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Chroniques d'Irydaë
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 Mesure et contrepoint

Luka Toen
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Lun 30 Oct - 16:59
Irys : 594730
Profession : Historienne et naturaliste à ses heures perdues, médecin officiellement
Guilde +2 (femme)
Mesure et contrepoint
[Pv : Odard Coursang] - Octobre 932



La respiration était une donnée primordiale du corps. Elle vous soulevait la poitrine d’amples mouvements, un souffle d’air qu’il fallait aller chercher profond dans ses entrailles, travailler comme une boule chaude et impatiente, toujours prête à vous filer entre les doigts. La bénédiction d’Amisgal disaient ses fidèles, le matériau premier de la vie qui succédait à l’étincelle confiée par Möchlog. La précipitation était mère de toutes les catastrophes lui avait-on expliqué, mais elle s’endiguait par le ralentissement du cœur, un réseau serré d’aspirations et d’expirations pour toute protection.

« Tu t’améliores zaluu okhin (jeune fille), mais ton pied est encore mal positionné. »

Luka fit pivoter sa dextre vers le ciel, paume ouverte, tel qu’on eut dit qu’elle s’apprêtait à se fendre d’une bravache dérobade. Son souffle contrôlé au bord des lèvres, elle souleva son pied fautif de la terre meuble, effectuant une passe d’arme invisible à la manière d’une danseuse suspendue à quelques fils imaginaires, gestes pourtant accomplis avec une incroyable lenteur mesurée. Le regard critique de son professeur l’accompagnait, prolongeant son propre corps de mouvements en apparence identiques, duo synchronisé que personne n’observait pourtant avec incrédulité. C’est qu’ils avaient gratifié leur auditoire de plusieurs jours de ce spectacle, anodin pour les fidèles de Süns qui apprenaient ces gestes d’entraînement dès leur plus jeune âge : cette danse figée n’avait d’autres buts que d’insuffler dans une conscience la future maîtrise du feu, et par conséquent le calme inébranlable qu’il fallait déployer pour l’empêcher de dévorer. Beaucoup aurait pu voir dans la gestuelle chorégraphiée de cet entraînement les bribes d’un art du combat – ils n’auraient pas eu tort. Ils n’avaient néanmoins pas non plus raison, car il y avait dans cette tradition infiniment plus de la danse et du sacré que d’une envie de faire mordre la poussière à son adversaire.

« La soupe sera bientôt prête ! beugla la non moins charmante cuisinière de la caravane. »

La nuit assombrissait les alentours de douces lueurs violacées. Le ciel, noir et lourd, était fourbu de pluie contenue qui faisait tanguer les nuages comme des navires à la dérive. L’orage était proche d’éclater, dans la nuit probablement avait-elle entendu dire le gestionnaire de cette vaste procession commerciale. Ils s’étaient arrêtés au bord de la route, leurs protecteurs d’ores et déjà répartis dans un ordre qu’eux seuls connaissaient, le regard vif et attentif porté sur les grands chemins qui les entouraient. Si le voyage s’était montré paisible depuis leur départ d’Eoril, mieux valait rester prudent lorsque le pays tout entier s’embrasait de violences et d’une augmentation flagrante de la délinquance.

« Nous arrivons. »

Randan avait tranché, coupant court aux tentatives de corruption de Luka qui ne manquait jamais de négocier davantage de temps. Il était pareil à lui-même depuis tellement de temps qu’il paraissait figé dans le marbre, un homme de quarante années à peine pourtant d’un calme plus absolument impassible que la majorité des autres Adeptes de Süns. Le convaincre n’avait pas été aisé. Il n’avait pas daigné dérouler sa langue lors des onze premières approches de la jeune femme, inflexible dans son jugement sur ce qui n’était de toute évidence pas une My’trän. Alors avait-elle ôté sa cape, attaché sa longue crinière enflammé, pieds nus contre la terre humide et pour toute protection une poignée de bandes de lins autour des phalanges. Elle s’était mue, plusieurs soirs de suite à cette heure où la vie était si agréable, réitérant les gestes maintes fois répétés par Faye lorsqu’elle lui avait enseigné les bases de sa maîtrise. Randan n’avait pas pu résister aux erreurs perpétrées ainsi qu’à son envie irrésistible de les corriger, joignant bientôt ses efforts au but originel de Luka… Apprendre.

Elle s’étira comme un chat somnolent, quelques longues mèches rebelles lui chatouillant les épaules. Cela ne faisait guère plus de cinq jours qu’ils étaient partis, et la moitié des caravaniers avaient pourtant trouvé le moyen de tomber malade dans ce court laps de temps. Une épidémie de grippe, si elle en croyait les symptômes et l’énergie qu’elle devait déployer chaque jour à fignoler les soins apportés. N’était-ce pas pour cela après tout qu’on l’avait engagée, aucun fidèle de Möchlog n’étant disponible à cette heure pour une caravane commerciale ma foi, tout ce qu’il y avait de plus lambda ? Appuyée d’une main contre le bois d’une charrette, elle remit ses sandales et un peu d’ordre dans sa tenue. En face, hommes, femmes et enfants se réunissaient déjà à la clameur du dîner, comblant la forêt d’éclats de rire, murmures enthousiasmés ou jurons étouffés. Les lanternes de Süns éclairaient l’espace comme autant de tranquilles feu-follets, une kyrielle de craquement de braises pour compléter le tableau de ce fond sonore.

« Allez, dépêchez-vous de venir vous servir avant que le ciel ne nous tombe sur la tête. Amisgal est capricieuse ce soir ! »

« Tu vas encore nous servir de cette ignoble marmelade de patates ?! »

« C’est une recommandation du médecin, intervint Luka, glissant un clin d’œil malicieux au jeune garçon abattu par la perspective de devoir manger des végétaux. »

« Qu’on aille nous chercher un tonneau de vin, il ne sera pas dit que nous n’apprécierons pas une seule soirée de ce voyage ! »


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Odard Coursang
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Sam 4 Nov - 17:58
Irys : 473463
Profession : Barde
My'trän +2 ~ Khurmag
    “Soyez assuré messire que ces viles racines passeront bien mieux une fois convenablement nappées d’alcool! Croyez-en mon expérience, les caravanes ne sont pas l’endroit où l’on mange le mieux, en revanche nous ne risquons pas de mourir de soif! À la vôtre messire!”

    Que n’aurait il pas donné pour une belle pièce de viande convenablement grillée, un beau poulet farci aux champignons qui poussaient par centaines dans les sous-bois en ce moment même. Où étaient passées les cassolettes parfumées et les beaux saucissons aux herbes? Le barde renifla d’une manière peu élégante devant son assiette de bouillie de pommes de terre, une recommandation du médecin? Foutaises!

    Ce bon docteur n’est-il pas en ce moment même transi de fièvre et délirant à l’arrière de sa charrette? Assurément le pauvre seigneur n’a pas mangé suffisamment de patates aussi me dévouerai-je pour lui céder ma part en échange de quelque lièvre sauvage que nos chasseurs auront certainement pris dans leurs filets aujourd’hui? N’est-ce pas là signe de mon inénarrable générosité messeigneurs? Nul doute que si la grippe ne nous tue pas tous ces légumes le feront, et bien plus insidieusement si vous voulez mon avis.”

    Les caravanes sont d’ordinaires des trajets paisibles, en dehors d’attaques de bandits, d’épidémies de grippe ou encore d’orages imminents. Un drame, un désastre. Une fois que la pluie aurait commencé et nul doute que vu la tournure des événements celle-ci durerait des jours, tout se gorgerait d’humidité et son pauvre Luth s’en retrouverait confiné dans son étui, laissant le barde seul désoeuvré et malheureux comme un chat qui n’aurait plus d’objets à envoyer valser par dessus un quelconque rebord de table.

    Depuis leur départ d’Eoril quelques jours plus tôt tout s'était dégradé rapidement, d’abord la grippe qui avait emporté leur médecin parmi les premiers. Et quelle ironie, c’était comme si on leur jetait des pierres en ricanant, sauf que ces pierres là donnaient des hallucinations et une fièvre à s’en faire cuire des oeufs sur la poitrine. Ensuite le temps qui virait lentement mais sûrement à l’orage, et maintenant la boustifaille qui se faisait, si ce n’est rare, peu goûtue.

    Ils s’étaient rassemblés au coin du feu, ceux qui tenaient encore debout tentaient de combattre la fièvre en se réchauffant devant les flammes tandis que les autres mangeaient mollement leur bouillie sans parler ou très peu. Et pour Odard c’était bien ça le pire, pas de vie en ces heures sombres, pas de joie ni de rires. Tout maussade qu’il était il tentait de se persuader que les choses ne pouvaient de toutes façons pas être pire, aussi empoigna-t-il son instrument et gratta quelques accords guillerets qui firent lever quelques têtes et quelques sourcils. C’était un bon début, pas encore tout à fait ce qu’il espérait mais c’était mieux que rien.

