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Chroniques d'Irydaë
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 :: Les terres d'Irydaë :: My'trä :: Kharaal Gazar
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 Le tourment des songes

Althéa Ley Ka'Ori
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Jeu 2 Nov - 21:12
Irys : 825229
Profession : Guérisseuse du Troisième Cercle
My'trän +2 ~ Suhury




Althéa parcourait les rues de Busad, ennuyée. Elle sortait éreintée du dispensaire du quartier, où du renfort était fréquemment dépêché de Darga pour pallier aux pénuries de guérisseurs locaux. Elle achevait à ce jour son voyage de médecin itinérant, remplacée par un confrère qui arriverait le lendemain à l’heure où elle cavalerait vers la capitale qu’elle chérissait… Ou presque ? C’était là l’origine de son ennui. Darga l’avait conquise, trois ans auparavant, par sa majesté, sa diversité, et plus que tout, par l’omniprésence de son architecte. Mais ses racines nomades ternissaient à présent son expérience, donnaient à chaque aspect de sa ville de cœur des allures fades de par leur familiarité. Elle aspirait à nouveau à la découverte, à l’inconnu. A trop connaître la ville, elle en avait perdu son émerveillement originel, le charme s’était tout simplement dissipé. Le crépuscule la couvrait à présent aux yeux de sa subjectivité.

Darga lui faisait une impression similaire à celle qui nous empoigne à la vue d’un vieux jouet, usé et usité mille fois. Une fois les premiers émois passés, l’objet n’est beau qu’en souvenir, on ne s’y rattache que par nostalgie ; il ne nous reste dans les mains qu’une pâle copie de ce que l’on a reçu quelques jours, quelques mois, quelques années plus tôt, et si on y attache quelque valeur sentimentale c’est simplement pour tenir dans sa main la preuve concrète d’une émotion immatérielle et dépassée. On dit pareil de l’amour passionnel, songea Althéa. Pourquoi alors promettre sa vie à un être, à une ville, qui nous lassera éventuellement ? Peut-être Darga et moi ne sommes plus faits l’un pour l’autre, seule l’habitude nous maintient ensemble.

Un brouhaha agité se fit entendre dans une rue adjacente à celle qu’elle arpentait, et Althéa y prêta une oreille attentive. Les protestations qui fusaient éveillèrent sa curiosité naturelle. De ce qu’elle put déchiffrer des propos jetés en désordre, les my’träns accusaient une jeune femme de servir Daënastre. Cette dernière s’en défendait avec vigueur, lançant à qui l’écoutait encore :

« Je ne vous veux aucun mal, je suis ici pour trouver un médecin ! »

La guérisseuse n’était pas l’incarnation de l’altruisme, c’était peu de le dire. Même une somme conséquente n’aurait su attiser quelque velléité de porter secours à la première venue, qui plus est une supposée Daënare. Elle observa donc la scène de son expression imperturbable, son regard ambré jugeant sans passion la façon dont un my’trän parvint à sauver la mise de la jeune femme. Cette intervention, ce Deux ex machina malvenu, lui déplut tout à fait ; il ne fallait prendre la technologie à la légère. Accepter la présence étrangère relevait déjà de l’insouciance, tolérer la technologie constituait à ses yeux une limite à ne pas franchir.

Elle s’improvisa donc enquêtrice, et demeura dans la rue plus longtemps que de raison, alors que la foule se dispersait et que les commères lançaient les rumeurs qui feraient jacasser dans les jours à suivre. "Elle a atterri en vaisseau du ciel, vous dis-je ! Paré d’engins technologiques que je ne saurais tous nommer !", ou même "Elle a brandi son arme qui fait boum sur Joliane ! Elle a failli mourir !". Dans un temps où rien n’est vérifiable, la diffamation est monnaie courant, mais s’épuise aussi vite qu’elle est apparue.

Les deux individus jouèrent une scène pathétique, où la brune sembla remercier son sauveur improvisé. Ils se dirigèrent tous deux vers une taverne, et Althéa invita l’opportunité à bras ouverts. Elle s’engouffra à leur suite, et s’assit suffisamment loin pour ne pas déplaire à la bienséance. Sa curiosité et sa soif d’aventures quelles qu’elles soient ne furent pas satisfaites pour autant. Les deux protagonistes semblèrent discuter sans heurt pendant les longs instants d’intense observation de sa part, la jeune femme visiblement reconnaissante que le malentendu ait été dissipé. Les Daënars étaient donc capables de pacifisme ? Ou peut-être avait-elle dit vrai, et elle ne s’apparentait nullement à leurs ennemis de toujours, mais à une autre catégorie qu’Althéa ne saurait identifier. La deuxième possibilité lui sembla plus plausible.

Dans ce cas, sa recherche de médecin l’intéressait davantage que de mettre à jour quelque méfait de sa part ; il constituait un prétexte viable pour se détourner de Darga un temps supplémentaire, et envisager de nouveaux horizons peut-être. Elle demeura pensive, alors que le temps s’écoulait docilement, et que les secondes s’égrenaient sans but. Dans un soupir résigné, elle sortit un petit carnet de notes à vocation médicale, arracha une des pages finales, et inscrivit quelques mots sur le papier martyrisé.




Spoiler:
 


Althéa finit son verre, et paya le garçon pour qu’il remette sa missive, quittant la salle commune dans la foulée. Le lendemain, elle s’attablerait à nouveau, accompagné de son petit lait matinal, dans l’attente du départ. Si l’étrangère ne répondait pas présente, sa destination serait Darga, si elle montrait son joli minois, ma foi, elle serait ravie, à sa façon, d’entreprendre quelque nouvelle mission en contrée inconnue.


