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Chroniques d'Irydaë
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 Epreuve 6 : Un soupçon de bonheur

Orshin
Orshin
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Epreuve 6 : Un soupçon de bonheur  EmptySam 11 Juil - 23:53
Irys : 120177
Profession : Passeur de balai
RAPPEL : Soyez imaginatifs, ne restez pas accroché sur des acquis que le sujet semble vous délivrer, vous n’êtes pas obligé d’être amical avec votre contrepartie, la réciproque est vraie, on ne peut que vous conseiller de ne pas prendre les épreuves trop littéralement, mais de tout de même respecter les consignes pour ne pas faire un hors-sujet

Description :

Les longs voyages font les plus lourds fardeaux, c’est bien connu. Vous êtes allé en enfer et vous en êtes revenus, vous avez vécu de grandes aventures sans jamais savoir si vous ne reverriez un jour la tranquillité de votre foyer. Peut-être n’était-ce rien de très dangereux, mais quelque chose vous manque. Dans les moments difficiles, de solitude, vous vous êtes toujours accroché au souvenir de quelqu’un de quelque chose et après une éternité passée loin de lui, d’elle, de cela, enfin vous lui revenez. Racontez-nous vos retrouvailles avec votre soupçon de bonheur.

Jil
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Epreuve 6 : Un soupçon de bonheur  EmptyDim 12 Juil - 9:42
Jil

Jil en quelques mots:
 


Les premières lueurs du jour éclairèrent le visage de l’institutrice depuis longtemps ; elle plissa les yeux en levant une main protectrice. Les portes de l’Enfer s’étaient solidifiées au milieu des Terres d’Emeraude, et elle n’avait jeté qu’un coup d’œil distrait au malheureux qui les avait invoquées : il était passé à côté d’eux, les épaules basses et le regard fixé sur le sol, une résolution sombre dans les yeux. Elle était escortée de près par deux Démons comme on en faisait plus, vêtus des anciennes tenues traditionnelles. Leurs grandes ailes chitineuses étaient apparentes, elles rougeoyaient encore des lueurs des braises, et le soleil leur conférait un aspect terne et charbonneux. Jil soupira un dernière fois, avant de se retourner :

« C’est l’heure, c’est ça ? »

Celui qui se tenait sur sa droite était avachi sur sa lance, un sourire narquois plaqué sur les lèvres. Il hocha la tête sans rien dire. Le vicié à sa gauche, lui, était un peu plus grand, et se tenait un peu plus droit. On aurait presque pu lire de la tristesse dans ses yeux, qu’il tentait vainement de masquer avec une grimace similaire, suffisante et prétentieuse, ainsi qu’il était correct d’aborder pour les siens. La rousse laissa s’épanouir un large sourire sur ses lèvres, et ouvrit grand les bras :

« Allez, un dernier. Venez ! »

Elle fit un pas en avant, et les deux Démons levèrent les yeux au ciel avant de prendre part à l’accolade. Elle éclata de rire et les serra fermement contre elle, avant d’asséner une claque sur le postérieur d’Aphudel, que toute mélancolie avait quitté.

« Vous allez me manquer !
— Par le foutre de Bhüta Räja, c’est pt’être bien la première fois qu’on me la sort, celle-là ! Tu ferais mieux de te barrer avant que j’décide de te ramener par la peau du cul !
— Comme Raziel y dit. ‘Tention qu’on change pas d’avis !
— Mais vous savez que j’aimerai bien rester en plus ! Mais tu sais comme c’est, Phu-phu, le boulot, et puis faut bien que je m’occupe un peu de mon chien…
— T’aurais pas le problème si t’adoptai un Berger Cendré, lâcha-t-il en désignant le molosse enflammé qui se tenait immobile, un peu plus loin. Ça s’entretient tout seul, et puis c’est super pratique pour les barbecues.
— Sans vous ?! Hors de question. Et puis quel intérêt si je ne peux pas profiter de la piscine de Raz ?
— Et de l’orgie, ajouta l’intéressé.
— Et de l’orgie !
— Bon, c’est un aurevoir alors ? s’enquit le plus grand.
— Evidemment, gros bêta ! Faites quand même attention à vous, le travail n’a pas l’air tranquille. Oh, au fait ! Je t’ai rendu ta dague ? Mince, j’suis sûre que je te l’ai pas rendue, commença-t-elle en marmonnant, jetant son sac à terre pour y fouiller aveuglément. C’est tout moi, ça, tu me passe un truc et pouf, l’instant d’après j’oublie que je l’ai mis là – enfin j’espère qu’il est là, et pas…
— C’est bon, Jil, tu peux la garder, la coupa-t-il, un sourire féroce aux lèvres, t’auras qu’à te faire pardonner la prochaine fois que tu viens.
— Hé ! Et moi ? protesta Raziel.
— Je m’occuperai des deux, va, et elle déposa un furtif baiser sur ses lèvres sèches, avant de faire de même avec son compère. Allez, je file ! Tu feras la bise de ma part à Marie ?
— Si elle me bouffe pas la moitié du visage avant ça, promis. A la prochaine, Professeure !
— Ouais, barre-toi avant que j’t’attache !
— Presque envie de rester, du coup… »

Le Démon avachi fit mine de lui donner un coup pied, et elle fit un bond en arrière en éclatant de rire, avant de prendre le chemin vers Avalon, en agitant la main. Aphudel lui rendit la pareille, et son frère dressa son majeur en tirant la langue, avant de s’en retourner vers les profondeurs infernales. La porte se referma lentement, avant de tomber en cendre lorsqu’elle claqua finalement. Soudain, le souffle chaud qui se répandait dans les plaines herbeuses des Terres d’Emeraude cessa d’exister, et la brume d’un matin de saison froide reprit ses droits. Elle monta une petite colline pour tenter de se repérer aux montagnes : au loin, elle vit la ligne abrupte du Plateau, qui dominait les Côtes de Maübee. À vue de nez, elle en avait pour une bonne journée de vol, pas moins. Elle assura la sangle de son sac, s’étira en gémissant, et une large paire d’ailes colorées jaillit dans son dos. Les plumes bleues, orange et rouges tranchaient férocement avec le vert des prairies, et elle les ébroua un instant, car elle n’avait pas eu l’occasion de les sortir depuis maintenant presque six cycles complets. Ce n’était pas si rare qu’elle s’absente sur de longues périodes, mais cette fois, elle avait probablement battu un record. Les congés qu’elle avait accumulés à Basphel couvraient largement ce caprice, et c’était la deuxième fois qu’elle avait l’occasion de visiter l’Enfer depuis la première fois où on l’y avait trainé. Elle se remémorait son premier séjour avec tout autant de tendresse.  