    Allons bon messeigneurs, rangez donc ces tristes mines, ce n’est pas comme si le ciel allait nous tomber sur la tête!”

    Un violent coup de tonnerre lui répondit avec un vent chargé d’humidité, l’orage était encore loin mais ils ne pourraient pas y échapper longtemps.

    Mhh… Peut-être devrais-je me contenter de jouer et tâcher d’éviter de nous attirer le mauvais oeil n’est-ce pas? Quoi qu’il en soit j’espère que ces quelques notes apaiseront la lourdeur de vos coeurs nobles voyageurs, et si ce n’est pas le cas le vin s’en chargera! Haha!”

    Mieux valait se taire pour l’instant, aussi joua-t-il de la manière la plus enjouée que la situation le permettait, essayant d’apporter un peu de joie et de vie à une expédition qui virait de plus en plus au cauchemar. Au moins ne manquaient-ils pas d’alcool, sans quoi le désastre aurait été total.



- Odard s'exprime en #0099ff -
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Luka Toen
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Jeu 9 Nov - 18:39
Irys : 594730
Profession : Historienne et naturaliste à ses heures perdues, médecin officiellement
Guilde +2 (femme)
Cinq jours étaient bien peu suffisant pour connaître ses partenaires d’aventure, tout au plus assez pour identifier les visages les plus particuliers, reconnaitre la ligne des sourcils de l’un ou cette manière de plisser le front de l’autre. Lui, pourtant, n’avait jamais manqué de frapper sa mémoire. Oh, elle ne savait de lui quasiment rien, sinon les bribes éparses que l’on avait bien voulu lui en dire – autant dire rien, car sa destination et son passé demeuraient inconnus à la majorité des caravaniers. Odard était le patronyme derrière lequel on l’avait plusieurs fois interpellé, jamais trop loin de son luth et des notes enchanteresses qu’il parvenait à en tirer. Allons bon, donc notre ami était musicien s’était-elle écriée ! C’est qu’elle n’avait jamais eu l’heur d’en fréquenter de manière assidue, ses quelques rencontres s’étant soldées d’une chansonnette dans une lugubre taverne et un souvenir fort peu marquant. Elle frayait bien davantage avec les chasseurs et les hommes d’armes, un défaut qui lui déplaisait terriblement de temps à autres. Où diantre était-elle supposée renouveler son esprit, si tous les individus autour d’elle lui servaient sans cesse le même discours ? Et la dualité des forces, la diversité de l’existence et ce goût inoubliable de la surprise au contact d’autrui ? Oui, il s’agissait d’une bien trop belle occasion pour la laisser filer entre ses doigts.

Elle n’avait pas manqué en effet de saisir les tentatives d’Odard qui œuvrait pour un réchauffement d’atmosphère. Difficile avec toute cette flotte environnante, bien qu’heureusement Amisgal les ait épargnés jusqu’ici. Elle fit la moue, contemplant le tableau d’art contemporain que lui renvoyèrent ses pommes de terre marinées dans un jus bien trop opaque pour l’identifier. Malgré les dires de son ancien collègue désormais alité, il était vrai qu’un dîner pareil était loin d’être appétissant. Dommage, les chasseurs de la caravane n’étaient pas parvenus à rabattre du gibier que l’électricité dans l’air avait fait fuir bien des heures plus tôt ! Elle délaissa donc son plat puisque le fixer ne résoudrait rien, et fut investie d’une idée. D’un bond souple, elle fut sur ses jambes, gagnant la scène avec la grâce d’une reine couronnée. Dans cet espace de terre dégagée par les notes envoûtantes du musicien, elle s’inclina tout d’abord face à lui telle une artiste de rue, soudain frivole et allègre dans cette atmosphère pourtant glaciale.

« Si Messire me permet de l’accompagner… »

Et elle s’amusa de son ton révérencieux, l’invitant à ne surtout pas cesser hé bien… Ce qu’il faisait de si bien sur cet instrument.

« … Car oui, ne vous inquiétez guère gentes Dames ! Ne tremblez point, Nathan, notre bon docteur, aura beau frémir de fièvre à l’arrière de sa caravane, votre fidèle servante que voilà restera à votre chevet. C’est là toute la clé de notre duo médical. »

Alors, se coulant dans les déroulés des notes évasées dans l’air, elle intima à son corps quelques ronds de danse si chers à Eoril. Elle n’était guère aussi adroite qu’elle l’aurait désirée, suffisamment fluide sur ses appuis de par ses compétences guerrières, insuffisante pourtant à suivre ce que son ouïe n’avait jamais décelée… Elle qui était aveugle au sacro-saint univers des musiciens, dansait principalement pour le plaisir de se mouvoir et de brûler vive au son des instruments. Etait-ce suffisant pour un spécialiste de la danse, dont tous ces défauts lui auraient probablement tiré des soupirs horrifiés ? C’était du moins suffisant pour faire naître plusieurs sourires à la volée, des battements de main en rythme avec ses mouvements déliés de chat exalté. L’alcool se remit à couler, l’on tira un bras, un partenaire sur la piste pour extorquer à son tour son lot de bonheur musical. Elle vint accaparer l’attention de l’un des enfants présents dans la foule, attirant un jeune garçon sur la piste pour mieux accentuer son rire à le faire valser en pirouettes rocambolesques.

Ils dansèrent longuement. Avait-il mal au doigt à force de frotter les cordes, de leur tirer des sonorités toujours plus inventives ? Elle n’eut pas le temps de lui demander, car l’orage, subitement, déversa sur eux son trop plein d’eau. Des cris de surprise et de rire mêlés s’échangèrent parmi les caravaniers, et l’on se mit à courir en tous sens, qui pour se dérober aux gouttes insidieuses, qui pour extirper un imposant morceau de tissu de l’arrière d’une charrette.

« Plantez les poteaux, nous allons étendre une bâche ! »

Hommes et femmes trempés de pluie s’échinèrent à mettre en place cette protection de fortune, tandis que leurs réserves d’alcool subissaient un sérieux assaut des derniers fêtards.

« Amisgal semble bien irritée ce soir… »

« C’est peut-être que la compagnie de son fervent admirateur d’araignée lui manque, formula Luka tout en essorant d’une torsade la masse de ses cheveux flammes, après tout, il n’est pas dit que les Architectes ne puissent ressentir de l’attachement. S’est-il lassé de lui conter fleurette ? »

« Si je comprends bien, nous partons sur une soirée contes ? se moqua-t-on gentiment. »

Cela suffit néanmoins pour électriser les esprits, et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, enfants et adultes se réunissaient sournoisement autour de leur ménestrel officiel en dépit de l’humidité environnante.

« Dîtes-nous donc, Odard, qu’avez-vous vu des derniers événements qui agitent le monde ? »

Pour un peuple nomade, l’unique moyen d’apprendre les nouvelles récentes était de s’en enquérir auprès des voyageurs de grands chemins. Curieuse de le mettre à l’épreuve, de découvrir ce qu’il était vraiment, Luka n’avait pas rechigné à sauter à pieds joints dans cette parfaite ouverture.


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Odard Coursang
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Dim 12 Nov - 23:03
Irys : 473463
Profession : Barde
My'trän +2 ~ Khurmag
    Donnez lui du Messire, du Monseigneur, du Milord et il sera votre, il vous appartiendra car vous aurez parlé sa langue et rien ne pourrait lui faire plus plaisir que ça. Pas même toutes les flatteries ni les jouvencelles les plus légères. Là est le véritable honneur et le sourire du barde s’élargit pour s’illuminer devant la révérence de cette inconnue qui brûlait d’une flamme qu’il ne savait qu’attiser, qu’embellir.

    Oh comme je vous en implore… Dansez donc ma mie, chantez et virevoltez comme si le matin n’était qu’un rêve inaccessible et illusoire, dansez avant que le ciel ne nous tombe sur la tête!”

    Alors il joua, jusqu’à ce que ses doigts s’engourdissent, que l’alcool rende les virevoltes maladroites et que les rires se fassent plus forts et spontanés. Il joua jusqu’à ce que le ciel ne leur déverse des trombes d’eau sur la tête. Mais même le temps cruel n’eut pas raison du répit qu’ils s’étaient accordés durant leur périple marqué par les embûches et la maladie. Les cieux pouvaient bien s'effondrer, ceux qui n’étaient pas encore assez saouls pour s’en rendre compte s’en fichaient bien.