Dernière édition par Althéa Ley Ka'Ori le Ven 12 Jan - 15:47, édité 1 fois
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Lizzie Seavey
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Ven 24 Nov - 8:18
Irys : 303722
Profession : Chasseuse de primes - Pirate
Pérégrins -1 (femme)




Quelle étrange journée, se dit Lizzie en reposant sa plume. Elle venait de finir une lettre pour Billy, lui expliquant les récents événements, ce qui lui avait permis de se replonger la tête dedans. Son aventure avec Faye, les retrouvailles avec les Nara'än, la découverte du mal qui les rongeait, sa quête pour un docteur my'trän, ses mésaventures avec la population de Busad, son sauvetage inattendu par un forgeron local, et finalement, cette lettre inespérée glissée pour elle dans la taverne où elle s'était rendue avec Akirss.

Althéa Ley Ka'Ori. Pas de doutes, avec un tel nom, c'était une my'tränne. Un don des Architectes, si Lizzie y avait cru. Malgré les doutes de la femme dans sa lettre, elle était parfaitement, ce qu'elle recherchait. Et si elle devait se passer de ses "instruments technologiques" pendant un certain temps, elle le ferait. Pourtant, quand elle décida de tous les poser sur son lit pour évaluer ce que ça représentait, la jeune femme se dit que ça allait certainement être plus problématique que prévu... C'est qu'elle était une vraie casserole humaine ! Elle décida de garder toutes ses lames, l'acier n'étant certainement pas considéré comme une prouesse technologique. Ce ne fut qu'à regrets qu'elle se sépara de sa carabine, son revolver, leurs munitions, son couteau Suüisz et sa boussole. Elle consigna le tout dans un coffre de l'auberge où elle résidait, n'ayant aucun doute sur le fait que personne ne viendrait la voler. A quoi bon se rendre malade pour des armes n'ayant pas d'intérêt sur ce continent... Au dernier moment, elle reprit néanmoins son revolver, qu'elle cacha au fond de son sac à dos, enveloppé dans des vêtements. C'était trop dur de tout laisser derrière elle. Après avoir nourri Delkhar, Lizzie le laissa s'envoler avec la lettre pour Billy, puis alla se coucher. Une grosse journée l'attendait le lendemain.

~~~

A l'aube, Lizzie pénétra dans la taverne où elle était venue hier. Il y avait quelques travailleurs en train de prendre leur petit déjeuner, mais elle sut tout de suite qui elle était venue voir, même si elle ne l'avait pas vue la veille. Assise à une table, sereine, se tenait une jeune femme d'une grande beauté, dans une posture droite et calme, la regardant avancer, un verre de petit lait devant elle. Lizzie se dit que si elles n'avaient pas vécu sur deux continents différents, on aurait pu les croire soeurs. Leurs cheveux étaient précisément de la même couleur, leurs traits doux et fins. La fauconnière se demanda même si son pirate de père n'avait pas eu une femme sur ce continent, mais elle écarta l'idée, se disant que cela n'honorait aucunement le docteur devant elle. Prenant une chaise pour s'asseoir devant elle, Lizzie sourit à Althéa.

- Bonjour Althéa. Ravie de faire ta connaissance. Tu peux m'appeler Lizzie.

Le tutoiement était spontané chez Lizzie, qui prenait rarement des pincettes avec les gens et perdait pas de temps en politesses inutiles. Cela surprenait souvent les gens, mais elle espérait que son interlocutrice ne soit pas trop décontenancée.

- Deux chevaux nous attendent à l'entrée de la ville pour nous rendre chez la tribu des Nara'än. Leurs enfants sont touchés de maux difficiles à comprendre, commençant par des cauchemars et ayant déjà mené pour deux d'entre eux à la mort. J'ai fait appel à un médecin my'trän parce qu'eux non plus ne supportent pas la technologie. Je n'ai pas grand chose à t'offrir, mais j'espère qu'on pourra convenir d'un arrangement pour le service. Dès que tu auras fini ton verre et posé toutes les questions qui te passent par la tête, nous pourrons partir.

Le ton de la voix de Lizzie était posé et doux. Elle avait besoin de se faire une amie d'Althéa, mais sa présence avait quelque chose de rassurant qui faisait qu'elle en avait aussi envie. Cela commençait à devenir monnaie courante dans la vie de Lizzie, qui s'était fait plus d'amis en quelques mois qu'en toute une vie. Mais ce n'était pas désagréable...



Chibi Lizzie
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Althéa Ley Ka'Ori
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Mar 5 Déc - 0:37
Irys : 825229
Profession : Guérisseuse du Troisième Cercle
My'trän +2 ~ Suhury
La dénommée Lizzie fit son entrée dans la taverne comme décrit plus en arrière. Alors qu’elle s’approchait, Althéa la dévisagea sans retenue aucune, avec cet air singulier de jugement muet qui jurait parfaitement avec la candeur naturelle de son visage. Il y avait là une contradiction relative entre chaleur et sécheresse, la frontière étant ténue lorsqu’on prenait le temps d’y songer.
La guérisseuse n’avait pas douté une seule seconde de sa venue, à en juger la détresse que Lizzie avait exprimée le jour précédent ; elle n’en demeurait pas moins incertaine de vouloir venir en aide à une ennemie potentielle. L’œil songeur, quoiqu’inquisiteur, elle l’invita à s’asseoir face à elle sans qu’un seul mot ne franchisse ses lèvres pincées. La tension était palpable aux yeux de tout observateur averti ; elle se décelait dans sa façon de se tenir droite et dans le pli discret de ses sourcils autant que dans ses clignements de yeux trop peu fréquents pour ne pas refléter quelque méfiance résiduelle.

A cet instant, ignorant tout des ennuis de Lizzie, elle quêtait quelque signe de maladie chez son interlocutrice, mais il se refusait pourtant à ses sens. Elle en déduit qu’elle ne devait être que la commanditaire, le patient serait à venir. La jeune femme ne tarda pas à confirmer sa supposition, et elle ne fut pas déçue de l’ampleur de son malheur (si une telle formulation fût adéquate). La franchise et le pragmatisme de la noiraude eurent le mérite d’alimenter son estime à son égard. Pas de pleurnicheries, pas d’hypocrisie, de lamentations inutiles, seulement des faits, concis et percutants.