En s’élevant dans l’air froid des grandes plaines, elle poussa un cri libérateur, goutant de nouveau à la fraîcheur d’un vent qui n’était pas chargé de soufre, à la caresse du soleil sur sa peau. Elle appréciait énormément les moments qu’elle passait en compagnie de ce qu’elle pouvait presque appeler sa seconde famille, mais il fallait bien avouer que leurs régions n’étaient pas faciles à vivre. La vie à Avalon était bien plus douce. Le climat y était tempéré une majorité de l’année, tropical lors de la saison chaude, et on n’avait pas besoin d’y veiller pour sa vie à chaque instant. Elle fila vers la capitale Déchue, et avant la fin du jour, elle y parvint sans heurt. La majesté de la cité dressée sur les Gorges Jumelles lui mettait le baume au cœur. Elle vivait de folles aventures, elle enseignait même au sein d’une université multimillénaire, au milieu des cieux, mais rien ne valait ce sentiment si particulier : elle était à la maison. Le soleil couchant ciselait le contour des bâtiments, et projetait des ombres marquées sur les pavés, lorsqu’elle survola des toits colorés des Quartiers des Sommets. Même à cette heure tardive, elle bourdonnait d’activité : une fête était organisée sur la Place du Rift, les stands des Halles des Titans n’avaient pas encore fermé, et les bordels se remplissaient à peine pour la rotation de nuit. Elle se laissa planer lentement, en décrivant de larges cercles, saluant de temps à autre une tête connue, ou s’arrêtant pour échanger quelques mots avec un voisin. Sa maison se trouvait dans les Quartiers du Centre ; elle en voyait déjà le toit rouge, et le petit coin de tuiles qu’elle avait un jour commencé à peindre aux couleurs de l’arc-en-ciel, sans jamais terminer. Elle voyait son bout de jardin, son potager et son havre de paix. En un ultime battement d’ailes, elle y fut.

L’endroit avait inévitablement souffert de son absence, mais aux yeux de la jeune femme, il n’avait fait que suivre son exemple, et prit quelques vacances. Les courges avaient grossi plus que de raison, gorgées de soleil et de pluie ; un lierre intrusif avait commencé à s’agripper au tronc de son chêne, et plusieurs plaques de champignons avaient fait leur entrée à différents endroits de son coin de verdure. Elle savait que la journée de demain serait chargée en jardinage, et s’en réjouissait par avance. Mais tout comme elle, son jardin méritait encore quelques heures de liberté, sans se soucier des jours à venir. Elle alla chercher une clef sous un bac à fleurs, et passa par la porte vitrée de la cuisine. Elle inspira profondément, sereine. Elle était chez elle. Son sac de voyage tomba au sol, ainsi que ses bottes et son pantalon, et elle alla ouvrir les fenêtres pour aérer un peu l’endroit. Au même moment, Thor passa par sa trappe, un morceau de viande entre les babines. Il s’arrêta pour la regarder un instant, en secouant la queue frénétiquement, avant de venir réclamer une caresse. Avec une joie sans borne, Jil s’exécuta.

Siparti
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Epreuve 6 : Un soupçon de bonheur  EmptyDim 12 Juil - 14:29
Siparti

Bestiaire:
 

Lexique (facultatif):
 



Voici la scène : PEW PEW PEW PEW PEW PEW. Un blaster plasma qui rebondit contre les parois d’un vaisseau. L’écho retentit dans le hangar envahi de soldats de l’AAG. « Ils vont ja-mais trouver ce dépôt ! » leur avait promis un humain avec une moustache à trois poils. « On l’mérite d’avoir fait confiance à un humain… » marmonne son compagnon de route, oubliant, comme la quasi-totalité de son entourage, que l’homme au centre de cette histoire est un humain aussi. Quasi-humain. 50%, morphologiquement parlant. L’homme central (jamais principal) : Ryot. Aventurier contre son gré. Impliqué, comme d’habitude, dans une histoire qui n’est pas la sienne, des ennuis qu’il aurait pu éviter et des affaires chelou qu’il préfère oublier. Mais il a une astuce pour ça.


Jaune. Non, pas jaune. Jaune est trop simple. Jaune-orange. Le jaune d’œuf quand on l’a cuit à exactement 4 minutes et 35 secondes. Le jaune-orange du fromage d’un cheeseburger de McBro, mais seulement sur la pub neon. Jaune-orange, oui, au centre, avec une petite bordure jaune-brune sur les côtés.


Voici une autre scène : trois aliens lui crient dessus alors qu’il tente de naviguer dans le champ d’astéroïdes. Des rochers gros comme le cul d’un Xzblorg à éviter à une vitesse de 2.5 GigaWatts. Un bon pilote aurait sué mais un excellent pilote… euh… aussi. Ryot n’est aucun des deux. Il est plutôt médiocre. Ça explique la Trinité Gueulante : la Telune, rouge (littéralement) de colère, le Valeth qui s’arrache les poils, la Shreek qui en perd ses plumes. Tout le monde semble stressé sauf l’homme aux commandes. On se demande pourquoi.


D’abord, quand tu secoues fort, comme RTK-RTK-RTK-RTK. Puis une pluie, douce, qui résonne dans son récipient. Magique. Un jet d’eau qui babille comme un bébé, résistant à la pression des canalisations rouillées. Un bruit métallique, CLANG, qui touche du verre quand on remut. Puis un bourdonnement à basse fréquence. Tu la sens dans ton âme. DING. Signalement de la dernière étape. Le métal revient contre le verre. C’est pataugeant maintenant et, aux bordures, juste un peu croustillant.


Encore une scène : Dans son quartier on les appelle des vers de sable. C’est trompeur comme nom. Ça fait penser aux vers de terre. Ceux-ci ont la particularité de vivre dans les profondeurs du désert de Manooine et, contrairement à leurs cousins, ils ont la taille d’un immeuble. Ça explique mieux pourquoi le mercenaire à côté de lui est en train de gueuler sur une fréquence seulement audible pour les canidés. Ryot est calme quand la bestiole descend sur eux avec toutes les indications d’un passage des plus inconfortables dans son système digestif.


Carton humide. Une odeur de renfermé. Rassis. Le contenu, lui, n’a pas d’odeur. Puis vient l’effluve des eaux-vannes. Un petit fumet d’égout. L’arôme d’une poudre chimique, mais fromagesque. Apparemment ça sent les pattes de chien. Pendant l’attente, un parfum de graisse, mélangé aux odeurs des cinq plats qui l’ont précédé. Une émanation de caoutchouc brûlé. Puis, le paradis.


