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Chroniques d'Irydaë
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 :: Les terres d'Irydaë :: Nislegiin
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 Chasse à l'homme

Aurore Seraphon
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Dim 29 Oct - 12:06
Irys : 843016
Profession : Agriculture/Chasse
My'trän +1
~ Janvier 933 ~

« L'homme est un animal aux instincts de survie primitifs :
son ingéniosité s'est donc développée d'abord, et son âme ensuite.»
Charlie Chaplin


- «  Aure ? »

La rouquine avait relevé la tête, serrant ses doigts autour du récipient contenant l’alcool léger qu’elle avait commandé. Le tenancier la regardait avec cette sympathie dans les yeux, cette petite lueur d’amitié qui lui donnait toujours envie de la protéger. Elle lui offrit un sourire, il en fit de même, déposant une petite tape amicale sur son épaule.

- «  Tu as un nouveau client. Semblerait-il que monsieur ne souhaiterait traiter uniquement avec toi, il vient de loin. Tu ne devrais pas le faire attendre. Une chasseuse redoutable comme toi. »

Un mince sourire avait de nouveau serti les lèvres de la rousse, alors qu’elle roulait des yeux pour faire comprendre au responsable du lieu qu’elle n’était vraiment pas d’humeur à ce genre de taquinerie, quelque peu douteuse.  Il ria, alors qu’elle se relevait lentement, signe qu’il avait vu juste, quelque chose d’indéfinissable tourmentait son esprit. Si l’aubergiste appréciait Aure, s’était simplement parce qu’elle ne rechignait pas à la tâche, faisait toujours ce qu’on lui demandait et adaptait ses prix au niveau financier de ses clients. L’avait-il vu aider une vieille dame âgée, résoudre la totalité de ses problèmes sans jamais lui demander quoi que ce soit en échange. Même si elle niait le fait habilement, il avait été témoin de trop nombreuses fois d’actes similaires pour encore avoir des doutes quant à son empathie. La rouquine avait suivi des yeux le signe de tête, rejoignant un homme parfaitement encapuchonné au fin fond de l’établissement. Tirant la chaise un peu mollement, elle se laissa retomber sur celle-ci, déposant son verre devant elle.

- « Je ne fais pas dans les meurtres ni dans les enlèvements, encore moins dans la torture. »

L’homme surpris avait descendu le capuchon de sa tête, dévoilant un visage marqué par des symboles de guerre, ou de croyance diverses, difficiles à dire. Aurore n’avait semble-t-il jamais vu ce genre de tatouage et eut du mal à camoufler la surprise dans ses yeux. Les deux jeunes gens s’observèrent un long moment dans un silence beaucoup trop froid, pour être pris pour de la timidité. Finalement, le client avait repris la parole, balayant l’air de sa main dans un geste rapide :

- «  Je ne veux rien de tout ça, rassurez-vous. » Il poussa l’un des deux verres qu’il avait devant lui jusqu’à elle «  C’est un breuvage de chez moi. J’ai donné la recette au tenancier, un brave homme. Goûtez, nous parlerons affaires par la suite. C’est une coutume dans ma tribu. »

Étrange coutume avait manqué de murmurer la rouquine, qui instinctivement avait glissé un regard à son ami de derrière le comptoir. Celui-ci opina, signe qu’elle n’avait visiblement rien à craindre. Elle entrelaça le verre de ses doigts fins et encore écorchés de sa précédente mission. Cependant, et à la grande déception de son interlocuteur, elle ne porta pas immédiatement le récipient à ses lèvres, attendant la suite des révélations.

- «  Ca se boit chaud » tenta-t-il d’insister « Je vous cherche depuis plusieurs jours maintenant. J’ignorai que vous étiez si complexe à trouver, vous aviez l’air plutôt accessible au bal. »

Une nouvelle fois, la rouquine eut cette petite sensation de mal-être, ce petit murmure qu’elle avait déjà entendu à de nombreuses reprises quand elle se trouvait dans une position délicate. Certain parle d’instinct de survie, d’autre d’instinct féminin, elle, elle l’avait plutôt nommé la chiante. Parce que, par les architectes, qu’est-ce qu’elle était irritante cette petite voix suppliante, incitant toujours à la faire fuir pour rien, ou presque.  Ses lèvres s’étaient entrouvertes, mais l’homme visiblement bavard avait repris la parole. Aure, elle, cherchait déjà dans sa mémoire un brin de souvenir, en vain. Certaine de n’avoir jamais rencontré cet énergumène.

- «  Vous savez. » Dit-il d’une voix mielleuse «  Les personnes comme vous sont rares, celle capable de voir le bien partout. C’est pour ça que je suis là. »

Il attrapa son propre verre, le porta à ses lèvres et par effet de mimétisme, tout comme pour chercher à se détendre, Aure fit malheureusement de même. Buvant une longue gorgée du breuvage offert, qui lui sembla étrangement bon. Comment un être préparant de si délicieux nectars pouvait conserver cette apparence si froide et déterminée ? Déterminée à quoi d’ailleurs ? Cette fois-ci, la rouquine avait repris la parole d’une voix douce, comme à son habitude.

- «  Je suis navrée, je ne suis pas certaine de voir le rapport entre les traits de caractère que je possède, semble-t-il à vos yeux… Et mon travail. »
- «  J’y viens, j’y viens. Excusez-moi, j’ai cette petite habitude de laisser doucement monter la curiosité chez mes interlocuteurs. »

Habitude, pas franchement agréable pensa-t-elle tout en avalant une autre gorgée du mélange. C’était un drôle d’homme et pendant qu’il buvait une nouvelle fois à son tour son verre. La rousse en profita pour le détailler davantage. Une silhouette non pas enveloppée, mais musclée, signe d’un entraînement physique violent et important, des marques sur le visage, certainement sur le reste du corps aussi. Des yeux observateurs, d’un bleu perçant. Il devait mesurer bien un mètre quatre-vingt-dix, soit plusieurs têtes de plus qu’elle. Nullement un homme qui n’était pas en mesure de chasser tout seul. Un petit vertige avait obligé la jeune femme, à cesser son analyse, serrant le bord de la table en bois, afin de se donner l’illusion de se stabiliser.

- «  Oh, vous n’avez pas mangé ? Les effets ne devraient pas être si rapides. » Souffla-t-il un sourire mauvais sur les lèvres.
- « Les eff-effets ? »

Instinctivement, elle s’était relevée dans un geste brusque. Malheureusement, c’était trop tard, et tout son être sombra dans un trou noir. L’homme avait tout juste eu le temps de se relever pour réceptionner le corps inconscient de la rouquine chutant jusqu’au sol. Lentement, il la ramena contre son torse, la tête contre son épaule, visiblement satisfait. Elle était légère, cela n’avait pas l’air de le surprendre au vu de sa silhouette bien qu’entretenue, pas franchement imposante. Évidemment, le tenancier avait abandonné son comptoir pour se précipiter jusqu’au duo, il fut presque immédiatement stoppé par la voix désormais rocailleuse de l’homme :

- «  Hop là, un peu plus et mademoiselle finissait droit sur votre plancher. La fatigue certainement. Vous n’avez-cas lui monter un mélange sucré. Je suis un adepte de Möchlog, je m’occupe d’elle, n’ayez aucune crainte. Où se trouve sa chambre ? »
- «  Deuxième étage, deuxième porte à droite. Merci, monsieur, je vous apporte ça de suite. »

Les murmures des autres clients avaient inévitablement commencé à se faire entendre, alors que l’inconnu montait déjà tranquillement les marches jusqu’à l’étage. Cela avait été encore plus simple que ce qu’il avait imaginé, beaucoup plus simple. Poussant la porte de la chambre du pied, l’ouvrant avec le coude et la refermant d’un coup de talon, il déposa le corps inerte de la rousse sur le lit. La regardant un long moment, bien des idées en tête. Le plan devait néanmoins être respecté exactement comme il avait été imaginé, nul temps donc pour quelque amusement, aussi plaisant soit-il. Récupérant une dague de la jeune femme sur la table, il attendit sagement proche de la porte que le tenancier fasse son apparition. Celui-ci d’ailleurs, venait de pousser la porte pour entrer, le verre d’eau sucré en main. Il n’eut pas le temps de réagir, l’étranger venait de lui planter la dague dans un geste précis dans le cou, là où le sang circulait à flot. Retirant la lame, l’aubergiste porta inévitablement sa main à la blessure, essayant de retenir la substance rouge qui s’écoulait et qui l’étouffait par la même occasion. Le bruit du verre qui se brise ne tarde pas non plus à se faire entendre, alors que genoux au sol, l’homme tira son dernier souffle ensanglanté avant de s’effondrer.

Avisant le corps désormais mort, l’étranger prit le temps de nettoyer la lame, et de la ranger à sa ceinture. Après tout, elle n’en aurait plus besoin par la suite, autant conserver un petit souvenir. Il contourna le cadavre, qui repeignait d’ailleurs le bois du plancher, le poussa avec force du pied pour le retourner et le mettre ainsi sur le dos. Des spasmes réflexes animaient encore la victime, élément qui tira un petit sourire au meurtrier.

- «  Désolé m’sieur, tu avais l’air d’être un chic type hein, mais j’ai besoin de ta tête pour ma petite mise en scène tu comprends ? »

Évidemment, l’homme n’avait obtenu aucune réponse, s’était placé à califourchon sur l’être inerte, avait récupéré une lame et commençait à le décapiter dans des bruits peu agréables du moins, pour les autres, parce que pour lui, c’était tout bonnement jouissif. Son méfait accompli, il balança la tête dans un petit sac en cuir qu’il accrocha à sa ceinture, réajusta sa capuche, se changea pour réenfiler des vêtements propres et non pleins de sang. S’approcha d’Aurore encore et toujours inconsciente pour la placer sur son épaule telle un sac de pommes de terre.

- «  Allez en route ma jolie, le bateau nous attend, toi et ton cavalier bien sûr ! Tiens, je me demande comment Maya s’en ai tiré avec ton ami. Rolf, peu importe. Comment une jolie fille comme toi peut aider les non-mages, arf, j’comprendrai jamais. Dommage. »

La silhouette féminine restait sans mouvement conscient et suivait les gestes de son kidnappeur. Sa longue chevelure rousse longeait les jambes de son assaillant, traînant parfois sur le sol de l’établissement qu’elle était sans le savoir en train de quitter. A l’étage inférieur, personne ne pouvait se douter de ce qu’il venait de se dérouler et personne ne sembla porter attention au départ de l’homme et de la jeune femme sur son épaule. Il fit un p’tit geste de la main avant de fermer la porte et s’autorisa même à souhaiter ‘la bonne soirée à tout le monde’. Dehors une monture l’attendait sagement, il balança sans la moindre délicatesse le corps d’Aure, avant de monter sur l’animal. Bloqua la jeune femme sur ses cuisses, avant de finalement partir au grand galop, direction le port le plus proche.  Le trajet fut calme, sans encombre, la rousse restant inconsciente exactement comme tout avait été planifiée. Une fois à bord de l’embarcation, il la ligota tout de même, retira les armes qu’elle avait encore sur elle et la jeta dans la cale, sans plus de délicatesse, provoquant certainement, encore quelques hématomes sur le corps toujours inconscient d’Aure. Accoudé sur le ponton principal, l’homme attendait sagement que sa compère le rejoigne avec sa propre proie. Il n’avait aucun doute sur sa réussite, elle était aussi douée que lui. La silhouette tant attendue arriva enfin avec sa proie et une fois qu’elle eut fait sa petite organisation, elle l’avait rejoint :

- «  Tout c’est bien passé ? »
- « Impec’, on peut y aller. »

Le bateau avait fini par abandonner le port direction la région de Nislegiin, où le reste de la tribu attendait certainement avec beaucoup d’impatience les deux présents qui allaient être offert en offrande aux architectes. Le trajet se déroula une nouvelle fois sans encombre, l’air marin venant titiller de façon agréable les narines des réalisateurs de ce projet visiblement plein de surprise. Inconsciente, Aurore était certainement très loin d’imaginer dans quoi elle avait encore réussi à s’embarquer, elle profitait un peu malgré elle, d’un sommeil non réparateur et forcé. Difficile de savoir avec certitude combien dura le trajet, un temps relativement long dont la rouquine n’en garderait aucun souvenir. Une fois arrivé à destination, son corps fut de nouveau déplacé, seulement plus seul. Un trajet à cheval de nouveau important attendait les deux endormis, qui dura encore un temps indéfinissable avant qu’enfin il ne rejoigne une cellule sous les applaudissements d’une tribu étrange. Des fanatiques, tous plus extrême que les autres, croyant être en mesure du purifier les terres afin de prouver aux architectes leur volonté de ne faire plus qu’un avec leur croyance. Des hommes, des femmes, des enfants, tous vêtus de peau, de fourrure avec pour unique bijou des os, ou des crânes… Ou pire encore.

Les deux corps inertes furent placés dans une cellule remplie d’ossement. Si l’inconnu laissa sa complice s’occuper de l’homme, lui de son côté semblait particulièrement s’appliquer pour sa petite mise en scène. Une tenue d’offrande fut enfilée sur le corps sans mouvement de la jeune femme, aucune arme, rien, des liens de cordes suffisamment serrés la maintenait au barreau, son visage fut parfaitement bien placé pour qu’à son réveil elle puisse avoir une vue directe sur la tête du tenancier, coupé, ensanglanté, légèrement surélevé sur un tronc de bois. Parfait, tout était absolument parfait à ses yeux, ne restait plus qu’à attendre, faire preuve de patience. Il avait quitté la cellule le premier attendant que sa compère referme derrière elle la porte. Le temps n’allait pas tarder à faire son œuvre.

Lentement, Aurore commençait à reprendre possession de son être, sentant des douleurs dans un peu près chacun de ses muscles. D’abord les cuisses, puis les bras, le ventre, ses sourcils se froncèrent, un petit couinement imperceptible avait fui ses lèvres, signe d’un réveil peu agréable. C’est en voulant passer sa main sur ses yeux encore fermés qu’Aure comprit que quelque chose clochait. Encore. Elle avait tenté de tirer davantage pour se défaire du lien qu’elle n’avait visiblement  pas réellement remarqué avant d’abandonner. Ouvrant lentement ses prunelles claires, sa vision resta dans un premier temps particulièrement trouble, impossible d’identifier quoi que ce soit. Elle secoua doucement sa tête, laissant quelque mèche rebelle tomber sur son visage, ce qui n’arrangea pas la situation. Lentement, sa vision se stabilisa, alors qu’elle redressait sa tête qui lui semblait être toujours bien trop lourde. Où est-ce qu’elle se trouvait. Elle crut reconnaître son ami et c’est tout naturellement qu’elle lui adressa la parole, dans un souffle faible, endormi, éteins.

- «  Je... Est-ce que tout vas bien ?... »

Encore. Encore. Encore. Comment était-elle capable d’oublier ce qu’elle ne devait pas oublier, ce n’était pas la première fois. Elle grogna, alors que sa vision se fit définitivement plus nette, offrant ainsi le spectacle macabre qui était mis en place juste devant elle. Elle hyper ventila presque aussitôt, sa respiration se coupant devant la vision d’horreur, elle se débâtit aussi, violemment rapidement, avant de comprendre et d’identifier les liens qui la maintenaient prisonnière. Non, non, non…  La douleur à ses poignets provoquée par ses mouvements ne sembla pas la retenir, alors qu’enfin elle identifia le visage de son ami, les lèvres tremblantes, c’est un cri de désespoir qui s’échappa définitivement de ses lèvres. L’état de choc fut tel qu’elle fut incapable de voir autre chose ou de prononcer quoi que soit d’autre. Aucune larme n’eut cependant la volonté de quitter ses yeux, juste un souffle chaud, de colère de rage, de crainte peut-être un peu aussi. Le visage de l’homme mort n’avait de cesse de la regarder, alors qu’elle, impuissante cherchait à fuir cette réalité.



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Aurore s'exprime en #ff9999
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Ludwig Strauss
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Mar 31 Oct - 22:25
Irys : 778577
Profession : [Officielle] Propriétaire d'industries de l'armement [Officieusement] Baron du crime
Daënar -2
“Quelquefois, hélas ! la conscience humaine supporte un fardeau d'une si lourde horreur, qu'elle ne peut s'en décharger que dans le tombeau.”
Edgar Allan Poe

Une pluie battante. Le ciel obscurci par de lourds nuages menaçants déchaînait vents et éclairs dans un grondement de forges divines. Des cordes liquides martelaient le sol, faisaient plier les majestueuses branches des arbres et transformaient le sol sec en boue humide. De temps à autre un éclat blanc déchirait l’obscurité de la nuit, suivit de près par le terrible orage qui aurait fait pâlir le rugissement du lion le plus fier.

Mais le carrosse, lui, poursuivait inlassablement son avancée. Les roues bondissaient sur les flaques de boue imperturbablement, les chevaux hennissaient bruyamment sous la morsure du froid mais avançaient toujours, sans doute plus inquiets de recevoir le fouet de leur maître que par le froid glacial de la tempête. Le cocher quant à lui s’emmitouflait sous son épaisse cape, son chapeau s’étant transforme en véritable petit fontaine tant l’eau s’accumulait rapidement sur les bords de cuir. L’homme n’aurait jamais eu l’imprudence de faire déplacer sa voiture par un temps pareil, mais son client actuel était très particulier. Un homme d’affaires à la prestance unique lui avait ordonné de le mener rapidement à une embarcation. Il semblait décidé à quitter les lieux rapidement et ne doutait pas qu’un businessman devait toujours jouer contre le temps et voyager à travers le monde pour gérer son commerce. Pourtant il l’avait prit pour un fou tant la tempête faisait rage. Mais son client, calmement, lui avait offert une avance si alléchante que le cocher oublia bien vite la morsure de la pluie, le cœur déjà réchauffé à l’idée d’un joli pactole pour satisfaire sa cupidité.

Parlant donc de Ludwig. Installé dans le carrosse, indifférent au tressautement de la voiture et encore moins à la pluie qui battait sur les vitres comme la police sur la porte de son bureau, il consultait tranquillement un journal économique daënar. Immobile telle une statue, il faisait preuve d’une concentration tout à fait remarquable lorsqu’il feuilletait tranquillement son journal sans trembler d’un pouce quand un orage grondait de trop près. Rien ne semblait apte à briser le calme imperméable du gentleman … sauf peut-être l’arrêt soudain du carrosse au milieu de nulle-part.

Haussant un sourcil, Ludwig pensa qu’il s’agissait peut-être d’un problème avec les chevaux, en espérant que ce n’était pas l’une des roues qui s’étaient coincés dans un nid-de-poule caché dans une flaque de boue traîtresse. Mais le quarantenaire ne pouvait s’empêcher de ressentir un mauvais pressentiment. Bien qu’il ne fût nullement quelqu’un de superstitieux, il ressentait en l’air quelque chose de mauvais. Son intuition lui soufflait que rien de naturel ne fût à l’origine de cet arrêt brusque. Puis il entendit un bruit à peine perceptible tant la pluie cachait tout son. Un son qui ressemblait à un poids qui tombait sur une surface humide.

Tapotant la vitre en face de lui, il demanda d’une voix qui se voulait forte afin de surmonter la fureur des cieux :

« Un problème mon brave ? »

Aucune réponse, seul l’hurlement du vent. Ses sens étaient en alerte et il reposa lentement son journal sur son siège. Sa main droite glissa dans les plis de son manteau avant de dégainer son revolver chargé et prêt à repousser tout assaillant. De la main gauche, il s’empara de sa canne dont il brandit une lame cachée d’une trentaine de centimètres, fine mais affutée comme un rasoir. La pointe de son arme blanche était dirigée vers la portière du carrosse tout comme le canon de son arme à feu. S’il s’agissait d’une attaque de bandits, il allait chèrement vendre sa peau. Mais son esprit rationnel et calculateur s’intriguait énormément quant à la nature du danger. Se pourrait-il qu’il s’agisse d’un bandit ? Quel fou oserait tendre une embuscade dans un temps pareil ? Beaucoup de questions qu’il écarta d’un revers mental de la main pour se focaliser sur sa position défensive. Sortir du carrosse le livrerait à une mort certaine, il était clair que la chose qui le menaçait pouvait l’attendre comme le chat guette le trou où la souris s’est réfugiée.

Un long moment passa sans que rien ne vienne forcer la portière. Ludwig restait aussi tendu qu’un arc, sourcils froncés et regard  à l’affût de toute ombre. Et soudainement, la vitre fut brisée par l’impact d’une petite masse de forme sphérique qui tomba aux pieds du gentleman. En fixant l’objet qu’il prit d’abord pour un caillou, il lui trouva des courbes trop polies et un petit trou fumant … une seconde trop tard, il comprit. Puis la bombe fumigène explosa, libérant un nuage épais et étouffant qui força l’homme d’affaires à quitter au plus vite la voiture devenue piège mortel. Ses yeux larmoyaient sous l’effet de cette fumée piquante, ses narines étaient en feu et sa gorge était plus irritée que jamais. D’un coup d’épaule il repoussa la portière et s’offrit des goulées d’air salvatrices, soulageant ses poumons. Puis il sentit une piqure douloureuse lui lacérer la nuque.

Il porta sa main vers la source de la douleur et fut surprit de constater que ses doigts avaient rencontré un petit objet solide. En le retirant de sa chaire, il constata qu’il s’agissait d’un petit dard couvert de fines plumes.

« Oh non … »

Déjà le poison faisait son effet. Son regard devint trouble et sa tête tournait comme si l’univers entier était prit dans une valse endiablée. Ses muscles s’engourdirent plus sous les effets de la substance nocive que par le froid mordant, son esprit s’embrumait et cédait à un voile lourd et vaporeux. Aucune pensée concrète ne put lui traverser l’esprit, il était simplement drogué, paralysé mentalement et poussé lentement vers un sommeil lourd et sans rêves sous l’effet soporifique du dard empoisonné. En s’écroulant lentement, le sol lui sembla froid et humide lui sembla plus doux qu’un matelas chaud. Ses paupières étaient devenues plomb et s’abaissaient inévitablement. La dernière chose que l’industriel distingua fut une femme encapuchonnée, couverte de tatouages tribaux et armée d’une sarbacane. Sourire moqueur sur les lèvres, elle dégainait déjà des liens pour le ficeler convenablement, mais il ne put le remarquer car sa conscience se tut et son esprit devint noir. Il perdit conscience, corps à la merci de la terrible chasseuse.

Cette dernière récupéra son dard avec satisfaction puis s’approcha du corps sans vie du cocher. Une lame de forme étrange était profondément enfoncée dans son torse, la pluie sous le cadavre prenant une teinte écarlate. La tueuse récupéra son arme et passa sa langue avec une terrifiante sensualité le long du plat de l’acier froid et sanglant. Réprimant un rire des plus sordides, il rengaina son arme dans son fourreau en peau de bêtes puis s’empara de son trophée inconscient qu’elle fit grimper sur le dos d’un robuste cheval.

« Par Dalaï, celui-là est prometteur. J’ai hâte …»

Puis elle s’intéressa à nouveau au cocher gisant près de son carrosse, le regard vide fixant le ciel sans le voir. Maya se mordilla un ongle d’un air espiègle, puis s’approcha à nouveau en s’emparant de son arme acérée, la lame brillant sous l’éclat soudain d’un éclair.