« J’en déduis qu’ils ne vous ont pas suivi à Busad… »

Une expression indéchiffrable s’était déposée sur ses traits ; de la fatigue, de la frustration face au voyage à venir ? Ou était-ce simplement une pose réflexive ? Quoi qu’il en soit, elle céda bientôt la place à un soulagement passager, discret ; il s’agissait de My’träns, de simples My’träns, à servir comme usuellement. Rien d’inhabituel en soit, si ce n’est les circonstances de leur mal qui avaient ce côté intrigant des symptômes incohérents.

« Lizzie, c’est bien ça ? Quel lien te rattache à cette tribu ? »

Elle avait posé la question sans crier gare, désireuse d’en connaître davantage sur sa cliente avant de se pencher expressément sur l’objet de son inquiétude. Il fallait admettre que la situation était surprenante : une tribu abhorrant la technologie, mais dont la messagère était dotée de celle-là-même ? Il fallait une confiance aveugle ou une insouciance affolante pour se placer dans une telle situation.
Lorsqu’elle reprit la parole, ce fut d’un air grave :

« Avant d’entrer dans le vif du sujet, j’aimerais mettre les choses au clair. Je ne veux aucun arrangement entre nous deux ; pas d’entente, pas de contrat. Je suis au service du peuple My’trän et de mon Architecte, pas de toi. Je présume que la tribu saura accueillir une guérisseuse comme il se doit pour sa part, en pain et en abri, et je me moque éperdument des Irys qu’il en découlera. »

Encore une fois, ses iris impénétrables ne permettaient pas une lecture approfondie de ses propos. Etait-ce de l’altruisme, un dévouement poignant pour son peuple, ou simplement pour son dieu ? La dernière option était la plus plausible. Pour le reste, cela importait peu ! Après avoir prononcé ces paroles, elle se détendit manifestement sur sa chaise, allant jusqu’à s’adosser contre son dossier.

Dans le mouvement qu’elle entreprit, une plume d’apparat se détacha de sa chevelure, pour chuter avec délicatesse, par vagues légères, jusqu’à se déposer sur sa jambe. Pensive, elle contempla la blancheur diffuse qui en émanait, et cette présence indirecte de son architecte lui tira le premier sourire fugace de la matinée. L’inquiétude sur son visage se dissipa, l’anxiété sur ses mains s’effaça. Lentement, elle releva les yeux pour observer la lactescence rassurante que contenait son verre, comme un deuxième signe de Möchlog. Ses yeux ambrés poursuivirent leur route pour rencontrer les émeraudes d’autre part de la table, et elle émit un rire bref qui contrastait fort avec son déplaisir apparent jusqu’alors.

Son sourire se fit plus affable et son expression plus avenante. Elle ne put qu’admettre qu’il lui semblait reconnaître en Lizzie un peu de sa personne, si ce n’est que physiquement. Ses yeux verts avaient la clarté dont les siens étaient dépourvus. Pour le reste, la même chevelure de jais, la même douceur des traits, une pâleur relative et une silhouette similaire les caractérisaient. Avec un peu de temps, elles pourraient bien s’entendre.
Aussi ses mains se croisèrent sur la table à la façon des négociateurs investis dans ce qu’ils s’apprêtent à proférer, et ce fut maintenant avec une bienveillance nouvelle qu’elle déclara :

« Bien, maintenant que mes conditions sont posées, je suggère que nous nous mettions en route, et que nous profitions du voyage pour m’informer sur le mode de vie des Nara’än. De leur régime alimentaire à leurs rituels, rien n’est bénin tant que l’on ignore de quoi ils souffrent.
Ce que je sais en revanche c’est qu’on ne meurt pas d’un cauchemar, aussi affreux soit-il. J’aurais privilégié la voix des hallucinations par ingestion de… produits naturels s’il s’était agi d’adultes responsables, mais leur jeune âge m’interpelle. Il se peut qu’ils s’empoisonnent sans s’en rendre compte...
»

Elle sembla pensive l’espace d’un instant. Puis, s’extirpant de ses pensées, elle se saisit de son verre et l’engloutit d’une traite, le reposant avec douceur sur la table. Elle déposa quelques pièces tout à côté, et l’une d’elle, rebelle, fit plusieurs tours le long de son arête avant de s’immobiliser totalement. Althéa indiqua la porte, prête emboîter docilement le pas à sa nouvelle compagne de voyage. Avec un ton dépourvu de toute hostilité, presque taquin, elle s'enquit :

« Et bien, qu’attendons-nous pour partir ? »
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Lizzie Seavey
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Dim 4 Fév - 14:48
Irys : 303722
Profession : Chasseuse de primes - Pirate
Pérégrins -1 (femme)
Scrutant le visage d'Althéa pour tenter de la sonder, Lizzie avait du mal à comprendre ce qui se passait derrière ses yeux de bronze. L'adepte de Möchlog était difficile à déchiffrer, ce qui la rendait encore plus intéressante. Si elle aurait préféré la rencontrer dans d'autres circonstances, elle se rendit vite compte que cela n'aurait pas été favorable pour elle. La brune semblait méfiante quant à Lizzie, à raison. Elle ne savait encore rien de ses activités criminelles habituelles, mais rien que le fait de voir une femme ne provenant pas de son continent la mettait déjà en garde. Il faudrait la rassurer, se dit Lizzie. Et rester vague sur son passé de pirate, cela ne l'aiderait en rien à se faire apprécier d'Althéa, qui devait être une jeune femme droite et honnête.