Scène : « S’tu restes calme, s’tu dis pas un mot, personne va remarquer. » Il n’a jamais eu l’intention de parler, donc jusqu’à là tout va bien. « Il fait chaud. » « Bien sûr qu’il fait chaud, tête d’avocat ! On est dans un déguisement de 15 cm d’épaisseur ! Maintenant arrête de parler. T’as d’jà vu le cul d’une chevronne qui parle toi ? Hein ? Moi non. T’es les fesses, j’suis l’devant. Chacun son rôle. » Il lui fait presque la remarque qu’il fait un mètre de plus que lui et que la logique aurait voulu qu’il joue la tête et lui les fesses, mais le cul d’une chevronne ne parle pas. C’est vrai. Il reste donc recroquevillé, tordu sur lui-même, silencieux alors que sa transpiration s’active grâce à la chaleur du costume. Anarchi semble certain qu’ils puissent passer le point de contrôle dans ce costume deux-personnes, donc il lui fait confiance. Heureusement, il sait comment rester détendu.


C’est un bon mélange. Evidemment le fromage chimique est au premier plan, soutenu de près par le beurre en poudre. Moins crémeux, tout aussi riche. Les additifs aromatisants font bien leur boulot. Du TZ-348. Du H4X. Une pincé de NaCl. Très faible, mais le calcaire de l’eau est présent aussi. Puis, la cerise sur le gâteau, un petit arrière-goût de plastique. Délicieux.


Scène bis : Le droïde à tête de canard est difficile à lire. Les droïdes le sont déjà de base, mais Ryot ne comprend pas la morphologie des animaux. Son œil glisse vers le poulpe violet. Il a ses tentacules un peu partout. Peut-être qu’il cache des cartes sous la table. Sûrement même. Il voit que le Valeth à côté de lui le surveille très bien aussi. Ça veut dire qu’il peut décaler son attention au prochain joueur. Le tapis qui parle. Enfin. Il ressemble à un tapis. Il a bu trop de strotspi avant la partie pour vraiment être sûr qu’il n’est pas en train d’halluciner ce joueur. Peut-être c’est juste de la déco. Il y a un silence qui s’impose. « Je mise. » le tapis a encore parlé. Il ajoute deux cartouches au centre de la table. Ryot sent une petite goûte descendre le long du dos. Stress. Les regards sont posés sur lui maintenant. Surtout le droïde lui fout la trouille. Miser ? Relancer ? Il respire. L’astuce.


Pâteux. Non, visqueux. Oui. Effet voulu ou peut-être conséquence des températures trop inégales du micro-ondes. Y’a un côté croustillant pour plusieurs bouchées. Côté gauche. Jamais tout à la fois. Il faut savourer. Pas besoin de mâcher. En soit ça glisse naturellement dans l’œsophage. Magique.


Dernière scène :  Le module de course du concurrent se crashe dans le sien avec violence. C’est la deuxième fois. Pas un accident donc. Ryot tente de stabiliser son module, mais un des moteurs semble avoir été touché. Du coin de l’œil, il remarque la fumée noire. Mierda. Il active le moteur secondaire. « Seulement en cas d’urgence ! » l’avait prévenu Anarchi. « C’est pas prêt. Il manque une pièce au stabilisateur et j’ai vraiment b’soin d’un booster fynoch Mark II. » Le module fait des pirouettes. Ryot le qualifie comme relevant de l’urgence. Y a un bruit d’explosion qui provoque un sifflement dans ses oreilles. Quand il retrouve l’ouïe, le module s’est restabilisé. Le concurrent n’en est pas enchanté. Il s’arrête, pivote et lui fonce dedans. Ryot n’a pas de moteur tertiaire. Son module enflammé est hors de contrôle. Il tente d’éviter la paroi du ravin qui se rapproche mais c’est trop tard. Une seconde, il a les deux mains sur le volant, la prochaine, il n’en a plus qu’une. Il n’a pas vu son bras s’arracher. Alors que le monde continue de tourner autour de lui, Ryot est zen. Si on retrouve son corps parmi la carcasse de son vaisseau, s’il survit à cette course, il ne demandera qu’une seule chose.



L’Original – PROT3IN : Mac’n’Cheese *



* une consommation répétée peut être néfaste pour votre santé

Cameron R. Ross
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Epreuve 6 : Un soupçon de bonheur  EmptyDim 12 Juil - 15:13
Cameron R. Ross

Les infos avant lecture:
 

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Cameron se réveilla, sorti de songes interminables par le tumulte d’une ville en mouvement. Frottant les poussières au coin de ses yeux, en se redressant, il se rendit compte qu’il s’était endormi sur un banc. Une odeur familière de goudron chauffé au soleil, de pollution urbaine et de hot-dog vint lui chatouiller les narines. Sortant de sa torpeur, il regarda autour de lui. Une myriade de gens pressés marchait vivement sur le trottoir, un téléphone portable à la main. Il sut immédiatement où il était, même en ayant du mal à y croire sur le moment. Il était revenu. Il était à Chicago.

Se tournant sur l’assise, il aperçut derrière lui l’enseigne lumineuse rouge et verte du Portillo’s où il avait longtemps travaillé. En terrasse, des serveurs en polo noir et tablier s’affairaient à servir leur sandwich chaud aux clients affamés, dont l’odeur acidulée de la moutarde lui parvenait. Est-ce qu’il avait quitté Damned Town aussi soudainement qu’il y était entré ? Est-ce qu’il allait un jour se rendormir et se téléporter à nouveau à travers l’espace et le temps vers des villes inconnues ? Pendant un instant, il se demanda s’il ne pourrait pas se retrouver en tête d’affiche du prochain Marvel, un jeune super héros nul qui ne contrôle pas ses pouvoirs de plus.

Il se leva en passant une main dans sa tignasse blonde et rose pour se gratter l’arrière du crâne, perplexe. Pour combien de temps était-il de retour ? Quand cette ville maudite le rappellerait-il ? Il n’avait pas l’impression d’avoir réellement expié ses pêchés, pourtant il semblait bel et bien être revenu sur Terre. Sans plus attendre, il ramassa sa veste en cuir qui lui avait visiblement servi d’oreiller et longea le trottoir, redécouvrant la ville comme un gosse venu à Disneyland pour la première fois. En voyant les gens avec leur téléphone, il se demanda si le sien avait aussi réapparu, mais avec une certaine déception, il remarqua que ses poches étaient vides. Son portable avait été définitivement dématérialisé au cours de ses voyages.

Le jeune homme accéléra le pas en voyant la bouche de métro qu’il avait emprunté des années durant pour se rendre au travail. Il descendit quatre à quatre les escaliers, bousculant plusieurs personnes au passage et, sans qu’il ne puisse expliquer pourquoi, les entendre grommeler lui fit un bien fou. Arrivé dans la station souterraine, il s’engouffra de justesse dans le premier wagon venu. Les odeurs se mélangeaient dans un bouquet étouffant qu’il avait presque oublié. La transpiration, les parfums bons marché ou de luxe mis en trop grande quantité, l’huile de friture, la sauce hamburger, le cannabis, le chien mal lavé, le dentifrice. Un joyeux cocktail qui en incommodait certains qui plissaient la truffe en regardant nerveusement ailleurs ou accusant leur voisin d’un œil agacé. Un fumet qu’il retrouvait avec enchantement, loin des parfums inodores de Damned Town où on ne respirait que le bonheur factice, la nostalgie et la nature comme décor de film.

