, ne comprenant pas très bien ce qu'il venait de se passer. Quittant les salons de la première classe, la louve des airs arriva dans un wagon cabine. Une à une, elle ouvrit violemment toutes les cabines en cherchant son homme. Des cris s'élevaient à chaque fois qu'elle ouvrait une porte. Au fond de la voiture une porte s'ouvrit et un homme passa la tête pour voir ce qu'il se passait. C'était lui. Leurs regards se croisèrent et le gars se mit aussitôt à courir. Revolver toujours en main, Lizzie lui tira dessus alors qu'il atteignait la porte menant au wagon suivant. La balle se logea dans sa hanche, le faisant trébucher. La deuxième vint se planter dans sa cuisse et le gars finit de s'effondrer. Alors que de nouveaux gardes approchaient, la pirate fonça sur le garde, posant la pointe de son sabre sous son menton.

- Qui t'a employé ? Parle connard ou je t'achève tout de suite.

L'homme regarda Lizzie, la peur envahissant son regard, n'arrivant pas à parler. La jeune femme lui mit une baffe pour essayer de le remettre en état d'aligner trois mots compréhensibles, mais s'il reprit conscience de ce qui se passait, sa réaction ne fut pas de parler. Au lieu de ça, il réussit à dégager son bras gauche et le porta à la bouche. Avant que la pirate ne put comprendre ce qu'il se passait, l'homme croquait dans un truc dur et se mettait à convulser. Ne sachant pas quoi faire, Lizzie le lâcha immédiatement. Elle fut saisie à ce moment-là par deux gardes. La jeune femme se laissa faire, ne comprenant pas ce qui se passait. De la mousse sortait de la bouche de l'homme à terre, dont les yeux étaient maintenant révulsés. Et la seconde suivante, il retomba, immobile. Mort. Lizzie avait encore tué pour rien aujourd'hui, et cela ne lui faisait pas plaisir. Combien de vies avait-elle sauvé ? Des dizaines, mais on ne le reconnaîtrait jamais. Le complot était trop bien monté.

Une bonne heure plus tard, les deux wagons de queue ayant été détachés et abandonnés dans un énorme fracas, le train se remit en branle. Dans sa minuscule geôle à l'avant du train, Lizzie regardait ses armes, posées sur la table un peu plus loin. Elle pensait à tout le mal qu'elle s'était donné pour les récupérer, pour les avoir maintenant hors de portée. Elle avait été interrogée, et elle n'avait fait que dire la vérité, mais la jeune femme avait bien compris qu'on ne la croyait pas. A côté de ses armes était posés ses papiers, ainsi qu'une vieille affiche sur lequel se dressait un portrait lui ressemblant assez, avec le montant d'une somme inscrit en-dessous... Elle ne savait pas qu'elle était la suite des événements, mais cela ne s'annonçait pas très joyeux...



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Ludwig Strauss
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Jeu 30 Nov - 17:07
Irys : 1003794
Profession : [Officielle] Propriétaire d'industries de l'armement [Officieusement] Baron du crime
Daënar -2
Quelques heures plus tard, le train s’était garé à destination, en piteux état et amputé de quelques précieux wagons. Les forces de police avaient déjà eu l’initiative de bloquer l’accès à la gare afin de permettre aux détectives et investigateurs de mener leurs enquêtes le long du trajet. Lizzie quant à elle avait été conduite à une cellule au sein de la gare, gardée par un trio d’hommes en uniforme de forces de l’ordre armés de larges gourdins. Elle était sensée croupir pendant un bon moment dans cette cellule étroite le temps que d’autres suspects ne soient détenus ou d’autres preuves récoltées. Ensuite ils viendront l’interroger sur place ou la jeter directement au commissariat le plus proche. Une chose était sûre : elle avait déjà une mauvaise image sous le regard de la police locale qui la suspectait d’être une terroriste à la solde des my’träns ou encore une lunatique adepte des meurtres à grande échelle.

Un des gardes s’absenta le temps de récupérer quelques cigarettes tandis que les deux autres fixaient la fauve brune derrière les barreaux en s’échangeant quelques salaces plaisanteries.