- Ils ne m'ont pas suivis. C'est une tribu nomade où chacun a un rôle bien spécifique, et emmener les enfants ici constituait un risque pour l'équilibre de toute la tribu. Deux autres messagers de leur clan sont partis dans d'autres capitales my'trännes, et je me suis proposée pour les aider. Les Nara'än m'ont recueillie il y a bientôt un an, après le naufrage de l'aéronef où je travaillais. Toute Däenar que je semble être, ils ont eu dans un premier temps pitié de moi, puis se sont aperçus par la suite que je ne partage pas les idées agressives et belliqueuses des technophiles. On ne choisit pas l'endroit où l'on naît... Par contre j'ai choisi de ne pas considérer Daënastre comme une patrie à servir et à défendre. Je ne suis qu'une voyageuse et ils ont accepté ma présence parmi eux en tant que telle.

Lizzie guettait la réaction d'Althéa à ces propos. Elle espérait la rassurer en étant le plus sincère possible, sans rentrer dans le détail de ses réelles activités qui l'avaient éloignées en premier lieu de la mentalité des Daënars. Difficile de se sentir appartenir à ce pays lorsqu'on naît fille d'une prostituée et d'un pirate recherché par la loi... Elle écouta en silence la jeune femme parler de ses conditions. La louve ne fit que hocher la tête pour confirmer que les Nara'än l'accueilleraient comme il se doit, mais elle se posait des questions. L'avait-elle vexée en lui proposant une rémunération ? Les paroles de la brune étaient secs et concis, on sentait qu'elle était réticente à l'idée de traiter avec Lizzie. Pourtant, c'était bien la my'tränne qui était venue vers la pérégrine, alors pourquoi être méfiante à ce point ?

Elle passa sa main dans ses cheveux dans un signe d'inquiétude. La pirate continuait à essayer de lire dans ce visage fermé, qui était plongé dans son lait, quand tout à coup la jeune femme releva la tête et éclata de rire. Comme par magie, le visage d'Althéa se modifia singulièrement, et sa beauté transparut d'autant plus qu'elle souriait. Son attitude avait complètement changé en l'espace d'une seconde et semblait tout à coup beaucoup plus encline à accepter la présence d'une technophile à ses côtés. Son ton s'était adoucit et elle partageait désormais ses pensées avec Lizzie. Bien qu'elle ne sache pas ce qui avait provoqué ce revirement de situation, la jeune femme décida d'en profiter et de continuer sur cette lancée. Le verre fut vidé d'une traite - après tout, ce n'était que du petit lait - et des pièces déposées sur la table. Une dose d'adrénaline devait avoir été ingérée par Althéa en même temps que le lait, au vu de son ton impatient. Lizzie lui sourit, puis se releva d'un geste vif, impatiente de retrouver les Nara'än, et surtout de trouver une solution à leurs problèmes.

- Allons-y, docteur. Je vous dirais tout ce que je sais sur la route.

Trente minutes plus tard, les deux femmes sortaient de la ville sur leurs chevaux. Pendant le trajet, qui devrait durer jusqu'au soir, Lizzie s'affaira à donner à Althéa tous les renseignements qu'elle avait sur les Nara'än. Ces derniers se nourrissaient de la chasse et la cueillette, et passaient une grande partie de l'année à l'orée de la jungle de Kharaal Gazar, où ils étaient présentement installés. Lizzie elle-même avait été trouvée par les chasseurs de la tribu non loin d'Etsiin. Une fois par an, ils se rendaient en pélerinage sur les terres de Zagash pour faire du commerce et rendre hommage à Dalaï, oeuvrant ainsi à la réconciliation des peuples de Zagash et Kharaal Gazar comme leur Architecte est médiateur entre Dalaï et Delkhii. Lizzie espérait qu'Althéa se rende compte que sa connaissance des moeurs et croyances des my'träns la rendait différente des autres étrangers. Elle respectait leur religion, même si elle même n'avait pas leur foi envers ces divinités qu'ils appelaient les Architectes. Pourtant, la preuve était là: ils possédaient des pouvoirs dont les Daënars étaient dépourvus. Lizzie jeta un coup d'oeil discret à Althéa. Que pensait-elle de tout cela ? Etait-elle de ceux qui jurait de tuer tous les Daënars croisant son chemin ? Espérant que ce n'était pas le cas, elle se mit alors à lui raconter ce qu'elle savait sur la maladie.

- Comme je disais, ça commence par des cauchemars. Pas des cauchemars habituels d'enfants, ils semblent extrêmement réalistes et s'attaquent aux pires phobie qu'ils ont. Je ne parle pas que de monstres et de légendes, mais de choses plus profondes, qu'eux mêmes ne comprennent pas parfois, comme la disparition d'un parent ou la peur du ridicule. Après la puberté, ils ne semblent pas affectés. Plus les cauchemars deviennent intenses, et plus les enfants ont du mal à marcher, bouger, respirer, jusqu'à ce qu'ils finissent par être complètement paralysés et, comme je disais, meurent. Deux familles sont déjà en deuils, mais cinq autres enfants sont touchés, et l'un d'entre eux, Tinaï, est dans un état critique. Le Khorog ne lui donne plus que quelques jours...

Lizzie connaissait bien Tinaï. C'était le fils de Youna et Miklaun, le couple chez qui elle avait résidé pendant sa convalescence après le naufrage. Tinaï était un garçon de huit ans, souriant et curieux, qui lui avait appris beaucoup de choses sur le clan et les my'träns, et sur la vie en général. Le petit garçon avait éveillé des instincts maternels puissants chez Lizzie depuis le moment où elle avait posé les yeux sur lui. Et elle n'accepterait pas de le voir mourir sans rien faire. Si elle essayait de ne rien transparaître dans son discours, le resserrement de son poing autour de ses rennes parla certainement pour elle.

- Tu penses peut-être que je n'ai rien à faire avec ces gens, mais je veux les protéger comme ils l'ont fait pour moi. Ce n'est pas qu'une faveur que je leur dois, je l'aurait fait même sans ça, car ils sont chers pour moi, comme une deuxième famille. Je ne pouvais rester les bras croisés en voyant leurs enfants, avec eux leurs espoirs, s'effondrer les uns après les autres.