« Un petit souvenir avant de reprendre la route. »

~

Lentement, ses yeux s’ouvrirent. Douloureusement, car sa tête lui faisait un mal effroyable comme si un étau invisible s’apprêtait à écraser son crâne. Un goût de bile amer envahissait sa langue et lui donnait la nausée. Il toussa bruyamment, son torse secoué par de violents spasmes. Le poison ne l’avait pas ménagé et son teint était livide. Ludwig s’était réveillé en entendant ce qui ressemblait à un couinement à proximité et il tenta de porter sa main à son visage pour masser son front douloureux. C’est là qu’il constata que ses mains étaient entravées.

Levant difficilement les yeux, il voyait ses mains attachées par des liens de cuir solides autour de barreaux rudimentaires mais faisant amplement l’affaire pour retenir les prisonniers dans la cellule. La cellule ? Etait-il en prison ? La police avait-elle, par un quelconque coup du destin, découvert ses activités criminelles ? Impossible, il avait camouflé chacun de ses actes illégaux avec la plus grande minutie. Qu’on l’enferme dans une prison daënar était absolument insensé, il ne pouvait … non, quelque chose ne va pas. Encore confus, il tenta de s’éclaircir les idées et contempler la pièce où ils étaient enfermés. Des murs de terre cuite, un sol couvert de paille pourrissante et d’ossements à moitié rongés. Son ancienne profession de médecin lui offrit une information des plus inquiétantes : il s’agissait d’ossements humains.

Un cri de désespoir attira son attention. À sa droite, une femme était attachée elle-aussi aux barreaux, le regard paniqué et la respiration saccadée. Sa position, dos aux barreaux, l’empêchait de savoir si la jeune femme paniquait à cause de leur situation ou par l’effet d’une vision effrayante. Décidément, il ne comprenait plus rien, mais une chose était sûre : ils étaient en danger. Cela ne ressemblait en rien à une prison ordinaire et les battements de tambours qu’il entendait à travers les murs ne faisaient que faire battre son cœur à tout rompre dans une inquiétude croissante.

La drogue continuait à lui nouer les entrailles et l’empêcher de penser clairement avec sa logique implacable. Il se sentait terriblement impuissant … et glacé. C’est ainsi qu’il remarqua qu’il ne portait qu’un sommaire vêtement de peau de bête couvert d’arabesques de peintures sauvages et primales. On l’avait dépouillé de tout autre vêtement ou équipement, le laissant presque nu et encore endoloris par son voyage et la pluie qui avait rongé ses os comme mille morsures de piranhas. Frissonnant, le corps engourdit et les articulations douloureuses, Ludwig ne put rappeler son esprit lucide pour l’aider à analyser la situation et se contenta de regarder autour de lui dans une parfaite confusion.

Son intention première était d’essayer de communiquer avec celle qui semblait partager le même sort que lui et il tenta de lui parler. Mais un détail attira alors son regard. Enfaîte, c’était une sensation étrange sur le torse, quelque chose d’humide et collant. Il abaissa son regard. Lui servant de collier macabre, son potentiel ravisseur avait placé à la manière d’un art des plus ignobles et affreux un œsophage sanglant sur son torse, la langue pendant près de sa langue comme si l’organe tentait avait pour but de déguster la peau de Ludwig. Un hoquet de dégoût l’ébroua et il serra des dents pour réprimer l’envie pressante de vider le contenu de son estomac sur ses vêtements d’occasion.

La drogue n’arrangeait en rien les choses et accentuait d’avantages les spasmes de son appareil digestif. Il se fit violence pour ne pas céder à la nausée et regarda plutôt en direction de la prisonnière à la chevelure rousse, évitant ainsi de se concentrer sur la sensation plus que désagréable de l’organe qui trônait sur son corps. S’humectant les lèvres, il constata qu’elles étaient sèches, la peau craquant sous sa langue. Il était assoiffé, ce qui laissait penser que sa capture ne datait pas de quelques heures.

Prenant une longue inspiration, il murmura du mieux qu’il pouvait à la jeune femme, sa voix se faisant la plus douce et paternelle possible pour ne pas inquiéter la prisonnière terrorisée.

« Ne cédez pas à la panique … respirez lentement, puis expirez. Hyper ventiler ne vous aidera pas en cette situation, nous devons reprendre notre calme et tenter de comprendre ce qui nous arrive. »

Prix d’une nouvelle quinte de toux, il détourna la tête pour cracher sa salive amère sur le sol avant de reprendre sa respiration lourde, une mèche de cheveux noirs collant à son front luisant de sueur.


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Aurore Seraphon
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Mer 1 Nov - 11:19
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Profession : Agriculture/Chasse
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« De nos jours on peut survivre à tout, excepté à la mort.»
Oscar Wilde



Le regard clair de la jeune femme sembla s’éteindre un instant, abandonnant tout souffle de vie, toute intensité, tout esprit de combativité. Ses yeux fixèrent sans le moindre répit la tête de son défunt ami, sa vision se troubla, trembla sous l’émotion, l’incompréhension, la tristesse et la colère. Ses lèvres s’entrouvrirent, incapable de prononcer quoi que ce soit, incapable de laisser filtrer autre chose que ce souffla saccadé, que cette respiration chamboulée par la découverte. Ses doigts se contractèrent, ses ongles pénétrèrent sa propre chair, sa propre paume, laissant filtrer quelques perles rougeâtres légères. Contractant sa mâchoire, elle avait fini par grogner, s’enrageant intérieurement, alors que cette envie irrésistible de hurler sa peine, de cracher cette souffrance au visage de qui oserait s’approcher refaisait déjà son apparition. Son impuissance, sa faiblesse, son incapacité à défendre ses proches, à éviter l’inévitable lui insufflait un poids de culpabilité bien trop grand pour ses épaules, bien trop grand pour l’instant présent. La pensée de n’avoir pas honoré ses architectes comme elle l’aurait dû n’arrangea rien, bien au contraire.

Le battement de son cœur était parfaitement perceptible, peut-être même trop, faisant résonner chacune de ses artères, chaque partie aussi infime soit-elle de son système circulatoire. Son sang semblait la brûler de l’intérieur, alors qu’elle tentait de reprendre le contrôle de ses pensées, de cette souffrance, de ce mal rongeant son être. Chaque fois qu’elle semblait parvenir à retrouver un calme aussi bancal soit-il, elle rechutait inévitablement en avisant le visage du tenancier de l’auberge. Une voix masculine avait fini par la sortir de sa torpeur, attirant son attention, sans qu’elle ne puisse réellement observer son interlocuteur. Le son semblait provenir de sa gauche, c’est donc naturellement que son regard se porta autant que possible dans cette direction, ne distinguant qu’à peine la silhouette de l’homme visiblement captif.


- « Ne cédez pas à la panique … respirez lentement, puis expirez. Hyper ventiler ne vous aidera pas en cette situation, nous devons reprendre notre calme et tenter de comprendre ce qui nous arrive. »

Elle hoqueta d’abord, surprise, puis tenta de mettre en œuvre les conseils bienveillants. Respirant lentement, soufflant, cherchant à comprendre ce qui était arrivé… Laissant son regard vadrouiller sur le lieu alors que sa respiration semblait encore s’emballer. C’était comme si tout à coup, la totalité de la lumière de son âme venait d’être englouti pour ne la laisser que dans l’obscurité profonde, celle de l’incompréhension, celle de la cicatrice ouverte crée par la perte d’un ‘proche’ :

- « Je n’y arrive pas » dit-elle dents serrées, la gorge nouée par la colère. «  Ce n’est pas juste. » Poursuit-elle sans savoir elle-même de quoi elle voulait parler.

Amisgal, Khugastaa, comment n’était-elle pas parvenue à jouer de ses deux dons offerts par ses architectes. Comment pouvait-elle être à ce point aussi faible, aussi… Sa mâchoire se contracta davantage, alors qu’elle déglutissait bruyamment. Son esprit était incapable de se souvenir, incapable d’entrevoir un semblant de vérité, un semblant de morceau de ce qui avait pu se passer. Autour d’eux et sans même qu’elle ne le remarque, le vent avait finir par se lever formant comme une minuscule petite tornade dont l’œil semblait être la cellule elle-même, l’air était violent, venait fouetter le visage des incarcérés, remuant les ossements, les déplaçant avec une force déconcertante. La tristesse venait de céder sa place à la colère, à cette envie de vengeance, de survie.  Aurore tremblait, comme dans un état de second, le regard perdu sur ce qu’il reste du mort, sur ce regard vide qui ne s’animera plus jamais, sur les lèvres ensanglantées qui ne dessineront plus aucun sourire taquin. Plus rien n’existait, plus rien sauf cette tête dont elle semblait être certaine d’être responsable de sa présence ici. Plus ses sentiments négatifs prenaient possession de son esprit, plus la force indescriptible du vent semblait s’intensifier, sans pour autant faire de distinction entre assaillant proche ou allié imposé.  

La souffrance était l’unique mot qui semblait encore avoir un quelconque sens, une quelconque signification. C’est cette deuxième obsession pour ce mot qui provoqua de manière inconsciente et non contrôlé son deuxième don. Une vague intense de douleur, de peur, se dégagea de son être, si forte qu’elle obligeait toute personne proche à vivre ses plus grandes craintes ou au contraire à revivre un moment douloureux. C’est la perception et cette volonté indéniable de nuire, qui avait déclenché les deux éléments, deux capacités qu’elle ignorait jusqu’alors être capable de maîtriser, de réaliser. Autour d’eux, quelques hurlements de terreur se firent entendre, proche. Des assaillants tombaient genoux à terre, les mains sur la tête, cherchant à se débattre contre des fantômes du passé, ou un avenir non réel bien trop réaliste. Ils n’étaient pas nombreux à surveiller les prisonniers, mais bien trop à proximité pour pouvoir se protéger de cette vague cruelle, ce souffle de peine.

Le vent hurla à son tour au contact de tout objet qu’il rencontrait, jusqu’à faire rouler la tête en équilibre sur le tronc,  déplaçant le reste humain vers la gauche de la jeune femme, jusqu’à la faire disparaître de son champ de vision. Soudainement, tout cessa. Un intense sentiment de fatigue fit grelotter la rousse, ses mains tremblantes encore, tout comme ses jambes lui donnaient la sensation d’être dans un lieu particulièrement froid. Son souffle lui manqua, comme-ci quelqu’un lui comprimait la cage thoracique, ne permettant pas à ses poumons de se gonfler d’air, pourtant essentiel à sa survie. Ses yeux se gorgèrent de perle salée, qui ne tarda  pas à dévaler le long de ses joues, longeant son cou jusqu’à se perdre dans son décolleté. Larme libératrice. Épuisée, elle réalisa lentement ce qui venait de se passer autour d’elle, avant de comprendre, de supposer qu’elle était à l’origine de tout cela. Les assaillants semblaient s’animer doucement, reprendre la possession de leur esprit, hurlant, cherchant à comprendre avant de se rapprocher plus en rage que jamais de cette cellule, de cette coupable toute désignée.

- « Désolée… » souffla Aure à destination de celui qui devait être proche « Désolée » répétât-elle la voix tremblante et engorgée de davantage de culpabilité.

Des mots, juste des mots, rien de plus, que pouvait-elle dire d’autre, que pouvait-elle espérer d’autre que recevoir la colère de celui qui au fond n’avait rien demandé à personne et se retrouvait en plus sa situation délicate, submergée par un don qu’elle ne contrôlait pas. Des bruits de pas approchèrent rapidement, signe qu’il n’allait plus être seul longtemps. La porte de la cellule s’ouvrit et les deux silhouettes connues entrèrent, simplement, un petit rire visiblement très amusé s’échappant de leurs lèvres. Sans dire un mot, l’homme était venu détacher la rouquine, afin de la déplacer, la positionnant en face de Ludwig dans une certaine distance tout de même, avant de la réattacher convenablement. Telle une poupée de chiffon, la jeune femme n’avait pas eu la force de lutter de se débattre. N’y avait-il pas un temps pour tout ? C’est la première fois que le regard de la rousse se déposa sur son compère de fortune et ses prunelles n’eurent pas suffisamment de volonté pour s’empêcher de s’écarquiller. L’homme du bal. La mage fronça les sourcils, certaine que la coïncidence pouvait être bien trop grosse pour en être une, son cœur s’accéléra de nouveau alors que son esprit lui, rentrait dans une ébullition de réflexion.

- «  T-t-t-t-t, ne t’énerve pas tout de suite. Aurore. » Claqua-t-il en laissant ses doigts parcourir le visage de la jeune femme afin de l’obliger à le regarder « Tu t’es bien amusée, c’est bon, tu as réussi à faire reculer certain de vos surveillants. Excuse-moi, pour une pacifiste c’est plutôt drôle tu ne trouves pas ? J’ai dû te sous-estimer. »

Un sourire carnassier s’était incrusté sur les traits de son visage, alors qu’il vérifiait d’un regard si sa compère en avait terminé avec le non-mage. Il était encore en vie, c’était plutôt bon signe.

- « Bien. J’ai une proposition à vous faire. Si vous répondez sagement à nos questions, on vous offre un dernier repas, peut-être plusieurs, soyons fous. » il éclata de rire « Mhr, enfin, par contre si vous ne répondez pas correctement, alors là… On s’amusera autrement, vous comprenez ? Je suis un homme bien voyez-vous, alors je vais laisser ma délicieuse partenaire débuter. »

Silencieuse, la rousse cherchait à obtenir un contact visuel avec l’homme qu’elle était presque certaine d’avoir reconnu. Comme-ci celui-ci allait être en mesure de lui apporter la moindre information, le moindre élément lui permettant de comprendre la situation. Elle aurait pu s’immiscer dans son esprit, juste pour essayer de mettre en place une stratégie, mais quelque chose lui insufflait que ce n’était pas le moment, pas encore.



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Ludwig Strauss
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Sam 4 Nov - 1:19
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Daënar -2
«Et pourtant, même confronté à l'horreur, il y'a toujours pire.»
Thomas Hardy

« Il le faut … » susurra calmement l’homme qui luttait toujours contre la forte nausée qui lui tenaillait les entrailles et comprimait ses poumons. L’odeur de décomposition qui attaquait sauvagement ses narines n’aidait en rien à lutter contre l’envie pressante de se délester d’un poids dans son ventre.

En clignant des yeux, il focalisa plus sa concentration vacillante sur la jeune prisonnière, oubliant ainsi son environnement pour aider son esprit troublé à mieux appréhender la situation. Une chevelure de braises, un visage candide et des prunelles d’émeraude. Non il ne rêvait, c’était belle et bien la jeune demoiselle qu’il avait rencontré durant le bal de l’exposition internationale ! Par quelle diabolique sorcellerie s’étaient-ils retrouvés tous les deux au sein de ce cachot cauchemardesque ?

Il ne put y méditer car un phénomène étrange se produisit. Un vent surnaturel naquit au sein de la cellule, gagnant rapidement en intensité et remuant paille et ossements tout en fouettant le visage de l’industriel qui grogna lorsque des brindilles vinrent lacérer son visage. Portant son regard vers sa camarade de prison comme pour voir comme elle s’en sortait face à ce cyclone naissant, il constata qu’elle tremblait de tout son être tandis que son regard prenait une intensité qu’il ne connaissait trop bien. La colère. Serait-elle à l’origine de ce tourbillon ? Après tout, c’était une mage, il n’était pas improbable qu’elle puisse provoquer ce genre de cataclysme miniature sous l’émotion. Mais ce qui l’inquiétait le plus c’était d’en faire les frais. Hélas, son inquiétude allait devenir réalité.

Une vague psychique d’une rare intensité frappa la faible barricade mentale de Ludwig. Fragilisé par les effets néfastes du poison, l’esprit d’acier du baron du crime s’était effrité à la manière d’un mur rongé par une gangrène surnaturelle, cédant aisément à la détresse mentale de la rousse. Les conséquences furent particulièrement terribles. D’abord, une impression de chute, comme si le sol s’était affaissé sous ses pieds. Une longue descente dans les abymes, un froid mordant qui lui glaça les os et lui coupa toute possibilité d’hurler. Puis un choc froid et humide. Le voilà qui, s’en pouvoir l’expliquer, se noyait lentement dans les eaux les plus sombres qu’un esprit humain puisse imaginer. Et pourtant il y’avait juste un fin rayon de lumière, si faible, si ténu, lui dévoilant à quel point il était plongé dans les ténèbres les plus oppressantes. Il se sentait si vulnérable, si impuissant. Ses muscles ne répondaient nullement à ses ordres, son corps était une épave de chaire et d’os plongeant toujours plus loin dans les méandres de l’inconnu.

Le cauchemar prenait une tournure plus terrible encore. Ses yeux s’écarquillèrent lorsqu’il commença à apercevoir des visages fantomatiques aux traits émaciés et au teint livide à travers les ombres abyssales, tendant des mains décharnées telles des branches d’arbres noueux. Un cri silencieux s’étouffa dans sa gorge tandis que les orbites vides de ces pâles spectres le dévisageaient, l’invitaient à les rejoindre dans leur tombeau aquatique, murmuraient son nom avec des voix d’outre-tombe, leurs griffes prêtes à le happer parmi leurs rangs fantomatiques. Le pire était sa totale incapacité à résister, à fuir. Une fin horrible et inéluctable l’attendait, pire que la mort, et il chutait doucement vers cet effroyable destin.

Puis la réalité reprit brusquement ses droits. Il se retrouva à nouveau dans sa cellule, mains liées, le corps ruisselant de sueur et la respiration haletante. Des mèches de cheveux lui collaient désormais sur son front et son regard était hagard et tétanisé. Son esprit essayait toujours de récupérer après ce traumatisme brutal et soudain. Ce cauchemar n’allait pas le quitter de si tôt et il en tremblait encore tant le réalisme de l’illusion était terrible. L’homme sentait toujours les mains fantômes contre son corps et il fut parcourut d’un fort frisson le long de son échine.

C’est à peine s’il parvint à l’entendre s’excuser, cette demoiselle aux pouvoirs si terrifiants dans sa colère et son désespoir. Il ne répondit pas, ne parvenait tout simplement pas à réagir. Il était toujours dans un état de choc qu’il n’avait jamais expérimenté. La peur brute, une fin inéluctable et des manifestations dignes de contes d’horreur. C’était trop à assimiler d’un coup pour son esprit rationnel. Était-il entrain de laisser un filet de salive s’écouler d’entre ses lèvres entrouvertes ? Son corps lui semblait étranger, irréel. La réalité et la fiction s’étaient si sauvagement entremêlés que ses sens étaient en parfait désordre. Ses facultés cognitives reprenaient lentement leur place, très lentement. Pour sa première illusion, Ludwig a eu droit à un coup extrêmement puissant. S’il survit à ce cauchemar réel, il allait se méfier plus que jamais des manipulateurs d’esprits.

Voilà pourquoi il ne porta qu’un vague intérêt aux deux personnages qui avaient pénétré les lieux. Leurs ravisseurs … en temps normal il serait déjà entrain de les étudier, les jauger et déterminer leurs potentiels points forts et faiblesses afin de se tirer de ce pétrin, mais sa tête n’était pas fonctionnelle. Pas en ce moment, en tout cas. Le coup de marteau psychique continuait à tambouriner ses tympans douloureusement. Mais un coup de pied contre son flanc gauche lui rappela bien vite la dure réalité quand laquelle il était plongé. L’affreuse tueuse qui l’avait capturé comme un simple gibier venait de lui administrer un sacré coup après avoir remarqué son état de passivité digne d’un zombie décérébré. Si le coup lui arracha un grognement de souffrance, il eut pour effet de lui remettre les idées en place. Dents serrées, il releva son regard de givre sur les personnes présentes tel un animal blessé.

Leurs tortionnaires avaient eu pour idée de placer la dénommée Aurore en face de Ludwig pour une raison qu’il ignorait. Avec des esprits pervers et vicieux, on pouvait s’attendre aux pires idées. L’homme tatoué, arrogant et moqueur, leur proposa dans sa modeste gentillesse de leur offrir de quoi se sustenter s’ils répondaient docilement à leurs questions, ajoutant qu’ils s’amuseraient en cas de refus. L’intonation du geôlier indiqua au quarantenaire que l’amusement en question ne serait pas beau à voir, l’imagination de ces deux crapules pouvant atteindre des frontières atroces. À en croire ses paroles, la mort était le sort qu’ils leurs réservaient, à Aurore et son compagnon d’infortune. Mais pourquoi eux précisément ? Cela n’avait aucun sens, ou le sens était trop effrayant à imaginer pour le prendre en considération.

La camarade du parleur s’exprima alors, posant la première question. Ludwig, qui fixait les prunelles vertes de sa précédente partenaire de danse, fut obligé de lever son regard vers la terrible femelle lorsque cette dernière lui leva le menton en pointant un bout d’os pointu comme un pieu sur son menton, creusant la peau et menaçant de la percer.

« Crois-tu toujours en ta divinité ? Celle que vous nommez Technologie ? Penses-tu que cette fausse déité que vous chérissez tant pourra te sauver de ton immonde hérésie ? Penses-tu qu’elle pourra te protéger contre le jugement des Architectes, chien daënar ? »

Des fanatiques, comme le craignait le gentleman. Raisonner avec ces têtes-brûlées serait impossible et tout bonnement suicidaire. Si les réponses de Ludwig ne correspondaient pas à la vision endoctrinée de ces fous, les conséquences seraient immédiates. Il devait essayer de jouer leur jeu afin d’apaiser leurs esprits un peu trop illuminés.

« Oh non, il n’y a pas d’autres dieux. Technologie n’est que le terme que nous utilisons pour qualifier nos inventions, le progrès que nous vivons. Loin de moi la folie d’associer les architectes avec une fausse divinité, ce serait un outrage. »

Son interlocutrice sembla à la fois indécise et amusée, méditant sur la façon d’interpréter la réponse quelque peu étrange du daënar. Profitant de ce moment de répit, il porta à nouveau son regard vers Aurore. Et l’intensité de ses prunelles indiquaient, silencieusement, qu’il comptait s’en sortir avec elle. Qu’il comptait survivre à cette épreuve du destin.


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Aurore Seraphon
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Sam 4 Nov - 10:44
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"Le têtu s'obstine, l'opiniâtre persévère; la différence se mesure au résultat."
~ Daniel Confland ~

La fatigue, imposante, irrésistible, intense, prenait doucement possession du corps de la jeune femme, mettant son état de conscience à rude épreuve. Ce n’était pas forcement l’utilisation de ses deux croyances spécifiques qui l’avait épuisée, c’était l’ensemble, le tout. D’abord le réveil dans cette puanteur, dans ce dégoulinage de charogne, humaine ou non. Puis la découverte de la mort de son ami qu’elle semblait déjà lentement oublier. Son état de choc bien trop important ne lui permettait à aucun moment de prendre réellement conscience des choses, d’analyser. Les deux responsables de cette situation avait fini par entrer, l’homme avait semble-t-il une imagination débordante, plus qu’il avait inventé un petit jeu dont les acteurs n’étaient d’autre que Ludwig et Aurore. Sans ménagement il était venu la traîner jusqu’à un autre petit emplacement, la forçant à sortir de son petit vent de culpabilité pour écouter. Écouter quoi ? Son collègue de mésaventure se tenait face à elle, la silhouette, les traits du visage, la moustache, ne pouvaient que lui remémorait cet homme avec qui elle avait partagé une danse ou deux, ou plus, elle ne savait plus vraiment. Ses lèvres sèches s’étaient pincées, alors qu’elle abandonnait son observation pour aviser la main détachée du reste du corps qui se trouvait à présent sur sa cuisse. Si Aurore eut la naïveté de se demander où se trouvait le restant, cette question quitta vite son esprit quand elle sembla enfin réaliser que tout ici était fait d’os humain. Oooh sa respiration se coupa instantanément, brusquement, avant qu’une bonne gifle ne l’oblige à se reconcentrer sur le moment présent. La joue rougit de la marque d’une empreinte masculine, la rousse avisa cette fois-ci sans aucune distraction, la situation qui se jouait devant elle.