« Quelle tigresse. J’aurais aimé la menotter moi-même. J’aime bien les femmes farouches dans son genre. Regardes un peu comment elle nous fixe. »

« Je la sens pas trop, moi. On dirait qu’elle veut t’arracher la gorge avec les dents. »

« Moi j’aime la résistance, ça donne du piment. »

Son camarade cracha sur le sol en secouant la tête d’un air sceptique.

« De toute façon elle finira forcément au bout de la corde dans moins d’une semaine. Ça où on la jettera dans un pénitencier à Hinaus pour qu’elle se gèle les miches … quand les gars là-bas ne viendront pas la chauffer. »

« Y’en a qui ont de la chance. »

Le troisième policier revint avec un paquet de cigarettes qu’il distribua à ses compères et ils allumèrent joyeusement leur petit butin, oubliant la présence du pirate pour discuter plutôt de leurs futurs paris concernant la prochaine course d’aéronefs à Alexandria. La discussion, cependant, ne dura pas bien longtemps. L’un des policiers fut soudain prit d’une violente quinte de toux. Un second lâcha soudainement sa cigarette qui venait de lui brûler les doigts et fut à son tour prit d’une toux féroce. Le troisième tomba à genoux en se tenant la gorge, les yeux exorbités. Les trois cigarettes, en entrant en contact avec le sol légèrement boueux, grésillèrent violemment, l’acide virulent rongeant toute chose à sa portée … tout comme les poumons des trois malheureux gaillards qui convulsaient par terre, incapables d’hurler ou de se libérer de la corrosion qui gagnait leur système respiratoire.

Lentement, ils succombèrent devant la cellule de Lizzie, leurs corps secoués par de derniers spasmes avant que la mort ne vienne les libérer de leur atroce agonie. Un silence lourd et terrible s’installa alors, le temps semblant s’être arrêté pour suivre ces tragiques événements. Puis lentement on pouvait distinguer le bruit de pas sur le sol dallé de la gare désertée. Le long du couloir menant à la cellule unique apparut alors un homme dont le visage était légèrement masqué par son haut-de-forme. Seul une barbe et une moustache d’un noir de jais se distinguaient ainsi qu’un sourire élégant et assuré. Aux côtés de l’homme à la prestance naturelle avançaient deux autres individus affublés de lourds imperméables et de fedoras, le regard menaçant et les mains glissées sous les plis de leurs épais manteaux.

L’individu qui semblait mener le groupe enjamba sans hésitation les cadavres des trois gardiens avant de s’arrêter devant les barreaux de la petite pièce, dévoilant enfin son visage en face de la prisonnière. S’appuyant sur sa canne, il afficha un sourire des plus élégants à la détenue et vint même à pencher la tête en signe de salutation, tirant doucement son chapeau et dévoilant sa chevelure corbeau avant de remettre son haut-de-forme. C’est d’une voix mielleuse digne des plus grands orateurs qu’il s’exprima, une lueur malicieuse dans ses prunelles couleur de givre.

« Mes salutations les plus distinguées, mademoiselle. Je suis votre plus grand admirateur et je suis venu saluer votre courage, votre chance et votre talent. Jamais au cours de mon existence je n’ai témoigné d’un instinct de survie aussi puissant chez un humain. Vous m’avez littéralement fasciné. »

Une de ses mains gantées quitta le soutien de sa canne pour se faufiler lentement entre les pans de son sur-mesure.

« Cependant votre chance semble être épuisée. De plus, vous m’avez causé des ennuis bien fâcheux, me privant d’intéressants documents et tuant bon nombre de mes hommes. Si bien que vous me forcez à faire le travail de mes bourreaux moi-même. »

Il dégaina alors un revolver de petite taille mais d’excellente facture dont il braqua le canon rutilant vers la tête exposée de Lizzie. Son index appuyé sur la détente, il lui suffisait d’une simple pression pour que la prisonnière peigne les murs de sa cellule d’une belle couleur écarlate. Cependant aucune cartouche ne fusa, aucune déflagration ne rompit le sordide silence qui animait la gare mise en quarantaine. Après un court instant qui sembla durer une éternité, Ludwig abaissa lentement son arme sans se départir de son sourire royal.

