Revenir en hautAller en bas
Chroniques d'Irydaë
Bonjour, et bienvenue sur les Chroniques d'Irydaë. Déjà inscrit ? N'attends plus, et connecte-toi dès maintenant en cliquant sur le bouton "Connexion" ci-dessous !

Vous êtes nouveaux, que ce soit sur ce forum ou dans le monde du RPG ? Le choix d'un forum sur lequel vous pourrez vous épanouir n'est pas anodin, et il vaut mieux pour cela connaître l'univers dans lequel vous vous trouvez ! Nous avons pensé à vous, en vous préparant un guide qui vous permettra de découvrir pas à pas le monde des Chroniques d'Irydaë.

Si malgré cela, des doutes subsistent, n'hésitez pas à adresser vos questions aux Administrateurs.

En vous souhaitant une agréable visite !




 :: Les terres d'Irydaë :: My'trä :: Khurmag
Page 1 sur 1


 L'illusion fallacieuse de la paix

Althéa Ley Ka'Ori
avatar
Ven 6 Oct - 20:47
Irys : 850225
Profession : Guérisseuse du Troisième Cercle
My'trän +2 ~ Suhury




Elles y étaient parvenues ! La Dame des Neiges se dressait à l’horizon, plus fière que jamais. Le bleu-gris de ses remparts lançait des reflets vantards en ces temps de Khoral, alors que son éclat naturel transperçait sans difficulté le blizzard aveuglant. Althéa avait intimé Zora de la précéder sur le chemin. Elles avaient convenu dès le premier jour de leur alliance forcée qu’elle était plus apte à se charger de l’aspect diplomatique de leur mission. Zora était de toute évidence parfaitement dépourvue de courtoisie, et ignorante des bonnes manières les plus basiques, ce qui la disqualifiait d’office en tant que porte-parole. La guérisseuse ne doutait pas toutefois qu’elle trouverait affaire dans cette somptueuse cité aux multiples facettes, notamment lorsqu’elle parcourait le carré de l’Est, et le plus vicieux des quatre.

Aussi Althéa franchit-elle seule l’entrée de Reoni, et un sourire nostalgique vint se loger sur ses lèvres alors qu’elle se remémorait ses multiples séjours au sein de la capitale. La chaleur des habitants, la jovialité des marchands, le faste des bijoux sur leur étables, tout était réuni pour la placer dans un contexte qui rappelait délicatement son enfance. Ce dernier la rassurait quelque peu en cet instant fatidique qui précède une entrevue de grande importance (à ses yeux du moins). Elle aurait voulu savourer davantage les odeurs familières et les visages connus du carré des routards, mais son attention était accaparée par la mission qu’elle s’était fixée. Elle avait un compte-rendu à rapporter, et plus, une requête à faire. Dans le cas où celle-ci serait refusée, elle aurait tout le loisir de profiter des délices de Reoni, et c’était là son seul réconfort pour palier à un potentiel échec.

« Prenez place, mademoiselle. Désirez-vous de quoi vous désaltérer ? Qu’est-ce qui vous amène au carré du fleuve ? »

De longues minutes plus tard, Althéa avait franchi la pallier du palais. S’il ne constituait pas la plus princière des forteresses, il n’avait rien à envier à ses analogues en terme de beauté et de finesse. L’adepte de la chouette prit place sur un siège qui lui était offert tout en admirant ses peintures murales, ses piliers sculptés et ses plafonds travaillés. Elle bénit tout bas l’hospitalité spontanée des Reoniens, et sortit un rouleau de parchemin de sous sa cape qu’elle présenta aux yeux de son inquisiteur.

« J’ai là un rapport quant à l’explosion d’une mine Daënar sur nos terres. J’estime que le Gharyn Yoris, ou du moins son Khorog Aldin, est en droit d’entendre ce qu’il s’y est déroulé par la voix d’un témoin de sa patrie. »

Le Reonien l’écouta avec bienveillance expliquer plus en détails la raison d’une telle visite, et il sembla convaincu par le morceau de parchemin ainsi que par l’émotion fébrile qu’elle glissait inconsciemment dans ses paroles. Il l’informa que pour l’heure, le fameux Aldin se préoccupait d’ores et déjà d’un tout autre enjeu politique, mais qu’il la recevrait une fois ses affaires en ordre. Elle ne put qu’opiner de la tête et se tenir patiemment dans le hall. Elle fit bien les cent pas quelques fois, entrecoupant ses vagabondages de pauses assises, répétant mentalement la totalité des informations à fournir à son Khorog dans ses plus menus détails. Elle l’avait déjà aperçu à plusieurs reprises lors de ses précédentes visites, mais elle dut se rendre à l’évidence ; elle redoutait de lui adresser la parole directement. Elle avait toujours eu ce tract indescriptible à l’idée de converser avec plus haut placé que soi. Il en résultait une lueur admirative, ajoutée à une dévotion sincère qui s’exprimait tant dans ses iris que dans sa gestuelle. Quelque part, elle appréciait d’avoir matière à le rencontrer personnellement.