La femme dont Aurore distinguait pour la première fois la silhouette se tenait proche du non-mage, un os à la main, visiblement prête à lui percer généreusement la mâchoire en cas de réponse incorrecte, ou pas suffisante. La mâchoire de la rouquine se contracta, certaine qu’après tout ça, il allait être difficile de faire comprendre aux étrangers, que non, leur peuple n’était ni dérangé, ni fou. Elle était encore loin d’imaginer à quel point cette situation pouvait empirer et que la finalité n’allait être autre que la mort dans l’esprit de leurs agresseurs. La formulation de la question lui permit de comprendre dans une certaine mesure la raison de la présence de Ludwig. Il était non mage, ne respectant pas les créateurs, jusque-là, rien de très surprenant… Mais, alors elle, qu’est-ce qu’elle faisait ici ? La rousse écouta la réponse avec plus d’intérêt, son esprit commençant doucement à se réveiller. La technologie n’était pas une divinité, élément qu’elle avait intégré il y a petit moment déjà, les non-mages, n’avaient pas de croyance. Cependant, elle grimaça légèrement, au nouveau coup qu’elle reçut dans le ventre un coup de pied vif, incapable d’être évité dans sa situation. Sa respiration se coupa une nouvelle fois, difficilement, avant que sa vision ne se stabilise encore. Pas de cri, pas de larme, ni même de grognement, Aurore avait bien l’intention de tout encaisser sans démontrer –dans la mesure du possible- la moindre souffrance.


- « Et toi, traîtresse. Qu’est-ce que ça te fait d’avoir abandonné tes architectes pour une chose ou devrais-je dire, des indésirables qui n’ont même pas de divinité ? Tu vas avouer, tu vas avouer tes mauvais actes pour espérer te faire pardonner de nos créateurs. »

Les yeux de la rousse s’écarquillèrent, n’étant pas certaine de comprendre de quoi on l’accusait exactement. Ses yeux d’un vert pâle croisèrent ceux de l’ancien homme déguisé en pirate, sans pour autant offrir la moindre sensation de douceur, sans parvenir à se montrer rassurant. Devant son silence elle fut de nouveau légèrement secouée, et c’est finalement après plusieurs secondes d’absence qu’elle daigna répondre à la question.

- «  Je n’ai trahi personne, encore moins mes architectes ou mon peuple. Je suis entièrement dévouée à Khugatsaa et Amisgal. » Souffla-t-elle sans montrer la moindre faille.

La réponse ne sembla pas convaincre son interlocuteur, qui dans une rage certaine de dégoût était de nouveau venu la malmener. Une autre gifle un autre coup de pied. Des grognements s’échappèrent des lèvres pourtant fermées de la rousse, alors qu’une perle rougeâtre commençait à dévaler de son arcade jusqu’au bas de son menton. Il n’était pas difficile de comprendre ce que l’homme cherchait à obtenir, des aveux. Aurore avait bien compris que si elle souhaitait que les coups s’arrêtent, elle devait dire ce qu’il voulait entendre, cependant, elle en était incapable. La main de son interlocuteur principal se releva une nouvelle fois et le regard d’Aurore l’abandonna aussitôt pour se concentrer uniquement sur les yeux de Ludwig. Elle ne cherchait pas du soutien, ni même une réaction ou de la pitié, simplement une autre source d’observation afin de ne pas prévisualiser ce qui l’attendait. Une minute de silence s’installa après le dernier coup, l’homme aux nombreux tatouages ne comprenant visiblement pas la non-coopération de sa victime. Alors, qu’il s’apprêtait à cette fois-ci lui enfoncer un os dans la main, la rouquine reprit la parole.

- « Fais ce que tu veux. » Grogna-t-elle cette fois-ci sous la colère «  Malmène-moi, torture-moi, tue moi-même si ça te change. Si mon cycle doit s’arrêter là, il en sera ainsi. Mais à aucun moment, je n’admettrais avoir trahi mes architectes. Parce que ce n’est pas le cas. »

Une quinte de toux ensanglantée l’obligea à faire une pause. L’homme amena son visage jusqu’à lui, la regarda dans les yeux avec cette intensité cruelle au fin fond des yeux, un sourire mauvais venait de prendre possession de son visage. Aurore eut la mauvaise idée de jouer la carte de la provocation, plus que c’est un délicieux petit amas de salive qui s’incrusta juste au milieu du front de son tortionnaire. La réaction fut plutôt étrange, un éclat de rire, deux mains qui s’entrechoquent dans un applaudissement incertain.

- « Ouuuuuuuu la vilaine fille » dit-il en direction de sa compère «  Je t’avais dit qu’elle me plaisait celle-là. Une fois purifié je suis certain que sa chair sera tellement agréable sous la dent. » il s’essuya le visage d’un revers de main «  Bien. J’me doutais que tu étais têtue, m’enfin à ce point-là… C’est suicidaire. » il pivota vers le non-mage «  C’est dommage, ta compagne de jeu vient de vous précipiter vers la violence… A moins, que toi… Tu admets qu’elle t’aide à réaliser tes projets de chiens dans le but de nuire à son propre peuple ? Un petit mot, un oui aussi simple soit-il et on vous donne un repas et en plus vous êtes en paix pour une petite heure… Sinon, on peut toujours jouer avec les ossements et vous… J’adore le bruit des os qui se brisent ou de l’esprit bien solide qui abandonne, j’suis certain que tu pourrais même aller à te faire dessus sous la peur…. Alors ? » il s'approcha un peu de Ludwig «Entre nous,  à ta place, j'avouerai tout, quand tu vois qu'elle est tellement égoïste qu'elle te précipite dans sa chute. Aaaaah,
le plaisir du partage.
»

L’homme venait de donner beaucoup d’éléments que la jeune femme n’était pas certaine d’avoir compris. Une chose était évidente à ses yeux, il était hors de question que l’homme admette quoi que ce soit à son sujet, elle n’était pas une traîtresse, elle n’aidait pas les non-mages à réaliser des mauvaises actions sur les terres My’tränne. Son regard avait dû se durcir, alors qu’elle sentait à présent le goût du sang dans sa bouche. Même si elle avait parfaitement conscience qu’idéalement, il fallait rentrer dans leur jeu, elle n’était tout simplement pas prête à l’accepter, à l’entendre, à l’envisager. N’avait-elle de toute façon pas le choix que de composé avec cet ancien cavalier. Une danse, une simple danse et elle se retrouvait ici ? C’était difficile de le croire. Si jusqu’à présent, Aurore avait l’intention de survivre, cette fois-ci ce n’était pas son unique intérêt, elle avait bien l’intention de malmener ceux qui étaient responsables de sa présence ici, ne restait plus qu’à trouver comment sortir de là.



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Ludwig Strauss
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Sam 4 Nov - 18:38
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"Le fanatisme est la seule forme de volonté qui puisse être insufflée aux faibles et aux timides."
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Impuissant ,il regardait sa comparse subir à son tour l’interrogatoire de leurs geôliers, devenant rapidement la victime de ses pulsions violentes. Le daënar était le spectateur d’une brutalité gratuite, incapable de se libérer de la folie humaine dont il témoignait. Des histoires de foi, de religion, d’architectes … tout ce qu’un technologiste mépriserait naturellement ou n’y porterait qu’un dédaigneux intérêt. Mais Ludwig était plongé au plus profond de ce qu’il y’avait de plus sombre dans le zèle, il était à la merci de fanatiques qui n’hésitaient même pas à battre sauvagement une des leurs pour des raisons qu’il ne comprenait pas.

Le complexe conflit d’interprétations des volontés réelles des Architectes, un fléau silencieux qui rongeait My’trä, divisant la nation entre bons samaritains et odieux inquisiteurs. L’absence de clarté dans les réels desseins des divinités créait une liberté d’interprétation chez les mages qui pouvait dériver vers des extrémités dramatiques, le meilleur exemple étant ces trois personnes partageant les mêmes créateurs mais qui voyaient différemment la voix de leurs maîtres et leurs préceptes. Terrible destin que de tomber sur l’extrême obscur et subir leur but de purification justifiant généralement des pulsions vicieuses et sanglantes. Combien de tueurs, de sociopathes et de fous justifiaient les pires atrocités commises de leurs mains par la volonté des Architectes, susurrée durant leur sommeil ou révélée par quelques miracles dont ils étaient les seuls témoins.

La belle Aurore résistait néanmoins, regagnant un courage des plus admirables, son regard brûlant d’une volonté ferme. Ah, ce que la foi pouvait insuffler comme flamme dans les cœurs les plus désespérés, brillant comme un phare dans l’obscurité d’une situation tragique. Ludwig ne put s’empêcher d’éprouver une certaine compassion pour cette femme qui luttait pour ses convictions et ne cédait pas à la retorse perversité de son tortionnaire qui y éprouvait un plaisir malsain. Et sa comparse souriait comme la pire des démones. Des monstres qui osaient s’appeler fils de la religion. Aveugles, sourds, ne se posant pas de questions, n’éprouvant aucun doute, car ils savaient qu’ils avaient raison ou plutôt croyaient dur comme fer qu’ils avaient raison. Débattre avec ces démons humains était une perte de temps, comme hurler sur un mur de béton. S’acharner à crier sur des remparts d’ignorance et d’indifférence, de violence et d’endoctrinement.

Mais une froide colère montait chez l’homme d’affaires, une indignation mêlée d’une rage sinistre. Le requin en lui se réveillait, furieux, indomptable. Il ne désirait qu’une chose, exprimer à son tour ses plus sordides envies de vengeance et de violence. Mais il ne fit rien, se contentant de fixer ses deux interlocuteurs avec une froideur contenue. Mais le voilà qui lui posait à nouveau des questions qui sonnaient comme des moqueries, des insultes. Lui qui était insensible à ce genre de propos ne pouvait s’empêcher de serrer ses mains si fort que les jointures de ses doigts blanchirent. Cette situation animait en lui le parfait pragmatique qu’il était, celui qui était dégouté par l’hypocrisie royale dont faisaient preuve ses tortionnaires. Ces pseudos justiciers, gardiens de la foi, tous des déments. Une secte de vautours animés par une faim animale et festoyant sur tous ceux qui tombaient à la portée de leurs griffes, qu’ils soient croyants ou non. À leurs yeux, ils étaient les seuls élus des dieux et le reste était une vermine qu’il fallait purifier.

Lassé, au bord des nerfs, la légendaire patience du quarantenaire céda tant à cause de la fatigue qu’à cause d’autres éléments comme la drogue, la souffrance, le traumatisme psychologique de tout à l’heure et son profond mépris. Dans un ton dénoué de tous sentiments, il répondit, se redressant du mieux qu’il pouvait en face des deux monstres :

« Il est bien pratique de rejeter vos convictions dégénérées sur le dos des Architectes, n’est-ce pas ? Vous vous sentez délivrés du fardeau de vos actes inhumains, aptes à enchaîner horreur après horreur pour satisfaire vos pulsions primaires. J’aimerais vous qualifier de monstres à peau humaine, mais ce serait un doux euphémisme. Tout est clair à présent, dans vos propos comme dans cette pièce. Vous êtes d’abominables cannibales. Je vois à présent que ce que certains généraux racontaient sur les mages sauvages et barbares n’étaient pas de simples contes … »

Il ne put terminer sa phrase, recevant un fulgurant coup de pied sur sa mâchoire inférieure qui le repoussa brutalement sur le côté, toujours retenu par ses liens sur les barreaux. L’homme venait tout simplement de blasphémer les croyances du couple et allait en faire les frais. Le duo ne se retenait plus, oubliant totalement la jeune Seraphon pour rouer de coups de corps sans défenses du marchand d’armes qui ne pouvait qu’encaisser leur fureur. Coups de poings et de pieds s’enchaînaient inlassablement, sans aucun répit. Ses os, ses muscles, tout en lui hurlait silencieusement sa douleur tandis qu’une violente frappe à l’estomac l’empêcha autant de crier que de respirer.

« Chien ! Blasphémateur ! Sale hérétique ! »

« Tu t’crois meilleur que nous, vermine ? Par tous les Architectes, on va t’écorcher lentement à l’autel et on bouffera tes tripes en premiers ! »

« On va d’abord lui montrer ce qu’il en coûte de bafouer notre culte sacré ! »

Fourrant sa main dans un sac de toile, l’homme tatoué en brandit un chat à neuf queues, fouet au manche osseux terminé par neuf ronces aux épines acérées. L’outil de torture cingla l’air avant de s’abattre une première contre le dos du malheureux daënar, lui arrachant un cri de douleur aussi retentissant que le claquement sonore qui se répercuta à travers la pièce. De nombreux rires se firent entendre à travers les murs, signe que les autres membres du clan appréciaient la tournure du petit interrogatoire. L’homme continuait à frapper avec une rage zélée, dessinant à chaque coup de nouvelles zébrures écarlates le long du dos du prisonnier impuissant dont les cris se muèrent en grognements déterminés, tentant tant que mal de supporter la sensation de brûlure qui parcourait sa peau flagellée comme si un dragon soufflait son haleine infernale sur ses arrières.

La camarade du tortionnaire le laissa faire, enjambant Aurore avant de la tirer par les cheveux pour la forcer à regarder la scène de torture qui se poursuivait devant elle.

« Regardes, traînée, regardes comment un vrai disciple des architectes se doit de traiter l’hérésie. Il faut punir les païens, leur faire regretter de s’être détourné du droit chemin, d’avoir abandonné la lumière de nos bienveillants créateurs pour se damner au sein de leurs affreuses créations, pâles imitations de l’œuvre de nos divins protecteurs. Voilà ce que tu aurais dut faire ce jour là, au lieu de t’amuser avec ce cancrelat. Ces parasites ne méritent aucune compassion et toi non plus, traîtresse. Tu ne vaux pas mieux que cette ordure et tu subiras le même sort que lui. Nous allons vous purifier sur l’autel sacré et on dévorera vos chaires purgées de toute trace d’impureté, livrant vos âmes corrompues à la justice des Architectes. »

Elle passa lentement sa langue le long de la joue de sa prisonnière, avec une sensualité des plus dégoutantes. Puis elle la relâcha dans un rire de sorcière lorsque son compagnon, épuisé, finit par s’arrêter, laissant son fouet dégouter lentement sur le sol plusieurs perles cramoisies qui formaient de fines pétales écarlates sur le sol. Ludwig, lui, était écroulé sur la paille, le dos transformé en une affreuse œuvre d’art sanglante. Les lacérations multiples rappelaient quelques sordides imitations des zébrures d’un tigre. L’homme respirait toujours, mais ne bougeait plus, son visage collé à la surface glacée du sol.

Son bourreau cracha sur lui avec un royal mépris avant de ranger son arme de souffrance dans son sac et de quitter les lieux, satisfait. Sa comparse quant à elle haussa simplement les épaules avant de jeter à leurs pieds une gourde d’eau fraîche,quelques fruits secs et baies sauvages.

« Voilà de quoi grignoter un peu, profitez-en car ce sera votre dernier repas. Nous par contre … je sens qu’on va festoyer comme des rois. »

Éclatant d’un rire dément, il dénoua les liens des deux prisonniers de sorte qu’ils ne soient plus retenus aux barreaux, mais toujours menottés par les solides entraves. Puis elle les abandonna seul à seul, la jeune femme battue et l’homme fouetté. Un bien triste duo.


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Aurore Seraphon
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Sam 4 Nov - 22:29
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" c'est la pratique de la torture qui permet de distinguer à coup sûr l'homme de la bête."
~ Pierre Desproges ~

Aurore avisa l’homme qui se trouvait face à elle, ce non-mage avec qui elle avait partagé un infime moment il y a quelque temps. Certaine, que l’homme de raison n’était pas en mesure de comprendre ce lien qui unissait tout My’trän a son architecte, certaine qu’il allait avouer l’inavouable, le non réel pour survivre, pour sauver sa propre peau, ses propres fesses. L’arcade ensanglantée, l’œil gauche commençant à s’entourer de noir, Aurore était certaine et se préparait mentalement à l’entendre prononcer des phrases qu’elle ne supporterait pas, tout en lui pardonnant par avance cet acte qui n’était que le fruit de sa volonté de vivre. Recrachant un filant rougeâtre, la rouquine tachait de conserver son calme, de rester dans cette optique de vérité, de ne pas se perdre dans tout ça. Ses deux prunelles s’écarquillèrent sous la surprise des paroles prononcées bien loin, trop loin de ce qu’elle s’était imaginé. Idiot, fut l’unique mot qui traversa l’esprit de la jeune femme, suivit de tout un panel y ressemblant fortement. Il venait de se condamner, il venait de s’offrir son lot de souffrance et de coup.

Impuissante, la mage assistait à ce déchaînement de violence. Tirant sur ses liens avec force, Aurore avait tenté de se défaire de cette entrave pour venir en aide à celui qui l’avait préservé de tout mensonge. Cependant et malgré toute sa volonté, aucun vent ne se leva, aucune force psychique n’attaqua, aucun lien n’abandonna sa propre chair. Impuissante. Sa mâchoire se serra, ses dents grincèrent sous la pression qu’elle  leur imposait alors que son regard ne se détachait pas des agissements du couple. Pour la seconde fois de son existence, Aurore culpabilisa, se sentant responsable de la violence infligée à cet homme. Son regard s’embruma alors que son esprit tentait vainement de trouver une solution, que faire, quoi dire ? Avouer ? Jamais.


- «  Arrêtez » souffla-t-elle, suppliante « Arrêtez » répéta-t-elle en espérant obtenir l’attention du duo en vain.

Personne n’avait prêté attention à sa voix, personne n’avait fait attention à ce petit bout de femme ne supportant pas de voir l’injustice devant ses yeux. Aurore ne parvenait pas à comprendre la raison de tout ceci, pensant naïvement qu’aucune folie ne pouvait justifier ces actes. Ses yeux s’écarquillant une nouvelle fois devant l’objet de torture prêt à s’abattre sur le pauvre marchand d’arme. Un cri s’échappa de ses lèvres, unique signe de la colère s’animant en elle, bouillonnant dans la totalité de ses membres. Après plusieurs coups, plusieurs grognements, elle avait fini par détourner le regard, incapable de supporter autant de violence en si peu de temps, maudissant sa faiblesse, haïssant cette personne qu’elle était aujourd’hui. Cette fois-ci, personne n’était là pour la sauver, personne ne lui viendrait en aide et si elle n’agissait pas cet homme qui n’avait rien demandé finira son cycle aussi.

- «  Arrêtez » hurla-t-elle avec plus force « J’avoue ! J’avoue ce que vous voulez, mais arrêtez de le frapper ! »

Elle n’avait jamais été égoïste au fond, n’avait jamais eu l’illusion de croire que sa vie était plus importante qu’une autre. Aurore était tout simplement incapable de supporter cette haine et pour qu’elle cesse elle était prête à admettre l’improbable, l’impensable, certaine que ses architectes comprendraient. Serrant les poings charcutant de ses ongles la paume de sa main, tout son être indiquait qu’elle était prête à se battre pour protéger, pour aider, pour éviter le pire. Malheureusement pour elle, rien ne s’arrêta, son faux aveu avait été inefficace. Le geste lui, semblait avoir redoublé d’intensité, l’obligeant  à détourner une nouvelle fois le regard, elle se retrouva face à l’acolyte du bourreau. Celle-ci lui agrippa la chevelure, la forçant à relever les yeux, à regarder l’œuvre d’art qui se déroulait quelque pas plus loin. La rousse regarda, fronçant les sourcils, hurlant intérieurement la rage qui commençait à la dévorer, à la consumer et se fit la promesse de s’en sortir, de s’en sortir avec lui.

- « Je vais vous tuer » grogna-t-elle dent serrée «  Je vous fais la promesse de vous tuer » hurla-t-elle avec plus de hargne « Les architectes finiront par vous punir ! »

L'observatrice s’était mise à rire se demandant certainement comment une petite my’tränne comme elle, pacifiste de surcroit, pouvait espérer faire tomber un duo avec des années d’expérience. C’était impensable à ses yeux, irréalistes. Aurore elle, semblait déterminer, sincère dans cette révélation. Sans réellement comprendre l’élan de lassitude des deux tortionnaires, Aurore les observa libérer l’entrave qui la maintenait au barreau, puis ceux de l’homme avant de sortir en jetant une gourde d’eau et quelques baies à leurs pieds. La rouquine souffla doucement, épuisée mentalement et physiquement. Genoux sur les sols, pieds liés, poignets aussi, la mage semblait incapable d’effectuer le moindre mouvement, de prononcer la moindre parole, une quinte de toux s’échappa de ses lèvres, elle cracha à plusieurs reprises des filets ensanglantés. Respirant lentement, elle se redressa pour s’appuyer contre la cage, se laissa glisser doucement jusqu’à ce que ses mains frôlent le sol afin d’attraper un ossement. Lentement, le regard toujours figé sur le non-mage, elle coupa les liens l’empêchant de bouger ses mains. Ramassa les baies, ainsi que la gourde d’eau, qu’elle porta à ses lèvres –non pas sans avoir sentie le contenu-, elle s’humidifia les lèvres savoura l’eau, peu importe sa provenance. Elle se libéra ensuite de l’entrave liant ses jambes entre elles, vérifiant les environs.

- « Est-ce que… tu es en vie ? » murmura-t-elle doucement

Une douleur permanente au niveau des côtes venait lui tirer des grimaces régulières. Prenant une grande respiration, la jeune femme tenta de se relever en s’aidant des barreaux, certaine que de toute façon personne ne viendrait l’empêcher de se mouvoir. Le groupe était certain d’avoir déjà gagné. Debout, elle manqua de chuter, la terre sembla bouger sous ses pieds, alors qu’elle avançait lentement, très lentement jusqu’au non-mage, s’appuyant, s’aidant dans sa progression avec la cage. Une fois devant lui, elle se laissa tomber à genoux, réprima une nouvelle quinte de toux sanguinolente. Ses doigts se déposèrent sur le visage de Ludwig, le relevant dans une certaine douceur, elle déchira un morceau de sa propre tenue pour faire une boule de tissu, qu’elle humidifia avec la gourde d’eau. Tapotant doucement sur ses lèvres, puis épongeant les blessures visibles, sans jamais se préoccuper des siennes.