Le dos droit, la tête vers l'avant, Lizzie était prête à faire ce qu'il faudrait pour aider Althéa à sauver les Nara'än. Alors que le soleil commençait à se coucher dans le lointain, elle leva son bras et montra un petit point noir au-dessus duquel s'élevait un peu de fumée.

- Voici le camp. Hâtons nous pour y arriver avant la nuit. Les Nara'än répondront au reste de tes questions. Ce sera ensuite à toi de démontrer que tu as eu raison de venir...

Liant le geste à la parole, la pirate mit son cheval au galop. Elle ne mettait pas en doute les capacités d'Althéa, et elle le lui fit comprendre en se retournant vers le médecin avec un sourire. Aurait-elle souri, si elle avait su ce qui l'attendait ?



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Althéa Ley Ka'Ori
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Sam 3 Mar - 1:17
Irys : 825229
Profession : Guérisseuse du Troisième Cercle
My'trän +2 ~ Suhury
La tribu infectée étant nomade, le cœur d’Althéa n’en fut que plus enclin à leur venir en aide. Un éclair fugace venu du passé illumina momentanément ses pupilles, comme le réconfort qui s’installe à l’évocation d’un ami cher ou d’un parent adulé. Elle n’attendait qu’à constater le lien qui unissait Lizzie avec son clan d’adoption, et supposer que leur choix fut raisonné. Peut-être alors, par l’intermédiaire des My’träns, elle viendrait à placer sa confiance chez une étrangère. Non pas qu’elle accorde une confiance immédiate à ses compatriotes non plus.

    « Je vois. »


Elle lui accordait le bénéfice du doute. En soi, c’était un honneur, et le premier pas d’une relation cordiale. Si sa voix trahissait un intérêt, elle n’en demeurait pas moins neutre de tout jugement. La suite des événements se déroula comme relaté précédemment, et elles furent bientôt à dos de cheval, en direction de l’emplacement supposé des Nara’än. Althéa semblait plus à l’aise dans cette nature retrouvée, loin de la nuisance urbaine. Un air satisfait sur le visage, elle écoutait attentivement les dires de la pirate insoupçonnée. Althéa ne pouvait le nier, sa façon de parler de la culture my’trän ravivait chez elle une certaine fierté patriotique. Elle esquissait des sourires et répondait par des commentaires polis. Parfois, elle partageait les coutumes de sa propre tribu, qui vivait également de chasse, de cueillette et de négoce, et qui voyageait plausiblement autant que les Nara’än. Elle en exprimait très peu sur elle-même, mais elle était prompte à comparer les habitudes des deux clans pour dénoter les potentielles différences expliquant que l’une souffrait d’un mal inconnu tandis que l’autre était indemne. La discussion était autant courtoise qu’inquisitrice, le résultat d’un examen approfondi des patients autant qu’une curiosité personnelle.

Toutefois, le ton perdit de sa légèreté lorsque les symptômes furent énumérés. La guérisseuse cessa momentanément de parler, toute entière à l’écoute et la réflexion. Des cauchemars ? Parmi toutes les maladies répertoriées dans sa mémoire, aucune ne se laissait présager par des rêves ! Elle aurait tôt fait d’écarter cette information si les occurrences n’avaient été aussi fréquentes ; une contradiction n’était que trop rarement anodine, même dans un milieu aussi imprévisible que la médecine. Elle masqua son trouble au mieux, souhaitant presque se convaincre que ces cauchemars jouaient un rôle secondaire dans le mal qu’elle devrait soigner. Mais le côté insolite de leurs rêves était pourtant avant-coureur d’un problème incongru, et peut-être l’indice clef du mal qui les rongeait.

    « Les cauchemars ne tuent pas, puisse Möchlog me prouver le contraire si ma certitude est infondée. Mais il y a, j’en suis sûre, une réponse plus concrète à leur état. »


Elle préservait l’idée dans un recoin chaud de sa mémoire, désireuse d’expliquer sa présence, mais préférait ne pas se cantonner à de potentielles fausses pistes. Quelque part, cette absence de cohérence incommodait sa rigueur ; les questions sans réponse étaient un comble pour sa curiosité débordante. A l’histoire de Tinaï, elle ne put que compatir en silence. Elle projetait son clan sur le sien, sa famille sur la sienne, et inévitablement, calquait ses peines et ses inquiétudes sur ses propres appréhensions. Une pulsion empathique poignit dans son cœur, et elle l’accueillit à bras ouvert car elle stimulait généralement ses compétences médicales. Elle laissa couler une pause respectueuse avant de reprendre la parole. Elle ne comprenait que trop tard que son animosité envers la technologie avait été prise pour du chauvinisme. Or, si elle ne portait pas particulièrement les non-My’träns dans son cœur, elle ne les portait pas non plus en ennemi systématique. Sa voix s’adoucit, et les barrières érigées plus tôt s’effondrèrent entre son interlocutrice et elle.

    « Je ne juge pas de la légitimité de ta présence en My’trä, seulement de celle de la technologie que tu arborais hier. Si les Nara’än ont pris soin de toi, et que tu leur rends, alors je n’ai qu’un devoir, c’est de répondre à ta demande d’aide... Et Tinaï vivra. »


Elle acquiesça au reste, contente que le trajet ne fut pas plus laborieux. Elle avait hâte -si le mot convenait en de telles circonstances- de constater le drame de ses propres yeux, et d’avoir les outils en main pour le résoudre. Elle ne pouvait pas assurer pleinement que les enfants survivraient, mais il était peu de blessures que Möchlog ne savait panser. Dans le pire des cas, et si le dénommé Tinaï tenait bel et bien plusieurs jours, elle pourrait quérir la présence d’un maître du dispensaire. Mais autant dire que sa fierté en prendrait un coup irrémédiable. Aussi irrémédiable que la maladie !