Enfin, le domestique mit fin à son supplice, et à son attente, en l’invitant dans une salle dédiée aux audiences. Lorsque la porte se ferma derrière elle, Althéa s’inclina devant son Khorog, et oublia simultanément toutes les phrases pensées mille et une fois au cours de l’heure qui précédente. Démunie, elle dissimula sa gêne derrière un voile de dévotion et d’honnêteté mêlées qui s’apposa sur les mots qu’elle prononça dans une improvisation le plus totale :

« Je vous suis profondément reconnaissante de m’accorder audience. J’ignore si ce que j’ai à vous dire vous importera d’aucune manière, mais sachez que je n’ai agi qu’avec le plus innocent des patriotismes en entreprenant ce voyage jusqu’à Reoni. »

La guérisseuse s’humidifia discrètement les lèvres, n’osant croiser que brièvement le regard du Khorog. Cette retenue exprimait autant d’adulation pour son interlocuteur que de respect pour son rang.

« Je me nomme Althéa Ley Ka’Ori, j’ai grandi en Khurmag au sein du clan nomade des Mahere. Je voyageai parmi les miens en direction de l’Est lorsqu’une mine Daënar a explosé à quelques lieues de notre campement. Nous nous sommes portés à leur secours, mais le constat n’a rien de réjouissant, malgré nos efforts pour limiter l’ampleur du désastre. J’ai là un rapport signé du responsable de la mine qui atteste mes dires. Je puis vous conter davantage que ce qui figure sur ce papier, car les faits recèlent plus de vérité que les nombres qui y sont inscrits. »

Althéa marqua une pause stratégie pour reprendre l’aplomb qui la caractérisait. Là, elle s’inspira des phrases qu’elle avait placé au détour d’une missive adressée à Faye pour déclarer sans ambages :

« Cela m’attriste que ce peuple que nous invitons dans notre contrée témoigne aussi peu de considération pour nos terres, pour le matériau des Architectes, et pour nous autres Khurmis. Si nous payons la paix de leur présence, il me parait injuste que nous payions de surcroît leur inconscience. »
Voir le profil de l'utilisateur

Ingrid & Sigurd
avatar
Mar 10 Oct - 10:09
Irys : 689869
Le Réonien écouta jusqu’au bout le compte rendu de la demoiselle et s’il n’en laissa rien paraître ses nouvelles l’inquiétèrent. Ils n’en avaient encore rien appris. Pas pour ce désastre en tout cas. Et le Khorog qui était déjà occupé à superviser l’aide à envoyer dans un village de mineur non loin de Réoni qui avait également subit des pertes ! Mais inutile d’inquiéter plus encore une citoyenne si pleine de bonne foi. Après l’avoir poliment informer qu’Aldin viendrait dès que ses affaires lui permettraient, Bayan alla informer son Khorog.

Si l’attente parut interminable à la visiteuse, elle ne fut pas si longue que ça. Aldin laissa rapidement ses conseillers finir de peaufiner les détails puisque tout était pratiquement réglé pour rejoindre la messagère de si terribles nouvelles. Il la laissa s’exprimer après avoir retourné son salut. Tout deux debout alors que les sièges ne manquaient pas dans cette salle prévue pour les audiences.

« Oui, les événements peuvent paraître ainsi. Althéa ? Installez vous je vous prie, la discussion risque d’être longue, j’ai de nombreuses questions à vous poser. »

Il la guida vers les fauteuils présents aux abords de la pièce plutôt que vers les chaises le long de la table longiligne, plus là pour les grandes réunions et rencontres officielles. Malgré son jeune âge, il tenait son rôle, l’incarnait à la perfection, avec prestance et calme. Son manque d’expérience compensé par sa vivacité et sa sagesse. Il avait su garder le respect dû à sa position.

« Je vais regarder votre rapport même si comme vous, je pense que votre récit apportera beaucoup plus. »

Ce fut bien le seul moment où il lâcha la jeune femme du regard. Le visage perdant un peu de sa neutralité alors qu’il constatait le nombre important de perte et le fait qu’une personne ait volontairement attenté à la vie de ses malheureux. Après une légère pause, il retourna son attention vers son interlocutrice assise non loin de lui. Gardant le rapport posé sur ses genoux.