- « Je vais te détacher… » murmure-t-elle très doucement, tout en articulant «  Ensuite, je vais t’aider à boire, évite juste de t’appuyer sur mes côtes… Et sur mon épaule gauche. Ça va ? »

Lentement, elle abandonne son soin, pour récupérer un os afin de le libérer, coupant en faisant attention de ne surtout pas le blesser. Elle laisse échapper un couinement, signe de la douleur qui l’anime avec violence, comme des vagues à différences intensités. Elle se mord l’intérieur de la joue pour ne pas trop y penser avant de revenir vers lui, prenant le temps d’expliquer ce qu’elle va faire :

- «  Tu peux manger les baies, sauf les rouges, ça te rendrait malade… Prends les miennes. Je vais boire encore un peu de ma gourde et verser le reste sur ton dos… Ça risque de piquer, mais au moins ça va nettoyer un peu. Je ne suis pas une adepte de Mochlög, mais je te promets qu’une fois qu’on est sorti de là, je prendrai le temps de trouver les plantes pour réduire au maximum les cicatrices, d’accord ? »

Elle prend une longue inspiration, signe que sa fatigue est plus importante que ce qu’elle pouvait penser, tout comme la douleur, qu’elle évalue sur une échelle de un à dix, d’un bon sept. Avant de boire elle-même, elle continue de se préoccuper uniquement du mage. Elle lui relève doucement le visage, approche le sien pour vérifier les petites plaies, puis approche lentement la gourde qu’elle dépose contre ses lèvres, la penchant pour verser le liquide lentement. S’il semble parvenir à se débrouiller, elle le laissera évidemment faire. Ceci étant fait, elle lui laisse un peu le temps de réaliser, de respirer aussi, elle n’a pas l’habitude de cette proximité, encore moins de devoir faire la conversation. Quoi qu’il en soit elle semble déterminée à sortir d’ici avec lui. Se laissant glisser contre la cage, elle attrapa sa propre bourde, conserve une gorgée dans la bouche pour savourer, pour se donner l’illusion d’avoir beaucoup à boire. Une fois avalée, elle vérifia le contenue, le secoua légèrement, suffisamment pour estimer que le reste serait pour le dos de son compère de fortune.

- «  Autant être honnête, je ne suis pas très bonne dans ma magie… Elle est souvent altérée par mes émotions, je suis bonne à distance, pas au corps à corps… Il faut qu’on trouve une façon intelligence de sortir, tu comprends ? Tu n’as cas me parler de toi et de ton plan, ça t’évitera de penser à la douleur de ton dos. »

Lentement, elle retourna proche de lui, l’avisa comme pour le prévenir qu’elle allait déverser le contenu et tapoter avec le linge humide, puis s’exécuta. Ça allait faire mal, c’était une évidence. Le duo avait néanmoins un peu de répit, au loin des hurlements se faisait entendre, un homme venait d'être attaché un poteau et celui venait de prendre feu, autour de lui, la tribu semblait danser, heureuse de son méfait.



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Ludwig Strauss
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Lun 6 Nov - 21:13
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Daënar -2
Une douleur sourde, un néant de souffrance. Son esprit était encerclé par une marée de signaux alarmants, chacun hurlant sa douleur. Son corps était devenu un enfer de chaire, une épave glacée et pourtant parcourut de véritables flammes. L’homme souffrait le martyr, son corps malmené de toute part, son dos zébré par des entailles d’où dégoulinait des filets cramoisis, cape sanglante des victimes de la cruauté humaine. Douleur, douleur, douleur. Ludwig n’avait jamais expérimenté souffrance pareille, lui qui complotait et planifiait à l’abri. Le voilà désormais obligé de survivre par ses propres moyens, privé du soutien de ses sbires et sous-fifres.

Puis il sentit un doux contact sur son visage, presque irréel. Ses yeux s’ouvrirent avec la lenteur d’un agonisant afin de laisser ses prunelles de givre se perdre dans les traits de sa compagne de mésaventure. Sa voix résonnait comme une étrange mélodie à ses oreilles et la douceur avec laquelle elle prenait soin de son visage couvert d’estafilades lui soutira un faible soupir de soulagement, ignorant l’espace d’un court moment la douleur qui rongeait son corps et son âme. La fraîcheur sur son visage fut bienvenue, si bien qu’il ne remarqua que plus tard qu’elle l’avait délivré de ses liens encombrants.

L’eau qui s’écoule le long de sa gorge lui redonne une vigueur insoupçonnée, une énergie salvatrice. Le daënar parvint à se redresser légèrement, serrant des dents pour faire taire les mille morsures de sa chaire flagellée. Dos arqué, il respira longuement et lentement, sa tête bourdonnant encore par les aiguilles sensitives qui lui martelaient le cerveau. La douleur n’est qu’éphémère, se murmura l’industriel. Il tentait d’accepter sa souffrance et d’en faire sienne, de supporter ce fardeau et le laisser gagner tout son corps. Au fil de ses longues respirations, sa chaire lui fit légèrement moins mal et il parvint à supporter un peu l’atroce sensation qui parcourait son dos, faisant taire aussi le douloureux engourdissement de ses muscles qui se recouvraient lentement de bleus.

« La provocation … était délibérée. »

Serrant des dents, il posa sa main sur son flanc endolori, les coups répétés des deux brutes se faisant encore sentir avec la même intensité que la morsure du fouet. Ignorer la douleur, la dompter, ne pas la laisser prendre le contrôle. Son cœur battait à en faire éclater sa cage thoracique, mais l’homme tenait toujours, car sa volonté ne fléchissait pas.


« Je voulais collecter quelques informations, mais pour cela il fallait que nos tortionnaires se défoulent sur moi afin qu’ils nous laissent seuls par la suite. Pour … préparer notre évasion. »

Une violente quinte de toux l’obligea à se taire, crachant sur le sol une écume rougeâtre. Massant son torse, il inspira à nouveau avant de reprendre calmement, tentant d’ignorer les atroces hurlements de l’homme qu’on calcinait lentement un peu plus loin sous le regard affamé des déments en transe.


« Leurs bottes étaient recouverts de grains humides de sable noir. J’en conclu qu’ils venaient d’une plage ou d’une crique. Notre objectif sera de trouver cette fameuse crique où on pourra peut-être nous emparer du navire de nos ravisseurs et quitter les lieux. Mais pas de précipitation, il faut d’abord nous échapper. Et j’ai eu tout le temps de trouver un moyen … »

Tournant lentement son regard vers Aurore, il poursuivit avec un calme étonnant pour quelqu’un de si sévèrement amoché.


« Un homme qui se fait fouetter est toujours un spectacle divertissant, surtout pour des dérangés comme eux. Le son de mon calvaire a attiré des yeux curieux et des oreilles attentives. Parmi les spectateurs se trouvaient des enfants, des bambins qui grignotaient avec insouciance des bouts d’os humains. Détail intéressant, ils portent tous de petits couteaux à leurs ceintures. Couteaux suffisamment tranchants pour venir à bout de la serrure rudimentaire qui retient notre cage fermée. Il suffit juste d’attirer un de ces gosses jusqu’à nous. »

Lentement, il leva sa main droite au niveau de son visage, fixant les fines écorchures qui recouvraient sa peau blanchâtre. Ses doigts tremblaient légèrement et il serra du poing tandis que ses yeux brillèrent d’une lueur de froide détermination.


« Je m’occuperais de m’emparer du couteau. J’ai assez divertit nos hôtes pour qu’ils aillent prendre l’air avec leurs amis, on sera tranquilles pour un moment. Penses-tu être capable d’attirer un des enfants jusqu’à nous ? »

Son dos le brûla à nouveau et il arqua des épaules en fermant les yeux au point où il sentait que ses orbites céderaient sous la pression exercée. Il préférait que la jeune femme prenne d’abord soin de son dos, apaiser un peu son calvaire, lui ôter le poids de ses souffrances pour lui permettre de rassembler la force nécessaire à leur plan ambitieux. Ils ne devaient guère échouer, les conséquences seraient fatales. Tortures et exécutions lentes les attendraient, il pouvait déjà avoir un aperçu de l’horreur que les fanatiques leur promettaient en les voyant se rassembler autour du cadavre brûlé du malheureux sacrifié afin d’en prélever de larges morceaux de chaire rôtie qu’ils dévoraient avec un appétit vorace en chantant à la gloire de leurs dieux. Un spectacle épouvantable.

Avec douceur, il murmura d’une voix faible, épuisée :


« … Navré d’être la cause de votre présence ici, ma chère. Si vous n’aviez pas dansé avec moi, ce jour-là, vous ne seriez pas dans cette tragique situation. »

Des remords ? Non, il était tout simplement incapable d’en ressentir une parcelle. C’était plus un moyen de se rapprocher un peu plus de sa partenaire de prison et un stratagème pour ignorer les lacérations brûlantes qui le rongeaient.


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Aurore Seraphon
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Mar 7 Nov - 20:37
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Délibéré, le mot s’était répété à plusieurs reprises dans son esprit, alors qu’elle tentait de rester délicate. Difficile pour la jeune femme de concevoir que l’action était volontaire, que l’homme avait cherché à recevoir les coups, juste pour pouvoir observer, analyser ? Les sourcils de la rouquine s’étaient légèrement froncés, alors que ses dents mordillaient déjà l’intérieur de sa joue. Qui se mettait volontairement en difficulté dans cette situation, alors que la fin du cycle semblait poindre le bout de son nez. Aurore restait un instant sans grande réaction, soudainement incertaine de savoir qui était l’homme qu’elle avait face à elle. Ses mains se furent néanmoins toujours aussi douces alors qu’elle retirait les excédents de sang, qu’elle tentait d’amoindrir les marques provoquées par les violences qu’il avait subies. Un léger souffle avait fui ses lèvres, alors que lentement son cœur commençait à s’emballer de nouveau. Si jusqu’à présent, l’homme lui avait paru être un allié de taille, l’agréable souvenir de leur danse hantant encore son esprit, ce n’était plus forcément le cas à présent. Soit était-elle trop naïve, soit pas suffisamment redoutable pour faire le poids face à l’esprit de déduction de son malheureux binôme. Il avait fait une pause dans son explication, recrachant un filet de sang. Au loin, des hurlements mettaient fin au peu de silence qui s’était installé.

Un frisson n’avait pas tardé à longer sa colonne vertébrale, jusqu’à se terminer à l’arrière de son crâne. Difficile pour la mage de faire abstraction de tout ça, de ne pas céder à l’angoisse, la colère ou encore l’incompréhension. Ses doigts tremblèrent quelque peu, ses gestes furent moins précis, peut-être plus maladroits aussi. Ludwig lui, semblait avoir déjà tout tracé dans son esprit la suite des événements, évoquant avec la jeune femme les différentes choses qu’il avait pu observer. Les grains humides de sable noir sur les bottes, la déduction de la plage. La rouquine était restée un nouvel instant sans réaction, détaillant plus précisément son interlocuteur, se remémorant cette question qui s’imposait dans son esprit, qui était Ludwig pour faire preuve d’autant d’intelligence et de calme malgré la situation stressante.

Quoi qu’il en soit, la mage n’avait guère le temps de poser le pour et le contrôle de cette collaboration et malgré la petite voix qui n’avait de cesse de lui murmurer à l’oreille de se méfier de cet individu, elle préféra mettre en avant ce besoin commun, s’évader. Les gosses avaient des couteaux à la ceinture, il souhaitait qu’elle attire un gamin afin de pouvoir en récupérer un. Sur le principe, cela semblait  plutôt bien pensé, en pratique, bien plus complexe à mettre en place. Se reculant doucement de l’homme à la silhouette bien amoché par les coups, elle s’installa contre les barreaux, prenant cette fois-ci un peu de temps pour réfléchir par elle-même, pour ne pas se laisser prendre vers d’autres problématiques. Une quinte de toux s’échappa de ses lèvres, elle ravala le sang qui menaçait de s’y échapper dans un amas désagréable. L’excuse ne lui procura aucun sentiment de soulagement et le doute qu’il avait lui-même semé dans esprit, commençait déjà à germer. Une personne trop perfectionniste, trop réfléchie ne pouvait être une bonne personne. Son expérience passée lui avait bien prouvé qu’il ne fallait pas faire confiance à n’importe qui, comment avait-elle pu être si naïve et penser que tous n’étaient pas néfastes ?


- «  Ce n’est rien » murmura-t-elle dans une voix brisée par sa pensée trop réaliste

Sa main s’était relevée, balayant l’air environnant, alors que son regard avait dû se durcir. Est-ce que sa vie était équivalente à celle de Ludwig ? Est-ce que les extrémistes avaient réellement faux sur toute la ligne ? La réalité sembla lui sauter au visage, tant la médiocrité de sa gentillesse lui donnait soudainement envie de vomir.

- «  Vous me sacrifierez sans hésiter pour sauver votre vie, n’est-ce pas ? »

Ce n’était pas une provocation, pas un reproche, simplement une constations. Comme-ci, la rousse prenait enfin conscience de la difficulté de la vie, de la cohabitation, de la différence de mentalité que pouvait séparé mage et non-mage. C’était violent, autant que les coups physiques qu’elle avait subis. Un léger vent se leva, ses mains tremblèrent légèrement, signe du trouble qui commençait à animer son être. Cependant, tout se calma plutôt rapidement, exactement au même moment qu’Aurore comprenait qu’elle allait devoir prendre sur elle et faire des choix. S’associer pour survivre, ou tenter de survivre seule. Le pourcentage de chance n’était pas identique, la façon de percevoir les choses et la vie non plus. Lentement elle s’était relevée, offrant un regard plus froid à celui qu’elle ne connaissait finalement pas et qui devait être une personne importante, intelligente, étrange, peut-être même à l’activité douteuse pour savoir aussi bien analyser. Un voleur de bas étage, un violeur ? Un psychopathe qui passe son temps à torturer les femmes dans les caves. La rousse avait dégluti, laissant son esprit faire preuve d’une imagination plus que débordante quand il s’agissait de visualiser des choses néfastes.

- «  Peu importe. » Grogna-t-elle pour sa propre personne «  Faisons ça, pour le gosse j’entends. Je doute qu’on puisse en revanche utiliser le bateau, il faudrait plutôt longer la plage jusqu’à retrouver un coin connu. » elle l’avisa plus durement « Je n’ai pas l’intention de vous porter. J’espère que malgré vos blessures parfaitement réfléchies vous allez parvenir à vous mouvoir convenablement. »

Elle était dure presque autant que l’était sa déception. Elle avait voulu croire en quelque chose, quelque chose qui n’arriverait sans doute jamais. Althéa avait peut-être raison finalement, rien de bien ne pouvait émerger des étrangers, rien de bien ne pourrait jamais provenir d’eux. Pourtant, lors de cet événement, lors de cette danse même lors de cet enlèvement aussi incompréhensible soit-il, la rousse avait eu l’illusion de croire que la cohabitation que le travail d’équipe pouvait être possible. Elle culpabilisa, se détesta pour ça.  La rousse lui laissait néanmoins le bénéfice du doute, peut-être se fait-elle des idées, peut-être était-il un type bien, sensibles à l’activité sérieuse… Peut-être que ces extrémistes étaient entièrement dans le faux, peut-être que… La chevelure flamboyante de la jeune femme avait fini par se secouer légèrement, alors que ses doigts s’enroulèrent autour des barreaux, fixant son attention sur les gamins mangeant un morceau d’humain un peu plus loin. A présent à proximité de la porte, elle tendait une main vers eux, semblant faire complètement abstraction de ce qui se passait autour d’elle. Doucement sa silhouette féminine se transforma, ses cheveux abandonnèrent sa rousseur pour passer à une teinte plus commune, d’un brun sombre, presque de jais, sa carrure sembla plus musclée et sa tenue identique à celle de ses fous vivant ici. Sa peau s’était recouverte de tatouage identique à celui de leur assaillant. Tendant sa main vers un enfant, celui-ci sembla abandonner son groupe pour se rapprocher, surpris de voir l’un des siens enfermer ici. Si pour lui, l’illusion semblait réelle, tout comme dans l’esprit de Ludwig, pour toute autre personne observant, il devait s’agir de la même rousse qu’au départ. Une fois le petit homme devant elle à une distance encore raisonnable, elle prit la parole :

- «  J’ai faim… L’idiot est parti avec la clé et je viens de terminer de le torturer… Je le goûterai bien en avance… Tu penses que…»

Le gamin s’était mis à rire un peu nerveusement, avant de secouer la tête brusquement. Non, non, jamais goûter la chair tant que celle-ci n’est pas purifiée, cela serait trop écœurant, cela ne serait pas respecter les architectes. Évidemment. Un peu déçue de cette réaction, elle tâcha de ne pas paraître écœurée quand le gamin lui tendit un morceau de doigt, prêt à repartir déjà, elle devait trouver quelque chose, une façon de le retenir.

- « Attends » murmura-t-elle «  Viens… Tu veux voir les marques des coups sur son dos, de tout proche… Et moi, je veillerai à ce qu’il ne puisse pas te toucher ? Tu devrais voir… Le début de purification que nous offrent nos architectes de tes propres yeux. » Le gamin semblait plus intéresser « Tu veux ? »

Le doigt inconnu qu’elle tenait en main s’était retrouvé à jouer le long des barreaux, au même rythme que sa marche, que sa silhouette longeant la cellule en direction de son mage. Il avait dit que le gamin devait simplement s’approcher ? Bien, elle lui offrait sur un plateau d’argent et si jamais cela tourne mal, elle s’arrangera pour fuir seule. C’était sa chance, l’unique qu’elle acceptait de lui offrir. Le petit longeait de l’autre côté, proche, offrant de grands sourires à la jeune femme, sans même entrevoir le risque qu’il était en prendre, l’illusion qui était en train de le manipuler. Au pied du non-mage, elle lui offrit un regard plus carnassier, moins tendre, moins doux.

- « Penche-toi, impur, qu’il puisse voir » grogna-t-elle avec plus de force

Le gosse c’était de nouveau mi à rire alors que sa tête était venue se poser contre les barreaux observant avec des étoiles dans les yeux, les marques qu’il était en mesure de voir. Et maintenant ? C’était quoi la suite du plan ?



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Ludwig Strauss
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Mar 7 Nov - 22:38
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Non, non, non … ce n’était pas le bon moment. Ce n’était jamais le bon moment. Dans une situation si critique, si tragique … pourquoi sa compagne d’infortune changeait elle soudain de caractère, abandonnant sa douceur pour une attitude plus dure, presque dans un air de reproche mêlé de méfiance. Enfaîte, ce n’était pas réellement une question que se posait Ludwig qui avait facilement deviné la réponse et s’en désolait presque. Froideur calculatrice, pragmatisme, calme dans les situations où cela se verrait comme un acte presque inhumain. Machine de chaire et de sang. C’était son fardeau, son mal qu’il portait depuis son enfance. L’homme était né ainsi, doté d’un esprit animé d’une si vive intelligence mais servant des ambitions parfaitement prétentieuses. Il prônait la loi de la jungle dans sa version moderne, celle des puissants dans le domaine financier, s’enrichissant pour accéder au pouvoir si précieux aux hommes ambitieux. Était-il donc un monstre ? Cette idée lui parcourait rarement l’esprit, préférant se targuer d’être un homme qui avait vu le monde pour ce qu’il était réellement : un terrain de jeu où les ambitieux sans scrupules étaient maîtres.

Alors … pourquoi hésitait-il à répondre froidement à Aurore ? Ce n’était pas dans ses habitudes. Lui qui voyait l’humanité comme la pire forme d’hypocrisie, il se serait fait une joie sans goût de lui rappeler la nature même des humains, le ridicule de sa colère et les bases fondamentales de la survie de la personne au détriment des autres. Mais il n’en avait simplement pas le désir. Il se disait que la situation ne l’exigeait pas, qu’il fallait garder souffle et forces pour la suite de leur évasion. Et pourtant, quelque chose le chiffonna quand elle agissait de manière si rude avec lui. Il était habitué à ce que ceux qui découvrent sa vraie nature le traitent d’être sans cœur, alors pourquoi s’en soucier en ce moment ?

Hm … sans doute les effets de cette maudite drogue. Après quelques heures il reprendra probablement sa froide logique et oubliera ces simulacres de sentiments qui le gagnaient. Du moins, il s’en convainquait.

En tout cas, il se devait d’écarter, du moins pour le moment, les sombres doutes qui rongeaient l’esprit de la rouquine comme une sombre gangrène. La fixant dans les yeux avec un masque de parfaite neutralité, il murmura d’une faible voix :

« Les situations désespérées nous poussent à des mesures désespérées. J’ai préféré encaisser plutôt que vous laisser supporter d’avantage les sévices de nos tortionnaires. Navré que ma galanterie ait atteint une telle extrémité … »

Vague de douleur, foudre de souffrance. Le choc lui coupa toute parole. La morsure de ses blessures se faisait de nouveau sentir, bien que légèrement apaisées par le traitement subtil d’Aure. Fermant les yeux, il serra sa main autour des barreaux à portée, y insufflant toute la force qui parcourait ses muscles au même titre que son martyr. Puis la douleur s’amoindrit et son esprit s’éclaircit à nouveau.

« Nous en reparlerons plus tard. Le temps nous manque. Oubliez l’espace d’un instant vos pensées et concentrons-nous sur notre évasion. »

Puis il se tut et resta assit, laissant faire la rouquine qui usa de ses talents d’illusionniste pour attirer un des bambins comme le doux miel attirerait la mouche gourmande. Elle jouait bien la comédie malgré les violentes courbatures de son corps, pour son plus grand soulagement. De plus elle parvint à attirer le marmot de plus près. Lui proposer de voir le châtiment d’un hérétique, excellente idée. L’enfant ne se douta de rien et s’approcha avec une dérangeante innocence pour s’abreuver du spectacle des cicatrices comme si Ludwig était un lion dans une cage de zoo. Chose amusante, car il allait se substituer l’espace d’un instant en véritable prédateur. Ce qu’il comptait faire n’avait rien d’honorable et aurait dégoûté plus d’un. Mais c’était une chose qu’il avait accepté sans la moindre hésitation, car Ludwig était de ceux qui n’ignoraient nullement que la survie n’avait rien de glorieux et pouvait vous pousser aux pires actes. Peut-être que sa camarade de cage apprendra un peu plus de cette leçon, surtout dans son rôle de complice.

Dos arqué, il le mettait en valeur de façon docile sous l’ordre de la fausse cannibale, pour la plus grande joie du gamin qui ne réprimait pas ses exclamations de stupeur et d’admiration, les doigts autour des barreaux pour mieux embrasser le spectacle de plus près. Tragique erreur et l’occasion que l’homme attendait.

Alors il bondit. Soudain, rapide, brutal. Il s’était brusquement élancé en direction du bambin, le prenant totalement de cours. Ses bras passèrent à travers les espaces séparant les barres de bois pour agripper sans douceur la tête de l’enfant, les doigts se refermant autour de sa chevelure en pagaille comme l’étau de serres impitoyables. La paume de sa main étouffa la bouche de la victime qui s’était ouverte pour pousser une exclamation de terreur, empêchant tout son de parvenir aux oreilles des fanatiques qui fêtaient avec une joie sauvage leur sacrifice. Le daënar attira brusquement le visage du bambin, le collant fermement contre les barreaux de leur cage. Il pouvait s’emparer du couteau à présent, mais l’enfant risquait de donner l’alerte avec ses hurlements, compromettant leur fuite. Il savait ce qu’il devait faire et n’en tirerait aucune fierté ni remord. Seule une triste logique l’anima, son regard déterminé comme l’acier. Et c’est ainsi que, sans hésitation, sa main qui tenait fermement les cheveux de sa prise se referma sur la petite mâchoire du fragile petit être et, dans un craquement sinistre, il brisa ses vertèbres cervicales d’une rapide torsion.

Ludwig soupira longuement et laissa tomber le corps sans vie de sa victime, la tête ballotant à un angle improbable, le regard vide. Tuer de ses propres mains … rien de glorieux, rien de plaisant. Un déplaisir, mais une nécessité. Que les circonstances le forcent à ôter des vies par ses propres moyens était un signe que le karma était une véritable garce à l’humour désagréable. Pour oublier l’horreur de son acte, il se dit que ce garçon était déjà irrécupérable. Autant tuer le mal pendant qu’il était encore qu’une mauvaise-herbe.