    L’on dressa une tonnelle de fortune qui faisait face à la colère du ciel, comme un affront au milieu d’une terre destinée à être battue par le déluge et l’orage, mais elle résistait et aussitôt à l’abri les fêtards se massèrent soudainement autour du barde qui vibrait du plaisir de pratiquer son merveilleux métier. Après tout qu’y a-t-il de plus gratifiant que d’oeuvrer pour le bonheur et l’amusement de ses pairs? Le barde se gratta la gorge et intima sans le vouloir tout son public au silence et parla en chatouillant distraitement son Luth, cela produisait un petit fond sonore qui, s’il ne parvenait pas à masquer le vacarme que faisait la pluie sur la bâche, contribuait à l’ambiance de ce théâtre si particulier.

    Je crains très chère que les nouvelles du monde soient bien trop lugubres pour être ici contées, tout part à vau-l’eau ma mie et nous sommes bien placés pour nous en rendre compte n’est-ce pas?”

    Il rit doucement, comme satisfait de sa propre blague.

    Mais une soirée contes? Eh bien voilà qui a du charme, que dis-je? Du panache! Cette idée me ravit nobles seigneurs et que les Architectes soient loués nous avons de quoi boire toute la nuit! Mais les contes ne sont ils pas l’affaire des enfants? Aussi ce sont eux qui décideront du menu que je vous servirai ô nobles voyageurs!”

    Le barde porta son regard sur les enfants assis devant lui, les yeux brillants de joie et d’excitation et ravis de l’attention qui leur était accordée.

    Le principe est on ne peut plus simple, même un Daënar y parviendrait! C’est dire combien c’est facile puisque ces derniers sont notoirement stupides.”

    Il pencha la tête sur le côté et fit une grimace aux petits en tâchant d’avoir l’air le plus bête possible et rit de bon coeur avec eux et des grimaces qu’ils lui lançaient à leur tour.

    Vous me donnez un mot, une idée chacun et mon esprit façonnera un conte sur mesure spécialement pour vous, juste comme ça!”

    Et jouant d’une petite illusion Odard fit naître et grossir une petite boule de lumière au creux de ses mains, qu’il élargit jusqu’à ce qu’elle explose en mille étincelles de toutes les couleurs qui retombèrent en produisant un léger bruit de scintillement, comme un carillon. Devant leurs mines ébahies le barde rit se pencha vers eux.

    Alors? Surprenez moi mes chers enfants, étonnez moi et je tâcherai de vous concocter une histoire que vous n’oublierez jamais! Parole de barde!”



- Odard s'exprime en #0099ff -
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Luka Toen
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Ven 17 Nov - 20:07
Irys : 594730
Profession : Historienne et naturaliste à ses heures perdues, médecin officiellement
Guilde +2 (femme)
Ah, il avait esquivé ! Il lui parut dans l’instant qu’il s’agissait de l’une de ses caractéristiques principales. Aussi intangible que du vent, parfait en dérobades habiles et jeux de langue, nul ne pouvait le contraindre à ce qu’il n’avait pas décidé de son propre chef. Cette pensée amusa Luka et la fascina tout autant. Etait-il plutôt chat, biche gracile ou autre animal exotique ? Son tempérament et ses facéties étaient du moins rarement accordés aux humains, et ce n’était pas pour déplaire à notre demoiselle dont l’observation minutieuse se heurtait à un véritable mur de défis. Son attrait pour la recherche scientifique et l’étude comportementale en avait pour son argent – c’était du moins la version officielle. Car en réalité, sa curiosité n’avait pour limite que son imagination et n’avait que trop tendance à s’enticher des quelques voyageurs étonnants que sa route croisait, non pour les analyser, mais bien pour apprendre d’eux.

Initiant donc un mouvement général, elle s’accapara l’une des caisses jetées en travers de leur abri de fortune pour y trouver refuge. La danse, l’alcool et l’entraînement n’avaient pas rendu ses jambes très sûres et rien ne valait une position assise pour savourer toutes les péripéties d’un conte. On ne tarda guère à l’imiter, l’une des enfants s’arrogeant le droit impérieux de trôner sur ses genoux. Luka n’était pas l’une de ces amoureuses invétérées de marmots hurlants, en termes d’instinct maternel elle n’avait que les prémices d’une certaine douceur et d’un goût pour le jeu. Leur présence ne la dérangeait pas pour autant et dans la majorité des cas elle se sentait capable d’accepter leur difficile caractère et leurs caprices éhontés. N’était-elle pas souvent semblable après tout ? Aussi était-ce davantage une forme de camaraderie qui la poussa à accepter la blondinette contre elle… Et peut-être aussi l’attrait calculé du brin de chaleur supplémentaire que ce chauffage sur pattes ne manquerait pas de lui prodiguer.

Elle dut retenir un léger sursaut lorsque ce qu’elle confondit avec du feu naquit dans la paume du conteur. Par tous les Architectes ! Ses prunelles s’arrondirent et ses lèvres formèrent un « O » surpris. Elle revint bien vite sur sa première hypothèse : l’homme devait forcément être un fidèle de Khugatsaa doué dans les arts de l’illusion, car nulle autre magie n’avait un tel talent pour la mise en scène. Malgré elle, elle ne put empêcher sa dextre de partir à la rencontre des étincelles dans l’espoir d’en tâter l’existence. Cela n’avait ni odeur ni température, l’éclat incroyable de leur lueur sombrant en un faisceau pétillant tout autour d’eux. Ô combien l’exercice allait être difficile, elle qui mourrait d’envie de se lever d’un bond pour couvrir de questions le mage inconscient…

« Racontez-nous une histoire avec un Alkhach ! » cria l’un des enfants, aussitôt reprit par un garçon plus intrépide : « Ou mieux, un chotgor ! » Les bruitages qu’il fit avec sa bouche parurent offusquer son voisin proche qui s’offrit le luxe d’un coup de coude distribué à la volée. Entre autres mots graveleux que les moutards adorent prononcer à la barbe des adultes dès qu’on leur en laisse l’occasion, la voix d’une petite fille surnagea un peu plus : « De l’amour ! Il doit y avoir une jolie Gharyn et un charmant Khorog… », « … et des combats à l’épée ! » surenchérit un autre. Voilà qu’on leur laissait le champ libre et déjà la consigne se tenait bien loin d’eux, chacun voulant tout à coup donner sa part de scénario. « Moi je préfère les bateaux », « Et la nuit, parce qu’on peut y faire des bêtises. »

« Racontez-leur une fable des Architectes, voulut trancher l’un des parents excédés, vous n’aurez pas fini sinon d’écouter leurs jérémiades avant demain matin. »

Un rire sur les lèvres, Luka devait en convenir. Leur ami Odard ici présent venait d’ouvrir des vannes qu’il n’était pas sûr de savoir contenir.

« Quelqu’un re-veut du vin ? »

Elle tendit son verre à cette proposition alléchante, noyant son attente fébrile dans ce liquide qui lui brûlait le palais. Parmi cette tripotée de propositions, quels mots Odard irait-il pêcher pour nourrir sa fibre narratrice… ? Le défi était de taille, et le public exigeant. Quoique l’alcool s’écoulant, leur attention filait lentement à la dérive…


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Odard Coursang
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Sam 18 Nov - 22:52
Irys : 473463
Profession : Barde
My'trän +2 ~ Khurmag
    Les Architectes soient loués, aucun des enfants n’avait évoqué une de ces mièvres histoires de chevaliers et de princesses prisonnières de tours plus hautes que les nuages et auxquelles on ne pouvait accéder. Comment en réalité ces princesses se nourissaient-elles? Leurs aimants geôliers ayant en théorie empêché toute possibilité d’entrer ou sortir, sûrement les poux se dit le barde. Restait la question de l’eau à laquelle il ne voulait surtout pas réfléchir, sans parler de l’odeur et du sourire grisâtre et carrié d’une jeune femme qui aurait passé vingt-cinq ans enfermée dans un donjon. Mais fort heureusement il n’était pas question de ça, pas que ces histoires ne trouvent pas leur public, au contraire. Elles étaient juste niaises et tellement pleines de bons sentiments qu’elles en perdaient leur réalisme pour gagner quelque chose de plus dérangeant, de mou et trop beau pour être honnête. Après tout quel chevalier s’amuserait à terrasser un dragon et délivrer une princesse qu’il ne connaît pas, au péril de sa propre vie, si ce n’est pas pour sauvagement l’abuser et repartir soulagé, célibataire et heureux, chasser d’autres monstres et accomplir d’héroïques quêtes pour le compte de son Seigneur.