« Merci d’avoir apporté directement ce document en main propre. Je crains de devoir raviver de mauvais souvenirs pour avoir tous les éléments en main. Mais avant de commencer : votre clan à-t-il subit une quelconque perte lors du sauvetage ? S’il a besoin d’aide d’une façon ou d’une autre faites-le moi savoir, nous lui sommes redevables comme à vous. »

Il pouvait se permettre d’être conciliant, de prendre le temps de ménager Althéa. La catastrophe était passée ainsi que l’urgence. Il ne restait malheureusement plus personne à sauver, juste des mystères à élucider, encore. C’était des temps bien sombres.

« Je vais vous laisser me raconter ce vous savez et avez vu, me dire ce qui n’est pas écrit sur ce compte rendu. Je vous poserais mes questions ensuite. »

Et elles étaient nombreuses comme il le lui avait dit plus tôt. Mais il en apprendrait certainement plus en procédant de cette façon. Il ne voulait pas qu’elle ait l’impression de subir un interrogatoire avec le stress que ça engendrait.Ce dernier pouvait amener à oublier des informations clefs. Outre le fait que son récit pourrait soulever des points auxquels il n’aurait pas pensé autrement.
Voir le profil de l'utilisateur

Althéa Ley Ka'Ori
avatar
Mer 11 Oct - 19:38
Irys : 850225
Profession : Guérisseuse du Troisième Cercle
My'trän +2 ~ Suhury
Althéa acquiesça poliment à chacun des dires d’Aldin, et se glissa jusqu’au fauteuil offert avec un « merci » respectueux. Mais lorsqu’elle prit place sur le siège, son corps était presque en lévitation tant la tension le crispait. Elle redoutait autant qu’elle s’honorait de la conversation à venir avec son vénéré Khorog ; en son sein se livrait un violent duel entre l’anxiété et l’euphorie, toutes deux désireuses d’accaparer son attention. Pourtant, lorsqu’elle prit la parole, elle s’efforça d’adopter un calme olympien qui lui ressemblait davantage qu’une panique assumée.

« Je suis navrée d’être la porteuse de telles nouvelles… déplora-t-elle. »

Notre guérisseuse prit une longue inspiration, mentalement prête à affronter le détail du récit qu’elle était venue relater. Mais le Khorog se préoccupa d’abord de son propre intérêt, de son propre sentiment. Si ses bons sentiments la touchèrent, c’est avec une véritable surprise qu’elle lâcha un :

« Oh… »

Ainsi sa bienveillance n’était guère une légende. Elle reprit contenance, s’injuriant pour son étonnement. Elle déclara, non sans une certaine confusion dans la voix :

« Je crois bien que… Oui, un homme de mon clan a trépassé. C’est lui qui a mené nos éclaireurs vers le lieu de la catastrophe, et sa bravoure l’a mené à sa perte. Votre mansuétude est des plus louables, khorog Aldin, et j’aurais accueilli toute possibilité d’apporter quelque soutien à ma tribu à bras ouverts. Mais je crains que même vous, sire, ne soyez en mesure de réparer une mort. »

Elle ne mentionna volontairement pas le nom de l’homme tombé au cours du sauvetage, pour la simple raison qu’il ne lui revenait pas. Son visage lui semblait trouble, impersonnel, sa voix indéfinie, et sa personnalité indéterminée. Elle n’eut donc que peu de mal à écarter le besoin d’une réparation quelconque, et à enchaîner sur la raison véritable qui avait motivé son voyage.

« En ce qui concerne la mine… L’incident s’est produit il y a six jours exactement, à l’ouest de Tarluru. Mon clan se dirigeait vers Forëal pour y mener à bien ses activités commerciales. Nous n’étions pas sur les lieux au moment de l’explosion, mais elle a retenti si fort que nous l’avons entendu à plusieurs lieues alentours. Un groupe, dont je faisais partie, s’est détaché pour rejoindre la mine. Nous avons fait au mieux, sans ménager nos efforts malgré leur appartenance à un autre continent. Voyez-vous, je suis membre du troisième cercle de l’aube. »

D’un geste humble, elle mit en avant le brassard sur son épaule.