A Streeterville, il hésita à sortir, avide de retrouver la vue sur le lac Michigan et de faire un tour de grande roue. Il avait l’impression que cela faisait des siècles qu’il n’avait pas pris de la hauteur sur une nacelle pour observer l’horizon se perdre dans les reflets du soleil sur l’eau où se noient les ombres des buildings du quartier d’affaire de Downtown. L’envie de poursuivre jusqu’au parc Lincoln le prit également, peut-être que des amis y seraient en train de joueur avec leurs chiens. Chaque station lui donnait envie de descendre pour retrouver ses habitudes de sortie d’antan. Son ventre gargouillait déjà à l’idée de déguster un bol de nouilles de son restaurant préféré de Chinatown et il regrettait que la nuit ne soit pas déjà tombée pour se rendre dans un des bars gays de Boystown. Mais il poursuivit sa route, n’ayant plus qu’un seul objectif en tête. A River North, il compta les arrêts qui le séparaient de son quartier résidentiel.

Quand il sortit enfin de nouveau à l’air libre, les tours se dressaient comme une forêt face à lui. Quelques mètres plus tard, il tourna à l’angle et s’engagea sur un boulevard où des taxis klaxonnaient, un groupe d’écoliers en uniforme attendaient le feu vert et un signe de leur maîtresse pour traverser, un camion de pompiers fusa, sirène et gyrophares accompagnant son passage. Marchant à pas lents sur l’asphalte, Cameron redécouvrait avec délice ces tableaux anodins et quotidiens qui lui avaient tant manqué dans cet enfer de quiétude qu’on appelait Damned Town. Il arriva enfin chez lui et au pied de l’immeuble, il se rendit compte qu’il n’avait pas ses clés. Il attendit nerveusement que quelqu’un rentre ou sorte pour s’engouffrer dans le hall. C’est finalement la grosse madame Johnson qui rentrait d’une promenade avec son affreux caniche qui lui ouvrit. Sa chevelure rousse ornée d’un immense chapeau de paille, elle le salua chaleureusement, rappelant une énième fois au jeune homme de ne pas mettre la musique si forte et si tard. Ce fut comme s’il n’était jamais parti. Elle ne mentionna pas son arrestation par la police et ne le questionna même pas sur une quelconque absence. Mettant cela sur le dos des événements étranges qui avaient suivi son arrivée à Damned Town, Cameron essaya de ne pas trop s’attarder à chercher une sorte de logique là-dedans. Les questions sans réponses, il s’y était habitué.

Au huitième étage, il quitta l’ascenseur et s’aventura à pas de loups dans le couloir, ses baskets étouffant leur bruit sur la moquette. Il se posta près de la porte qui affichait le numéro quatre-vingt-huit et prit une grande inspiration. La main sur la poignée, il attendit quelques secondes, guettant le moindre son qui s’échapperait de l’intérieur, mais seul l’écho de sa propre respiration lui parvint. Alors il tenta d’ouvrir et le panneau de bois roula sur ses gonds. Caleb avait encore oublié de verrouiller correctement.

Il referma derrière lui, observant avec un grand sourire nostalgique son appartement. La télévision était allumée dans le salon et diffusait une vieille sitcom dont les rires raisonnaient dans la pièce. Des t-shirts traînaient sur l’antique canapé gris contre lequel un étendoir à un linge était installé. Fraîchement sorti de la machine à laver, des vêtements encore humides diffusaient un parfum agréable de lessive. Des restes de petit déjeuner était encore sur la table et il y avait toujours du café, certainement froid.

Faisant glisser ses doigts sur les murs, caressant les rugosités de la vieille tapisserie, Cameron s’avança dans le couloir, avisant la porte de sa chambre. Il l’entrouvrit et la trouva comme il l’avait laissée. Son lit était défait, sur le mur un poster d’un groupe punk était à moitié décroché, une paire de vans étaient échouées près d’une planche de skate dans un coin, des bouteilles de thé glacé vides jonchaient le plancher, et trônait toujours fièrement sur le bureau dans le fond de la pièce, son bien le plus précieux. Il fit quelques pas, s’assit sur le fauteuil à roulettes et avec une excitation à peine voilée il appuya sur le bouton power de la tour de son ordinateur. Les petites leds roses à l’intérieur s’allumèrent et de concert les ventilateurs se mirent en route dans un ronronnement des plus agréables. L’écran s’illumina et Cameron resta à contempler le fanart Matrix du fond de verrouillage qui lui demandait d’entrer son mot de passe béatement pendant presque une minute entière.

S’il y avait bien une chose qui lui avait manqué à Damned Town, c’était la technologie. Il posa ses doigts sur le clavier et un frisson le parcourut. Le rétroéclairage arc-en-ciel se mit en route et il sourit comme un enfant. Il allait pouvoir retrouver internet, les jeux vidéo et coder des programmes pendant des heures. Mais un bruit sourd suivi d’un juron dans la pièce voisine stoppa net son appétit informatique. Il se redressa vivement, s’en voulant presque de s’être laissé happer par sa passion jusqu’à en oublier ce pour quoi il était là.

Cameron se rua dans le couloir et ouvrit la porte de la seconde chambre à la volée. Caleb était avachi sur son lit, en train de se battre avec le câble de son ordinateur qu’il essayait de brancher tant bien que mal derrière sa table de nuit de laquelle était tombé sa lampe de chevet. Toujours aussi flemmard. Sans attendre, dans une nuée de cheveux blonds et roses, il se précipita sur le lit et attrapa le jeune homme pour le serrer dans ses bras. Cameron huma l’odeur de son shampoing du sommet de son crâne, des larmes dans les yeux, l’étreignant de toutes ses forces. Il n’arrivait pas à croire qu’il était là, insouciant, libre et sauf.

« Cam ! Tu m’étouffes là ! »

Il ne le lâcha pas pour autant. Son petit frère allait bien. C’était tout ce qui comptait à présent.

Allys Terasu
Allys Terasu
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Epreuve 6 : Un soupçon de bonheur  EmptyDim 12 Juil - 16:50
Irys : 1511870
Profession : Ingénieur mécanique
Daënar +1
Présentation:
 




Depuis combien de temps marchait-elle ainsi ? Son corps entier était lourd. Malgré les couches de protection qui l’enveloppaient, des grains de sable s’étaient infiltrés dans les pans de tissus et ne cessaient de se frotter insidieusement à sa peau à chaque mouvement. Ce n’était d’un désagrément minime, rien en comparaison avec la brûlure du soleil. Affamée, assoiffée, éreintée, la jeune femme n’arrivait plus à mettre un pied devant l’autre. Elle n’était pourtant pas de ceux qui abandonnent… Là, quelque part, un chemin la mènerait loin de cet enfer, n’est-ce pas ? Mais sa tête tournait si violemment que les yeux de l’ingénieure peinaient à rester ouverts. Papillonnant des cils, elle tenta de puiser dans ses dernières forces. Un pas. Un second. Puis tout s’écroule. Une fraction de secondes à peine avait suffit pour qu’elle ne s’écroule.