« Enfin, c’était mon objectif premier. Mais je me suis dis qu’il serait fort regrettable qu’une personne aussi forte et déterminée que vous finisse par mourir dans un cachot. Tant de compétences inexploitées, ce serait presque un sacrilège. »

Le gentleman rangea alors son arme dans son manteau et tapota doucement les barreaux métalliques du bout de sa canne. Ses deux hommes restaient aussi immobiles qu’une statue de marbre, fixant intensément la jeune pirate, prêts à obéir au moindre ordre qui quitterait les lèvres de leur chef charismatique.

« Que diriez-vous alors d’un petit marché, hm ? Histoire que vous nettoyez votre dette comme un coup d’éponge sur un tableau. On enterrera la hache de guerre entre nous deux pour collaborer fructueusement. D’ailleurs je ne connais toujours pas votre nom, miss ? »


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Lizzie Seavey
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Ven 1 Déc - 0:44
Irys : 298723
Profession : Chasseuse de primes - Pirate
Pérégrins -1 (femme)
La chanson du gramophone résonnait encore dans la tête de Lizzie, assise sur une paillasse puante et mitée. Le regard noir qu'elle posait sur les gardes était troublé par des flash, des souvenirs de ces dernières semaines qui venaient flotter devant elle. Qui donc pouvait être si têtu pour essayer de la tuer par trois fois, dans une époustouflante escalade de violence ? Tout ça pour un carnet. Elle regrettait son plan, sa curiosité, sa fâcheuse manie de vouloir toujours se mêler de ce qui ne la regardait pas. Et peut-être avait-elle même mis Billy en danger. C'est lui qui avait le carnet, Delkhar était à ses côtés. Elle n'avait aucun moyen de le prévenir, et il devait être à Alexandria, ou sur le point d'arriver, vu qu'elle lui avait donné rendez-vous.

Le crachat la sortit de ses pensées. Les pervers en face d'elle avait visiblement bien envie de faire d'elle leur quatre heure. La pirate avait été battue, dans le train, par principe, puisqu'on l'accusait de ne pas dire toute la vérité. Mais ces gardes-là, s'ils avaient bien posé leurs mains sur elle, la violence de leurs gestes avait un tout autre goût. Et Lizzie avait effectivement bien envie de leur arracher la gorge avec les dents. Elle eut une pensée pour sa mère, qui avait certainement dû supporter des hommes comme ça. Le dégoût qu'elle ressentit à ce moment-là la fit grimacer. L'amour qu'elle éprouvait machinalement pour sa mère disparaissait complètement quand elle se souvenait qu'elle n'avait été qu'une femme soumise et sans ambition.

La jeune femme les écoutait parler. La corde ou la prison à Hinaus ? Si elle devait choisir, elle ne savait même pas laquelle des deux options était préférable. Certainement la corde. Quitte à vivre une vie sans liberté, autant en finir tout de suite. Mais, Lizzie le savait, il y avait toujours un troisième choix dans ce genre de situations. Les règles étaient faites pour être transgressées, et les solutions pour être trouvées. Même dans la situation dans laquelle elle se trouvait en ce moment, la louve des airs n'avait pas perdu espoir. Elle savait qu'elle trouverait une solution.

Et voilà qu'ils se mettaient à fumer. Elle était tentée de leur demander une cigarette, il la lui aurait donné de toutes façons. Mais elle n'avait pas envie de leur faire le plaisir de les mettre en situation de force, ne serait-ce qu'une seconde. Si le tabac lui aurait certainement fait du bien pour se calmer et l'aider à respirer, elle se dit qu'elle avait besoin de garder sa colère et son énergie au cas où. Elle aurait tout le temps de fumer et boire quand elle serait sortie de cet enfer.