« Ma vocation est de soigner, et Möchlog me vient en aide dans cette aspiration. Avec le support des infirmiers daënars, nous avons fait au mieux pour venir en aide aux blessés auxquels nous avions accès, car les entrées de la mine étaient obstruées. Mon clan et les mineurs encore debout sont parvenus à les dégager après de longues minutes de déblaiement. Alors nous nous sommes engagés dans les sous-sols afin de secourir les vivants emprisonnés sous terre. Je ne pense pas nécessaire de … détailler les péripéties qui suivent. Je les mentionnerai, et laisserai à votre bon jugement le soin de poser des questions sur ce qui vous interpelle… »

Sa voix s’était un peu atténuée, son assurance s’était affaiblie, mais sa foi en la cause my’träne ne fit que redoubler de véhémence.

« Nous avons formé un groupe de douze, de daënars et de my’träns formés, mais seuls cinq sont sortis vivants de ces galeries sans fin. Alors que l’on s’enfonçait dans les profondeurs, nous avons découvert un enfer ; de la pénombre, de la technologie en quantité outrageante, une maigre poignée de rescapés, et surtout, beaucoup de cadavres. Brûlés par l’explosion, tordus par un éboulement, dévorés par les aracnobions, et que sais-je encore. L’incident a fait de nombreuses victimes, de cela je suis certaine. Le responsable de la mine, un dénommé Carl Rowlett, l’a mis sur le compte d’une simple défaillance d’une de leur… foreuse, était-ce ? Il ne compte pas abandonner l’usage de cette machine, il m’a assurée que la mine serait remise sur pieds d’ici peu, et que la défaillance d’un jour ne compromettait pas son activité minière d’aucune manière. Et pourtant, il a perdu tant de mineurs dans ce simple incident ! Et pas seulement des Daënars, paraît-il. Il était persuadé que des my’träns travaillaient pour son compte, mais j’ignore bien quelle démence les pousseraient à côtoyer la technologie d’aussi près ! »

Althéa marqua une pause destinée à reprendre son souffle. Ce fut avec un ton plus résigné qu’elle confessa le deuxième, et terrifiant aspect de ce sinistre :

« Mais ce serait mentir que de rejeter la faute entièrement sur les Daënars. Je crains que le danger ne provienne des deux camps. La présence des mines daënars met en danger la vie des my’träns, mais elle engendre également des comportements insanes au sein de notre nation. Nous aurions pu réduire le nombre de morts de presque trente personnes sans l’intervention de cette fameuse Zo’. J’ignore l’entièreté de son identité, je sais simplement que je l’ai côtoyé de près lors de cette expédition, sans jamais me douter de ses pulsions meurtrières. Elle s’est infiltrée dans les renforts my’träns en tant que guérisseuse. Toutefois, elle a assassiné mais guère soigné… ! Elle a employé leurs propres inventions contre eux ; elle leur a lancé une barre rouge enflammée. Ils appellent cela de la daënarmythe. J’ignore comment cette hérésie fonctionne, mais j’ai pu la voir exploser, et entraîner l’éboulement de la partie supérieure de la mine. Nous nous apprêtions à sortir à l’air libre, avec les réfugiés, et le reste des renforts… Je suis la dernière à être remontée en vie. »

Il y avait un véritable regret dans son regard, de ceux qui travaillent plusieurs heures à réaliser un projet qui les dépasse mais auquel ils s’adonnent sans compter. Un projet qui échoue inévitablement, ne laissant dans son sillage que frustration et impression d’inutilité. Si Althéa avait été plus attentive, elle aurait vu le danger là où il était, et pas dans les daënars qu’elle surveillait !

« Oh, elle paraissait pourtant inoffensive… J’ai manqué de discernement, je l’admets sans peine. Elle venait de nulle part, aussi personne n’en a pris la charge. Après son massacre, elle a fui, dans le blizzard du Khoral, et je doute que les daënars soient parvenus à la retrouver par ce temps. Monsieur Rowlett, de son côté, me semble inconscient du mal qu’il opère, et peu enclin à discuter d’alternatives. Il m’a intimée de décrire mes mésaventures, ainsi que le profil de Zo’, en échange de quoi il m’a donné les noms de ses référents en Daënastre, en prétextant être dépourvu de tout pouvoir. Le dialogue ne peut pas s’établir à ce niveau, entre fanatisme et insouciance, c'est pourquoi il m'a semblé nécessaire de vous demander de votre temps. »
Voir le profil de l'utilisateur

Ingrid & Sigurd
avatar
Lun 16 Oct - 22:43
Irys : 689869
Le fait de s’asseoir n’eut pas l’air de détendre plus la jeune femme. Pour le moment en tout cas. Et si son vis-à-vis n’était pas tendu, il n’était pas avachi dans son fauteuil non plus. La réponse à sa question était tout à son honneur, certains en auraient profité pour demander plus que ce dont ils avaient besoin.