    Mais quelqu’un ayant de telles idées ne pourrait-être qu’un monstre, et le barde n’aurait pas osé évoquer ces horreurs devant une assemblée de gamins aux yeux écarquillés, fébriles et bouillant d’impatience de voir quel conte il leur aurait concocté. Et surtout lequel d’entre-eux aurait eu l’honneur de voir son idée retenue. Ces parents qui râlaient étaient ceux qui avait oublié qu’il avaient un jour été des enfants et Odard en soupira doucement, se souvenant avec amertume des mêmes histoires insensées qu’on lui assénait quand il était plus jeune, sous forme de morale tordue et implacable. Nul doute que ces mêmes gens avaient en leur temps roulé des yeux en entendant ces fables, puisque c’en était bien, mais reproduisaient toujours le même schéma. Sans penser à mal cela dit, ils avaient juste oublié. Et n’était-ce pas là la pire des malédictions?

    Après s’être fait servir un verre de vin le barde fit semblant de masser une barbe qu’il n’avait pas. Encore qu’une petite illusion aurait très bien pu arranger ça, mais pour s’y être déjà essayé la barbe ne lui allait pas du tout, et puis cela aurait retiré tout le comique à la scène. Il marmonnait, pas dans sa barbe mais dans sa main, en roulant de grands yeux aux enfants et ponctuant parfois d’une petite grimace qui les faisait toujours autant rire. Les dernières pièces du puzzle s’assemblaient dans son esprit quand il claqua sèchement des mains, produisant ainsi une vive lumière et un bruit sourd qui s’évanouirent aussitôt avant de lancer un cri triomphant!

    Ça y est!”

    Nul doute que les enfants qui auraient survécu à la décharge d’adrénaline qu’il venait de leur envoyer lui accorderait toute leur attention. Et les Architectes savent que ces petits corps sont robustes, plus un des gamins n’osait respirer, encore moins cligner des yeux. Le public était prêt, le décor prenait forme, il n’avait plus qu’à entrer en scène.

    Eh bien mes chers amis, je dois dire que vos idées sont pour le moins originales, tout cela ne présage que du bon croyez moi. Je pense être en mesure d’exaucer presque tous vos souhaits, à quelques détails près. Alors accrochez vous à la personne la plus proche de vous, et préparez vous à être éblouis, que dis-je? Éberlués messeigneurs! Et vous en ressortirez grandis, magnifiés, parole de barde!”

    Les bonnes histoires se passent d’artifices, ce qu’elles renferment suffit à tenir un public en haleine de sorte qu’il oublie tout ce qui se trouve autour de lui. Un vrai narrateur pourrait mettre le feu à son théâtre ou détrousser son public que celui-ci ne verrait rien, ou penserait qu’il s’agit là d’un élément du spectacle. Mais parfois, une illusion est juste le petit plus qui fait que tout est parfait, que l’on vivrait presque le conte aux côtés de ses héros. Et qu’on aurait jusqu’à l’impression de mourir avec eux. Odard jeta un petit rien d’illusion sous la tente battue par la pluie, le simple bruit des vagues, un ressac lourd et puissant qui étouffait presque le bruit du mauvais temps, le reléguant avec le reste du monde au second plan.

* * *
   
    Il se tenait contre le bastingage, contemplant l’horizon plat et limpide pendant que les vagues venaient s’écraser sans cesse contre la coque du navire. Trois jours. Trois jours qu’ils avaient quitté Eoril et qu’ils contemplaient la même étendue d’eau lisse et infinie. Qui aurait cru qu’un tel monde existait en dehors des terres somptueuse de My’trä? Un monde sans fin, presque désert où ne passaient que quelques oiseaux marins, et plus la terre au nord ouest s’éloignait plus ceux-ci se faisaient rares. Bientôt il n’y aurait plus rien, rien que le même enfer bleu, mais c’était pour le mieux se disait il. Pourtant chaque jour emportait avec lui une partie du chagrin qui l’avait poussé à prendre la mer et s’enrôler vers l’inconnu, et avec ce chagrin une partie des souvenirs qui lui étaient liés. Bientôt il ne resterait plus rien, rien qu’un vide immense et beaucoup, beaucoup trop de questions. Il oublierait pourquoi il avait fui mais n’était-ce pas là sa première idée? Libéré des chaînes du passé il pourrait repartir à zéro et qui sait, peut-être que c’était vraiment pour le mieux.

    Son épée reposait à sa ceinture, présence lourde et familière qui lui rappelait les obligations de son métier. On ne naît pas soldat, on le devient. Et une fois qu’on l’est, que faire d’autre? Il y aurait toujours des batailles à livrer, des guerres à mener et des seigneurs à contenter. Il soupira alors que la lune éclairait le vol d’une des dernières mouettes qu’il verrait avant plusieurs mois, avant qu’une autre bande de terre ne se dessine à l’horizon et qu’un des matelots hurle de joie.

    “TERRE! TERRE!” Crierait-il. Et tout l’équipage s’activerait, pris d’une soudaine frénésie pour venir jeter l’ancre sur ce nouveau monde, cette terre encore inconnue qui ne demandait qu’à être conquise et sur laquelle il pourrait poser le pied pour ne plus jamais regarder derrière lui.

    Il manqua ce remous sous la surface de l’eau, s’il n’avait pas été si absorbé par ses pensées il l’aurait vu et aurait pu donner l’alerte. Ça n’aurait rien changé, ou peut-être que oui. Impossible de le savoir. L’oiseau qui s’était posé quelques mètres plus loin sur le rebord du pont fut soudainement happé par un tentacule vif comme l’éclair et aspiré dans l’eau dans un cri de surprise à la fois drôle et terrifiant. Aucun des matelots qui flânaient sur le pont en cette belle soirée n’avait manqué l’incident. Pourtant l’eau était à plusieurs mètres en contrebas se dit-il, quelle créature était capable d’une telle chose?

    “CHOTGOOOOR” Se mit à hurler l’un des marins, et alors que la réalité qu’imposait une telle créature se frayait un chemin dans son esprit il ne put se poser qu’une seule question. Que faire?

* * *

    Le barde jaugea quelques instants son public, s’assurant à la fois de l’effet de son histoire et de son sort, il était important que l’illusion d’être en pleine mer demeure, sans y ajouter toutefois les cris des marins et le bruit de la bête qui approchait. Étaient ils satisfaits? Il espérait que si l’histoire était commune il avait su l’amener d’une manière attractive.

    Un chotgor messeigneurs! L’un des trois démons qui hantent les mers du monde! Rassurez vous l’oiseau n’a pas souffert, le pauvre n’a eu que quelques instants pour tenter de comprendre ce qui se passait. Et comme nous le savons tous, ces volatiles sont d’une stupidité… Nul doute qu’il est mort heureux persuadé d’avoir été saisi par une bourrasque un peu trop forte! Mais notre héros? Comment se nomme-t-il? Et surtout! Où va-t-il noble public? J’en appelle à vos lumières nobles seigneurs afin de résoudre ce mystère avant de pouvoir poursuivre ce récit ô combien épique!”

    Il se resservit un verre de vin en attendant que le public, et surtout les enfants, décident de la tournure que cette histoire devait prendre. Après tout à quoi bon suivre une ligne toute tracée quand on pouvait partager et faire en sorte que ce conte soit leur conte à tous. Une histoire unique qu’ils n’oublieraient jamais puisqu’ils auraient contribué à la façonner. Un grand sourire vissé aux lèvres le barde amplifia légèrement la force des vagues qu’il simulait, juste de quoi apporter une petite tension supplémentaire. Un brin de suspens!



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Luka Toen
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Dim 26 Nov - 19:17
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Profession : Historienne et naturaliste à ses heures perdues, médecin officiellement
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La foule demeura muette, subjuguée par le surplus d’efficacité du barde dont l’aptitude à la fascination avait fait des merveilles. Ici et là, une cuillère demeurait inerte dans une main suspendue à mi-chemin de la bouche de son propriétaire, une choppe s’égarait sur des cuisses trempées de pluie, et seule le tintement profond de l’eau contre la toile leur rendit toute l’ampleur de ce vide d’existence momentanée. Corps et âme, voilà qu’ils étaient absorbés par cet océan factice, ce navire esseulé et les grondements sous-jacents du chotgor dont les anneaux ne manquaient pas d’intimer un roulis effrayant dans leurs esprits enflammés. Luka sentit la petite sur ses genoux frémir, tendue à se rompre, ses yeux prêts à sortir de leur réceptacle s’il fallait au moins cela pour que le conteur reprenne le fil de son récit.