« Tu ne vas quand même pas abandonner si près du but ? »

Susurra une voix caverneuse. Était-ce la sienne ? Il n’y avait personne à des lieux à la ronde. Rouvrant péniblement les yeux, Allys laissa courir son regard sur l’étendue sablonneuse. Personne. Rien si ce n’est son esprit torturé par la solitude prolongée. Son cerveau n’était sans doute plus suffisamment irrigué et lui jouait des tours.

Étirant les commissures de ses lèvres décharnées, la jeune femme à la chevelure cendrée émit un rire. Éraillé par la sécheresse poussiéreuse de sa gorge assoiffée. Celui-ci s’accompagna aussitôt d’une toux tonitruante impossible à refréner. Des larmes s’échappèrent malgré elle, venant s’écraser dans le sable alors qu’elle s'époumonait. Un gâchis, sans nul doute.

« Allons, il suffit. Redresse-toi. »

Une force herculéenne s’insinua en elle, comme une main tendue qu’elle aurait attrapée, et la voilà à nouveau sur pieds. Un hoquet de stupeur saisit la jeune femme. Le brouillard tenace s’était volatilisé, laissant apparaître une étendue d’eau. Un oasis ! Oui. Elle pouvait le faire. Quelques pas, encore, et elle pourrait laisser ce breuvage inouï redonner vie à sa carcasse décharnée. Il suffisait de faire preuve de ténacité encore quelques minutes… Juste le temps de l’atteindre.

Allys se jeta à genoux au bord l’étendue, plaçant ses paumes en coupe avant de les porter à ses lèvres avec avidité. Elle répéta ce geste un certain nombre de fois, ignorante du regard inquisiteur qui pesait sur elle. Quand enfin elle redressa le visage, la Zoch constata que les lieux étaient occupés par un homme et au vu de la grandeur de sa tente et son installation celui-ci devait vivre ici depuis un long moment déjà. L’endroit était idyllique, il est vrai. Ce point d’eau était accompagné d’une terre fertile où végétation et faune avait put subsister. C’était presque irréel tant le contraste était saisissant avec l’aride désert les entourant.

« Je… Pardonnez mon intrusion, cela fait des jours que je suis dans ce désert je...
- Tu en as mis du temps pour me retrouver.
- … Comment ? Q… qui êtes-vous ? »

L’inconnu extirpa son preste séant du siège d’où il semblait être restée depuis une éternité. Ses pieds glissèrent sur le sol avec un silence irréel, tout aussi étrange que son visage si familier et étrange à la fois. Il était d’une beauté à couper le souffle, Allys n’en avait jamais vu de tel si bien qu’il lui était impossible à le décrire. Des larmes s’écoulaient de ses yeux, dégringolant sur ses joues sans qu’elle n’y ait le moindre contrôle. Ce qu’elle ressentait n’avait aucun sens pourtant elle ne voulait pour rien au monde se trouver ailleurs qu’en sa présence.

« Tu le sais. Tu l’as toujours su. Ne t’en fais pas mon enfant, je suis extrêmement fier de toi.
- Pourquoi maintenant ? Pourquoi vous montrer après tout ce temps ?
- Tu étais prête. Et tu as suffisamment lutté. N’en as-tu pas assez de souffrir ma petite ? De te battre sans cesse ? Tu peux te détendre tout va bien aller à présent. »

Allys balbutia, troublée, avant d’abaisser les cils. Il avait raison. Cet entité en qui elle avait toujours cru au plus profond de son être avait les mots justes. Combien de fois avait-elle dû subir des souffrances immenses et d’une cruauté sans bornes ? Esclavagisme, kidnapping, décès, folies intérieures, haine à son égard ? Ce résumé de sa vie n’a pas plus de sens que sa véracité. La jeune femme était las de tout cela, ces paroles lui réchauffèrent le cœur d’un espoir inespéré. Mais en avait-elle le droit ?

« En êtes-vous certain ? En ai-je vraiment le droit ? Tout repose sur moi… Ils comptent tous sur ce que je vais choisir de faire… Ai-je le droit de juste abandonner ? Ne dois-je pas y retourner et faire ce qui est juste ?
- Tu n’es pas obligée Allys.
- Mais que va-t-il advenir si je ne reviens pas ?
- La vie continuera. »

L’être mystique agrippa le bras articulé de l’ingénieure. Sa paume fermement appuyée dégageait une chaleur étrange… Une sensation qu’elle pouvait ressentir malgré la prothèse comme si son membre était de chair. C’était le cas. Oui. Les sourcils redressés et les yeux écarquillés, l’expression de surprise de la jeune femme en disait long sur le miracle qui venait de se produire. Sous ses yeux se trouvait à nouveau son bras de chair et de sang. Il en allait de même avec sa jambe mais ce n’était pas tout. Chaque cicatrice s’effaçaient comme si elle n’avaient jamais existé.

« N’as-tu jamais rêvé d’être normale à nouveau ? Je le peux. J’en ai le pouvoir. Je peux tout t’offrir et te rendre plus heureuse que tu ne l’as jamais été… Mais pour cela tu dois accepter qu’il n’y a pas de retour en arrière. Tu dois rester auprès de moi. Pour toujours. »

Allys resta indécise, laissant planer le silence entre eux. Et puis, finalement, elle osa poser la redoutable question. Parce que tout ceci ne pouvait avoir qu’une seule raison. Parce qu’une vie parfaite n’existait pas.

« Suis-je morte ? 
- Non, pas tout à fait.
- J’ai peur. Je… Je ne suis pas certaine d’être prête.
- Ne crains rien, je pourrais t’apporter le bonheur que tu as toujours rechercher. Regarde, j’ai déjà soigné toutes tes blessures…
- Oui. » Souffla-t-elle tout bas. « Mais pas ma plus grande souffrance.
- Quelle est-elle ? Dis-moi et je t’en soulagerai. »

Était-ce possible ? Non… Non rien ne pourrait effacer cela. Pas la mort, surtout pas la mort. Seule la vie pourrait résoudre le plus grand drame de son existence. Et pas n’importe laquelle.


« Un enfant.
- Si tu le souhaite. Ici tout est possible. Je te l’ai dis je peux tout t’apporter.
- Non. »

Allys se tourna vers l’entité, une lueur brillant dans ses pupilles. Ce n’était pas de la tristesse, pas non plus de la déception ou une quelconque souffrance. C’était un regard empli de reconnaissance et de tendresse. A son tour, la jeune femme glissa ses paumes entre celles de son bienfaiteur. Elle eut alors un sourire heureux.