« Certes, non. Mais il est possible aux clans de s’entraider pendant un certain temps, de fournir une main d’œuvre ou un support le temps que l’équilibre soit retrouvé quand il y a de nombreuses pertes. »

Le travail à faire était toujours là même si on oubliait les personnes qui le réalisaient. Enfin, dans ce cas le clan s’en tirait relativement bien. Il n’ajouta donc rien de plus sur cet âme ayant déjà rejoint les limbes de l’oubli. En fait, il écouta en silence la suite du récit pour ne reprendre la parole qu’à la fin de ce long condensé. Pour poser des questions même si éventuellement il devrait informer Yoris.  Le Gharyn aurait à s’occuper des problèmes diplomatiques que le comportement quelque peu insouciant de se dirigeant de la mine soulevait. Mais il serait contre-productif de le faire intervenir maintenant surtout que Aldin avait aussi son rôle à jouer dans ce drame.

« Vous avez bien fait ! Ce que vous rapportez est inquiétant, c’est le moins que l’on puisse dire… Rien n’interdit aux My’trans de travailler dans une mine mais… »

Il fit une grimace expressive pour terminer sa phrase. Ce n’était pas tant qu’il était à court de mot qu’il ne voulait pas exprimer négligemment ses doutes quant à leurs motivations devant Althéa. Son antagonisme envers les Daenars n’avait pas besoin d’être renforcé. Et chacun avait son libre arbitre bien sûr. Cependant leur bien être en se détournant ainsi de leur Architecte était plus que douteux. Cela avait peut-être un lien avec les rumeurs qui leur étaient parvenus dernièrement au sujet de mages dépossédés de leur pouvoir.

« .. je ne pense pas que ce soit sans conséquences pour eux. Vous avez bien dû en croiser à ce moment là ? Je suppose que certains faisaient partis de l’équipe de secours ? »

Il s’arrêta de nouveau, les sourcils froncés. Une idée à discuter avec son primo-Gharyn avant de l’aborder ici. En attendant d’autres points restaient à éclaircir.

« Les morts que vous dites indéterminés sont ceux que vous n’avez pu évacuer de la mine avant que tout ne s’écroule ? »

C’était plus une vérification qu’autre chose. Mais avec cent-quarante-sept morts de cette façon, il y avait de quoi être pointilleux.

« Savez-vous dessiner ? Sinon je vous enverrez une dessinatrice pour que vous me fassiez le portrait de cette « Zo », nous ne pouvons pas laisser une telle personne dans la nature. Si ce que vous dîtes est bien fondé, le Khorog de Suhury pourra peut-être nous informé ce ne doit pas être la première action que cette disciple de la Chouette commet. Avez-vous d’autres détails qui pourraient nous aider à la retrouver, n’importe quoi ? »

Après ses réponses, il l’abandonna avec la tache sus-mentionnée pour ne revenir qu’une bonne heure après avec Yoris, homme un peu plus âgé et avec un air plus affable. Illusion ou réalité, cela restait à déterminer pour la jeune femme qui se retrouvait avec les deux versants du sommet de Khurmag.

« Enchanté Althéa Ley Ka’Ori. Je crois qu’il est inutile de me présenter. Je vous remercie pour ce que vous avez fait. Et être venue ici dans des temps si courts est vraiment louable. Cela nous permets de réagir au plus vite avec des informations précieuses. Nous allons prendre le reste en charge. »

Il fit une pause avec un regard perçant comme s’il jaugeait son interlocutrice. Il reprit toujours aussi grave malgré son visage avenant. Ses joues bouffis lui donnait un air gentil qui en trompait plus d'un.

« Cependant, si ce n’est pas trop demander nous aimerions recourir à votre aide sur un point : étant une disciple de Mochlog votre expérience pourrait être très utile pour déterminer la cause d’un fait inquiétant. »

Le fait qu’elle soit originaire de la région n’était pas non plus étranger à la proposition même si aucun des deux hommes ne le disaient ou ne l’avaient exprimé plus tôt.

« Vous n’êtes probablement pas au courant mais nous avons reçu des rapports inquiétants sur le village de Tük, leurs habitants auraient perdu leur capacité à user de leur magie. Bien sûr nous ne vous enverrons pas là-bas seule ! Nous comprendrions tout à fait que vous refusiez à cause des risques. »

Même si aucun des deux ne s’attendaient à ce qu’elle refusa. Pas après les vaillants actes dont elle avait fait preuve dans cette mine ni après son rapport passionné des éventements. Ou encore son attitude vis-à-vis de ses supérieurs. Même s'il ne s'agissait pas ici de faire pression sur elle.