« Mais notre héros ? Comment se nomme-t-il ? Et surtout ! Où va-t-il noble public ? J’en appelle à vos lumières nobles seigneurs afin de résoudre ce mystère avant de pouvoir poursuivre ce récit ô combien épique ! »

Comme un enchantement qui se brise, chacun s’ébroua du rêve étrange où il s’était échoué. Si Luka entendit quelques soupirs désappointés face à ce suspens imprévu et la perspective d’un récit entrecoupé des élucubrations des enfants, ces derniers n’en parurent que plus enthousiastes. Quel monde adulte leur permettait-il de participer ? Fils et filles de marchands, voyageurs du moment, rares étaient les fois où leurs parents réclamaient leurs avis. En fait, c’était plutôt tout le contraire : au mieux s’ils se taisaient pouvaient-ils espérer obtenir une récompense sucrée sous la forme d’un dessert offert par les soins de la cuisinière. Depuis quand attendait-on des enfants qu’ils ne soient guère sages et matures, libre d’exposer leurs plus folles idées pour les voir prendre vie grâce aux dons d’illusion de leur hôte ? Car Odard n’était autre que cela en cet instant, le geôlier de toutes leurs divagations. Il avait pris à leurs yeux l’étoffe des héros et des personnages légendaires, détenteur de la clé de leur prison. Il était libre d’en faire ce que bon lui semblait !

« Appelons-le Jirya ! lança une petite fille plus intrépide que les autres, annonçant le début des hostilités dans ce tir croisé de propositions.

« C’est moche Jirya, ça fait trop fille. Il doit s’appeler Galkatorik ! Ça, ça fait guerrier. »

Il agrémenta son prénom d’un grognement barbare très convaincant, juste avant que sa mère ne vienne cueillir l’arrière de son crâne d’une légère taloche réprobatrice.

« Est-il en train de rejoindre la jolie Gharyn ? C’est là qu’elle habite ? »

« Elle pourrait être un Maître d’Orshin et dompter le Chotgor ! »

« Gawil ? Ric ? Garstan ! Mon grand-frère s’appelle aussi Garstan… »

Luka étouffa un rire, ne parvenant pas elle-même à suivre le rythme effréné des propositions qui fusaient. Tentatrice renarde, elle ne résista pas au délicat plaisir de cette discorde enfantine :

« Si vous ne vous dépêchez pas notre héros risque d’y passer. Les Chotgors ont la fâcheuse manie de s’enrouler autour des navires pour les briser… »

Elle omit de préciser qu’en temps normal les appendices électriques de l’animal suffisaient à instaurer le plus insondable des chaos, restreignant la fibre zoologiste en elle fascinée par l’étude de ces monstres des fonds marins.

« Oh, oh, je sais ! trépigna un gamin à sa droite. Ces terres inconnues pourraient être en proie à un mystérieux fléau qui rendrait fou tous ceux qui s’en approchent ! »

« Et le chotgor ne serait qu’une illusion dans leur tête un peu comme euh… »

« … L’Odyssée d’Ülyne ? compléta le père du dernier intervenant. C’est une vieille fiction qu’on lui lisait souvent avant de le coucher, expliqua-t-il à l’intention du public. Il l’adore. »



[Hrp : Mes excuses pour l'attente, je ne sais pas pourquoi mais je n'avais pas du tout vu ta réponse... Zolios est trop actif en ce moment. T.T]


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Odard Coursang
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Jeu 7 Déc - 20:19
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    Le barde massa sa barbe imaginaire pendant que chacun des enfants y allait de son petit commentaire, de son idée qu’il estimait meilleure que celles des autres. Et pour cause. Il pouvait contenter certains d’entre eux, tandis que les autres devraient attendre d’autres occasions de se démarquer. Celles-ci ne manqueraient pas, et il veillerait à ce que chacun des bambins aille se coucher en ayant eu l’impression qu’on avait conté son histoire, ainsi elle serait spéciale à ses yeux et il s’en souviendrait toujours.

    Un guerrier? Une illusion ou bien une mort atroce? Il y avait matière à raconter, mais au risque de perdre son public il préféra recentrer un peu son histoire.

    Mhh. Et bien mes chers amis, je dois dire que vous ne manquez pas d’imagination, ça non! Mais je dois vous rappeler quelques points du récit, sans quoi vous vous y perdriez et ma foi tout cela n’aurait plus aucun sens n’est-ce pas? Malheureusement très chère. Il jeta un regard attristé à la petite qui avait émis cette idée. La jolie Gharyn n’est plus et c’est tout le pourquoi de cette aventure, notre héros fuit les souvenirs qui s’envolent et part refaire sa vie ailleurs. Quant à la terre promise, elle est encore bien loin, ce n’est qu’un songe pour l’instant et notre navire est perdu en haute mer, à la merci du Chotgor.”

    Un regard circulaire à son public désormais silencieux et figé, ces dizaines de petits yeux qui ne voyaient en cet instant rien d’autre que lui.

    Mais revenons à nos pontons. Nos moutons? Que dis-je? C’est bien d’un ponton dont il est question! Et rappelez vous messeigneurs celui-ci se trouve en bien fâcheuse posture!”

    De nouveau il fit résonner le bruit des vagues sous la toile de tente, avec juste assez de houle et de vent pour que la scène paraisse inquiétante. Un frisson de doute et de malaise. S’il pouvait encore difficilement influencer l’esprit de plusieurs personnes à la fois il jouait sur ce genre de petits détails en attendant le jour où après des années de pratique il parviendrait à invoquer des scènes complètes jusque dans les yeux de son public. Mais il en était loin et aimait bien trop raconter ses histoires pour laisser un tour de magie le faire à sa place.

    Que faire hormis prier pour une aide qui ne viendrait pas? Impossible de fuir au beau milieu de l’océan quand les derniers radeaux étaient pris d’assaut par des matelots hurlants pour finir déchiquetés par la furie des flots et du monstre qui s’y déchaînait. Un épais panache de fumée noire s’élevait de la cale, signe que certains des marins avaient décidé de compliquer la tâche du Chotgor. Fichus pour fichus autant partir avec bravoure, et si cela parvenait à terrasser la bête au moins auraient ils délivré les mers d’un de ses pires fléaux avant de sombrer.

    Une odeur d’ambre musqué, et ces stridulations atroces qui percaient les tympans aussi bien que les tentacules perforaient les corps.

    Un grincement, une ombre qui s’allonge. Un mat qui s’écroule. Et tout ça pour ça? C’est la seule pensée qui traversa l’esprit de Galkatorik, avant que l’obscurité ne s’abatte sur lui comme un manteau trop lourd et trop épais.


   Et bim!” Odard frappa sèchement dans ses mains, faisant sursauter tout le monde et surtout les petits. Il espérait n’avoir pas été trop cru ni trop direct, inutile d’effrayer une horde de bambins quelques heures avant le coucher. Mais comme il n’avait aucune idée de la suite à donner à son récit il mettrait encore une fois son public à contribution. Et n’était-ce pas là le sel de toute cette histoire? Chacun d’entre eux pourrait se l’approprier, l’orienter à sa guise, ainsi tout le monde le conteur y compris serait surpris de son déroulement et de sa fin.

    Eh bien je vois qu’il n’y a là aucune illusion messeigneurs, le monstre est bien réel! Mais dites moi, selon vous quel miracle pourrait sauver la mise de notre cher guerrier? Une intervention divine peut-être? Où bien un second et bien plus gros Chotgor? Peut-être même un monstre que personne n’a jamais vu? Le choix est vôtre très chers! Mais hâtez vous car le temps presse, bientôt plus rien ne pourra être fait pour notre héros, et ne serait-ce pas là la plus terrible des fins?”

    Le barde hocha tristement la tête, la lèvre pincée en une petite moue désolée. Quoi que son public suggère il s’y adapterait, même s’il craignait que ces enfants ne l’entraînent sur des chemins qu’il n’aurait pas prévu. Mais c’était là tout l’intérêt d’un tel récit, et le but de ce partage, de cette communion entre un conteur et son public. Malgré le temps et le trajet difficile qu’ils vivaient tous, il passait une excellente soirée, une dont il se souviendrait longtemps. Et il comptait bien en profiter jusqu’au bout.

hrp:
 



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Luka Toen
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Mer 20 Déc - 23:32
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Profession : Historienne et naturaliste à ses heures perdues, médecin officiellement
Guilde +2 (femme)
Luka laissa le soin aux enfants d’assimiler les menues informations distillées ici et là par l’admirable conteur, et quoique le cri navré de l’une des petites filles à l’entente du décès de la jolie Gharyn fut suffisamment fort pour réveiller un régiment entier, il coula sur elle comme venu d’un autre monde. Non, il y avait beaucoup plus intéressant, et son ouïe se concentrait toute entière sur les perceptions illusoires qu’il faisait naître sans paraître les invoquer. Où était la limite d’un tel pouvoir ? Au jeu des ombres factices et poudres aux yeux, un fidèle de Khugatsaa se révélait fort redoutable. Mis au service de l’amusement de la communauté cette capacité n’avait rien d’effrayant : portée sur un champ de bataille ou dans la volonté évidente de nuire, quiconque pouvait se laisser sombrer sous les coups d’un chotgor imaginaire. Pour l’heure néanmoins la beauté évidente de la mise en scène primait sur tout véritable danger. Luka se sentait émerveillée de découvrir en elle un public réceptif à sa magie, car elle n’aurait guère voulu rater la quintessence du spectacle et n’apercevoir que les rouages grisâtres derrière le marionnettiste.