« Je vous remercie. Infiniment. J’ai toujours cru en vous alors même que personne ne croyait à votre existence. Vous avez toujours fait vibrer mon âme, et ce qui m’a heurté si violemment en me brisant n’a fait que me rapprocher davantage de ma foi en vous. Je me suis surpassée, je suis devenue quelqu’un de talentueux, une véritable porte-parole de votre art si particulier. Mais il est vrai que ma vie n’a pas été parfaite et que jamais je ne pourrais concevoir la vie autrement que de part mes créations mais il y a une personne chère à mes yeux que je ne souhaite quitter pour rien au monde. 
- Bien. Alors je ne te retiens pas. Je t’attendrais aussi longtemps qu’il faudra. »


***

« Maman ! Maman ouvre les yeux je t’en supplie ! »

La silhouette penchée avait l’air dévastée. Sa chevelure d’une blancheur éclatante chatouillait le visage de l’inconsciente tandis qu’elle la secouait avec une vive panique. Malgré le visage rougit par l’émotion et ses yeux si différents de ceux de l’ingénieure, Allys se para d’un sourire ému. Cette petite était la plus belle enfant du monde. Peu importe qu’elle ne l’ai pas portée. Allys avait trouvé un sens à sa vie, elle était enfin heureuse.

« Ciri cesses dont de me secouer, je vais bien.
- Mais… Mais je t’ai vu t’ai vu chuter… Tu bougeais plus et tu… tu.. J’ai cru que tu…
- Je t’avais abandonnée ? Non. Jamais. Jamais tu m’entends ? Rien ne me séparera de toi. »

D’un mouvement, Allys attira à elle la petite, l’entourant de ses bras. Cirilla était son adorable protégée. Non, même plus : Son enfant.


1497 mots.


Epreuve 6 : Un soupçon de bonheur  Signature_Lys

Née le 11 juin 911
Ma couleur : #9999cc

Megumi Kurotsuki [JM]
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Epreuve 6 : Un soupçon de bonheur  EmptyDim 12 Juil - 17:09
Megumi Kurotsuki

Spoiler:
 

Être mannequin n'était pas de tout repos. J'étais belle, alors le problème était de satisfaire tout le monde de ma beauté extrême. Grâce aux magazines, photos multiples, autographes, stands... j'étais un petit peu connue. Mais je le serai davantage avec le temps, comment une femme, telle que moi, ne pouvait être reconnue ? Impossible.

Mais les gens me reconnaissaient, criaient mon nom lors de mes passages dans les tenues proposées -et dont j'étais obligée de porter- ; « Megumi ! Megumi ! ». Misérables personnes, vous n'étiez pas dignes de prononcer mon prénom. Et les traditions japonaises obligeaient à interloquer par le nom de famille. Mais je ne pouvais pas descendre les rectifier, je ne voulais pas perdre mon travail inutilement, avoir une stupide dispute avec mon supérieur ou autre sermon futile.

Même si j'appréciais d'être mannequin, et c'était ce que ma personne ne pouvait que réclamer naturellement, j'avais un vide. Un vide explicable, un vide qui revenait tout le temps quand je regardai le ciel pendant les déplacements. On se déplaçait ici et là au Japon, dans des moyens de transport, les autres mannequins n'étaient vraisemblablement pas dignes de discuter avec moi. Mais il me manquait.

Mon père. Alors autant ma mère, j'avais quelques difficultés à l'apprécier -c'était ma mère donc je devais l'apprécier par principe sanguin (normalement ?)-, mais mon père n'était pas macho, pas trop envahissant ni trop absent. Il était là quand j'avais besoin de lui. Fier de lui, s'imposait, il ne se taisait pas.

« Princesse. »

La manière dont il m'appelait ainsi, ça résonnait dans ma tête parfaitement. Il me le disait tellement, et j'étais tellement heureuse. Si je pouvais me regarder -et le peu de reflet qu'offraient les vitres des transports accomplissait ce souhait-, je souris tendrement en y pensant. Mon père m'appelait toujours comme ça, je croyais même que c'était extrêmement rare les fois où il m'avait appelée par mon nom et/ou prénom.

Je me détournai de mon chemin pour aller chez un fleuriste coloré, où ses fleurs en exposition éclairaient la ville. Même le tenancier était haut en couleur avec ses couleurs pastels. Mais...

« Une rose noire éternelle. »

C'était ma couleur préférée. Quoi ? Il fallait s'en douter avec mes accoutrements noirs et rouges. Et mon père appréciait mes goûts morbides. Ce n'était pas un terme péjoratif, j'appréciais les crânes, la mort, le sang... Non, je n'étais pas une émo et/ou une sataniste, j'appréciais ces choses pour d'autres raisons que le "mal qui me rongeait" mais vous n'en sauriez rien.

Le fleuriste semblait attendre un mot magique mais je n'étais plus une enfant. Je haussai un sourcil en sa direction, sous-entendant qu'il devrait se dépêcher. Il eut un soupir las en prenant ma commande.

« C'est pour une occasion ? »

« Un proche, mon père. Mais ce n'est pas sa fête, juste que je suis heureuse de le revoir. »

Le fleuriste semblait ne pas savoir comment interpréter mon message mais le mit dans un pot en valeur avec un « Pour papa » marqué en rouge sur fond noir. Parfait. Je payai et pris la commande en ayant lâché un mince merci mais qui lâcha un sourire au vendeur.

« Princesse. »

J'arrivais, papa. Il ne fallait pas t'en faire. Je prenais un peu de temps mais promis, j'arrivais. J'étais en chemin, à pied. Oui, je n'avais pas de limousine personnelle ou un moyen de transport offert par mon métier, il ne fallait pas abuser non plus. Et je n'étais pas frêle ni faible. Pour qui me preniez-vous ?

Mais cette marche me faisait sourire, toute seule, avec mon petit sac-à-main cercueil que j'avais dans le dos, je m'avançai vers les lieux. Et comme je m'y attendais, je passai les portes et grand silence ! Et surtout personne sur le chemin, encore heureux. Je ne voulais pas perdre mon temps à jurer sur quelqu'un.

J'avançai d'un pas plus lent, moins enfantin, presque droit. Je n'étais pas coincée non plus mais assez correcte pour savoir que j'étais davantage sérieuse.

Puis j'arrivai devant mon père. Un silence pesa entre nous. Je le regardai, mais me regardait-il ?

« Princesse. »

« Je suis là, papa. »


Je lui donnai la rose noire éternelle et il semblait heureux. Je tapotai dans mes mains de joie, je parlai directement.

« Papa, j'ai beaucoup à te raconter alors prépare-toi. Tu ne m'interromps pas sinon je risque d'être méchante ! »

Je plaisantais, envers mon paternel, il m'était impossible de dire une vulgarité ou une provocation à son égard.

Je pris une grande inspiration, mit un bras sous ma poitrine et levai l'index de mon autre bras pour parler avec liberté.