Les faits commençaient à dater pour les premiers touchés mais les habitants par honte, par désarroi ou en attente d’une guérison miraculeuse ne s’étaient pas manifestés immédiatement à leur Gharyn. Et il faut dire que dans ces contrées l’illusion était maître ! Ce n’était malheureusement pas le seul village contaminé mais le plus proche.
Voir le profil de l'utilisateur

Althéa Ley Ka'Ori
avatar
Ven 27 Oct - 19:11
Irys : 850225
Profession : Guérisseuse du Troisième Cercle
My'trän +2 ~ Suhury
Le khorog répondit sans s’étendre au sujet des my’träns mineurs, de telle façon que la curiosité d’Althéa fut éveillée. Sa phrase en suspens imprima une expression interrogatrice sur le visage de la guérisseuse, mais elle se fit violence pour demeurer silencieuse, et réprimer l’impolitesse d’une question au fond de sa gorge. Elle fut récompensée par une réponse partielle à sa question muette. Lorqu’Aldin reprit la parole, elle se vit dans l’obligation d’hocher négativement de la tête, et elle s’en voulut de ne guère apporter de réponses à celui qui avait su lui en donner.

« J’ignore de quelle affiliation étaient les mineurs rencontrés. Dans l’urgence de la situation, et inconsciente que des compatriotes travaillaient dans cette mine, je n’y ai pas prêté attention. Je ne me souviens pas avoir constaté quiconque employer la magie, alors même qu’elle nous aurait sauvés à plusieurs reprises. Mais rien ne nous indique que des My’träns travaillaient effectivement pour Sieur Rowlett… »

Maintenant que le Khorog soulevait une telle question, elle constatait un aspect curieux à ce constat qui voulait que vingt-trois my’träns aient trouvé la mort dans ces souterrains. La probabilité qu’aucun ne fût parmi les trente-cinq mineurs côtoyés de près ou de loin au cours de la mission imposée par les circonstances frôlait l’irréalisme. Avec une telle déduction, comment expliquer qu’aucun ne fût affairé à soigner les blessés ? Ou à employer son feu plutôt que les torches daënars ? Un autre à manier la terre pour dégager des ouvertures ? Elle chassa ses pensées, concluant que le hasard avait voulu que les seuls my’träns présents ne possédaient aucune magie utile en de telles circonstances ou tout simplement qu’aucun my’trän ne fut présent. Son ignorance des enjeux qui lui seraient exposés plus en aval par Yoris était seule responsable de sa récusation négligente des affirmations de Rowlett. Même si un pressentiment douloureux la portait à croire qu’il avait dit vrai, mais il était plus aisé de compter ces morts sous la nationalité daënar que my’tränne.

Elle attendit patiemment que le Khorog parcourt du regard le rapport fourni, et à sa question sur les morts indéterminées elle explicita, non sans pâlir (elle avait beau être médecin de profession, le rappel des odeurs et des visions cadavériques ne l’enchantaient guère) :

« Non, les cent quarante-sept morts concernent seulement les personnes ayant trépassé avant l’arrivée des secours, ainsi que les portés disparus. De ce que j’ai pu constater, beaucoup sont morts calcinés, quelques-uns par asphyxie suite aux incendies, et pour le reste j’ignore si ce sont les arcnobions qui les ont dévorés vivants ou s’ils ne sont venus qu’une fois leurs corps inertes. C’est pour cette raison que Sieur Rowlett a jugé préférable d’employer le terme indéterminé. Quant aux non-évacués, ils ont été mis sur le compte de Zo’. Sans son intervention, plus rien n’entravait leur survie et c’est sur ses épaules que repose leur décès… »

Un authentique regret imprégnait sa voix, d’autant qu’elle savait maintenant que des my’träns faisaient plausiblement partie des morts. Elle déplorait les heures à risquer sa vie, employer son don en vain. Elle pleurait ses compatriotes, et dans une moindre mesure, les Daënars morts dans la catastrophe. Elle n’ignorait pas que ces derniers étaient loin d’être responsables de la catastrophe qui avait eu lieu en Khurmag. Avec toute l’indifférence dont elle était capable, elle ne pouvait se résoudre à balayer leurs existences sans éprouver la moindre peine, le moindre remord. Remord de ne pas avoir su appréhender, anticiper les faits et gestes de Zora, quand bien même son comportement sortait du cadre de la normalité, et de loin.
Althéa frissonna d’effroi plus que de froid, avant de s’extirper tant bien que mal de ses sombres pensées pour replonger dans les iris bienveillantes de son Khorog. Elle acquiesça, trop heureuse de pouvoir venir en aide à son guide, et tendre vers un lendemain meilleur, délaissant le passé dans les affres de la pénombre.