Leur conversation avait enfin pris une tournure intéressante. Les courses d'aéronefs. Déjà petite, Lizzie les avait toujours adoré. Elle s'échappait du bordel et se faufilait entre la foule à Laurgal pour assister aux courses. Mais les courses d'Alexandria étaient beaucoup plus impressionnantes. Les vaisseaux étaient taillés pour la vitesse, leurs magilithes améliorées et leurs design travaillés pour optimiser l'aérodynamisme. Lizzie avait d'ailleurs donné rendez-vous à Billy lors des prochaines courses, et ce n'était pas juste pour pouvoir se mêler à la populace. Elle voulait assister aux courses, et faire des repérages... La jeune femme avait décidé de se procurer un aéronef et d'enfin devenir capitaine. Une frégate véloce serait idéale, pour commencer. Petit équipage, facile à manier. Mais tout ça, vu sa situation, ce ne serait certainement pas pour tout de suite. Un soupir passa à travers les lèvres de la jeune femme. Et comme si ce souffle les avait empoisonné, les trois hommes se mirent alors à tousser brusquement.

Lizzie se leva de sa paillasse et s'avança vers les barreaux, s'agrippant à eux tout en observant le spectacle. Un à un, ils firent tomber leurs cigarettes, qui enflammèrent le sol, puis s'effondrèrent avant de convulser pendant un petit moment. La jeune femme les regarda mourir en silence. Etait-ce une bonne ou une mauvaise chose ? Difficile de savoir. Son destin allait certainement encore être modifié... Alors qu'un bruit de pas commençait à s'élever au loin, Lizzie cracha sur le sceptique qui avait la même chose dans sa direction quelques minutes plus tôt. Un geste de vengeance quelque peu puéril, mais toujours satisfaisant. Les nouveaux arrivants se rapprochant, la louve lâcha les barreaux et fit un pas en arrière. Elle identifia trois hommes et une canne, et ils ne semblaient pas pressés de faire leur entrée. Puisqu'ils ne venaient pas les sauver, ils étaient donc certainement responsables du meurtre des trois policiers. Et vu qu'il n'y avait personne d'autre dans la petite prison de la gare, ils venaient pour elle. Amis ou ennemis ? Lizzie le saurait bien assez vite.

Quand ils furent enfin à portée de ses yeux, la belle brune sut tout de suite qui il fallait regarder. Les deux hommes sur les côtés n'étaient que des bras. Certainement redoutables et bien armés, mais le vrai danger ne venait pas d'eux. Le sourire sous la moustache, caché dans l'ombre du chapeau, lui, était beaucoup plus susceptible de lui attirer des problèmes. Et il l'avait certainement déjà fait. Lizzie le rencontrait enfin, celui qui cherchait à la tuer depuis le début du mois. Passant par dessus les corps, il vint se poser face à la jeune femme pour la saluer. La quarantaine, il était plutôt bel homme, et terriblement élégant et charismatique. Certainement pas le genre d'homme avec qui la pirate avait l'habitude de traîner. La malice qui brillait dans ses yeux de tacticien ne laissait pas de doute sur son intelligence supérieure. Lizzie sut tout de suite qu'elle avait en face d'elle un redoutable ennemi ou un remarquable allié. En tout cas, quelqu'un qui allait compter pour la suite des événements.

Elle l'écouta chanter ses louanges avec un demi-sourire ironique, ne l'intensifiant que lorsqu'il sortit son arme pour la pointer sur son crâne. La peur fit frissonner son bras gauche, mais Lizzie garda son sourire. S'il fallait mourir, que ce soit avec dignité. Elle cherchait toujours un moyen de s'en sortir, mais elle n'était vraiment pas en position de tenter quoi que ce soit. Le regard de la jeune femme était accroché aux yeux de son adversaire. Elle percevait dans le flou du premier plan le doigt posé sur la gâchette, prêt à tirer, et la pirate se demanda s'il profitait du moment, comme un chasseur qui a acculé sa proie et s'imbibe de l'odeur de la peur.