« Alors, j'ai encore fait un voyage professionnel où nous devions défiler avec une sélection de maillots de bain haut en couleur. Tu y crois ça, moi ? En couleur claire, chair, rose et/ou pastel ? Je suis choquée aussi, pas la peine de le dire. Mais j'étais magnifique, les clichés défilaient quand je passais ! Alors oui, tu vas me dire qu'il y avait les autres filles. Mais que nenni ! Il y avait des clichés, mais quand c'était la belle, majestueuse et magnifique Megumi Kurotsuki, les clichés n'en avaient que pour moi ! »


Je pris une pose fière, belle.

« Nous avons eu le droit à des monokinis, certains avec des voiles, des bikinis, des fois habillés d'une serviette à la taille. Autant te dire qu'ils savent bien tailler les vêtements utilisés car ça épousait mon corps parfaitement. J'étais tellement heureuse et à l'aise... Certaines filles ne méritent pas d'être avec nous, elles ont des visages incertains, des déhanchements dignes des garçons... »

Je souris bêtement et mis mon doigt en avant  pour l'interrompre, je savais qu'il allait vouloir commenter mais pas encore, papa.

« D'ailleurs, on nous a félicitées quant au défilé, rien de plus normal, j'étais là pour remonter le niveau. Mais toujours pas de promotion, j'attends encore que notre supérieur soit prêt de me retrouver en tête de liste, on y avance lentement, je te le promets pourtant. Mais tu seras tenu au courant en temps et en heure. Je viendrai te voir car les appels et les messages pour ce type de nouvelle, je trouve que ce n'est pas... approprié. »

Je serrai légèrement le poing en ayant un pincement au cœur en m'avouant quelque chose mais je n'avais pas le choix. Alors j'enchaînai.

« Dans tous les cas, sache que j'ai réellement pensé à toi. Et tu m'aides vraiment quand je suis seule ou que je suis dans mes pensées. Je ne dis pas que maman ne peut pas me faire sourire comme toi, mais tu dis pas oui bêtement à tout, comme elle. Tu t'affirmes... Et ça change. Tu n'es pas là avec moi durant mes sorties professionnelles, mes photos, mes autographes... mais je ne t'en ferai jamais un. Tu es mon père, je suis ton autographe naturel. »


J'avais les larmes aux yeux mais me les essuyai pour ne pas faillir devant lui.

« Je t'ai aussi promis d'être une femme forte, alors je ne pleurerai pas pour si peu, mais te revoir me réchauffe le cœur. Tu ne changes pas dans mon esprit. »


Je mis mes doigts contre mes lèvres pour venir poser ces derniers sur la pierre tombale dans un regard plus triste.

« Je t'aime, papa. »


Je regardai la rose noire éternelle qui trônait désormais sur sa pierre.

« Moi aussi, Princesse. »

Ses mots résonnèrent dans ma tête encore. Je ne devais pas pleurer.

Je vins retirer les quelques feuilles mortes qui eurent l'audace de profaner mon paternel. Une des rares fois où je pouvais me salir les mains.

Je fis une petite révérence gracieuse, un énième baiser au loin, un sourire sincère, avant de partir.

« Je viendrai te revoir, papa. Je te le promets. Tu restes en quelques sortes... mon soupçon de bonheur. »


___

Merci de votre lecture. ♥

1322 mots.

Hibari Kudo [FT - TND]
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Epreuve 6 : Un soupçon de bonheur  EmptyDim 12 Juil - 17:37
Hibari Kudo

Description :

Spoiler:
 



hibari13.jpgUn soupçon de bonheur




Le monde était au bord de la destruction, Hibari avait participé à tuer la grande menace, mais le fait de sauver le monde ne rendait par le jeune mage heureux, car dans ce combat, il a perdu des personnes précieuse, la mort de sa grande sœur et de ses deux beaux-frères l’avait atteint… Les habitants d’Eartheland ont perdu leurs magies pour le sauver contre la destruction.

Le jeune homme avait rejoint sa chérie et ses enfants, mais c’était dur de rester avec elle, alors le couple a décidé de se séparer pour l’instant pour réussir à surmonter le deuil… Hana était partie chez ses parents et le jeune mage de feu était parti dans l’île de Mazato en restant seul en se baladant des l’île.

Un jour, il avait rencontré Astuji qui était accompagné de sa demi-sœur, alors le couple avait invité le jeune mage chez eux pour discuter, il avait compris que c’était sûrement le moment d’aller voir sa femme et ses enfants, car Yuki n’aurait pas voulu qu’il soit malheureux…

Il réfléchit un moment avant d’appeler les parents d’Hana pour avoir des nouvelles en apprenant qu’elle était toujours chez eux et qu’il pouvait passer quand il voulait… Le jeune master prit son courage à deux mains avant de prendre le bateau pour aller vers Fiore.

Quelques jours plus tard, il se trouvait à Clover, avant d’aller vers la maison Torata, quand il se trouva devant la porte, le père de sa bien-aimée l’avait discuté un moment avec lui avant d’aller chez lui pour appeler Hana sans lui dire qu’il l’attendait.

Le jeune homme avait reculé avant de voir la porte s’ouvrir et il avait bien vu son amour devant lui, il la fixa un moment, avant de mettre son genou sur le sol et il continua de la fixer avant de sortir une boite de sa poche.

- Hana ces mois loin de toi et des enfants m’a permis de comprendre que je ne peux pas vivre sans vous. Tu es la seule qui m’a comprise sans me juger, alors je suis venu te voir pour te demander d’être ma femme.  

Il ouvrit la boîte avec une bague, la jeune femme avait des larmes qui coulaient.

- Oui, je veux me marier avec toi, j’ai tellement attendu ton retour et je suis sûr que Yuki et Gaël sont heureux de nous voir réunis.


Alors le jeune homme lui avait mis la bague et les deux personnes se sont embrassés en ayant ce soupçon de bonheur qui est revenu entre ce couple. Hibari a retrouvé ses enfants, cela augmenta sa joie, alors la famille commença les préparatifs pour le mariage.






Maxime Walker
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Epreuve 6 : Un soupçon de bonheur  EmptyDim 12 Juil - 17:43
Maxime Walker

Epreuve 6 : Un soupçon de bonheur  Unknow17

 
Contexte & personnage : :
 



J’suis partie en lui gueulant dessus, j’vais exploser !

C’est de sa faute aussi ! Il n’avait pas à faire l’idiot encore une fois ! J’en ai marre qu’il se casse un ongle chaque fois qu’il fait trois pas ! Ou qu’il se cogne la tête pour aller pêcher. Un petit accident, ça va, mais quand c’est régulier, ça fait chi… J’en ai marre de Guy ! Il n’est pas capable de se protéger et moi je ne peux pas ME protéger et LE protéger. Je vais le manger tout rond ! Il mérite que des baffes, rien de moins. Je l’ai repoussé, alors qu’il essayait de m’amadouer avec ses… yeux doux. Je suis partie en sens inverse. J’saurais bien comment retourner au campement, quoi.  