Il récupéra le couteau qui pendait à la ceinture du mort et retira la lame de son fourreau rudimentaire. Comme il s’en doutait, la lame était petite et de mauvaise facture, inapte à lui servir dans un combat réel. Fort heureusement, elle était assez tranchante et solide pour lui permettre de défaire les solides cordages de la serrure. Et il s’y attaqua rapidement, frottant frénétiquement le tranchant contre les liens pour les sectionner le plus rapidement possible, ignorant la douleur générée par ses mouvements frénétiques.

« Il faut fuir le plus vite possible, mais ce serait bien si on récupères quelque chose pendant notre évasion. Tu vois cette hutte, à droite ? Elle est assez à l’écart de l’attroupement de fous pour qu’on parvienne à la rejoindre sans attirer l’attention. Un des hommes avait déposé un arc à l’entrée pour rejoindre les festivités. Je pense que ça t’intéresserait. »

Toujours aussi efficace, même dans le plus intense paroxysme de leur évasion. Il s’activa d’avantage, désireux de quitter ce lieu de cauchemar. L’odeur de chaire humaine cuite lui donna la nausée tout en lui rappelant qu’il crevait de faim. L’homme d’affaires fit taire les grondements de son estomac et les plaintes de son corps et taillada tant bien que mal les dernières parcelles de cordage. Après des secondes qui semblèrent durer une éternité, la serrure céda enfin et la cage s’ouvrit doucement.

Ludwig se retourna un court instant vers Aurore, son regard brûlant d’une flamme d’ultime détermination et d’une palpitation sauvage. Celle du loup solitaire qui ne reculait jamais face à l’adversité. Il n’échangea aucun mot, mais son expression à elle seule était suffisante : malgré tous les soupçons qu’elle nourrissait autour de sa personne, il comptait bien s’en sortir avec elle.


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Aurore Seraphon
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Mer 8 Nov - 18:16
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La rousse n’avait pas semblé davantage s’intéresser à l’argumentation du non-mage, s’enfermant égoïstement dans son opinion, dans sa certitude d’avoir fait fausse route, depuis bien trop longtemps. Cette réalité lui sembla soudainement beaucoup plus douloureuse que la totalité des blessures qui animaient son être, bien plus que cette prison, que les fous qui souhaitaient la manger et même que le possible psychopathe blessé qui était proche d’elle. Un soupir avait franchi la barrière de ses lèvres, accompagné par un regard un peu plus appuyé en direction de son interlocuteur. Non, elle n’avait vraiment pas eu la force de débattre, vraiment pas eu la force de lui retourner l’argument ou simplement de lui murmurer dans une douceur non négligeable que s’il continuait à s’enfoncer, elle l’abandonnait là pour lui prouver à quel point il avait raison sur la notion d’égoïsme de l’être humain. L’abandonnant à son pessimiste, elle lui avait adressé un dernier regard un peu hautain, un peu provocateur. Regard qu’elle n’avait nullement l’habitude d’offrir à qui que ce soit, cependant il paraissait qu’à toute situation désespérée il y avait des actions désespérées. La rouquine n’était plus, laissant place à une délicieuse brune recouverte de marquages aussi étranges que significatifs, la ressemblance entre elle et les extrémistes était frappante, si bien qu’il était même impossible de faire la différence entre Aure et la véritable population du coin. La jeune femme avait habilement attiré un enfant jusqu’à elle, jouant des mots qu’il voulait entendre pour le manipuler à sa guise. C’était sa part du contrat, ce qu’elle devait faire pour satisfaire le supposé décapiter de marmotte qui était enfermée avec elle.

Son complice jouait aussi bien la comédie qu’Aurore, du moins de son point de vue. La fausse brune, l’avait avisé faire un dos rond se tenant droite juste à côté, prête à lui infliger une torture que son esprit n’arrivait même pas à imaginer. Le gamin semblait vivre un véritable moment de bonheur, une joie extrême, les yeux brillants, la bouche en cœur, les joues rosées par l’envie d’infliger à son tour moult maux. Le plaisir de faire du mal, de se satisfaire de la douleur d’autrui, douce idée visiblement si agréable pour lui. L’illusion semblait tenir convenablement, le gosse ne se doutait pas une seconde de la manipulation, le marchand d’armes lui ne semblait pas encore décidé à agir quoi que… soudainement il avait fini par se jeter sur le gamin, l’immobilisant contre les barreaux, l’empêchant de hurler, de crier ou d’émettre le moindre bruit. Ses yeux s’étaient écarquillés sous la surprise, alors qu’il tentait de se débattre vainement puis son corps avait cessé de se mouvoir, pour tomber sur le sol inanimé. Aure eut un vertige intense, un sentiment de culpabilité de remord, un moment de choc, comme-ci soudainement sa conscience venait de lui souligner qu’elle était complice de meurtre. Un petit couinement horrifié s’était étouffé dans sa gorge, alors qu’elle se rattrapait à un barreau pour ne pas chuter. Il avait tué, avec facilité, par choix, pour survivre, par devoir peut-être ? Alors qu’elle, elle aurait juste voulu partir sans faire trop de dégâts. Ses yeux se floutèrent quelque peu alors qu’elle tentait de se reprendre, de prendre le contrôle de la situation. De lutter pour sa vie, pour retrouver ses habitudes, pour retrouver les gens qui avaient fait partie de sa vie. Puis la réalité lui sauta une nouvelle fois aux yeux, personne ne se souviendrait d’elle, absolument personne. La dure réalité d’un cycle où la souffrance, la haine et l’esprit de vengeance n’étaient pas les maîtres mots.

De son côté, le meurtrier en série –parce qu’à présent, c’était l’unique hypothèse valable pour l’heure-, était déjà en train de réduire en miette le cordage qui retenait fermé la porte. La rousse l’avisait sans dire un mot. Son esprit était en guerre contre lui-même, bataillant entre sa volonté propre ses opinions et ceux que les autres voulaient lui imposer, le bien et le mal, sans juste milieu. Quoi que. Quelque chose d’autre semblait émerger de tout ça, quelque chose de moins tout blanc ou tout noir, une teinte de gris, une autre chose plus stable, plus équilibrée. Son corps semblait s’être remis du choc, puisqu’elle abandonnait sa passivité pour venir rejoindre Ludwig qui venait d’ouvrir la porte, précisant qu’à présent il voulait rejoindre une hutte un peu plus loin pour récupérer des armes… Si l’idée ne semblait pas convaincre la jeune femme, le mot « arc » sembla lui, changer toute la donne. Depuis quand connaissait-il sa petite faiblesse pour la corde et la courbure du bois ? La rouquine l’avisa un instant, avant de se rappeler que ce n’était en rien de l’attention, juste de l’observation et certainement une bonne mémoire.


- « Un arc ? C’est d’accord… » murmura-t-elle «  Est-ce que ça va aller ? » s’enquit-elle malgré ses préjugés et son amertume.

Elle l’avait laissée s’éloigner de quelque pas, en direction de cette hutte isolée, prenant le temps de fausser les pistes. Quelques minutes, c’est le temps qu’il lui avait fallu pour offrir 3 fausses directions possibles, des traces de pas d’un côté, des crachas de sangs de l’autre, elle se força même à chuter un peu plus loin dans la direction d’une intense forêt à l’opposé de la direction que le marchand avait choisi. Elle était chasseuse et ne doutait pas une seule seconde la capacité de traque des tortionnaires. Ceci étant fait, elle avait rejoint l’homme d’affaires proche de la hutte. Le duo semblait enfin toucher au but, sans difficulté particulière l’ouverture était juste là, l’arc aussi ainsi que le carquois et les flèches. Avec ça, ils allaient avoir forcément une grosse chance de leur côté. Aurore surveillait du coin de l’œil son compagnon de fortune, vérifiant malgré elle qu’il était en mesure de suivre le rythme, d’avancer sans trop souffrir. Une fois devant la hutte, un bruit interpella la rouquine, qui d’un geste rapide et sans réelle raison poussa brusquement Ludwig sur le côté, lui permettant ainsi d’éviter un coup de machette de justesse. Aurore avait contré dans un réflexe un peu surhumain, ses deux avant-bras croisés retenant le bois de l’arme et ainsi le tranchant à une certaine distance de son visage. L’assaillant grognait tel un animal enragé, heureusement couvert par les cris de joie et la fête battant un peu plus loin. Les douleurs de la rousse manquèrent de la faire abandonner, mais c’est bien son esprit combatif qui dirigeait à présent et non son physique. L’homme accentuait sur la force pure, certain de pouvoir obtenir le dessus, alors que la rouquine avait déjà une tout autre stratégie à l’esprit.

Une perle de sueur dégoulina de son front, alors qu’elle supportait encore un peu autant que possible le poids de son adversaire sur son arme. Sa vie ou la sienne, c’était bien l’unique choix à faire. Brusquement, elle se déplaça sur le côté gauche, forcément l’homme qui n’avait pas vu l’action venir tomber à cause de son poids et la force qu’il avait mis vers l’avant. Une fois sur le sol, il se retrouva en position de faiblesse, trois secondes, c’était le temps qu’elle avait évalué pour agir, deux secondes c’était le temps qu’il lui avait fallu pour se précipiter sur lui et amener sa propre arme sous sa gorge, faisant suffisamment de pression pour l’empêcher de respirer, la lutte avait duré plusieurs minutes, ou du moins avait du paraître être une éternité pour la jeune femme alors qu’il n’en été rien tout c’était passé extrêmes vite. L’homme inconscient avait fini par s’écrouler sur le sol, alors qu’Aure semblait particulièrement essoufflée et douloureuse juste au-dessus de lui.  Il n’était pas mort, mais inconscient et la rousse ne semblait pas encore capable de l’abattre. Le choix avait changé, ce n’était plus la perte d’une vie l’unique possibilité, la fuite en était une autre.


- « Il faut partir, maintenant. » Grogna-t-elle sans forcément bouger «  Ça ira pour avancer, il faut s’éloigner, s’enfoncer dans la forêt, peu importe laquelle, mais il faut s’éloigner le plus possible et vite. »

Ne pas emprunter les chemins, ne pas agir comme chacun agirait, s’enfoncer dans un lieu où les montures ne pourraient pas suivre afin d’être sur le même pied d’égalité. Aure se releva enfin, attrapa l’arc et le carquois qu’elle glissa sur son dos. Sa lèvre inférieure était ensanglantée tant la jeune femme l’avait mordu pour évacuer la pression et le stress. Son visage était beaucoup plus pâle que précédemment même si elle tentait de faire bonne figure. Tirant le corps jusque dans la hutte, elle en ressortit avec une gourde et une lame courte, qu’elle tendit en direction du marchand. Aure ne reconnaissait rien, absolument rien. Elle récupéra néanmoins aussi une couverture en peau qu’elle roula en boule et attacha avec un cordage pour le faire tenir plus facilement dans un sac sur son dos, qu’elle emprunta évidemment aussi. Cela ne faisait pas grand-chose, vraiment pas grand-chose pour survivre dans la nature.

- « Il faut y aller à présent. Maintenant. » Ordonna-t-elle presque. «  Vous avez eu le temps d’observer chose ? »

Si la jeune femme n’était pas très emballée par travailler en équipe, cela lui sembla l’unique chose à faire pour le moment. Il était libre de choisir la destination, elle le suivrait pour l’heure, jusqu’à trouver une autre idée plus lumineuse.



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Ludwig Strauss
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Mer 8 Nov - 22:40
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La liberté, pouvoir enfin bouger, quitter cette infernale prison miniature avec son étroitesse oppressive et ses ossements peu ragoutants. La liberté de quitter les barreaux de la tyrannie, les liens de la folie et les entraves de la fatalité. La liberté de fuir son triste destin, de lutter contre ce dernier avec force et détermination. Avancer, ne jamais reculer, ignorer la douleur, tenir. Les deux prisonniers débutaient ainsi cette escapade frénétique, à tâtons certes, mais avec la ferme volonté de quitter ce territoire de damnés le plus vite possible.

Tandis qu’Aurore brouillait astucieusement les pistes grâce à ses connaissances précieuses, Ludwig quant à lui alla récupérer les équipements qu’il jugeait nécessaires pour leur escapade, tentant de s’emparer du peu et du nécessaire, le temps semblait le menacer comme l’épée de Damoclès au-dessus de sa tête, prête à tomber à tout moment sur son crâne. L’œil expert de l’industriel des armes repéra rapidement les courbes d’un arc dont il s’empara. Un rapide coup d’œil lui suffit pour conclure que l’arme, bien que légèrement plus rudimentaire que ses semblables plus modernes, restait parfaitement efficace dans son rôle de se tendre et projeter des flèches à longues distances. Heureusement le propriétaire de la hutte avait aussi laissé un carquois chargé de ce qu’il compta vaguement comme une vingtaine de flèches, peut-être moins. C’était mieux que rien, beaucoup mieux. Il se souvenait en effet que la femme à la chevelure de feu avait mentionné son habileté à utiliser des armes à distance. L’arc devait parfaitement être dans ses cordes, sans vouloir faire de jeux de mots dans cette situation dramatique.

Mais c’était sans compter sur le fait que la hutte abritait un sournois tueur qui se dissimulait talentueusement avec un sort d’illusion, une machette primitive entre les mains prête à fendre le crâne de l’hérétique en deux. Le prédateur humain attendait patiemment le moment opportun, tentant de réprimer ses pulsions meurtrières et son désir de hacher-menu le païen technologiste. Son regard fou et injecté de sang fixait sans cligner des paupières sa proie tel le lion caché dans les hautes herbes de la savane. Puis le non-mage tourna un moment la tête derrière lui. Enfin ! Le fou se débarrassa alors de son camouflage magique, se jetant sur sa victime en salivant d’avance comme une hyène affamée.

Ludwig ne devait son salut actuel qu’à l’intervention d’Aurore qui le poussa brutalement en avant, lui faisant perdre l’équilibre et mordre la poussière, ravivant les douleurs de son corps. Grognant de déplaisir, il s’était retourné du mieux qu’il pouvait, s’attendant à ce que l’angélique demoiselle se révèle être une démone manipulatrice qui allait le poignarder dans le dos. Mais c’était un duel serré qui se dévoila devant ses yeux, Aurore prise avec l’homme qui aurait put être son bourreau et son cuisinier. Un ennemi ! Vite, il fallait en finir avec lui avant qu’il ne donne l’alerte aux siens. Mais il eut du mal à se relever, son corps l’élançant comme si des pieux électriques étaient plongés profondément dans sa chaire et engourdissant chaque infime parcelle de ses muscles.

Le temps qu’il se relève, armé de son simulacre de couteau, il constata avec une certaine surprise que la jeune rousse avait prit le dessus malgré ses blessures et les privations. La force du désespoir chez un survivant, voilà ce dont il parlait, voilà la première leçon dont venait de bénéficier Aurore. Mais cette dernière n’acheva pas jusqu’au bout sa victoire, se contentant de réduire à l’inconscience cette bête qui n’avait d’humain que l’apparence. Il ne partageait pas vraiment cet élan de pitié dont faisait preuve sa partenaire. Il pensait qu’un individu aussi dangereux et malsain mériterait une mort rapide pour soulager ce monde de sa présence cancérigène. Une balle de plomb dans le crâne aurait résolu ce maux, mais il n’était pas vraiment du genre à tuer sauf en cas de nécessité, alors il se contenta parfaitement de cette situation d’autant que ce n’était pas lui le victorieux.

Tandis que la femme s’occupait de ramasser les quelques équipements intéressants et utiles après avoir tiré le corps inconscient dans la hutte, Ludwig analysait rapidement leur situation ou plus exactement la meilleure façon de semer leurs poursuivants quand ils se rendront compte que les offrandes aux dieux on prit la malle. Son ancien passif de militaire refaisait surface, précieusement gardé par sa mémoire infaillible. Les instructions de ses supérieurs et son entraînement au sein de l’armée du Tyorum semblaient dater d’hier à présent et il sut bien vite comment faire pour battre en retraite le plus efficacement et surement possible.

Quand Aurore lui posa la question, il y répondit presque aussitôt, pointant son index vers l’est, où au loin on pouvait distinguer une falaise rocheuse aux pentes escarpées percer l’épaisse végétation de la forêt et se dresser tel un doigt accusateur vers le ciel.

« Tu vois cette falaise ? Les arbres autour semble être plus serrés ce qui entravera d’avantage l’avancée des chasseurs et brouillera plus facilement nos traces. De plus si nous parvenant à grimper un peu au-dessus on pourra avoir une vue plus globale de l’environnement qui nous entoure et déterminer notre prochaine destination sans tourner en rond et se faire capturer. C’est la position stratégique idéale car on pourra aussi voir nos ennemis si jamais ils sont proches. »

Un rapport militaire clair et concis. Résumer son point de vue en quelques mots, ça le changeait énormément de ses habituelles flatteries poétiques autour du thé, mais en ce moment même l’idée d’avoir une chaleureuse tasse de thé parfumée semblait être un bien doux rêve qui risquait de ne jamais se réaliser. L’homme abaissa son regard vers l’arme que lui tendait la jeune chasseuse et s’en empara rapidement, l’examinant d’un œil critique. Une lame tranchante à courte allonge, sorte de dague quelque peu rustique mais légère et bien plus coupante que le ridicule couteau dont il était armé. Jetant ce dernier dans la hutte, il glissa sa nouvelle acquisition dans un petit sac qu’il trouva autour de la taille de son agresseur et dont il noua les cordelettes autour de sa taille.

« Bien, allons-y. J'ouvre la marche. »

Se faisant il s’était aussi armé d’une petite torche huilée mais qu’il n’alluma pas tout de suite par soucis d’économie, gardant les silex nécessaires à la combustion dans la bourse en peau de bêtes. Les voilà relativement bien équipés pour démarrer leur fuite.

Ouvrant la marche en faisant taire les plaintes de son cœur, il défia les ténèbres de la forêt et pénétra l’épaisse végétation avec la rouquine, laissant derrière eux la fête qui battait son plein. En jetant un rapide coup d’œil derrière lui, le marchand d’armes vit qu’on amenait déjà une seconde victime vers l’autel sacrificiel où une vielle femme toute ridée et portant d’épaisses fourrures de bêtes et ossements donnait un discours endiablé devant ses fidèles. Son accoutrement aux couleurs flagrantes et intimidantes et le respect qui se lisait dans les visages des cannibales indiquait clairement qu’elle devait être la matriarche de ce culte néfaste et dérangé. Son regard dément et sa voix qui n’avait rien perdu de sa force malgré son âge apparent témoignait du charisme morbide qu’elle insufflait à ses enfants, leur promettant un royal festin dans la table des architectes. Un spectacle dérangeant qu’il préféra ignorer, spécialement quand la mégère s’apprêtait à arracher le cœur du sacrifié avec une dague de cérémonie effrayante.

À présent, c’était les ténèbres de la forêt qu’ils devaient affronter, avec son lot d’animaux affamés et d’obstacles invisibles, de ronces traîtresses et d’insectes assoiffés de sang. Mais cet enfer végétal semblait un bien doux purgatoire en comparaison avec le temple des mangeurs d’hommes. Entre la forêt et les fanatiques, leur choix était vite fait.


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Aurore Seraphon
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Jeu 9 Nov - 20:32
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Aurore avait instinctivement tourné la tête vers le lieu que son binôme indiquait. Ses deux prunelles avaient détaillés rapidement les arbres, la falaise, la hauteur avant de reporter son attention sur le non-mage. Si lui voyait une idée lumineuse, pour Aure, ce n’était pas franchement le cas. La rousse resta néanmoins silencieuse, sans offrir aucune réponse autre qu’un petit hochement de tête. Naturellement, avec cette méfiance nouvelle, elle aurait voulu proposer au duo de se séparer, afin de permettre à chacun d’avoir une chance, puis s’était ravisée consciente que c’était plus sa rancœur qui parlait que la voix de la raison. Cela ne lui ressemblait guère la carte de l’égoïsme et elle ne semblait pas encore avoir envie de se perdre. Le marchand d’arme semblait de toute façon déterminé à se rend là-bas, la rouquine ne se voyait absolument pas réduire en poussière son envie du moment. À peine avait-elle eu le temps de relever les yeux vers la silhouette masculine, que celle-ci était déjà en train de s’éloigner, Ludwig annonçant qu’il ouvrait la marche.

- «  D’accord » souffla-t-elle dans un soupir un peu dépité

De toute façon, elle n’avait visiblement pas franchement le choix, il était déjà en route et elle encore derrière. Il lui avait fallu prendre une grande inspiration avant de presser son pas pour le rejoindre. Aurore n’était pas en grande forme, la petite altercation avait eu quelque répercussion sur son moral, mais aussi sur les douleurs qui animaient à présent son corps. Son œil gauche avait abandonné sa rougeur pour se cerner d’une couleur plus sombre, d’un bleu noir intense. Fatiguée, elle jeta un dernier regard derrière elle, s’assurant par la même occasion que personne n’avait encore constaté la fuite du futur repas. La fête semblait redoubler d’intensité, la rousse n’osait pas regarder de ce côté, par peur de voir des choses qu’elle ne pourrait pas supporter. Ils étaient à présent dans l’obscurité de la forêt, à enjamber des herbes plus hautes, se faufilant dans des ronces denses, les épines venant délicatement égorger les peaux visibles. La rouquine retenait des légères quintes de toux, visiblement de plus en plus fatiguée. Elle trouvait Ludwig impressionnant, malgré son âge –pas forcément âgé, mais forcément plus grand que le sien- il tenait bon, malgré les blessures, la fatigue et le choc qu’il avait pu ressentir. La rouquine qui après plusieurs longues minutes de marche avait conservé le silence avait fini par le briser, pour murmurer doucement :

- «  Merci… De ne pas l’avoir tué. »

C’était tout, tout ce qu’elle avait à lui dire. Si elle n’était toujours pas certaine d’avoir affaire à une personne bien, comme elle avait pu le penser lors du bal, elle n’était plus certaine non plus d’être avec un monstre sans cœur, digne du plus grand meurtrier en série jamais attrapé. Un voleur de marmotte peut-être, un voleur de bas étage sans doute, mais un être inhumain plus vraiment. Son regard détaillait sa carrure, sa façon de se déplacer, de se mouvoir. Si la stratégie n’était pas son point fort, tout comme le fait de prendre des décisions, la rousse était une fine observatrice, capable de déduire énormément de choses, juste en observant la façon de s’exprimer des individus, de bouger, la gestuelle lors des conversations. Aurore ignorait beaucoup de choses sur cet homme et s’abandonnait à imaginer bon nombre de petit détail plus improbable les uns que les autres. L’environnement était dense, la végétation que peut agréable, les plantes imposantes, les arbres avaient un feuillage grandiose, empêchant toute vision du ciel. Difficile de déduire l’heure qu’il était, la nuit commençait très lentement à s’abattre autour d’eux et les bruits de la forêt à se faire entendre. Si pour beaucoup, cela pouvait être inquiétant, pour la rousse cela lui apportait un certain réconfort. A ses yeux, qui dit bruit, dit non danger, le silence la perturberait beaucoup plus que les gazouillements des oiseaux, les grognements au loin, ou encore le souffle du vent venant faire vibrer les plantes.

Le duo avait progressé plus que convenablement, malgré leurs états respectifs. La jeune femme semblait atteindre ses limites, même si elle essayait de le dévoiler le moins possible. En voulant enjamber une bûche sur le chemin, elle avait glissé sur le bois humide du tronc, se retrouvant face contre sol, les paumes bien à plat dans la terre. Elle n’avait pas couiné, pas hurlé non plus. Elle avait juste laissé un flot d’émotion, une minuscule larme dévaler sa joue, puis une autre, alors que son poing s’enfonçait dans la terre. Elle se releva lentement, trop fière pour admettre qu’elle avait besoin d’une pause, trop fière pour laisser le flot qui menaçait de fuir de ses pensées.