« Notre meilleure arme pour la retrouver est qu’elle ne se cache pas de ses actes. Je doute qu’elle ait conscience des crimes qu’elle commet, elle les justifie par sa foi. J’avoue avoir perdu mon sang-froid, je l’ai… et bien, je l’ai frappée au visage suite à son massacre ; sa première réaction a été la surprise. Elle s’attendait à ce que je la remercie de nous débarrasser des hérétiques. C’est une sociopathe, et elle en est inconsciente… »

Elle rosit en constatant qu’elle s’emportait. La guérisseuse respirait la frustration. En apparence, de ne pas l’avoir faite arrêter, dans les faits, de ne pas parvenir à dialoguer avec cette délurée. Zora et Althéa avaient des intérêts communs, mais des façons de faire diamétralement opposées. Elle s’exaspérait que Möchlog lui ait assignée une partenaire si indifférente à la morale. Elle-même n’était pas un symbole d’altruisme, mais elle reconnaissait son importance dans toute entreprise, en toute ambition.

« Pardonnez, mon khorog, cette aventure m’a touchée plus que de raison… J’apprécierais grandement l’aide d’une dessinatrice pour faciliter les recherches. »

La dessinatrice fut bel et bien mandée, et Althéa, tiraillée entre deux loyautés contraires, à savoir celle pour Zora et celle pour Aldin, s’appliqua à contenter les deux. Elle ne saurait mentir ; elle indiqua la rousseur flagrante de sa chevelure, la finesse candide de ses traits, la jeunesse de son visage, l’élancement de sa silhouette. Mais elle mit sur le compte d’une mémoire lacunaire (qui nous faisait défaut à tous un jour ou l’autre) l’exagération de certains traits au détriment d’autres pourtant plus déterminants de l’apparence de Zora. Elle avait intimé à sa partenaire de se teindre les cheveux, et de changer de tenue le temps de son entrevue. Et cela, elle n’était pas supposée le savoir aux yeux du Khorog !

Lorsque ce dernier revint, ce fut accompagné du seul personnage plus éminent que lui en ces lieux. Althéa se leva aussitôt, prise de court, et s’inclina bassement et humblement en signe de respect. Elle prit garde à ne pas l’interrompre une seule fois, et à boire ses paroles comme un chat lape du petit lait. Elle était tant stupéfaite qu’elle ne mesura pas tout à fait l’ampleur de la confiance que les deux guides lui octroyaient par leur proposition. Sa vénération s’intensifia encore jusqu’à un niveau qui la dépassait. Elle s’humecta les lèvres, l’horreur de la situation se disputant à l’admiration pour interlocuteurs :

« Je ne saurais refuser, mon gharyn. Les risques m’importent peu, Möchlog seul décide de ma mort, et les architectes de mon destin, or ils semblent m’inviter à leur prouver mon dévouement en plaçant tant de signes sur mon chemin. Je ferai selon votre volonté. »

Une nouvelle force, une volonté virulente l’animaient. Bercée par l’ennui et l’attente, Althéa ne vivait que pour ces instants intenses où sa vie se trouvait à un tournant décisif. Intérieurement, elle bénit mille fois Aldin et Yoris, et pria cent fois plus au nom de son architecte.

« Puis-je vous demander si ce phénomène est localisé ? Ou s’il concerne d’autres villages également ? J’avoue qu’il n’est jamais parvenu à mes oreilles que des my’träns puissent perdre leur magie. »

Elle tenait ses mains jointes contre son corps, en signe de respect autant que de semi-prière.

« Par ailleurs… quels sont les accompagnateurs que vous mentionnez ? Si je puis me permettre, j’aurais apprécié de surcroît la compagnie d’une guérisseuse de notre région, qui répond au nom d’Angélique. J’ai pour habitude de traiter les situations que je qualifierais d’insolites avec elle ; deux soigneuses facilitent les recherches lorsque les cas sont atypiques, et je crains effectivement que celui-ci soit des plus inquiétants. Pour cette raison je me mettrais en route dans la minute si vous me le demandiez. »