Ô spectateurs avisés, que choisirez-vous dans l’ensemble des possibles ? Esprits vivaces et prompts aux chemins de traverses, raccourcis biscornus alimentés d’une imagination fertile ; tel était l’apanage des enfants, rares élus au monde à pouvoir peupler un récit d’éléments inattendus que la cohérence n’étouffait pas. Ainsi Luka avait-elle déjà vu un témoignage historique se peupler de vaisseaux immenses, de dragons doués de parole et de héros inatteignables. Coupez leur un bras, il leur en repoussait quatre… Aussi fut-il logique que chaque adulte présent se prépare à sourire, l’alcool aidant, des propositions de leurs plus jeunes moutards. Alimentée de folklore confinant aux merveilleux, la culture my’trän offrait sa complète panoplie de choix avisés quant à la suite de cette histoire. Ce n’est pourtant pas un cri de joie qui traversa l’espace, ni même une idée enjouée. Le garçon d’à peine un peu plus d’une décennie qui ouvrit la bouche le premier eut le tort et l’éloquence de s’exprimer d’un seul souffle uni, comme s’il s’agissait davantage d’exorciser que de participer à une soirée animée :

« L’Inconnu pourrait apparaître... »

Partout ailleurs qu’à Zolios et Khurmag le public se serait interrogé de la véracité et de la pertinence de cette suggestion. Ici, elle prenait des contours et des reliefs qu’on ne lui aurait pas soupçonné… Les enfants se turent. Les adultes les imitèrent. Peut-être perplexes pour certains, un brin désarçonnés, un profond malaise évident trouant leurs habitudes enthousiasmées.

« Ce n’est qu’une légende, rit doucement l’un des hommes présent, à moitié pour affirmer tout haut ce que chacun pensait, et à moitié pour s’en convaincre lui-même. »

Il n’existait nulle preuve de l’existence de ce neuvième Architecte, bien plus encore désavoué que Bolgokh lui-même. Seules les histoires extravagantes racontaient le pacte passé avec Süns dans l’espoir de dernier recours d’épargner à son frère Khugatsaa une fin tragique. L’Inconnu, l’Architecte du chaos, le désordre pernicieux qui tente et affame les âmes pour mieux les détourner de leur destin. Exactement comme l’on croirait au croque-mitaine, sa figure s’était faite fictionnelle et argument pour assagir les enfants. Il était néanmoins de ces contes que l’on n’avait jamais prouvés… Car si personne ne l’avait vu, preuve en était bien que les autres Architectes parcouraient ce monde en « chair et en os ». Il avait donc été communément tacitement admis de ne pas provoquer ce que l’on ne connaissait guère : dans le doute, mieux valait éviter d’évoquer l’Inconnu et l’atmosphère malsaine qui régnait autour de lui.

« … Il pourrait proposer un pacte à notre héros en échange de sa vie, poursuivit vaillamment le garçon en dépit des regards désapprobateurs des adultes. »

Luka qui n’était pas My’trän fut heureuse que l’orage n’ait pas commencé à leur battre les oreilles d’éclairs. Les caravaniers dans leur ensemble auraient sursauté d’un seul bond, tant leurs épaules paraissaient crispées. Elle fit un signe discret à la cuisinière – il était temps de resservir une bonne rasade d’alcool pour distraire tout ce beau monde de leurs idées noires. Pour sa part, elle rajusta négligemment sa position, ignorant les protestations de la gamine sur ses genoux, puis opta pour une déviation possible de ce récit :

« L’Inconnu, ou Khar Darsan. Notre ami brumeux serait tout à fait du type à jauger la pureté de l’âme de notre héros pour mieux l’aider dans son combat. Un chotgor ne saurait être à l’abri de son pouvoir, qu’en dîtes-vous Messire ? Ou notre chotgor a-t-il la pureté et la fraicheur d’une agnelle, la bave et les crocs en plus ? »

Elle glissa un clin d’œil complice au jeune garçon responsable de cette chute de température, et il n’en fallut pas plus pour le revigorer un tantinet. Les contes avaient aussi leur part d’horreur, et cela n’en était que plus croustillant de frissonner à loisir sur des fables et élucubrations anciennes sans existence ! Khar Darsan avait au moins le mérite d’être connu et intimidant. A voir le virage que désirerait prendre leur barde par cette soirée pluvieuse, lui qui avait souvent la facétie de suivre son propre chemin.



[Hrp : Pour la référence à Khar Darsan. o/]


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Odard Coursang
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Dim 7 Jan - 22:13
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    De tous les scénarios qu’il avait préparé dans son esprit, aucun ne prenait une telle ampleur, il était pourtant sorti de la bouche d’un jeune garçon à peine sorti de la petite enfance qui avait proposé avec une sagesse surprenant un dénouement plausible et cohérent. Le barde lui sourit et hocha la tête avec déférence, ce petit avait de la suite dans les idées, et lui des idées pour la suite. Une belle collaboration, puisque le fondement de son métier était d’échanger il trouvait là le parfait vaisseau pour libérer l’imagination de son petit public tout en construisant quelque chose d’unique. C’était décidément une grande soirée, d’autant que les réserves d’alcool des caravanier semblaient inépuisables et ce malgré leur très bonne qualité. Un bon nombre d’entre eux auraient mal au crâne au matin mais cela n’en valait il pas la peine?

    Messires, mesdames! Je tiens à vous rappeler que toutes les légendes ont une origine, un fait un fondement! Ce n’est pas parce que nous n’avons pas vu l’Inconnu depuis des siècles qu’il n’existe pas, certainement pas messeigneurs! D’aucuns diraient que les Dieux n’existent que parce que nous croyons en eux, et que le seul fait d’invoquer son nom pourrait lui donner la substance nécessaire pour apparaître céans parmi nous nobles voyageurs!”

    D’un geste vif des mains le barde fit apparaître un nuage de fumée entre lui et les voyageurs, assorti d’un claquement sonore qui fit vivement reculer le premier rang. Le tout sous les rires d’Odard qui ne se lassait décidément pas de ce genre de tours.

    Exactement comme ceci très chers amis! Haha! Imaginez vous un être d’une telle puissance daigner nous illuminer de sa présence? Je crains nobles seigneurs que nous ne soyions hélas de bien trop faible importance. Mais cette idée est je vous le concède, des plus spectaculaires!”

    La jeune femme qui s’était prise d’une envolée lyrique en début de soirée proposait, avec justesse, de faire du Khar Darsan le juge et arbitre de l’affrontement entre le Chotgor et le navire. Et qui d’autre qu’un être de cette puissance pour faire face à une des pires abominations de ce monde? Odard hocha de nouveau la tête avec ferveur et désigna cette jeune dame.

    Voici une idée qui ne manque pas de panache très chère! Nul doute que l’Inconnu saura discerner le vrai du faux et récompenser le héros vertueux! Mais que se passera-t-il si d’aventure il découvrait dans les tréfonds de l’âme de notre héros de bien sombres choses? Je n’ose m’imaginer du côté de quel monstre irait sa faveur, mais ce ne sont là que suppositions n’est-ce pas?”

    Il avait de quoi construire le final de cette histoire en lui donnant corps et cohérence, et quel bonheur que d’être surpris par la tournure que prenait son propre conte! Avec un grand sourire le barde leva les mains et s'apprêta à prendre la parole alors que les enfants s’étaient tous figés d’un seul homme, fébriles d’excitation.

    Aussi connaîtrons-nous le dénouement de cette fable épique demain, car je vois plein de petites mains frotter d’aussi petits yeux, signe chers amis qu’il est temps de reléguer nos plus jeunes voyageurs à leurs couches. Mais soyez assurés que la nuit porte conseil et que demain soir à la même heure nous découvrirons tous ensemble l’issue de cette histoire!”

    Le barde se leva et s’inclina tandis qu’une horde de bambins déçus se levaient en protestant. Belle jeunesse se dit-il, cela faisait longtemps qu’il n’avait pas suscité un tel engouement chez son public, une piqure de rappel de la passion et de la magie de l’enfance.

    Vous avez tous été exceptionnels ô nobles enfants, et n’ayez crainte, vous aurez réponse à toutes vos questions demain au soir! En attendant, tâchez de vous imaginer ce qu’il pourra bien advenir de Galkatorik! J’attends vos conclusions demain à l’aube, qui sait, peut-être que l’un d’entre vous parviendra à deviner la suite de l’histoire! Je vous souhaite une bonne nuit mes chers! Et si certains parents souhaitent partager une chopine j’en serais le plus heureux sachez le!”