- «  Ça va. » Grogna-t-elle avant que son regard ne reconnaisse une végétation particulière, elle en arracha quelques feuilles, qu’elle rangea dans son sac « Avançons. » Poursuivit-elle en passant devant Ludwig.

Admettre qu’elle était plus faible que lui serait trop complexe pour son ego, admettre que tout ceci avait un impact sur elle était pourtant tellement normal tellement humain, mais tellement à l’opposé de ce que dégageait cet homme qu’Aure n’y arrivait simplement pas. Elle lui lança un regard plutôt froid, avec une pointe d’incompréhension au fond des yeux. Passant devant lui, elle reprit son rythme de marche, plus lent que précédemment, mais toujours avec autant de volonté. La falaise n’avait-elle de cesse de se répéter. Au loin, on ne percevait plus les chants, les cris, ou même un quelconque bruit d’hostilité, la nature et eux, c’était tout ce qui semblait animer cette forêt. La rouquine avait besoin de se concentrer sur autre chose que la difficulté, sur un autre événement, sur une discussion, mais à chaque fois que ses lèvres s’entrouvraient dans le but de laisser entendre le son de sa voix, rien ne se passait, absolument rien.

L’ensemble des difficultés n’avaient pas semblés suffisantes, plus qu’une fine pluie commençait à s’abattre sur le couple de survivants. Aurore avait tenu encore un peu, suffisamment pour parcourir encore quelques kilomètres avant de prendre conscience que jamais il ne pourrait atteindre la falaise à moins d’avancer de nuit. D’ailleurs celle-ci était définitivement tombée, ne permettant à aucun des deux d’observer bien loin devant eux. Les yeux brillants des oiseaux de nuit brillaient, offrant une nouvelle âme à cette forêt, une plus sombre, moins agréable, inspirant davantage la méfiance. La rousse avait fini par se stopper brusquement, avisant son partenaire, c’était comme-ci soudainement, elle avait eu besoin de s’exprimer, de lui cracher au visage ce qu’elle ressentait. La nuit, la pluie, les douleurs, l’enlèvement, les cannibales, c’était trop pour elle, beaucoup trop.


- «  Ça ne vous fait rien ?! D’être là avec moi, ici perdu au milieu de nulle part, dans une forêt qui pourrait nous engloutir, avec des gens au loin qui souhaitent juste nous bouffer ?! Ça ne vous fait rien de tuer, de profiter des autres ?! Ça ne vous fait rien de vous servir de moi juste pour survivre alors que j’ai risqué ma vie juste pour sauver votre petit cul ?! Il est sympa, j’dis pas, mais merde !  Ça ne vous fait rien de nous exploiter, nous, dans les mines, de nous regarder crever, de nous exploiter en nous crachant au visage la haine que vous éprouvez vis-à-vis de notre culture et votre mépris ?! »

C’était la première fois, la première fois depuis sa naissance que la voix d’Aure montait dans les aigus signes d’une colère naissante, sa voix c’était mise à trembler, tout comme ses mains, sans pour autant qu’un élément cataclysmique s’abatte sur eux. La rouquine était dans l’incompréhension la plus totale, incapable d’envisager une idéologie si différente de la sienne. Son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine alors que son regard le fusillait lui, qui n’était pourtant pas forcement responsable de tous les maux dont elle l’accusait.

- «  Vous savez quoi ! Je m’en fou ! Je m’en fou ! » grogna-t-elle «  Je veux pas savoir ! On va aller à votre falaise. Alors, vous et la sauvage que je dois représenter à vos yeux, on va s’en sortir ensemble parce que je suis vraiment trop conne de me soucier encore de votre vie et que je pense naïvement que votre cycle n’est pas fait pour se terminer ainsi… Mais alors, laissez-moi vous dire que… »  elle s’était arrêtée, une seconde, hésitante, elle avait soupiré « Au fond, moi je m’en fou que vous soyez un malade, un meurtrier, un tueur de marmottes ou que sais-je encore… Je voulais juste… Juste… » une réaction humaine ? Elle n’était pas vulgaire jamais et puis les mots étaient sortis «  Vous êtes un sacré gros con ! »  

Sur ces belles paroles, elle avait pivoté, faisant dos à son partenaire. Ce n’était jamais bon de ne pas s’exprimer, de garder pour soi, jamais bon d’accumuler autant depuis si longtemps. Si ça avait soulagé Aure ? Pas vraiment. À peine sa phrase terminée, qu’elle culpabilisait déjà, alors elle donna un coup de pied dans une pierre qui se déplaça un peu plus loin, alors qu’elle poursuivait sa progression avec une nouvelle motivation, la falaise. La distance n’avait soudainement plus importance, les douleurs non plus, rien ne semblait plus fort que cette volonté d’atteindre cette foutue falaise pour pouvoir observer le paysage et définir la façon dont il allait falloir procéder pour se sortir de cette galère. Finalement, après un temps de ronchonnage mental important, le duo avait fini par arriver beaucoup plus tôt que prévu à cette falaise, plus qu’après une bonne vingtaine de minutes, celle-ci n’était plus qu’à quelque mètre d’eux.



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Ludwig Strauss
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Ven 10 Nov - 23:38
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En réponse à son petit remerciement, soufflé dans un murmure, il se contenta d’y répondre sans pour autant tourner son regard vers elle, bien trop occupé à fixer l’environnement sauvage devant lui, la main à portée du manche de son arme blanche, prêt à poignarder le premier diable qui surgirait des buissons, homme ou bête. Quoique la différence entre les deux en ces terres semblait bien minime.

« Nous ne sommes pas comme eux, je n’allais pas l’égorger froidement par vengeance. Et puis je ne suis pas du genre à aimer me salir les mains … sauf en cas de nécessité. »

La marche plus longue et éprouvante. Très éreintante. L’homme essayait de le cacher, mais la fatigue le gagnait. Ses blessures et courbatures n’arrangeaient en rien sa fatigue corporelle décuplée par les privations et les conditions inhumaines de leur transport forcé. Comble du malheur, l’obscurité naturelle de la végétation dense cachait bon nombre de pierres, ronces, racines et autres petits obstacles qui se dressaient sous les pas des survivants, manquant de les faire tomber à chaque pas maladroit. La pauvre rousse en fit les frais et s’écroula sur le sol poussiéreux et froid.

S’arrêtant, Ludwig voulut lui venir en aide en lui tendant une main bienveillante, mais la chasseuse se redressa rapidement par ses propres moyens, sans quoi elle reprit son avancée, le dépassant fièrement malgré les fines larmes qui avaient traversé la surface soyeuse de ses joues couvertes de légères particules de poussière et de terre. Il ne put s’empêcher d’admirer un peu cette force de volonté, mais il s’inquiétait aussi que ce qui semblait être de la rancœur et de la méfiance n’envenime leur coopération vitale pour la réussite de leur escapade forcée. Était-ce parce qu’il avait aussi brisé le cou d’un gamin sans aucun remords ? Ou pour le fait qu’il expose facilement son dos aux tortures des vicieux fanatiques ?

Une sensation glacée le tira hors de ses pensées profondes. Non, ce n’était pas une sangsue qui s’était accrochée à sa nuque ou les écailles d’un serpent qui s’était faufilé le long de son corps. Levant son regard bleuté, il frissonna quand une seconde goutte d’eau s’écrasa sur son front, lui offrant une sensation de fraîcheur particulière. Il pleuvait … bien vite les nuages denses commencèrent à libérer leur lourde réserve d’eau sous la forme d’une fine pluie. Rien de violent, heureusement. Mais cela n’empêchait pas le gentleman de frissonner, son simplement vêtement étant bien trop fin pour le garder au chaud face à cette humidité soudaine.

Et puis la nuit commençait à tomber. À tout instant, les cannibales découvriraient que leurs offrandes aux dieux ont quitté la fête et débuteront une chasse à l’homme sans merci. Ludwig pesta silencieusement en constatant qu’ils n’avaient toujours pas atteint leur destination stratégique. Les moustiques qui l’encerclaient impitoyablement ne firent qu’accentuer son exaspération et son irritation croissante. Mais tout cela s’évanouit quand, sans crier gare, sa comparse s’arrêta brusquement. Inquiet qu’elle n’ait repéré un quelconque danger invisible, il se crispa et se tendit comme un arc, prêt à payer chère sa peau. Mais la suite fut tout sauf prévue par le gentleman qui eut droit à une véritable tempête de colère.

Bouche bée, regard hagard, c’était la première fois que Ludwig avait droit à un pareil déchaînement de propos colériques, de se faire sermonner d’une manière si … originale et particulière ! Intrigué, confus, surpris. L’homme encaissait sans broncher les paroles de la rousse exaspérée, découvrant enfin plus ou moins la source de sa méfiance depuis leur évasion. Force était de constater qu’il était quand même sonné par cette avalanche de propos soufflés d’un coup sur sa face digne d’un homme qui ne comprenait absolument pas pourquoi sa femme lui hurlait dessus en rentrant le soir après boulot.

« Je … »

Comment se fait-il que le beau parleur qu’était Ludwig soit à courts de mots ? C’était une première ! Et le fait qu’elle lui tourne le dos d’un air boudeur en reprenant sa route n’arrangeait en rien l’ordre de ses pensées. La suivant avec le même rythme, sourcils froncés, il tenta de redonner un peu d’ordre à ses pensées afin de tenter de répondre convenablement à ce flot de colère qu’elle venait de libérer. C’est donc quand ils furent à quelques pas du pied de la falaise qu’il parvint à dire derrière son dos :

« Écoutez. Nous avons démarré dans de mauvaises bases, alors je vais éclaircir certains points. Vous semblez éprouver une forte rancœur envers moi pour mes agissements de tout à l’heure, et cette rancœur semble être renforcée par le fait que nous venons tous deux de nations opposées. Sachez que je ne cherche pas à profiter de vous pour sauver ma peau et que j’essaye par tous les moyens de nous tirer tous deux de cet enfer. Mes actes ont été animés par la plus simple logique, dure je vous l’accorde. Mais il le fallait et si pour cela je dois avoir l’image d’un monstre, alors c’est un prix que je payerai sans hésiter. »

S’humectant les lèvres, il passa sa main le long de ses mèches humides, les repoussant hors de son visage trempé. La pluie ne s’était toujours pas apaisée et le sol sous leurs pas devenait presque aussi spongieux qu’un marécage. Il espérait qu’ils découvrent un refuge providentiel dans les parois de la falaise.

« Je ne suis pas un tueur en série comme vous semblez le croire. Je ne me définis pas comme un saint non plus, bien au contraire, mais je vous défends de me mettre dans le même panier que ces sauvages ! Oui je suis un orgueilleux pragmatique et un hérétique selon les vôtres, mais cela ne m’empêche pas d’être reconnaissant quand il le faut. Hors je vous dois la vie pour m’avoir sauvé de la machette du fou dans la hutte. Mais n’oubliez pas que je n’ai pas hésité à faire le sale boulot aussi ! J’ai été fouetté comme un chien et j’ai dû tuer un enfant, même si ce dernier était aussi dérangé que ses anciens. Et je n’hésiterais pas à continuer ainsi pour sauver nos deux têtes ! »

Sourcils froncés, moustache frémissante, il était aussi énervé qu’elle, bien qu’il l’exprime avec plus de tempérament. Ce qu’il espérait, c’était que la jeune femme arrêter de râler et qu’ils puissent coopérer efficacement, et peut-être même s’entendre pour afficher un semblant de synergie dans leur évasion.

« Alors soit on reprend nos esprits et on quitte ce fichu fumier, soit on se chamaille encore avant qu’ils viennent nous cueillir comme des fleurs ! Le monde n’est pas blanc ou noir, bon sang ! Il est gris, tout le monde est gris, personne n’est parfait ! Vous aurez tout le temps d’y méditer quand on trouvera un refuge adéquat. »

Il ne se rendit pas compte qu’il faisait littéralement face à la rousse, la dominant légèrement de taille, la mine sévère sans pour autant être méchant ou menaçant. Un peu comme un père qui gronderait une fille trop têtue. Reprenant son calme et constatant leur proximité quelque peu dérangeante, il soupira tandis que les traits de son visage se radoucissaient lentement. Puis il commença à monter le long du chemin qui grimpait lentement à mesure qu’ils traversaient les premiers mètres de la falaise. Au loin, il entendit des roulements de tambours et frissonna. La tribu venait de découvrir leur évasion et battaient les tambours de chasse. Des groupes de traqueurs allaient bientôt ratisser la forêt à leur recherche. Heureusement, Aurore et lui avaient déjà parcouru une belle distance entre la falaise et le territoire des cannibales. De plus la nuit et la pluie camouflaient d’avantage leur piste, pour une fois que la nature se montrait être l’alliée d’un daënar ! Mais le son des tambours stressait énormément le gentleman dont le cœur s’affolait légèrement sous le rythme barbare des roulements.

Quelques minutes passèrent à mesure qu’ils poursuivaient leur traversée le long du grand édifice de roche naturelle couvert d’une verdure tropicale et d’une faune peu hostile. Singes et oiseaux cohabitaient sur ce vaste précipice rocheux, à l’abri des prédateurs terrestres qui rôdaient plus bas. Il est vrai que cette falaise offrait un refuge naturel pour bon nombre de spécimens d’autant que la flore était des plus éblouissantes. Mais la vraie surprise qui les attendait se trouvait au bord même de la falaise.

« Serait-ce … non, j’y crois pas … »

La surprise totale se lisait dans le regard incrédule de Ludwig qui fixait un étrange objet de grande taille couché sur le flanc. Un objet de métal, énorme, couvert de mousse et de lianes, au ventre d’acier éventré par les rochers et aux ailes brisées par une chute des plus violentes. Contre toute attente, les deux survivants venaient de découvrir la chose la plus improbable qui soit dans cette forêt : un aéronef ancien qui s’était crashé sur le pic de la falaise, au milieu de nulle part …


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Aurore Seraphon
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Sam 11 Nov - 10:07
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La fin de la marche nocturne s’était faite dans une ambiance étrange, mi-pesante, mi-étouffante. Le cœur d’Aure embrouillait l’esprit de la jeune femme, tant les battements de son coup de sang passé résonnaient dans sa tête. Ses mains tremblaient encore, sa réflexion n’avait de cesse de lui souligner les incohérences de son comportement, alors que la petite voix de la raison tentait justement de la remettre sur le droit chemin. En vain. Elle avait lancé un très léger coup d’œil en arrière, quand elle avait cru percevoir un début de phrase de la part de son interlocuteur. Son regard était toujours aussi froid, toujours aussi plein de cette haine et cette tristesse inexplicable. Au fond, la rouquine avait conscience qu’il n’était pas responsable de tout, bien au contraire, mais il lui avait fallu un coupable et celui-ci était tout trouvé face au comportement non humain du marchand d’armes. La pluie pourtant fine avait déjà bien imbibé la chevelure d’un roux flamboyant, ainsi que le peu de vêtements qui couvrait le corps de la mage, provoquant plusieurs frissons, ainsi qu’une sensation de froid importante. Nerveusement, elle passa ses mains sur le haut de ses bras, frottant énergiquement afin de se donner une minuscule illusion de chaleur. Le duo avait fini par arriver au pied de ladite falaise. Aurore avait lentement relevé les yeux vers son sommet, pas certaine qu’être en hauteur aiderait forcément le couple de survivants. En réalité, sur l’instant, elle remettrait en question chacune de ses décisions, simplement du fait de sa contrariété. Déposant ses mains sur la roche juste devant elle, elle avait dû cesser la contemplation de l’environnement pour lancer une nouvelle fois, un regard vers l’arrière. Il avait fini par parler, lui aussi.

Il était visiblement plus raisonnable qu’Aure, puisque le début de ses propos avait tout d’une demande de collaboration officielle. Survivre ensemble, sortir de cette galère ensemble… Les sourcils de la jeune femme s’étaient froncés, elle n’était pas réellement prête à partager autant avec une autre personne qu’elle-même. Partager un contrat était une chose, accepter un client pour une chasse une autre, avoir des relations diverses aussi. Cependant, dans leur situation, il ne s’agissait nullement de tout ça, admettre qu’ils allaient survivre ensemble signifiait aussi accepter de partager autre chose que l’image généralement parfaite et maîtrisée qu’on offre à tous ceux qui nous côtoient. C’était peut-être ça, la raison de cette colère inexplicable qui secouait son esprit. Au fond, ce n’était nullement l’image de monstre qui la dérangeait, plus cette image d’homme sans cœur, sans émotion, c’était bien ça le plus perturbant pour elle. Sans se retourner, Aurore avait lâché un soupir, écoutant la suite des événements avec une attention plus sincère.

La suite sonnait plus comme des justifications, ce qui aurait dû en théorie, soulager la rousse. Ses yeux c’étaient légèrement écarquillés prenant la forme de deux billes bien rondes, alors qu’elle pivotait vers lui. Pauvre homme, il s’était fait fouetter, pauvre homme, il avait dû tuer un enfant. Devait-elle lui rappeler que tout ceci n’était d’autres que sa volonté ? De son propre libre arbitre ? Non, parce qu’elle ne l’avait forcé d’aucune manière que ce soit de provoquer leurs tortionnaires ou encore à zigouiller le môme au lieu de lui piquer discrètement la lame. C’était les choix qu’il avait faits, lui, pas elle. Les joues d’Aure s’étaient légèrement gonflées, réaction enfantine qu’elle avait conservée quand elle était contrariée. Ses lèvres s’étaient entrouvertes, prêtes à déverser cette nouvelle vague d’incompréhension, puis se refermèrent, abandonnant l’idée aussi vite qu’elle s’était formée dans son esprit. Lui souligner une nouvelle fois qu’il était stupide n’était réellement pas un bon plan. Cependant, malgré la contrariée un léger sourire avait fini par faire son apparition sur son visage, discret, mais bien présent. Son regard avait abandonné les yeux de son interlocuteur, avisant la moustache de celui-ci et les traits de sa figure. Finalement, l’homme était peut-être aussi en mesure de s’énerver, ou de ressentir quelque chose. Ça, c’était important pour Aure, si important que ça balaya en une fraction de seconde ses pensées négatives.

Il était devant elle, depuis plusieurs minutes, la dominant de toute sa carrure masculine. Aurore était déjà plus petite que les femmes en général, aspect de sa silhouette qui fut souligné par l’imposante présence du non-mage. Ses deux émeraudes avaient profité de la proximité pour l’aviser, le détailler, comme-ci l’esprit de la croyante en deux architectes souhaitait mémoriser l’apparence de cet homme. La proximité avait rapidement pris fin, causée par la gêne qu’elle avait pu ressentir, et qu’il avait visiblement ressentie aussi. Ludwig l’avait laissé là, sur place, empruntant le chemin qui menait certainement sur les hauteurs de la falaise. Aure avait mis quelques secondes à reprendre ses esprits, avant de se dépêcher pour le rattraper. Le sol sous ses pieds était glissant, collant, boueux ce qui ne facilitait pas la progression du duo. Aucun des deux ne sembla s’en plaindre, visiblement encore en pleine réflexion vis-à-vis de la mise au point passée.

Le battement des tambours au loin, porté par une légère brise nocturne avait soudainement rappelé à Aurore la réalité de l’instant. Ils étaient bien des fugitifs, des proies qu’on chasse, un futur repas. Son ventre se tortilla non pas de faim, mais d’un léger stress, qu’elle balaya rapidement d’un mouvement de tête. Il était tout simplement hors de questions que la chasseuse qu’elle était soit moins performante qu’un groupe ne respectant en aucun point les croyances qui devraient pourtant être les leurs. Enfin tout en haut, elle s’arrêta, avisant derrière elle la vue qui s’offrait désormais à eux. Si la nuit n’offrait pas la meilleure contemplation possible, l’environnant n’en restait pas à ses yeux, quelque chose de merveilleusement plaisant. Sa respiration légèrement plus rapide que la normale à cause de l’effort avait fini par se calmer, alors que ses deux prunelles d’un vert pâles s’animaient d’une nouvelle intensité devant le décor agréable qui était là, juste un peu plus en contre bas. Son visage s’était légèrement relevé vers le ciel, ses yeux s’étaient fermés pour éviter tout contact avec la pluie légèrement plus active que précédemment, ses poumons se remplirent davantage d’air. Aurore commençait à se détendre, signe que finalement l’idée de venir ici n’était pas si mauvaise. C’est la voix masculine du daënar qui la ramena dans la réalité, à l’instant présent, elle avait une nouvelle fois pivoté vers lui, sans faire attention à l’objet de son exclamation.


- « Je savais bien que ce n’était pas possible de ne rien ressentir. » Dit-elle d’une voix plus calme, plus douce « Vous saviez que quand vous vous mettiez en colère votre moustache s’animait légèrement ? » comme pour ponctuer cette affirmation, elle tenta de le mimer sur sa moustache qu’elle n’avait évidemment pas.

Abandonnant cet état de fait pour reprendre une posture plus sérieuse, elle s’était doucement approchée de l’objet de satisfaction du marchand d’armes, détaillant de ses prunelles la carcasse d’un reste de technologie. Son visage s’était immédiatement fendu dans un rictus quand elle avait compris ce que c’était et un nouveau vent d’incompréhension l’anima. Comment une chose comme ça avait pu se retrouver ici et gâcher le paysage que la nature offre. Comment lui, pouvait être davantage satisfait de voir cette chose morte depuis des lustres, plutôt que de profiter du merveilleux paysage environnemental… Aurore, le regarda davantage, prenant doucement conscience de l’idée qui était en train d’émerger dans l’esprit de son partenaire. Lentement, elle fit le tour de l’ancien aéronef. Il devait être là depuis un moment, il était dans un très mauvais état, irréparable certainement. La végétation avait repris ses droits, le recouvrant, lui offrant une image qui ne donnait pas immédiatement envie de vomir à Aure. Cependant, la jeune my’tränne semblait faire un blocage sur ce que c’était et non l’utilité qu’il pourrait avoir pour la nuit. Revenant vers le daënar elle s’exprima sans attendre,  démontrant une nouvelle fois sa capacité à être en désaccord.

- «  Inutile d’y penser, c’est hors de question. HORS. DE. QUESTION.
» Dit-elle bras croisé sous sa poitrine «  Je ne rentre pas là-dedans et je dors encore moins dans ce truc horrible. On pourrait plutôt passer la nuit… Par exemple…. » pivotant sur elle-même, elle cherchait une solution de secours, quelque chose qui lui permettrait d’éviter l’impensable « Sous l’arbre là-bas, non ? C’est bien un arbre. » dit-elle sans grande conviction.

La rouquine avisa un long moment le non-mage, comprenant qu’il allait être impossible de le faire changer d’avis. Elle lâcha un long et profond soupir :

- «  D’accord…. Vous n’avez cas dormir là-dedans à vos risques et péril et moi… Eh bien… Je vais monter la garde pour cette nuit, de toute façon, je ne suis pas fatiguée. »

Délicieux mensonge formulé avec autant de conviction que si elle avait dit qu’elle était un croc’culotte.  La rouquine ne laissa pas réellement le choix pour l’instant, préférant lui offrir la possibilité de retrouver un peu de réconfort dans ce truc hideux. Pour l’instant, elle avait déjà une autre idée en tête, bien loin de cette préoccupation primaire de savoir où ils allaient dormir. Aure avait fait une promesse, une promesse qu’elle avait bien l’intention de tenir, peu importe comment. Elle récupéra deux pierres sur le sol, une un peu plus creuse que l’autre qu’elle rapporta proche de l’entrée de la chose qui dénoter du paysage.