    « Lizzie, une dernière chose. Si tu pouvais rester avec moi au cours des auscultations, ce serait apprécié. Ils auront naturellement tendance à en révéler plus si tu es présente, et toute interrogation de ta part, même futile en apparence, pourrait expliquer bien des choses. »


Par précaution, et pour anticiper la complexité de l’enquête à mener, elle préférait requérir un intermédiaire, à la fois familier avec les patients et auquel elle-même était réceptive. La pérégrine avait l’esprit clair et une façon plaisante de présenter les faits, elle comptait sur sa perspicacité pour noter des anomalies de comportement chez les patients – celles qui de toute évidence échapperaient à la guérisseuse. Quelques pas de chevaux plus tard, et la fumée se rapprocha, le point noir à l’horizon se mua en un campement bien vivant et grouillant d’activité. Althéa mit pied à terre, et salua courtoisement les curieux et les responsables qui s’approchaient vers les nouvelles venues, notamment pour saluer Lizzie. Lorsque vint son tour de se présenter, Althéa se permit une expression conciliante, jetant un bref regard sur sa commanditaire.

    « Althéa Ley Ka’Ori, du clan nomade des Mahere et guérisseuse envoyée de Darga. Je viens à la demande de Lizzie ausculter les enfants malades de votre clan. A commencer par Tinaï, qui sauf méprise, serait dans un état critique. »
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Lizzie Seavey
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Mar 8 Mai - 19:28
Irys : 303722
Profession : Chasseuse de primes - Pirate
Pérégrins -1 (femme)
Au fur et à mesure que les deux jeunes femmes se rapprochaient du camp, le visage de Lizzie se fermait et son regard se faisait dur. Elle était vraiment inquiète pour les Nara'än, et elle espérait qu'Althéa se montrerait à la hauteur de ses attentes. Elles passèrent les premières tentes, attirant l'attention des quelques présents en ce début de soirée. Deux jeunes s'approchèrent pour les accueillir, et la pirate descendit de cheval pour les saluer. Alors que de nouveaux curieux sortaient des tentes pour voir qui elle avait ramené, elle tendit la bride de sa monture à l'un des adolescents pour qu'il s'en occupe. La jeune femme se tourna vers l'adepte de Möchlog, et la laissa se présenter. La guérisseuse était sûre d'elle en s'adressant aux Nara'än. On se tourna vers Lizzie et celle-ci acquiesça d'un air sérieux pour confirmer les dires de la my'tränne. Une femme s'éloigna alors vers une grande tente et en ressortit quelques secondes plus tard accompagnée de Khudan, le Khorog du clan.

C'était un homme grand et sec, le visage creusé par l'âge, portant une épaisse barbe poivre et sel sous son crâne chauve. Il s'avança d'un pas décidé vers les deux femmes, alors que les autres membres du clan se poussaient pour le laisser passer. Un petit hochement de tête envers Lizzie fut sa seule salutation en même temps que son remerciement. Khudan n'avait jamais été très expressif. Il s'arrêta devant Althéa, puis lui fit signe de le suivre. Elles se mirent alors en route vers une autre grande tente, que Lizzie savait servir actuellement d'infirmerie. On avait monté cette tente pour accueillir les jeunes malades et les surveiller jour et nuit. Il y avait là trois enfants assis par terre en train de jouer avec des adultes. Ils semblaient fatigués. Sur un lit était couché un jeune garçon à la peau tannée par le soleil. Ses yeux étaient ouverts mais il ne semblait pas réellement être là. Une femme à qui il ressemblait beaucoup se tenait à côté de lui. Elle se leva en voyant Lizzie et accourut près d'elle pour lui prendre les mains.

- Ça va aller Youna, j'ai ramené une guérisseuse pour vous aider. Elle va ausculter Tinaï.
- Amisgal soit louée ! Vous allez le sauver, n'est-ce pas ?

Cette dernière phrase était adressée à Althéa, et Lizzie se doutait que ce ne serait pas une réponse facile à donner. Elle s'approcha de Tinaï, qui la reconnut quand elle arriva. Il lui saisit lui aussi la main et esquissa un faible sourire.

- Tu es une hallucination, toi aussi, Lizzie ? Tu ne ressembles pas à mes cauchemars, pourtant...
- Je suis là, je suis près de toi Tinaï. Ça va aller. Regarde, c'est Althéa, elle va t'aider.

Alors qu'elle laissait la place à Althéa, Lizzie se tourna vers Youna, suspicieuse.

- Il a des hallucinations maintenant ?
- Depuis hier matin. Ses cauchemars semblent continuer une fois réveillé, il voit des choses horrifiques qui ne devraient pas être là. Et la douleur s'amplifie, sans qu'on ne sache d'où ça vient...

Une jeune femme entra alors dans la pièce. Avec sa petite taille et son visage fin, on ne lui aurait pas donné plus de douze ans au premier regard, mais elle avait pourtant l'âge d'Althéa et officiait dans la guilde comme guérisseuse, à son niveau. Huaine, c'était son nom, s'approcha d'elles et entra en discussion avec l'adepte de Möchlog. Dans un coin, Khudan observait la scène sans parler, alors que les trois autres enfants s'étaient rapprochés de lui et lui réclamaient maintenant une histoire comme il en avait le secret. Leurs parents les ramenèrent alors à leurs petits lits, il était l'heure de manger - et de laisser le Khorog en paix. Lizzie observa Huaine donner sa soupe à Tinaï. Elle avait les traits creusés et les sourcils froncés, ce qui lui donnait un air encore plus enfantin. Son visage de poupée était tiraillé par la fatigue. Mais n'y avait-il que ça ?

- Ça va, Huaine ? Tu te sens bien ? Tu dors un peu, quand même ?
- Oui, oui, ça va, ne t'inquiète pas. Je dors peu pour garder un oeil sur Tinaï.
- Elle a fait un cauchemar la nuit dernière.