    Nul doute qu’une partie d’entre eux resteraient, ne serait-ce que pour terminer ce qui avait déjà été servi! Pour les autres et ceux qui se sentaient gagnés par la fièvre une bonne nuit de repos ferait le plus grand bien. Le barde déposa son Luth sur une caisse toute proche et se leva pour aller se servir un énième verre, mais au point où ils en étaient tous, à quoi bon compter?



- Odard s'exprime en #0099ff -
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Luka Toen
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Dim 21 Jan - 19:53
Irys : 594730
Profession : Historienne et naturaliste à ses heures perdues, médecin officiellement
Guilde +2 (femme)
Luka retint avec justesse un soupir de soulagement lorsque la diablesse de petite fille qui avait siégé jusqu’alors sur ses genoux lui fit la grâce de s’éloigner. Endolorie par une position tenue durant autant de temps, Luka prit le soin de s’étirer non sans réprimer une profonde envie de bâiller et de se frotter les yeux à la manière des enfants. La soirée avait été convenablement remplie, la journée dans la poussière des routes beaucoup plus fatigante qu’un combat en bonne et due forme. Et au-delà de tout, la tension maintenue par leur conteur avait épuisé bien des réserves d’énergie, l’adrénaline et l’attention étant des ressources fort chères au corps. Ses articulations enfin revigorées, elle mit à profit le temps de flottement que chacun mit à s’extraire de ses songes pour se remettre à vivre et poursuivre le fil de son plan. Autrement dit, louvoyer jusqu’à sa proie, l’objet de sa curiosité depuis les débuts de cette soirée, et le cribler de questions s’il lui permettait une telle connivence entre inconnus. Mais elle ne pouvait pas s’adonner à une telle tâche sans arme, car l’on n’affronte jamais les sirènes sans plan stratégique : leurs voix vous endorment et vous poussent à l’oubli jusqu’à la noyade imprévue. Aussi se glissa-t-elle comme une ombre jusqu’à la cuisinière dont le rôle n’était autre que la garde de leur unique réserve d’alcool, pour lui soustraire d’un sourire deux chopes bien remplies.

« Merci Serbie, je te revaudrais ce surplus de rations. »

Un clin d’œil après, et notre indésirable guetteuse se fondait dans la foule pour mieux intercepter le conteur loquace.

« Vous cherchez ceci peut-être ? »

Elle lui présenta l’une des deux choppes à hauteur d’yeux, un sourire tout de charme sur les lèvres et l’amicalité d’une connaissance de longue date.

« Ne refusez pas un verre en l’honneur de vos talents, Messire, car vous nous avez tous éblouis ce soir. »

« Et comment ! Pour une fois que les enfants sont tranquilles… surenchérit l’un des parents à portée d’ouïe. Prévenez-moi si d’aventure vous repartez en caravane, je ferai des pieds et des mains pour en être. Voire vous laisser mon Rëmhy en charge ! »

L’homme rit de bon cœur et porta sur ces entrefaites un toast à la gloire du barde. Luka ne savait pas si la perspective de jouer les gardiens d’enfants le ravirait, lui qui s’enthousiasmait de raconter une multitude d’histoires colorées mais se gardait bien de se mêler à son jeune public. Où se trouvait son tempérament dans toute cette poudre aux yeux, l’essence de ce qui constituait sa vraie personnalité hors de la scène ? Elle l’observa sans se cacher, évidente curiosité qu’elle lui portait depuis les coulisses. Ses vêtements étaient soignés, sa chevelure aussi rousse que la sienne et une façon de se mouvoir qui avait l’élégance de la vie pleinement savourée. Elle-même ne portait pas autant de nuances d’arc-en-ciel sur elle, bien qu’elle appréciait la couleur. Cette dernière n’était simplement pas pratique en observation naturelle et pour se conserver à l’abri des regards indiscrets… Et pourtant, elle pensait pouvoir se targuer d’une personnalité plutôt heureuse et joviale.

« Vous avez raison, trinquons pour la bonne santé et la réussite de notre ami ! »

A son tour elle leva son verre, un bref instant tentée de remettre à plus tard le sujet qui la taraudait réellement. Mais on ne change pas le tempérament d’un animal, et Luka se surprit à ouvrir la bouche dans la foulée pour mieux aborder le personnage :

« Une interrogation ne cesse de m’intriguer, comment parvenez-vous à produire tous ces effets de scène ? Votre magie est spectaculaire, j’ai rarement vu quelque chose d’aussi beau. Ne vous fatigue-t-elle point… ? N’avez-vous pas peur de rendre vos illusions trop réelles ? Vous êtes conteur et musicien de métier ? »

Elle comprit l’étrangeté de la situation et eut le désir immédiat de se justifier. Un brin gênée, elle s’empressa par conséquent de mieux préciser la nature de sa curiosité et les raisons qui la justifiaient :

« Voyez-vous, je ne suis qu’une humble pérégrine passionnée par ces sujets… J’espère que vous ne m’en voudrez pas de mon manque de tact si je vous ai froissé, mais vos tours m’ont éblouie. Je me suis dit que je n’aurais peut-être plus l’occasion dans ma vie de pouvoir parler à un véritable fidèle de Khugatsaa. Et nous n’avons qu’une seule existence, n’est-il pas ? Où en serait la saveur si ce n’était pas pour se jeter à l’eau ? »

Elle lui sourit, la tête pleine d’hypothèses. Jusqu’où lui permettrait-il de pousser le bouchon ?


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Odard Coursang
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Jeu 25 Jan - 22:23
Irys : 473463
Profession : Barde
My'trän +2 ~ Khurmag
    Pas nécessairement toujours à l’aise avec des enfants qui s’avéraient souvent difficiles à contrôler, le barde était satisfait de constater que cette histoire leur avait plu et qu’aucun parent n’avait eu à courir à travers la tente à la poursuite d’un bambin hurlant. Tout aurait pu finalement se dérouler d’une manière bien pire et maintenant que tous les petits êtres avaient gagné leurs couches il était temps pour les plus grands de s’attaquer aux réserves d’alcool de la caravane. Il fut d’ailleurs ravi de voir arriver une chope dans les mains de la jolie rousse qui lui offrit à boire avec un sourire familier du plus bel effet.

    C’est un des avantages du métier de barde, celui d’échanger de partager avec les gens, de faire en sorte qu’ils aient l’impression de vous connaître. Ainsi une fois sorti de scène le ménestrel est le plus souvent accueilli comme un vieil ami car durant une soirée ou bien une nuit tous ont vécu ensemble de bien belles ou au contraire de terribles aventures. Mais tous ressortent grandis de cette communion entre un artiste et son public, pour assez souvent finir par se saouler jusqu’à en oublier son propre nom. Chose qui dérangeait d’ailleurs rarement les uns ou les autres.

    Ah voilà qui tombe à pic! Je vous remercie très chère, j’étais justement à la recherche de quelque chose à boire! C’est que voyez-vous, parler sans cesse a du bon, mais cela vous accable d’une soif…”

    Il saisit la chope tendue et s’inclina devant les compliments qui lui étaient faits. Depuis toutes ces années c’est quelque chose qu’il appréciait toujours à sa juste valeur comme l’unique récompense dont il ne verrait jamais le bout, ce sentiment d’être utile et apprécié. Et bien que son égo prenne parfois des proportions quelque peu démesurées il faisait en sorte de toujours rester humble face à son public, sans quoi celui-ci se lasserait et la ruine et la solitude ne seraient pas loin, prêtes à frapper et à l’enterrer pour de bon.

    Je vous remercie nobles seigneurs, sachez que votre satisfaction est le sel qui me pousse à continuer chaque jour d’exercer ce fabuleux métier. Ça et ne nous le cachons pas, l’impossibilité de rester plus de quelques jours au même endroit.”

    Hochant la tête au parent qui s’était exprimé il se demanda un instant s’il pourrait se spécialiser dans les spectacles pour enfants. Probablement pas, même si ces derniers se révélaient être de redoutables spectateurs et des comédiens hors pair avec qui s’ennuyer était virtuellement impossible. Il ne pouvait en revanche pas se permettre de vexer cet homme qui finalement ne voulait que le bien de tous.

    Mais totalement messire totalement! Bien que je n’ai pas de projets à plus de quelques jours d’avance je vous promets que si d’aventure nous nous retrouvions à partager de nouveau la même caravane j’aurais pour ce cher Rëhmy une attention toute particulière!”

    Les trois adultes qui étaient finalement restés de grands enfants levèrent leurs verres à cette soirée et aux nombreuses autres chopes à venir. Il serait bien dommage que la caravane atteigne sa destination avec des stocks intacts, alors ils en profiteraient. Et si jamais ils en abusaient un peu trop ils auraient au moins le réconfort de ne pas avoir à marcher le lendemain.