- «  Je reviens, je ne vais pas loin. » dit-elle suffisamment fort pour qu’il puisse l’entendre.

Avant de partir, elle délaissa le sac et ce qu’elle avait pu emprunter à la tribu pour ne conserver que son arc et le carquois, juste au cas où. Elle redescendit le petit chemin qu’ils avaient emprunté précédemment pour retourner dans la forêt, terminant la descente dans une chute digne des plus grands. Désormais plus ou moins recouverte de boue, elle pesta. Ses muscles semblaient encore plus douloureux que précédemment, mais la rouquine semblait parvenir à ignorer encore ses blessures. Elle récupéra plusieurs feuilles larges et épaisses, plusieurs plantes proches du sol qu’elle avait reconnu aussi, puis chercha sur les hauteurs quelques choses qui pourraient être consommées sans donner en échange trop de choses négatives. Malheureusement pour elle, la jeune femme ne parvint pas à trouver de fruit, en revanche, elle débusqua des plantes dont la racine était sucrée, ce n’était pas grand-chose, mais suffisant pour offrir un peu de réconfort à leur organisme. Ramassant le tout, elle tomba nez à nez sur le retour avec un buisson recouvert de petite baie, qu’elle s’appliqua également à récupérer avant de rentrer vers le « campement ». Une fois en haut, elle sembla beaucoup plus épuisée qu’avant. Si jusqu’à présent sa force mentale lui avait permis de faire beaucoup plus que ce qu’elle pensait pouvoir faire, cette fois-ci, elle semblait ne plus être en capacité de quoi que ce soit.

- «  Je suis là » souffla-t-elle lentement « Rapportez-moi votre gourde, ou votre récipient d’eau peu importe. On va profiter de la pluie pour remplir le tout. »

Bloquant la sienne un peu plus loin que l’entrée de l’aéronef, elle enroula une des longues feuilles qu’elle avait récupérées pour former un entonnoir, qu’elle bloqua dans le goulot de la gourde. Ainsi, la pluie remplissait lentement le réservoir d’eau.  Elle ferait évidemment de même avec celle de Ludwig, une fois celle-ci en sa possession. La rouquine avait déposé proche de ses affaires une autre grande feuille qu’elle avait tissée plus ou moins pour former une petite pochette. À l’intérieur s’y trouvaient les baies et les plantes aux racines sucrées. S’installant contre l’appareil, elle récupéra ensuite les deux pierres et les plantes qu’elle avait trouvées sur le sol, commença à piller celle-ci avec de l’eau afin de former une substance collante à l’odeur peu agréable. Elle attendit ensuite sagement que la silhouette masculine refasse son apparition, à peine celui-ci sortit, Aure reprit la parole pour lui expliquer un peu ce qu’elle avait fait.

- « J’ai trouvé des baies pour manger un peu, et des plantes, dont les racines, sont sucrées, pas beaucoup, mais cela ne pourra être que bénéfique. » elle soupira doucement d’inconfort, ne sachant pas dans quelle position se mettre pour soulager un peu ses douleurs « Je prépare une mixture pour vos plaies, ça devrait aider à la cicatrisation et vous soulager un peu… Et vous, vous avez trouvé des choses intéressantes dans votre truc ? »

Assise sur le sol, humide pour ne pas dire trempé la rouquine devait vraiment avoir mauvaise mine. Elle était plus ou moins recouverte de boue, que la pluie essuyait en laissant quelque trace plus claire. Son œil gauche était à présent, bien contourné de noir, ses muscles complètement contractés tant elle avait forcé, poussé toujours plus loin ses capacités. Malgré tout ça, elle ne se plaignait pas, ne râlait et tachait de se concentrer sur autre chose, sur plus important sur sa souffrance, le froid qu’il faisait.



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Aurore s'exprime en #ff9999
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Ludwig Strauss
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Sam 11 Nov - 15:59
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Daënar -2
Sa moustache frissonnait quand il s’énervait ? Mais … c’était ridicule ! Instinctivement il porta deux doigts le long de la fierté de sa barbe, caressant la chevelure humide qui surmontait ses lèvres avec un air confus, tentant d’imaginer sa moustache se mouvoir comme une petit animal irritable. Voilà qui était gênant, mais qui avait eut le don de calmer un peu la tension naissante entre les deux personnages d’origines opposées.

Mais il était plus intéressé par leur trouvaille des plus inattendues. Un véritable aéronef en plein milieu de la forêt, incroyable. S’approchant lentement de l’engin volant, il l’inspecta du regard, déterminant déjà qu’il s’agissait d’un vieux modèle, sans nul doute pour des déplacements rapides à longue-distance vu la faible armature de la carcasse et l’absence d’armes sur ses flancs. Ce n’était donc pas un vaisseau militaire qui s’était écrasé, mais alors que faisait cet appareil ici ? Peut-être qu’en cherchant dans les profondeurs de l’aéronef il pourrait découvrir quelques croustillantes informations pour éclairer le mystère. Cependant il était chose d’une chose, c’était que l’engin était le refuge parfait pour se tenir à l’abris de la pluie sans oublier qu’il pouvait abriter quelques objets intéressants pour les aider à affronter la nature et les hommes.

Hélas, sa partenaire n’était pas du même avis, affichant cette répulsion traditionnelle qu’avaient les mages envers n’importe quel objet de nature technologique. Têtue et déterminée, elle avait vite deviné l’intention du daënar et s’était strictement opposée à ne serait-ce qu’approcher l’oiseau d’acier brisé et ce même si ce dernier avait littéralement fusionné avec la faune alentour, la nature reprenant ses droits sur toute chose, même les inventions de Daënastre. Cherchant une solution, elle proposait des lieux de détente beaucoup moins convainquant, tirant une mine presque blasée sur le visage impassible de Ludwig qui soupira. Il n’eut guère l’occasion de la convaincre d’avantage, la fougueuse rouquine ayant quitté les lieux pour les architectes seuls savaient quoi.

Haussant des épaules, Ludwig gratta brièvement sa barbe avant d’aller explorer les entrailles de l’engin volant. Comme le laissait penser son extérieur, la nature avait reprit ses droits, recouvrant l’aéronef à l’intérieur d’une épaisse couche de mousse et de végétations. Lianes et champignons avaient aussi proliféré dans cet écosystème particulier et l’homme surprit même la présence d’insectes aux couleurs particulières. Bon nombre de chercheurs auraient payé cher pour avoir le privilège d’étudier cet environnement unique, mais tout ce que désirait l’industriel c’était de se tirer loin de cette terre de cauchemar. S’improviser en survivant de l’extrême n’était pas vraiment une partie de plaisir et le confort de ses appartements lui manquait cruellement. Cependant ce serait mensonge s’il disait qu’il n’éprouvait pas une certaine bouffée de nostalgie en souvenir de ses années passées à Als’Kholyn, à flirter avec la mort dans la ville des pires crapules de ce monde. La seule différence étant que ses ennemis ne désiraient pas le dévorer vif …

Repérant un casier couvert par la rouille et la verdure, il s’arma d’une branche solide afin de forcer l’ouverture coincée et, après plusieurs efforts qui eurent pour résultat de raviver la douleur de son dos, il parvint à forcer le casier, y découvrant alors des trouvailles intéressantes : des vêtements en pas trop mauvais état et qui étaient nettement plus acceptables que leur simulacre de tenue sacrificielle. Puis il y’avait des sachets qu’il devina rapidement comme des provisions de secours, biscuits de mer, viande séchée et quelques cannettes de soupe conservée. Cerise sur le gâteau, il trouva aussi une petite hachette en bon état dont il caressa le plat du tranchant avec la pulpe de son pouce. Outre l’utilité de cette arme pour couper bois et lianes, il y’avait beaucoup de choses qu’on pouvait faire avec une hachette … et un sauvage.

Satisfait, il poursuivit encore un peu sa recherche avant de découvrir quelque chose de plus macabre. Il s’agissait d’un squelette coincé sous le siège de la soute de pilotage. Le malheureux pilote n’avait pas survécu à la chute de son appareil à en juger par les fractures visibles sur ses ossements jaunis et couverts de toiles d’araignées. En farfouillant avec précaution dans les poches de la combinaison du défunt, il y trouva un petit carnet poussiéreux sur lequel il souffla dessus pour le débarrasser de son épaisse pellicule avant de l’inspecter brièvement. Les pages étaient jaunies et l’encre presque desséché, mais il parvint à y lire quelques phrases qui confirmèrent une de ses théories : C’était une expédition d’explorateurs daënars qui partaient pour un voyage dans un but scientifique qu’il ne devina pas. Mais quand il découvrit leur destination finale, celle qui naturellement avait sonné la fin tragique de leur voyage, il écarquilla légèrement des yeux. Ainsi donc ils étaient … bon sang. Il devait en faire part à sa campagne.

En sortant du ventre ouvert de l’aéronef, il remarqua que la jeune femme était de retour, apportant avec elles quelques friandises naturelles qui n’étaient pas trop de refus. En lui tendant sa gourde, il prit place près de la chasseuse, posant à son tour le fruit de ses trouvailles à l’abri de la pluie qui s’apaisait un peu.

Hochant lentement la tête quand elle lui fit part qu’elle allait appliquer un cataplasme sur son dos, il se laissa un instant de flottement pour regarder avec plus d’intérêt sa camarade d’infortune et constater qu’elle était dans un bien piteux état, couverte de boue et de bleus. C’était admirable qu’elle fasse preuve d’une volonté si solide, cachant les souffrances qu’elle devait endurer, tout comme lui. Il jugea donc qu’il allait commencer par les bonnes nouvelles afin de lui redonner un flambeau d’espoir à entretenir.

« J’ai trouvé quelques provisions de survie qui nous permettront de ne pas avoir à souffrir de la faim pour quelques jours si nous rationnons correctement la nourriture et si nous nous approvisionnons dans les fruits que tu pourras trouver. J’ai aussi trouvé quelques vêtements secs décents. Je t’en ai gardé quelques uns à ta taille, rien de grandiose mais ça fera amplement l’affaire. Puis y’a cette hachette. »

Il déposa l’arme à ses cotés avant de soupirer longuement en se massant la nuque, sentant l’épuisement de toutes ces péripéties le gagner.


« J’ai dégoté un petit carnet qui raconte les aventures du pilote de l’aéronef. Il s’agissait d’explorateurs et à en juger par l’itinéraire de leur dernière destination, il se trouve que nous sommes actuellement à … Nislegiin. »

Autrement dit le continent le plus proche de My’trä et le plus éloigné de Daënastre. De quoi fortement agacer le gentleman qui semblait perdre son visage neutre pour adopter une mine de totale lassitude et d’épuisement, quelques mèches pendant devant son visage fatigué et couvert de légères estafilades, fruit du déchaînement de violence dont il avait fait les frais.

Ludwig piqua quelques biscuits qu’il tendit à la jeune femme avant de s’emparer d’une des racines disposées sur le lit de feuilles. Peu convaincu, il la porta néanmoins à sa bouche affamée et mastiqua longuement cet aliment qui, malgré son goût étrange, avait une saveur sucrée qui le rendait supportable. Avalant bruyamment, il se permit de boire une petite gorgée d’eau de pluie avant de reporter son attention vers la demoiselle.


« On a dansé ensembles et on a improvisé une évasion puis une escapade dans la forêt. Et pourtant on connaît rien l’un de l’autre. Je ne connais même pas ton prénom … enfin, moi c’est Ludwig. »

Autant briser la glace une fois pour toute. Quant au fait qu’il était passé au tutoiement, c’était plus involontaire. Toute cette aventure horrifiante avait balayé ses manières galantes et son sens de l’étiquette. Au diable les pompeuses et belles paroles qu’on réserve autour d’une table de dîner. L’homme n’avait plus le goût à ces jeux civilisés. Il était simplement las.


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Aurore Seraphon
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Sam 11 Nov - 17:38
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L’homme n’avait pas tardé à rejoindre Aurore, sortant du ventre ouvert du monstre de technologie. Il déposa à son tour ce qu’il avait trouvé sur le sol, non loin des aliments, des feuilles et du cataplasme. La jeune femme l’avisa un instant, fatiguée de cette aventure, fatiguée de la tension qui pouvait subsister entre eux. Aurore se contenta d’offrir un maigre sourire, tachant tant bien que mal de faire bonne figure. Elle s’était appliquée à utiliser le même mécanisme que pour le sien pour la gourde du marchand d’armes, afin d’obtenir un maximum d’eau. L’eau était une ressource essentielle, bien plus que les aliments. Rabattant ses jambes contre son torse, la rouquine se contenta d’écouter dans un premier temps, analysant les informations qu’il pouvait lui fournir. L’engin n’avait pas été une si mauvaise chose finalement. Le côté alimentation était une très bonne nouvelle, si elle avait déjà eu l’habitude de ne pas s’alimenter énormément durant plusieurs jours, Aure n’était pas certaine que ce soit le cas pour son partenaire. Elle pensait également un peu naïvement qu’un homme avait forcément besoin de plus de force qu’une femme. Si ses deux prunelles vertes avaient semblés s’animer de plaisir à l’énonciation des premières bonnes nouvelles, elles s’étaient presque aussitôt embrumées à la suite de la conversation.

Un carnet. Instinctivement, Aure avisa ses affaires déduisant que celui de son père n’était pas avec elle, comprenant qu’il y avait de grandes chances qu’elle ne le retrouve jamais. Son cœur c’était de nouveau emballé, alors qu’elle mordillait avec force l’intérieur de sa joue pour contenir le vent de tristesse qui s’emparait de son esprit. Comme pour se protéger, comme pour ne pas dévoiler entièrement cette fragilité liée à un objet si commun, elle récupéra le cataplasme et se déplaça pour venir juste derrière le non-mage. Récupérant les biscuits qu’il venait de lui offrir, la rouquine le remercia dans un nouveau sourire qu’il n’était pas en mesure de voir.

- «  Ça risque d’être froid et un peu douloureux, mais il ne faut pas bouger et le laisser plusieurs heures. » Elle soupira doucement «  Vous avez l’air épuisé, vous n’aurez cas vous changer en premier puis vous reposer. Je prendrai le premier tour de garde. »

Si la voix de la rousse paraissait calme, elle restait animée par de légers tremblements qu’elle tentait de retenir. Se concentrer sur autre chose que la perte des précieux souvenirs, se concentrer sur autre chose que le lieu, la situation, la tribu et l’aéronef. Récupérant sur le bout de ses doigts la pâte, écartant de l’autre le tissu qui couvrait éventuellement les blessures. Ses gestes n’étaient pas brusques, plutôt doux, elle faisait attention à ne pas rendre le soin, plus dérangeant et douloureux. De l’index, elle commençait systématiquement par le haut des marques, redescendant lentement, ne disposant qu’une couche légère sur chaque blessure. Une fois ceci fait, elle disposait sur la mixture des feuilles, qui collaient inévitablement à la substance, évitant tout élément étranger de venir s’infiltrer dans la peau ouverte.

- «  Ce n’est pas si mauvais » se contenta-t-elle de souligner en l’avisant déguster les racines «  Ce n’est pas ce qui a meilleur goût, mais ce n’est pas non plus si horrible. »

La façon de prononcer ses paroles ne sonnait absolument pas comme un reproche, plus comme un état de fait, voire une petite taquinerie, comme une mère pourrait le faire vis-à-vis d’un enfant trop exigeant. Aurore termina plus rapidement qu’elle ne le pensait son soin, tâchant de se concentrer uniquement sur ses actes et non sur la proximité qui empourprerait obligatoirement ses joues. La rouquine essuya ses mains sur son vêtement, afin de venir se repositionner vers celui qui venait de se présenter. Ludwig. Un prénom simple, pas désagréable à l’oreille, face à lui, elle se contenta de le détailler quelques secondes, hésitante. Devait-elle aussi donner son prénom, se dévoiler un davantage ? Elle avisa les différents aliments, attrapa la plante racine, qu’elle porte à ses lèvres, mastiquant lentement afin de savourer pleinement cette petite sensation sucrée. Avalant la substance, elle regarde une nouvelle fois le non-mage, avant de se résigner à collaborer.

- « Aurore… Novice d’Amisgal et de Khugatsaa, chasseuse de bêtes. Enfin, cela ne doit pas beaucoup te parler, j’imagine… J’ai certaines notions de la maîtrise du vent et de l’illusion, en quelque sorte. »

La rouquine passa doucement ses mains sur ses bras, frottant énergiquement pour se réchauffer. Une nouvelle fois, elle rabattit ses jambes contre son torse, afin de déposer sa tête sur ses genoux. Fixant son interlocuteur sans réellement savoir quoi ajouter, quoi faire. Elle n’était pas très bonne pour faire la conversation, pas très douée pour paraître agréable ou donner envie de communiquer, davantage dans ces circonstances si particulières. C’est donc naturellement qu’elle préféra parler stratégie, plutôt que de réellement faire connaissance. Après tout, s’intéresser à qui que ce soit n’était pas un premier pas vers la faiblesse ?

- « Si nous sommes vraiment à Nislegiin, nous avons plusieurs possibilités qui s’offrent à nous. » Elle se pinça la lèvre inférieure, s’autorisant une gorgée d’eau avant de poursuivre « La première est de rejoindre la ville de Dyen. Mais j’ignore la distance qui nous sépare de cette merveille. » Elle secoua doucement la tête, pas certaine que ce soit l’idée la plus lumineuse « La seconde serait de rejoindre la plage, dans l’espoir de trouver un bateau afin de retourner en My’trä… Puis ensuite, chez vous. » Elle inspira profondément « La troisième serait de traverser la forêt pour rejoindre l’isthme d’Aidas. Mais là encore, j’ignore la distance que nous allons devoir parcourir. Je suppose que la tribu nous attendra au niveau de la plage, qui nous laisserait sans protection. Traverser la forêt risque d’être long, très long, mais elle nous protégera… Chaque solution à ses avantages et ses inconvénients. » Ses lèvres se fermèrent puis se rouvrirent signe qu’il y avait aussi autre chose, quelque chose de plus fou qui avait germé dans son esprit « Il y a aussi la vengeance… Nous pourrions tendre une embuscade à nos assaillants, mais cela impliquerait de se séparer. »

Pourtant Aure avait déjà réfléchi à comment faire, dans sa tête l’idée était toute faite. Réaliser plusieurs feux à plusieurs endroits différents en même temps pour obliger la tribu à se diviser, puis tuer à vue. Simple et efficace, avec une grosse prise de risque pas forcement obligatoire. Loin d’être obligatoire même. Quoi qu’il en soit, la rousse avait parfaitement conscience que ce n’était pas une bonne idée, elle s’était contentée de balayer l’air de sa main droite avant de se relever doucement, pour marcher un peu, sans réellement s’éloigner. Elle lui faisait dos à présent, son esprit réfléchissant à la raison de cette situation, certaine que les architectes ne pouvaient pas lui imposer cette épreuve sans raison. Certaine qu’elle n’était pas prête de se débarrasser de lui tout de suite, consciente à présent que le duo allait réellement devoir collaborer et échanger.

- «  Je ne sais pas me battre au corps à corps, quoi que j’aie des bases. Je n’ai aucune haine vis-à-vis de ton peuple, du moins pour l’instant. Je ne te prends pas pour un hérétique. La technologie me fait vomir, mais pas autant que certain de mes compères. Je n’ai pas peur de la mort, parce que je crois bêtement au cycle, j’estime que tout est déjà défini. La mort, c’est un peu comme la naissance, une simple étape de la vie. J’avais apprécié notre danse, vraiment, même si nous étions différents, j’avais pensé naïvement qu’un événement comme celui-là pouvait faire évoluer les choses… Et puis… J’ai compris que nos peuples ne pourraient jamais s’entendre. » Elle prend une longue inspiration, pivotant pour l’aviser une nouvelle fois «  C’est tout, c’est ce que tu voulais, faire connaissance ? »

Parce qu’elle n’avait pas mieux à offrir que les quelques informations qu’elle venait de lui communiquer, elle ne s’imaginait pas parler de sa famille, de ses doutes, ou de la douleur bien plus importante que ses blessures que lui avait procurés le constat de la perte possiblement définitive de son carnet. Une nouvelle fois, elle se massa les avant-bras, cherchant à se réchauffer. La pluie avait finalement cessé et Aure commençait à rassembler les affaires, elle conserva son arc en main et des flèches à proximité :

- « Tu devrais vraiment te changer… Te reposer un peu, tu prendras le second tour de garde, on partira dès que les premières lueurs du jour perceront le ciel. »



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Ludwig Strauss
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Sam 11 Nov - 22:37
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Profession : [Officielle] Propriétaire d'industries de l'armement [Officieusement] Baron du crime
Daënar -2
D’abord un grognement de douleur, puis un long soupir de soulagement. L’homme laissa son infirmière de fortune appliquer le cataplasme naturel sur son dos blessé. Un contact froid caressa ses plaies brûlantes, ravivant un cours instant la morsure du fouet avant de laisser une étrange sensation sur sa peau, comme si les longues zébrures sanglantes s’étaient endormies sous la pommade. Enfin il pouvait arquer le dos sans s’inquiéter de rouvrir ses plaies et subir les atroces douleurs dans sa chaire. Ses traits se détendirent doucement quand Aurore termina enfin son petit traitement.

« Merci. »

Elle se présenta à son tour sous le nom simple mais agréable d’Aurore. Un prénom qui était synonyme d’espoir dans certaines cultures, présage de bonnes nouvelles. Caressant d’un air distrait l’une des mèches de sa moustache, il hocha lentement la tête quand elle fit mention de ses architectes protecteurs. Contrairement à ce qu’elle pensait, Ludwig avait une grande culture générale et s’était penché sur celle des mages, leurs croyances et spécificités. De ce fait, les noms des architectes et les dons qu’ils conféraient ne lui étaient pas mystérieux.

Puis il l’écouta faire mention des différentes destinations qu’ils pouvaient emprunter afin de quitter le continent. Le gentleman analysa les propositions, pesant le pour et le contre, les avantages et les risques. Distance, danger, chances de succès en fonction de leur équipement. Le dernier choix était écarté d’office pour la simple raison qu’ils étaient trop peu nombreux et trop amochés pour faire face à toute une tribu de sauvages, même s’ils étaient mal organisés et que le couple de survivants leur tendent pièges et embuscades. Ils n’avaient pas les moyens nécessaires pour venir à bout de tout le clan et il le savait, tout comme Aurore, bien que l’idée de se venger ne fût pas dénuée de charme. Cependant Ludwig n’était pas du genre rancunier dans le sens qu’il n’exercerait sa vengeance que dans certaines circonstances particulières.

« Hm … cela demande réflexion. »

Mais il n’était pas vraiment apte à établir une stratégie précise et efficace en cet instant, son corps quémandant plutôt quelques heures de repos bien mérité. Ludwig n’était pas un sportif, s’étant laissé aller au domaine de la finance et du commerce avec son lot de déplacements et de négociations. S’il entretenait une hygiène parfaite et ne se laissait pas atteindre par l’oisiveté, il n’en restait pas moins que la fortune l’avait poussé à négliger des activités physique nécessaires pour entretenir son corps. Son physique n’était donc pas celui d’un champion et son endurance n’égalait pas celle d’un athlète, mais il restait solide malgré tout. Et puis son manque de musculature guerrière était compensé par un vif intellect aussi tranchant que la plus aiguisée des épées.