La surprise put se lire dans le regard de Lizzie quand l'homme en noir abaissa l'arme. Tout ceci n'était que de la mise en scène ? Son admiration pour celui qui se trouvait en face d'elle s'accrut, alors qu'elle songeait déjà à tout ce qu'elle pourrait apprendre de lui en collaborant. Néanmoins, elle s'en doutait, il saurait mener la danse pour que ce soit toujours dans ses intérêts, et Lizzie devait s'assurer que les siens ne soient jamais oubliés. Le bruit du métal résonna dans le couloir quand il frappa les barreaux du bout de sa canne, comme la cloche annonçant le verdict.

Elle avait une chance de s'en sortir, et il fallait qu'elle s'y accroche, mais il fallait d'abord tirer tout cela au clair. La jeune femme refusait de sortir de ce cachot pour rentrer dans une nouvelle prison, elle ne s'enfermerait pas avec cet homme. Lizzie s'humecta les lèvres avant de prendre la parole, prenant le temps de choisir ses mots.

- Seavey. Nulle miss néanmoins. Sans votre intervention, on m’appellerait certainement à cette heure-ci Capitaine Seavey. Vous pouvez néanmoins m'appeler Lizzie, c'est ainsi que tout le monde s'adresse à moi... pour l'instant.

S'écoutant parler, Lizzie fut surprise par le vouvoiement. Cela faisait une éternité qu'elle n'avait pas vouvoyé quelqu'un. Cet homme avait vraiment beaucoup trop de charisme, et attirait son respect malgré toute la suspicion dont elle faisait preuve.

- Je suis prête à considérer votre offre, j'ai beau être une femme très occupée, je n'en ai étonnamment reçu aucune autre pour l'instant. Et si le fait de récupérer votre carnet peut m'éviter de nouvelles tentatives d'assassinat, cela peut aussi s'arranger. Mais évidemment, je ne peux rien faire pour vous si je suis enfermée dans cette cellule, monsieur... ?

Elle allait enfin savoir qui il était. L'homme derrière tous les événements de la vie de Lizzie dans le dernier mois. Celui qui avait tant tenté de l'assassiner qu'il avait fini par avoir du respect pour son instinct de survie prononcé. Le même respect que celui qu'éprouvait la louve pour l'homme en noir à ce moment précis. Un intérêt ponctué de curiosité et d'ambition. Beaucoup d'ambition.



Chibi Lizzie
Paroles de Lizzie: #33ccff
Paroles de Emshaï: #339900
Paroles de Akhir: #cccc00
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Ludwig Strauss
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Sam 2 Déc - 22:20
Irys : 1003794
Profession : [Officielle] Propriétaire d'industries de l'armement [Officieusement] Baron du crime
Daënar -2
« Capitaine Seavey. Il y’a une belle sonorité avec ces deux mots combinés, je trouve. »

Levant un instant son regard bleuté en l’air, il sembla savourer doucement le nom de famille de la pirate accompagné de ce titre non moins prestigieux, comme s’il dégustait la saveur d’un bonbon invisible qui reposait sur sa langue.

« Strauss. Ludwig Strauss. Enchanté de faire votre connaissance. »

Pianotant doucement ses doigts gantés contre le bout sculpté de sa canne en bois, son sourire amical indiquait qu’il était satisfait par le fait que la jeune brune soit encline à collaborer malgré sa situation pour le moins délicate. Heureusement pour elle, l’homme ambitieux qui lui faisait face n’était pas un ordinaire baron de la pègre mais un esprit vif porté vers le futur et peu sensible aux conséquences tragiques ou aux désagréments, préférant tirer partit de chaque obstacle et en faire une force ou un atout nouveau. Lizzie, par exemple, pouvait lui être utile pour certains de ses plans. Pas nécessairement ses projets les plus extravagants et complexes mais plus pour des affaires plus à la portée des flibustiers sans foi ni loi. C’est dans cet esprit qu’il avait décidé d’épargner la vie de Seavey si jamais elle était intéressée par l’offre du gentleman (et  bien évidemment par l’envie de garder la vie).