Huaine jeta un regard noir à Youna, elle ne voulait visiblement pas que ça se sache. Elle reprit ensuite un air apaisé, voulant calmer les inquiétudes.

- Rien de bien grave. Ça doit être les événements qui me perturbent.

Lizzie posa ses yeux sur Althéa. Que pensait-elle de tout cela ? Si une adulte commençait elle aussi à avoir des cauchemars et être atteinte des mêmes maux, cela voulait-il dire que la maladie ne touchait pas que les enfants ? La pirate se leva alors, annonçant qu'elle sortait chercher deux rations pour la guérisseuse et elle. Une fois servie, elle s'assit sur un rocher avec ses deux bols de soupe, attendant l'autre brune et son premier verdict. Plus loin, deux adolescents étaient assis en tailleur devant une femme d'une quarantaine d'années, qui leur parlait en faisant de grands gestes. De temps à autre, leurs cheveux étaient balayés par une rafale de vent, ou alors le sable se levait devant eux dans un petit tourbillon avant de retomber. Bien vite, les deux adolescents se mirent à imiter ses gestes. Lizzie finit par comprendre qu'ils s'entraînaient à la magie, bien qu'elle soit incapable de la percevoir elle-même. Curieuse, elle posa ses bols sur le rocher et s'assit elle aussi en tailleur. Se concentrant pour essayer de canaliser une quelconque énergie, la brune commença à imiter leurs vastes gestes. Tout à coup, alors qu'elle avait les deux bras écartés formant un rond, un mouvement suspect derrière elle la surpris et elle tomba à la renverse, faisant tomber dans le même élan l'un des deux bols de soupe qui atterrit sur sa tête. La pirate posa alors le regard sur la personne derrière elle, celle qui l'avait surpris, en soulevant le bol de soupe pour mieux la regarder, alors que le liquide chaud se déversait sur sa tête.

- Euh... Tu m'as surprise... J'étais euh... en train de faire... enfin bref.

Code couleur:
Tinaï: #99ff33
Huaine: #996633
Youna: #ff99ff



Chibi Lizzie
Paroles de Lizzie: #33ccff
Paroles de Emshaï: #339900
Paroles de Akhir: #cccc00
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Althéa Ley Ka'Ori
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Mer 1 Aoû - 0:33
Irys : 825229
Profession : Guérisseuse du Troisième Cercle
My'trän +2 ~ Suhury
Althéa se fit violence pour conserver une impassibilité exemplaire ; toute la compassion du monde ne soulagerait Youna d’aucune manière. Bien au contraire, les effusions d’espoir et de réconfort ne faisaient souvent que drainer le peu de force qui subsistait dans le cœur des proches, puisqu’elles concrétisaient la gravité de la maladie, lui octroyaient un ancrage dans la réalité des autres qui amplifiait leur propre perception de leur fléau. De surcroît, les faux espoirs formaient une gangrène plus ravageuse sur le plan spirituel que la maladie en question, il était peu avisé de les entretenir sans raison. Ce précepte l’arrangeait grandement, elle qui ne se souciait que du malheur de ses proches. Elle avait des principes tout au plus, mais des centaines de malades périssaient de blessures trop importantes ou de maladies trop furtives pour être soignées à temps ; la mort d’un inconnu, de bas âge ou non, ne l’importunerait que par fierté d’avoir échoué. Elle était trop maligne pour le laisser paraître toutefois. Comme à son habitude, elle serait mesurée et attentive dans le choix de ses mots pour ménager les sensibilités et les attentes de chacun.

    « Möchlog en décidera, et je serai son plus dévoué émissaire, vous avez ma promesse. »


Elle se savait un peu sentencieuse, mais elle ne pouvait se résoudre à promettre monts et merveilles quand elle n’avait pas même étudié le terrain. Tinaï s’approchait d’ailleurs, le regard vitreux et absent. Huaine en profita pour se présenter, et glisser quelques mots à son homologue, mais elle semblait démunie face à la situation qui s’aggravait de jour en jour. Uniquement des enfants, qui plus est ! Le fait qu’elle-même ait eu un cauchemar ne devait pas être considéré comme une simple coïncidence, bien qu’elle restât fort évasive sur la question, et peu désireuse de lier cette histoire à la maladie qui accablait les plus jeunes. Pourtant son apparence laissait deviner de multiples traits puérils forts assimilables aux autres occupants de l’infirmerie. Était-ce un simple concours de circonstances qu’elle parût si juvénile ? Elle mémorisa cette information dans un coin de sa mémoire.

Une fois renseignée, Althéa demanda à s’entretenir avec Tinaï, dont les symptômes seraient les plus éloquents au vu de son état critique. Elle détacha sa cape et l’étendit à même le sol. Elle s’y assit et invita l’enfant à la rejoindre, un sourire avenant sur le visage qui jurait totalement avec son impénétrabilité antérieure. Sa main cueillit celle de l’enfant et elle le fit s’asseoir en face d’elle, captant tous les signaux de son corps via son don, en quête d’une anomalie, d’une manifestation étrangère.

    « T’es une amie de Lizzie ?
    - Oui, nous sommes très proches elle et moi, mentit-elle dans l’espoir de gagner sa confiance.
    - Pas autant que moi !
    - Tu as raison. C’est pour toi qu’elle m’a fait venir ici. »


Le garçon eut un frisson inexplicable et sa main s’échappa de l’étreinte de la sienne. Il s’agitait nerveusement, le regard soucieux, et l’œil presque larmoyant. Avait-il vu quelque chose ? Il se pencha avec précaution, et murmura d’une voix tremblante :

    « Il ne faut pas parler trop fort, les monstres sont là. Papa et maman me disent qu’ils existent pas. Mais je sais qu’ils sont là. »


Elle l’avait égaré. La guérisseuse réfléchit un instant, l’air grave, puis elle leva sa main libre, les englobant tous deux d’un voile de lumière doré, un bouclier contre ces chimères qui se reflétaient dans ses yeux éprouvés et innocents sans jamais prendre consistance. Le dôme les recouvra tout à fait, et elle posa une main à sa surface pour prouver son authenticité. Les sourcils froncés, le gamin fit de même, puisqu’il n’accordait plus confiance à ce que lui montraient ses yeux.