« À mon tour alors. »

S’humectant les lèvres, il décida de décrire un peu ses compétences et ses autres idées.

« Je ne suis pas un combattant aguerris, mais j’ai des connaissances en combat au corps-à-corps et au couteau dont j’ai un parfait souvenir mais un manque de pratique. Je ne méprise pas ton peuple ni ne crache sur le mien. Si tu veux savoir pourquoi j’agis ainsi, je vais t’expliquer quelque chose que tu seras libre par la suite d’accepter ou de refuser d’y croire selon ta propre interprétation du monde. Alors voici la mienne. »

Fronçant légèrement des sourcils, ses prunelles saphir se firent plus intenses et sa voix prit un ton légèrement plus profond, comme un de ces narrateurs captivants qui vous entraînaient dans des contes autour d’un feu de camp avec un talent surnaturel.

« Les gens pensent que nos deux nations se haïssent à cause de l’histoire, de la séparation. Mais le mal est plus profond et la plupart des hommes ne le voient pas. Il faut porter un regard neutre et global sur le monde, arracher la peau craquelée pour découvrir la chaire malade et corrompue. Pour les daënars, les générations sont endoctrinées à l’idée que vous êtes des sauvages cruels et impitoyables, des fanatiques qui refusent tout progrès et haïssent Daënastre. Mais ce n’est que le jeu des dirigeants, des hommes qui profitent de cette haine pour camoufler leurs désirs cupides de pouvoir et réduire My’trä à l’esclavage. Pour vous, on vous raconte que nous sommes de vils hérétiques qui vous traiteront de bêtes et bafouent votre culte tout en exploitant vos terres sacrées. Mais ne vois-tu pas que certains tirent partie de cette haine et gagnent en pouvoir, rassemblant des fidèles pour former une armée aveugle sous leurs commandements et justifier leurs pulsions belliqueuses ? »

Reprenant un moment son souffle, il poursuivit alors calmement :

« Car l’humain est ainsi. On parle de bien et de mal, mais c’est une vision médiocre de la réalité. L’âme des gens est grise, il n’y a pas d’extrême opposé. Le bon samaritain n’agit ainsi que par plaisir d’être reconnu pour sa générosité et d’en tirer un orgueilleux plaisir. Le soldat tue son adversaire sans la moindre pitié car il sait qu’il défend sa famille. Le voleur sournois commet ses méfaits pour subvenir à ses propres besoins suite aux privations dues à l’injustice sociale et le juge qui se déclare porteur de la loi n’hésite pas à exécuter des gens selon sa propre vision de la justice. Le monde est hypocrite et les gens tentent de le cacher par les concepts de règles, préceptes, codes et autres chaînes sans réelle valeur. »

Se frottant énergiquement les mains pour créer une certaine chaleur sous l’effet de friction, il frissonna avant de poursuivre :

« Je n’ai jamais caché mes réelles intentions et mes ambitions. Je sais que je manipule, complote et intrigue pour satisfaire mes ambitions. Sauf que contrairement au reste du monde, je ne me cache pas derrière de fausses idées. J’assume parfaitement ma nature et mon envie de ne pas être un simple larbin de l’humanité, esclave de la volonté des grands. Je suis un atome libre et je compte le rester, quitte à changer le monde autour de moi. Juges-moi comme bon te sembles Aurore, mais penses-y un instant : est-ce qu’une vie sans ambitions ni désirs mérite d’être vécue ? Nierais-tu que tu ne désires pas survivre ardemment ? Que tu n’as pas envie de laisser tomber ta gentillesse pour te venger de ceux qui nous ont causé tant de souffrance ? Veux-tu vivre comme un simple fantôme, une feuille parmi la multitude au sein d’un arbre qui tombera un jour ou l’autre ? Où veux-tu devenir la fleur unique qui s’épanouira fièrement au-dessus des branches et du feuillage ? »

Puis il se tut et consomma lentement quelques baies et racines. Après s’être abreuvé et sustenté convenablement, il se releva lentement, une main portée sur son flanc endolori. Mais la douleur était plus supportable que tout à l’heure. Se dirigeant vers le ventre ouvert de la bête d’acier, il s’arrêta et souffla lentement, d’une voix compatissante et presque paternelle :

« Je vais suivre ton conseil et me rhabiller avant de dormir un peu. Quand mon tour de garde arrivera, j’espère que tu auras une vue différente sur le monde qui nous entoure, ses règles … et peut-être, alors, me comprendras-tu. »

Et sur ses paroles, il porta un dernier regard à Aurore avant de disparaître dans l’ombre de l’oiseau brisé.


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Aurore Seraphon
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Dim 12 Nov - 0:35
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La rouquine avait simplement opiné, détaillant cet homme qu’elle ne connaissait finalement pas. Difficile de se dévoiler, difficile d’accepter la personne qu’on représente pour les autres et celle qu’on pense être, les deux étant parfois particulièrement opposés. Elle se mordilla la lèvre inférieure, frissonnant légèrement à cause de la température, avant de se reconcentrer dans les paroles de son interlocuteur qui s’était semble-t-il sentis dans l’obligation de faire de même. D’échanger sur un point de vue si propre à chacun. Était-il sincère, jouait-il habillement avec les mots pour amoindrir les maux ? Complexe de le savoir. Aurore aurait souhaité de tout son être comprendre, opiner, entendre sans jamais avoir la moindre pensée de désaccord, mais ce ne fut malheureusement pas le cas. La rousse resta silencieuse, écoutant simplement d’un regard alternant  entre la bienveillance et l’absence complète de toute émotion. Jusqu’à présent, elle avait joué le rôle de la protectrice cependant dans le discours qu’il lui offrait, elle avait l’impression d’être une enfant. L’idée était désagréable, presque vexante. La percevait-il réellement comme un être qui ne s’apercevait pas de tout ça ? N’était-il pas en mesure, lui, le pragmatique de voir plus loin que ce que les apparences pouvaient offrirent ? Elle fut presque déçu, insatisfaite de voir celui qui se disait un fin manipulateur mal positionner un pion qu’il avait pourtant lui-même placé sur son échiquier.  

L’humain était égoïste de nature, c’était un fait, la rousse avait pu le constater dans ses voyages. La souffrance était un élément omniprésent dans la vie de tout à chacun, que ce soit à cause d’une relation qui tourne mal, un métier qui ne convient pas, une blessure physique ou psychique qui perdure. Chacun souhaite dépasser les autres, être le meilleur. Le plus beau, le plus grand, le plus musclé, le plus intelligent avoir une compagne ou un compagnon à la hauteur qui fera pâlir de jalousie le voisin. Tout ça n’avait jamais été une des préoccupations de la rouquine. Bien qu’elle soit dotée d’un instinct de compétitions hors pair, elle ne s’offusque pas de perdre ou ne s’extasie pas de gagner. La notion de vie et de mort semblait tout aussi abstraite pour elle, que l’art de manier la technologie. La vie était la même pour tous, peu importe la façon de la vivre. Elle commençait par une naissance pour se terminer par la mort, peu importe la façon de mourir ou de voir le jour. Tremblotante, la rousse resserra davantage son emprise autour de ses jambes, fermant les yeux afin de se concentrer qu’uniquement sur la voix du non-mage.

La rouquine eut un petit sourire amusé, quand il évoqua le fait de réaliser ouvertement l'art de la manipulation, ses yeux s’étaient doucement rouverts tout comme ses lèvres qui étaient déjà prêtes à lui souligner l’incohérence de son propos. Manipuler était quelque chose qui devait se faire dans l’ombre, ce n’allait tout simplement pas avec le fait d’assumer pleinement ses actes, bien au contraire. Aurore doutait fortement qu’il annonce à ses collègues « je vais te manipuler bien comme il faut, tu vas voir, tu pourras faire tout ce que je veux ça va être bien. ». Sa pensée déclara un petit rire, qu’elle tenta de camoufler dans une quinte de toux. Est-ce qu’elle était ainsi hypocrite ? D’une certaine façon, oui. Qui pouvait se vanter d’avoir eu une conversation sincère, de connaître sa couleur préférée ou même encore de pouvoir affirmer ce qu’elle aime ou pas. Les réponses de toutes ses connaissances seraient sans aucun doute, toutes différentes, tant elle s’adaptait à ses partenaires de peur de décevoir. Ludwig n’avait donc pas tort, elle était hypocrite d’une certaine façon, elle se voilait la face, se mentait à elle-même en prétendant être honnête. Et lui, percevait-il à quel point il s’inventait une personnalité qui n’était pas entièrement juste ? Peut-être n’était-il simplement pas prêt ?

La rousse avait soupiré alors qu’une nouvelle fois, un léger tremblement anima son être. Elle se demandait si elle avait un but dans la vie, un objectif à atteindre, une branche à laquelle s’accrocher avec tant de force qu’elle parviendrait à se donner une raison d’exister, hormis celle d’attendre sagement que son heure approche. Aucune réponse ne lui semblait suffisamment forte, ou intense. Fonder une famille n’était pas son rêve, mais celui de sa mère, aimer n’était pas quelque chose d’attirant à son sens, dépendre d’un autre être que sa propre personne bien trop risqué, gagner de l’argent lui semblait être quelque chose d’une futilité maladive. Alors qu’est-ce qu’il restait ? Khugatsaa ? Son envie d’avoir un avis sur tout ? Ou simplement cette recherche justement de ce but, de ce petit quelque chose qui la fera vibrer, ce manque, cette absence, ce désir ardent de réaliser quelque chose de précis. Pour l’heure, elle ignorait sous quelle forme cet acte apparaîtra, mais elle l’attendait sagement.


- « Peut-être qu’il n’y pas que mon regard sur le monde qui doit changer ? »

C’était l’unique réponse qui avait fini par franchir la barrière de ses lèvres, alors que la silhouette masculine disparaissait dans l’ouverture du monstre. La rouquine n’avait pas bougé d’un centimètre, ses muscles semblaient endormis, douloureux, son œil gauche commençait à la lancer légèrement tout comme les multiples contusions qui parcouraient son corps.  Se penchant lentement, elle récupéra son arc et son carquois, glissant une flèche le long des cordes avant de se relever difficilement pour surveiller les environs. Ne pas s’endormir, ne pas relâcher sa vigilance, sursauter aux moindres mouvements étranges, suspects. Les tambours avaient fini par se taire, peut-être que même les monstres dorment ? La rousse n’avait pas pu s’empêcher de jeter un œil vers l’entrée sombre, tendant davantage l’oreille surveillant que le silence qui surgissait de l’intérieur de l’aéronef n’avait rien de suspect. Puis, elle enchaînait une nouvelle fois sur un tour de ronde, tout en frottant ses membres pour se réchauffer, pour ne pas laisser son corps descendre à une température trop basse. Repassant devant l’entrée, son regard se posa une nouvelle fois sur le sol, avisant la pile de vêtements propre, elle finit par la ramasser, serrant le tout légèrement contre elle. Si ils étaient propres, ils n’en restaient pas moins froid, pas autant cependant que sa tenue encore humide. Attrapant une branche, elle remonta sa chevelure qu’elle bloqua avec le morceau de bois, avant de s’éloigner très légèrement de l’entrée afin de se changer.

Doucement elle quitta ses vêtements boueux, trempés pour enfiler ceux beaucoup plus sec, beaucoup moins râpeux et abîmés.  Évidemment, sa nouvelle tenue était plus que masculine, mais cela ne sembla à aucun moment la déranger, trop heureuse de pouvoir abandonner cette froideur provoqué par la pluie. Néanmoins consciente qu’il ne fallait pas perdre son ancienne tenue, elle étala son haut et son pantalon sur le sol, afin de permettre à l'ensemble de sécher plus ou moins. Les heures tournaient doucement, et le calme environnant était agréable. S’installant une nouvelle fois à même la terre, la rouquine commença à gratter le sol boueux pour y inscrire des phrases, des questions, qu’elle espérait que le marchand lirait durant son tour de surveillance. La première semblait être simple, mais pourtant complexe «  Le gris est-il l’unique couleur existante ? », la suivante un peu plus loin, se corsait légèrement «  Manipuler ne se fait-il pas discrètement ? », la dernière un poil plus dirigée, « Complot rime avec secret, non ?». Fronçant doucement les sourcils, Aure nota finalement une dernière question, qui lui sembla alors évidente, autant pour elle, que lui «  Ne te sent-tu pas trop seul ? ». Ceci fait, bien que la façon de faire ne permettait pas une lecture précise et convenable, elle n’en était pas pour autant illisible. Avec un peu d’effort, elle ne doutait pas une seule seconde du fait qu’il parviendrait à lire.

N’ayant pas particulièrement mangé, ou bu, la rouquine rassemblant les aliments juste devant l’entrée, offrant ainsi la possibilité au presque ancien dormeur de prendre ce qu’il voulait pendant son temps de surveillance. Elle réalisa un nouveau cataplasme au cas où, ainsi qu’une infusion avec les mêmes plantes et de l’eau froide qui avait pour objectif de soulager les douleurs. Cependant, il ne fallait pas en abuser. Elle ne manquerait évidemment pas de le lui souligner. Elle attendit encore un peu, avisant le ciel qui s’éclaircissait lentement, avant de se lever et d’entrer à l’intérieur de l’ancienne chose volante afin de réveiller son binôme.


- «  Ludwig… » souffla-t-elle une fois, puis une seconde jusqu’à percevoir un mouvement qui indiquerait le fait de son début de somnolence. «  Je t’attends dehors… C’est à ton tour. »

Elle était aussitôt ressortie, attendant à l’extérieur sagement que l’homme fasse son apparition. Il n’était pas nécessaire d’être doté d’une grande intelligence pour comprendre qu’elle avait très certainement sacrifié une grande partie de son propre sommeil pour lui permettre à lui de récupérer. Le jour allait se lever d’ici deux à trois heures maximum, grand grand maximum. Une fois l’homme présent à l’extérieur, elle lui offrit un semi-sourire, visiblement très fatigué par l’épreuve qu’elle s’était imposée.

- «  Tu as de quoi boire et manger là… Dans la gourde sur la droite, bois par petite gorgée, en très petite quantité, c’est une infusion pour la douleur. Ça ira ? » elle l’avisa une seconde fois, détacha son arc et le carquois pour le déposer proche de lui «  Ne le perds pas… Mais n’hésite pas à l’utiliser si tu sais t’en servir en cas de besoin. J’ai le sommeil léger en principe. Tu n’auras cas tousser si il y a un souci. »

Doucement, elle entra dans le lieu interdit afin de trouver un petit coin non loin de l’entrée pour s’y installer et dormir un peu. Du moins essayer. Après s’être retournée à plusieurs reprises, la silhouette féminine n’avait pas tardé à refaire son apparition… gênée.

- «  Est-ce que… ça te dérange si je dors là ? » elle montra d’un petit signe de tête un petit coin contre l’appareil à l’extérieur. Le regard fuyant, elle n’osait pas formuler la raison, le stress qui pouvait l’animer d’être  enfermé dans cet engin qu’elle ne connaissait pas. «  Merci… » souffla-t-elle que la réponse soit positive ou négative.

Comme elle l’avait montré, elle s’installa dans un petit coin, se positionnant plus ou moins en boule, afin de conserver un peu de chaleur, fermant doucement les yeux. Contrairement à ce qu’elle aurait pu penser, elle ne tarda pas à sombrer, épuisée par la journée et la nuit bien trop rudes qu’elle venait d’endurer.



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Ludwig Strauss
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Dim 12 Nov - 18:34
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Daënar -2
Un bref sursaut, une main qui se referme rapidement sur le manche de la hachette qui reposait à portée, un regard fiévreux qui se portait vers la source de la voix. Puis Ludwig reprit son calme, les traits fatigués et la peau ruisselante, des mèches rebelles se bataillant sur son visage d’homme mâture. D’un regard épuisé, il fixa Aurore.

L’homme à la chevelure de jais avait eu un sommeil entrecoupé, agité, fiévreux. Des cauchemars ? Non, voilà bien longtemps qu’il n’en faisait plus. Enfaîte ses nuits de sommeils étaient toujours sans rêves, juste des périodes de plongée vers l’inconscience, laissant son esprit se reposer pour être opérationnel. Mais là, l’inquiétude, la douleur et les conditions difficiles avaient rendu son sommeil supposé réparateur bien difficile, voir même plus fatigant qu’il n’était supposé l’être.

Soupirant longuement, il se releva. L’home portait les nouveaux habits, simple chemise de lin et pantalon serré. C’était modeste, mais nettement mieux que son ancien accoutrement. S’étirant doucement pour ne pas rouvrir ses blessures, il alla rejoindre Aurore.

Hochant lentement la tête quand elle lui fit part de certaines instructions, il la remercia d’un faible sourire pour la petite tisane qu’elle avait préparé. Autant de bonnes intentions … il en était presque ému, si ce dernier sentiment lui était familier. Son cœur de métal sembla un instant ressentir quelque chose d’étrange, comme une sorte de reconnaissance silencieuse. Troublé, il entendit à peine la rouquine lui faire part de son envie de dormir dans un coin plus proche de sa ronde de garde. Secouant lentement la tête, il fixa Aurore qui s’était emmitouflée comme un renard dans un petit coin sur l’aéronef. Son état d’épuisement était tel qu’elle s’était immédiatement endormi dans un sommeil réparateur.

Ludwig s’installa sur une vieille souche, appuyé sur son arme de fortune. Près de lui reposait la gourde dont il prélevait de temps à autre une gorgée qui lui arrachait une grimace. Néanmoins l’effet était bel et bien efficace, ses douleurs s’atténuant progressivement pour devenir plus supportables. Le fait que la jeune femme ait de bonnes connaissances en matière de plantes médicinales le rassura. Voilà un talent qui leur serait fort utile pour leur survie.

C’est en débutant quelques lentes rondes autour de leur vaisseau-refuge qu’il découvrit ce qu’il pensa être des notes griffonnées dans le sol boueux. En se penchant il comprit bien vite qu’il s’agissait de questions destinées à nul autre que lui-même. Ludwig haussa simplement un de ses sourcils. S’il créa dans sa tête des réponses immédiates et développées pour les trois premières questions, la dernière quant à elle lui fit un étrange effet. Ludwig était un homme de pouvoir qui était comme un puissant trou noir dont la force de gravité attirait irrémédiablement beaucoup d’objets autour de lui. Il avait du charisme, de l’intelligence et surtout il était fortuné et ambitieux. Tant de qualités qui lui valaient d’être presque constamment entouré de gens, sbires ou simples connaissances. La réponse semblait donc évidente, et pourtant … il avait la sensation de ne pas être convaincu. Était-il plongé dans une solitude invisible ? Son entourage, cette sensation d’avoir des « amis » n’était-elle pas factice ?

Ludwig se releva et poursuivit sa ronde, l’esprit rongé par cette question. Ils était entouré car il pouvait offrir pouvoir et richesse aux autres, leur ouvrir des possibilités, des rêves qu’ils n’auraient jamais réalisé sans l’aide du baron. Cela voulait-il dire qu’enfaîte on ne faisait que profiter de lui tout comme il profitait des autres ? C’était assez évident, il le savait depuis toujours, ce n’était pas un constat nouveau ! Mais alors pourquoi en ce moment même cette idée le dérangeait ?

« Suis-je réellement seul ? Pourquoi cette question si facile à répondre me semble soudain si profonde ? Ah, la philosophie my’tränne … de quoi troubler le plus pragmatique des hommes. »

Agacé, il tapa d’un coup de botte contre une petite pierre qui dévala la pente en petits ricochets avant de s’arrêter au milieu de la végétation qui recouvrait le dos de la falaise. Arbres tordus, lianes pendantes, buissons épineux … Ludwig s’immobilisa soudain, sourcils froncés. Un élément du décor éveilla en lui une méfiance soudaine et électrique. Voyez-vous, le daënar avait une mémoire infaillible, si efficace qu’il pouvait mémoriser des détails très précis. Hors il y’avait un élément tout à fait nouveau qui n’était pas présent lors de ses rondes. C’était un buisson tout à fait anodin et immobile près d’un arbre. Hors Ludwig avait souvenir que ce végétal n’existait pas sur cette place il y’a moins d’une heure !

Cet œil de lynx lui permit d’éviter le projectile qui fusa soudain d’entre les branchages du buisson. Un javelot de bois taillé en pointe fusa en direction du technologiste qui eut le réflexe de se laisser tomber juste à temps pour éviter que l’épieu ne l’embroche d’une part à l’autre. Cependant la pointe effilée frôla son épaule gauche, taillant légèrement sa chemise toute neuve et laissant une cuisante sensation.

Ludwig voulut crier l’alerte, mais sa voix s’étrangla dans sa gorge quand il sentit soudainement que l’air lui manquait atrocement. Jetant un regard affolé autour de lui, il remarqua une jeune femme tatoué au visage couvert de boucles d’os agiter lentement ses doigts en sa direction, manipulant des fils d’air qui semblaient s’enrouler autour de son visage et le priver de la moindre parcelle d’oxygène. Son cœur battit à en rompre sa cage thoracique tandis que le buisson de tout à l’heure laissa place à un autre chasseur habillé en peaux de bêtes et armé d’un autre javelot de bois. D’un signe de tête à sa comparse, il sourit avec prédation en s’intéressant par la suite à Aurore dont il s’approcha lentement, prêt à la clouer sur l’aéronef.

Le gentleman était à bout de souffle, mais son esprit fut plus vif que jamais sous l’effet de l’adrénaline. Rapidement il constata l’urgence mortelle de la situation et établit aussi vite que possible la meilleure réaction à faire. Et le scénario le plus probable et efficace qui lui vint à l’esprit fut immédiatement appliqué. Il le va sa hachette pour la lancer rapidement vers son agresseur. Mais il n’était pas doué en lancer d’armes , non ? Et bien de toute façon il ne comptait pas faire un coup fatal à son ennemie. L’arme tournoya en fusant vers la sauvage avant de se planter dans sa cuisse, lui arrachant un cri de douleur. Cri qui dût alerter immédiatement Aurore !

La déconcentration de son adversaire rompit le sort d’Amisgal, le redonnant la capacité de respirer convenablement. Inspirant avec avidité l’air environnant, il ne perdit pas de temps et se jeta sur le porteur de javelot qui avait porté son attention vers sa camarade blessée. Ludwig s’élança contre le flanc de l’illusionniste, le taclant à même le sol. En se débattant avec l’assassin, il reconnut celui qui avait faillit lui fendre le crâne devant la hutte. Douce ironie. Était-ce le destin qui lui redonnait une occasion de se venger ? Dans tous les cas, il n’allait pas faire la même erreur. Une lutte acharnée débuta, les poings volèrent, les deux hommes s’étranglaient et se cognaient avec la violence de deux gladiateurs luttant pour leurs vies.

Au bout d’un corps-à-corps acharné, Ludwig parvint à porter une série de coups de coude contre la gorge du cannibale à la manière d’une masse qui s’abattait sur le fanatique. L’attaque paya car son ennemi s’étrangla et perdit le contrôle de ses mouvements, permettant au daënar de s’emparer de son couteau et d’égorger impitoyablement son adversaire qui poussa un gargouillement effaré, un geyser de sang éclaboussant le visage de Ludwig qui s’effondra sur le côté, haletant, épuisé et souffrant.

Il espérait qu’Aurore avait réussit à neutraliser la manipulatrice d’air, incapable de venir la rejoindre pour lutter ensembles contre cette sorcière.


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