« Naturellement, il va falloir vous libérer si vous vous qu’on débute notre collaboration sous l’auspice du lucre. J’aurai bien aimé discuter avec vous au sujet de notre potentiel accord mais le temps presse. D’ici quelques instants d’autres représentants de l’ordre viendront vous conduire au lieu où vous serez jugée pour le crime que vous n’avez pas commis. »

Posant un index sous ses lèvres d’un air pensif, il fronça légèrement des sourcils avec un air intrigué, pensif, son front légèrement plissé par ses réflexions.

« Je me demande d’ailleurs comment avez-vous déjoué le coup de la bombe. C’est presque inconcevable, tellement improbable, tellement … surnaturel. »

Les prunelles de glace détaillèrent la prisonnière, son ton intrigué dévoilant la naissance d’une curiosité mêlée d’une certaine admiration pour cette femme si mystérieuse, si calme malgré le fait qu’elle venait de voir trois malheureux agoniser affreusement devant ses yeux et un revolver être braqué devant son regard. Le sang-froid dont elle faisait preuve lui plaisait énormément, c’était une des qualités qu’il exigeait chez ses agents les plus essentiels. Elle pourrait faire une excellente pièce au sein de la machine infernale de son réseau criminel, elle qui avait survécu à trois tentatives de meurtres de plus en plus spectaculaires. Repousser deux tueurs à gage d’Aildor, terrasser un adepte de Dalaï et échapper à une détonation qui aurait soufflé un wagon entier. Elle avait tout pour gagner l’estime de l’industriel.

Mais ce dernier sentait bien qu’il ne pourrait la convaincre de se joindre de façon permanente à ses rangs. C’était un pirate, avide de liberté, d’aventures et de frissons. Un être dont il lisait dans son regard un fort attachement pour l’indépendance. Elle était ambitieuse, tout comme lui, mais ne souhaiterait pas que son ambition soit enchaînée à la volonté du parrain mafieux. Il comprenait cela et le respectait. Cela ne l’empêcherait pas de tirer profit de leur petite entente, aussi provisoire soit-elle.

« Enfin, nous en reparlerons plus tard. Nous allons nous séparer pour le moment. Je vous conseille de vous éloigner le plus possible du mur derrière vous, ce sera votre sortie de secours. N’hésitez pas à grimper dans le carrosse le plus proche. De couleur verte, vous ne pouvez pas le manquer. Vous y trouverez tout ce qu’il vous faut pour disparaître temporairement jusqu’à notre prochaine rencontre. »

Penchant doucement la tête, il la gratifia d’un « bonne chance » enjoué avant de rebrousser chemin en compagnie de ses deux gardes silencieux, laissant une Lizzie seule dans une gare fantôme. Le silence reprit ses droits et on entendait plus que le vague brouhaha d’une foule dehors, irritée qu’elle soit privé de passage pour leurs rendez-vous importants. Ce qui fut bien utile pour Lizzie car il camoufla une légère détonation qui fissura profondément le mur de la cabine avant qu’il ne cède en tas de gravats poussiéreux, ouvrant sur une ruelle quasi déserte, la majorité des personnes s’étant agglutiné à l’entrée de la gare pour satisfaire leur curiosité pour le plus grand malheur des forces de police qui tentaient de contenir la foule croissante.

Lizzie pouvait remarquer que, un peu plus loin, se trouvait un carrosse peint en vert, sans cocher. Elle y découvrira à l’intérieur non seulement de nouveaux habits plus adaptés à la société daënare, mais aussi ses armes confisquées, de faux papiers, une carte avec des coordonnées pour un lieu de rendez-vous aux frontières d’Alexandria et une petite bourse d’Irys suffisamment bossue pour lui permettre de se dépanner et survivre l’espace de quelques jours au sein de la capitale.

Mais qu’elle réagisse vite car la police ne tardera pas à découvrir l’absence de la criminelle et la traquer avec hargne, les forces de l’ordre daënastre étant de nature peu clémentes envers les délinquants et voyous qui pullulaient de plus en plus en ces temps sombres et troublés.

Et le châtiment de Lizzie risquait d'être bien plus sévère avec son évasion ponctuée par la mort de trois agents de police. Rien de très joyeux pour notre louve des mers.


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