    À la votre mes seigneurs, à la votre!”

    Restait la question de ses tours qui intriguaient toujours autant. La plupart des adeptes de Khugatsaa donnaient l’Illusion au monde de ne pas exister en restant cloîtrés dans leur Khurmag natal, ce qui en accentuait la rareté et l'intérêt qu’on leur portait. Loin de le déranger le barde aimait plus parler de sa magie que de lui-même mais se prêtait tout de même volontiers à l’exercice.

    Et si je vous disais gente dame que ces tours sont plus le fruit de votre imagination à tous que des choses réellement conjurées? Bien que je vous assure que vous voyez tous les mêmes choses, il est bien plus facile de créer la magie dans l’esprit de quelqu’un que de lui donner vie dans le monde réel. Mais à ce jeu là les yeux n’y voient que du feu et le résultat est identique! Si ce n’est que c’est bien moins épuisant, même si ça l’est toujours naturellement, cela n’aurait pas la même saveur si c’était facile à réaliser n’est-ce pas?”

    La mention des pérégrins fit ouvrir de grands yeux à Odard qui n’en avait rencontré que peu, ces derniers prenant généralement soin d’éviter My’trä. La ferveur religieuse de certains adeptes étant ce qu’elle est, les non-mages étaient parfois mal reçus, mais cette femme semblait totalement à l’aise dans son rôle et grand bien lui fasse! Le barde n’était pas du genre à lui jeter la pierre, bien au contraire. Il nourrissait par nature une véritable fascination pour tout ce qu’il ne connaissait pas, et si les Daënars étaient rangés dans la catégorie des abominations les pérégrins restaient pour lui une source d’émerveillement.

    Tiens donc! Une pérégrine? Voilà que vous flattez mes envies d’exotisme très chère! Dites moi tout! Mon métier m’a en effet permis de beaucoup voyager mais à mon grand damn je n’ai jamais quitté notre bonne vieille contrée, nul doute que vous serez à même d’étancher ma soif de nouveauté! Rassurez vous ma mie il faudrait plus qu’une saine curiosité pour me froisser, jetez vous à l’eau je vous prie, n’hésitez surtout pas! Mais j’aimerais avant tout connaître votre nom très chère, est-ce là une demande raisonnable?”

    Vu la fascination qu’ils nourrissaient l’un pour l’autre cette conversation risquait de durer une bonne partie de la nuit, ou bien jusqu’à ce que l’un d’eux ne parvienne plus à aligner trois mots, ce qui dans le cas d’Odard n’était ni rare ni difficile à achever. Il souriait de toutes ses dents, ravi de cette nouvelle rencontre et de la quantité d’histoires qu’il apprendrait par la même occasion.



- Odard s'exprime en #0099ff -
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Luka Toen
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Dim 11 Fév - 17:16
Irys : 594730
Profession : Historienne et naturaliste à ses heures perdues, médecin officiellement
Guilde +2 (femme)
Ainsi Messire était un homme de grands chemins. Il avait la bougeotte, et c’était bien, une véritable qualité aux yeux de notre rousse éprouvée rarement restée à un endroit fixe plus de quelques jours. Et encore, il s’agissait uniquement de respecter les ordres des Cercles pour lesquels elle effectuait divers remplacements à plus ou moins longues échéances. Sitôt les termes de son contrat complétés, elle s’empressait de prendre la poudre d’escampette… Elle s’amusa de se dire qu’elle aurait pu effectuer à l’heure d’aujourd’hui un métier semblable à celui d’Odard si son sens de la musicalité n’avait pas été aussi catastrophique. Elle s’en sortait raisonnablement en histoire, tant qu’on ne lui demandait pas d’abimer les foules dans une satisfaction absolue. La connaissance du passé était une chose, abandonner pour une poignée de minutes ses passions scientifiques en était une autre.

« Vous avez bien raison, de nos jours il y a tant à voir qu’il serait fort dommage de rester au foyer pour gérer une tripotée de marmots comme le voudrait la société. Enfin, il s’agit d’un autre charme tout du moins, s’empressa-t-elle d’ajouter, prudente, lorsqu’elle capta le regard un peu trop houleux d’une mère à proximité. »

Elle se positionna en équilibre contre l’un des tonneaux qui avait servi d’assise un peu plus tôt, tout à la fois pour se donner contenance et pour soulager son esprit un tantinet trop embrumé par les rumeurs de l’alcool. Oh, elle était loin de son plein potentiel, mais elle n’avait pas peur des soirées aussi alcoolisées qu’il se devait lorsque l’on avait quelque chose à fêter. Et un conte bien mené n’en faisait-il pas parti ? Il pleuvait, il faisait frisquet, le sol était imbibé de boue… Quel meilleur temps pour se réchauffer les veines d’une liqueur douteuse ? Il y avait là un plaisir vieux comme le monde.

« C’est impressionnant ! Vous pouvez donc matérialiser autour de vous tout ce qu’il se passe dans l’esprit de votre interlocuteur… ? Cela signifie-t-il que vous possédez un accès direct à ses pensées ? Ses souvenirs ? »

Réflexe profondément humain et prévisible, Luka se mit soudainement à surveiller de très près ses pensées hiératiques. Comme une enfant pris en fraude, elle s’astreignit à ne rien penser du tout si ce n’est le mot « choppe », le répétant mentalement tel un mantra destiné à être transmis au barde. Alors, les yeux sceptiques et plissés, elle observa son visage à la recherche du signe énonciateur qu’il recevait son message. Avais-je précisé que le mot maturité ne s’appliquait pas toujours à Luka… ?

« J’ai ouïe dire pourtant que certaines illusions pouvaient marquer profondément quelqu’un. Qu’elles sont d’un tel réalisme qu’elles se matérialisent parfois concrètement. Il m’est arrivé par le passé de soigner un grand brûlé suite à un différend avec la milice de Reoni. Si tout cela n’est que le fruit de notre imagination, comment expliquez-vous que cette dernière se retourne contre nous ? N’avons-nous pas le pouvoir de mettre un terme à ce que notre propre esprit créé à la demande du mage ? »

Elle ne se voulait aucunement inquisitrice, son ton ouvert et le discret sourire qui flottait perpétuellement à la périphérie de ses prunelles invitant plutôt au débat et à la conversation libre. Il avait eu le « tort » de ne pas se fâcher de sa curiosité, et voilà qu’il avait ouvert la bergerie au loup : Luka ne comptait pas s’en priver. Les My’träns disposés à l’échange lorsqu’il s’agissait de leurs pouvoirs et de leur philosophie étaient plus rares qu’un Architecte s’ébattant dans son environnement naturel !

« N’avez-vous pas par ailleurs des scrupules à gagner l’imagination d’autrui, et donc ce qui forme quelque part son matériau le plus intime ? Voire… De vous y perdre par moments. Je n’ose imaginer ce que cela doit représenter d’être parasité par l’esprit d’une multitude d’êtres aussi différents les uns des autres. Il faudrait avoir une personnalité et des murailles mentales solides. »

Choppe, se souvint-elle de répéter pour la centième fois, l’évidence de ce qu’elle tentait de faire visible à dix mille sur ses traits concentrés. Son attention fut pour autant mise à mal par la mention de sa non présentation. Elle grimaça intérieurement, réalisant l’image qu’elle devait renvoyer au musicien : une demoiselle fort impolie qui en oubliait les usages élémentaires. Pauvre de son grand-père qui devait s’en retourner dans sa tombe malgré ses tentatives pour l’éduquer !

« Mille excuses, ma curiosité est une amante indésirable et tout à fait jalouse. Impossible de faire quoi que ce soit de normal avec elle dans les parages, au point que j’en oublie même de me présenter… »

Elle lui offrit sa main tendue, un immense sourire franc sur les lèvres avec un petit quelque chose d’éméché :

« Luka Toen pour vous servir Messire. J’officie au sein des Cercles de l’Aube et me suis jointe à cette caravane en tant que médecin secondaire. Grand bien leur en fasse, nos conducteurs ont été assez malins pour prévoir l’épidémie et m’engager en doublon. Si votre gorge vous fait souffrir ou si votre instrument vous chauffe trop les doigts, n’hésitez donc pas à venir me voir. J’ai quelques décoctions qui devraient vous plaire. »

Elle crut bon d’ajouter afin de ne pas passer pour une psychopathe de première :

« Je connais pour ma part votre prénom car les gens parlent beaucoup de vous depuis que nous avons pris la route. Vous les… Intriguez si j’ose dire. Et je crois comprendre pourquoi. Vous ne faites pas tout à fait partie du commun des mortels. Où avez-vous donc appris à jouer pareille merveille musicale ?! »


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