    « Oh… Ça brille. Comme tes boucles d’oreille ! Elles sont faites pareilles ? »


Non, évidemment que non.

    « Oui. Ce sont de tout petits boucliers qui me protègent de beaucoup de choses. Tu en veux une ?
    - Oui !
    - Alors je te la donne, à condition que tu répondes à mes questions, ça te convient Tinaï ? »


La jeune femme décrocha une des billes incandescentes et la posa au creux de sa paume. Elle n’avait pas cessé d’analyser le corps de l’enfant, mais c’était davantage son état de terreur que physique qui l’interpellait. Il ne provenait pas uniquement de ses pensées ou d’irréelles phobies, ses organes eux-mêmes produisaient sciemment ces molécules génératrices d’angoisse. Il y avait quelque chose de surnaturel à ce qu’il s’inflige pareil supplice.

En revanche, elle ne tira pas grand-chose du récit de ses hallucinations et cauchemars. Ses mésaventures étaient décousues, et ne comportaient aucune caractéristique commune. Elles se déroulaient spontanément à n’importe quel moment de la journée, et aucun contexte récurrent ne les précédait. Tout au plus elles se démarquaient par leur régularité. Il mangeait à sa faim, buvait à sa soif, dormait avec peine, mais n’avait rien altéré de sa routine au cours des dernières semaines. En dépit de cela, les lésions internes abondaient là où l’adrénaline rongeait les organes et mettait en péril sa vie. La guérisseuse ne pouvait que constater ce mécanisme d’autodestruction sans pouvoir l’inverser.

Althéa finit donc par rendre Tinaï à son lit d’infirmerie, se résignant à lui léguer l’ambre lumineuse pour le protéger du danger. Cette maladie orpheline, et cet air apeuré avaient eu raison de sa carapace, elle se sentait à présent plus investie dans son sort. Il faudrait en venir à bout, ou les regrets la tarauderaient. Au-delà de ce filet d’émotion, quelque chose de plus pervers suscitait son goût du défi. Elle se complaisait dans les situations inextricables.

La disciple de Möchlog se glissa hors de la tente, le pas délicat, trop peut-être. Elle fit sursauter Lizzie de peur, laquelle tomba en catastrophe, emportant avec elle une bonne rasade de soupe. Le bol formait un nouveau chapeau d’apparat au sommet de son crâne, et des plus tendances, messieurs dames !

    « Euh... Tu m'as surprise... J'étais euh... en train de faire... enfin bref.
    - Tu étais en train de… ? sourit-elle malgré elle. Faire la danse de la pluie, ou de t’essayer à la magie ? Il semblerait que la première option soit la plus plausible. »


Elle n’osa pousser la plaisanterie plus loin, la technologue risquait de considérer son ironie comme un manque de professionnalisme au regard de la situation critique de ses pairs. Néanmoins son intérêt pour les arcanes augmentait son estime à son égard d’une bonne longueur ! Aussi, elle s’assit près d’elle, la mine plus grave, et le regard plus profond qu’auparavant. Elle laissa la soupe restante pour Lizzie, la réflexion lui coupait toujours l’appétit.

    « Cette maladie est inédite. Il y a quelque chose qui génère de l’angoisse chez ces enfants, elle s’ancre dans leurs corps jusqu’à infecter leurs esprits, mais je n’arrive pas à en déterminer la source, et Huaine non plus. S’il s’agissait d’un parasite quelconque, je l’aurais détecté, mais il n’y a absolument rien. Tinaï a de nombreuses lésions internes en plus d’être bouleversé psychologiquement. C’est le problème des maux aux multiples symptômes, ils attaquent sur tous les plans et les rendent moins évidents à traquer… J’ai des dizaines d’informations contradictoires, mais aucune véritable piste. »


Althéa reporta son attention sur son interlocutrice, constatant que ses cheveux étaient trempés. Elle porta instinctivement sa main à son front, soucieuse d’alléger quelque peine.

    « Pardon, tu n’es pas brûlée ? »


Elle n’avait pas prêté suffisamment attention à elle, trop absorbée dans ses pensées. Heureusement la soupe était tiède, et elle eût tôt fait de régénérer l’épiderme à peine malmené. Elle poussa un soupir résigné, plongeant à nouveau dans sa réflexion. Elle embrassait pleinement son rôle de guérisseuse, et n’en sortirait pas tant que les enfants ne seraient pas tous morts ou tous rétablis. D’ailleurs, un point de conflit demeurait. En entendant les râles de l’enfant, elle avait fini par le questionner sur son asthme, à quoi il avait rétorqué fermement et à plusieurs reprises ne jamais avoir été asthmatique.

    « Tinaï a des difficultés à respirer, était-ce le cas autrefois ? Il m’assure que non, mais les dommages sont si importants sur ses voies respiratoires que j’ai tendance à les penser abîmées de naissance. Si c’est un symptôme nouveau alors cela met d’autant plus en évidence la possibilité d’un agent extérieur plutôt qu’interne… Mais le comble, c’est que cela rajouterait des possibilités plutôt que d’en enlever. Il faut que nous vérifiions leur régime alimentaire, les herbes médicales qu’ils ingèrent, absolument tout ce qui sont à leur portée. Et peut-être reloger la tente de l’infirmerie, changer complètement leurs draps et leurs vêtements. »

Althéa acquiesça de la tête à ses propres mesures. Elle semblait calme, mais son cerveau était en ébullition.

    « Avant toute chose, je vais passer la nuit auprès des enfants pour les soigner, ils sont dans un état inquiétant. Je peux au moins tempérer leur mal-être, et donner un peu de repos à Huaine. »
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