La sincérité se lisait dans son regard ; une vie de nomade vous donne l’habitude des départs précipités, du mouvement permanent, et les deux personnages de renom lui avaient donné matière à s’activer diligemment. Elle se tenait alors bien droite, comme pour ne pas laisser prédominer sa petitesse. Ce jour-là, elle avait l’ambition d’un architecte, et la volonté d’un lion.
Voir le profil de l'utilisateur

Ingrid & Sigurd
avatar
Mer 1 Nov - 9:53
Irys : 689869
Tout ce qu’Althéa avait confié au Khorog avait été transmis au Gharyn, l’un comme l’autre s’inquiétait de la description de cette Zo’. Ils ne pouvaient décemment pas laisser une telle personne en liberté, ni laisser sous silence sa présence ici. Un courrier avait été envoyé à Suhury autant pour requérir des informations que pour signaler la présence de la criminelle, puisque s’en était une. Quant aux causes de l’accident, cela mériterait une enquête. S’il n’était pas déjà trop tard. Au moins des adeptes de Delkhi étaient présent à Reoni et seraient probablement volontaire pour aider à déblayer pour faire la lumière. Une bonne chose que cette entre-aide même si les primo-Gharyns n’étaient pas d’accord sur toutes les démarches à suivre.

Au moins y avait-il des citoyennes plus exemplaires comme Althéa prête à affronter des dangers inconnus pour venir en aide aux autres ! Si sa réponse à la requête était prévisible, elle n’en fut pas moins appréciée par les deux hommes, les confortant dans l’idée de faire appel à la jeune femme. Surtout que son implication était non feinte, elle posait des questions tout à fait pertinentes. Le Gharyn interpellé prit soin de lui répondre au mieux pour qu’elle ait tous les éléments en main.

« Malheureusement des rapports nous parviennent de plus loin nous incitant à penser que non. Les villages touchés font face à l’incompréhension, la peur et la honte, justifié ou non, ce n’est pas quelque chose qui se cri sur les toits. Ce silence ne nous aide pas à y voir clair. Et il est certains que d’aucun préfère croire que c’est des mythes plutôt que d’accepter la vérité. Un bien dans un mal, ça évite la panique en attendant que nous en apprenions plus. Je vous demanderez d’être discrète sur le sujet. »

La question suivante, ce fut le Khorog qui répondit. C’était logique quand on savait qui allait l’accompagner et ce qui avait motivé le choix.

« Bien sûr, Ayael d’Hayr vous accompagnera dans votre mission. Elle est Khorog d’un clan nomade d’Amisgal. »

Certains des rapports laissaient supposer que les vapeurs des raffineries n’étaient pas étrangères au problème. Bien que ce ne fut qu’une supposition la présence d’un adepte de la Maitresse du Vent ne pourrait être inutile. Surtout avec ses connaissances et diverses qualités ! Sans oublier qu’elle aurait plus de latitude pour agir, plus de facilité pour faire parler les deux dirigeants. Yoris la connaissant comptait sur sa capacité à faire parler les gens autant grâce à son charme qu’à son tact. Et s’il ne parlait pas à cette supposition à Althéa, c’était pour ne pas biaiser son jugement. Par contre, il en avait touché un mot à Ayael.

« Nous vous allouons aussi quatre Gardes, vous aurez peut-être besoin de bras et je ne suis pas sûr que vous trouviez  ça dans un village en partie sinistré. »

Ils avaient aussi pour consigne de tenir régulièrement informé le Khorog et le primo-Gharyn lors de leur enquête. Non pas qu’ils n’eurent pas confiance dans les deux femmes. Tout ça avait été évidemment décidé avant leur venue dans cette pièce. Les deux agissaient en accord et ce fut naturellement que la parole revint à Aldin.

« Si vous connaissez une seconde guérisseuse potentiellement volontaire et qu’elle est présente dans les environs, il serait dommage de s’en priver. Si c’est une de vos proches collaboratrices nous ne pouvons que lui faire confiance. Dû à l’urgence de la situation nous vous demandons effectivement de partir dans les plus brefs délais. Cela veut aussi dire que nous ne pourrons rencontrer Angélique avant votre départ à moins qu’elle soit dans la cité même ? Mais nous vous recevrons tous à la fin de votre mission comme il se doit. Ayael et les Gardes ont été prévenu et vous attendent prêts à partir à l’extérieur. »

Il ne restait plus rien à dire si ce n’était une bénédiction pour la route. Ce dont se chargea avec bienveillance le Khorog. Une bonne façon de finir une entrevue de commencer une mission ardu.

« Que vous puissiez voir à travers les illusions et que vos pas ne s’égarent pas du chemin. »
Voir le profil de l'utilisateur

Contenu sponsorisé