Je l’ai laissé en plan. Qu’il se démerde avec l’autre blondinet qui se la joue « roi de la cour de récré » qui sait tout faire, parce que c’est LUI meilleur. Après tout, les deux sont les pires imbéciles de l’univers, ils vont bien être capables de trouver nos effets et la bouffe que ces satanés piafs et singes nous ont piqués pour l’fun.  

J’entends sa voix plaintive résonner contre les parois. Il m’appelle pour que je revienne, de ne pas partir comme ça. Mais là, c’est trop pour moi ! J’peux pas rester avec lui. Je bouillonne de rage !

C’est ridicule, tout est ridicule ! J’lève ma torche, rebroussant d’un pas rapide tout le chemin parcouru sous terre. On est sous le volcan, j’suis certaine que je pourrais retrouver la corde avec laquelle nous sommes descendus plutôt. Le chemin n’était pas compliqué non plus ! Je marche, longuement, serrant très fort ma source de lumière, je me rends compte que, seule, ce n’est pas agréable d’être dans des galeries. J’ai un frisson d’horreur, malgré la chaleur qui se dégage du volcan à proximité.

Je me retrouve devant une jonction. Aller à droite ou à gauche. BIEN SÛR. BIEN SÛR QUE ÇA DEVAIT ARRIVER ! Quelle connerie ! Il me semble qu’il n’y avait pas ça, tout à l’heure. J’comprends pas trop, mais je n’ai pas trop le temps de réfléchir. Je cherche un signe de notre passage de tout à l’heure à l’un des embranchements, mais dans les deux cas, je ne vois rien. Je décide de prendre la galerie de gauche.

La marche est chiante, j’ai l’impression d’être perdue. Je n’aime pas ça. La solitude me pèse. Je n’aime pas être toute seule. Surtout quand t’es habituellement H24 avec des gens sur cette idiote d’île. Je grimace, mais je continue mon chemin. Les minutes deviennent des heures, j’suis certaine. J’ai perdu notion du temps. Je ne sais pas depuis combien de temps je marche… Puis soudain, mon pied fait un faux mouvement, me projetant sur le côté, dans une crevasse que je n’avais pas vue.  

Je tombe en hurlant.  

***

J’ouvre les yeux soudainement, paniquée. Je regarde autour de moi et je ne vois rien. De mes mains tremblantes, je cherche ma torche. MERDE ELLE EST OÙ CELLE-LÀ !? ELLE A DÉCIDÉ DE SE BARRER COMME LES AUTRES C’EST ÇA !? Mes doigts se crispent alors que je comprends qu’il y a peu de chance que je la retrouve. Ironiquement, je n’ai pas mal. Pourtant la chute aurait dû être fatale, non ? C’est clair que j’aurais dû mourir. J’sais pas ce qui se passe ici, mais c’est bizarre.

J’dois me calmer. IL FAUT QUE JE RESTE CALME. J’ai toujours été calme. C’pas parce que je suis dans un endroit sombre que forcément, je dois céder à la panique. Pour détendre l’ambiance, c’est clair que Guy m’aurait dit : « Il va faire tout noir. ». Juste pour que je lui réponde un « ta gueule » bien sentie. Parce que ce ne serait pas le moment de dire des conneries du genre.

Non, mais j’suis tombée depuis longtemps ? J’sais pas. J’ai perdu connaissance à un moment. Merde. Voilà, j’suis toute seule, je n’ai plus de lumière. C’est clair que je vais mourir ici.

S’pas ça que je voulais au départ ? Juste mourir ici, en paix, seule. Arrêter de me dire que la vie fait un sens, LA VIE FAIT PAS DE SENS DEPUIS LONGTEMPS. Depuis des jours, des semaines, des mois… Depuis qu’on est sur cette île, depuis que tant de gens sont morts, depuis qu’on n’arrive pas à s’en sortir. ON AURAIT DÛ TOUS CREVER. On aurait juste dû tous crever lors de la tempête, lorsque le navire s’est échoué. Tant qu’à rester prisonniers de cette île maudite.  

Puis il y a Guy. C’est ma lumière. La seule lumière qui brille dans ce monde sombre, dans ce monde chaotique. Ce Guy qui me sourit, me tend la main, même lorsque ce n’est pas le temps. Il a toujours été là pour moi. Il a toujours su trouver des mots pour m’encourager, pour que je persévère.

Ma lumière.

Ma lumière maladroite, qui ne dit jamais les bons mots, mais qui est toujours là. Guy qui arrive à me faire rire, malgré ces moments difficiles. Guy qui reste optimiste malgré tout, qui persévère, même s’il a mal et… qui ne sait pas comment draguer.

Je l’ai lâché. Je l’ai abandonné.

Je suis la pire personne au monde. Même si je rage que Sloan dirige tout, au moins, il garde la tête froide. Même si Guy se blesse fréquemment, il est toujours là. Candice, même si elle a peur, elle continue d’avancer. Et Nyssa a toujours su nous sauver des mauvais pas.

Et moi, je suis qu’une merde.

La pire amie qu’il ait pu avoir. La pire d’entre tous. Je n’ai jamais mérité leur aide, leur amitié. Je n’ai jamais mérité que Guy soit là pour me tenir la main.

Je suis qu’une moins que rien.

Je ne le mérite pas. Tout ce que je mérite, c’est de rester dans ce trou, à mourir à petit feu, ne plus jamais revoir le soleil, mon soleil.

Je n’ai plus envie de bouger. Je me dis que tout ça, ça ne sert à rien. Chercher une issue ne me mènera à rien. Parce que je ne sers à rien. Parce que je suis la plus inutile du groupe. Parce que je n’ai aucune valeur pour eux. Pour Guy, je devais qu’être un plan de drague, sans plus.

Il va me manquer. Tout comme ses bras qui me sert contre lui.

J’aimerais tant passer ma main dans ses cheveux une dernière fois, lui faire un petit baiser…  

Ne serait-ce pour pas qu’il m’oublie, comme tous les gens qui partent…

J’éclate en sanglots.

***

Perdue dans mes pensées, mes larmes sèches sur les joues, j’entends un bruit bizarre. Et ce n’est pas que mon ventre qui crie famine. Je ne suis pas certaine de la provenance. Je me lève difficilement, mes jambes ont du mal, tellement que ça fait longtemps que je suis assise. Après un grognement de douleur, je fais le tour de moi-même. Que du noir. Pourtant… Le bruit est toujours persistant… Ça vient d’en haut ?

Je lève la tête et je vois une petite lumière bouger drôlement, je fronce les sourcils. Je rêve ? J’suis morte ? C’est la lumière qui m’amène dans l’au-delà ? C’est clair que je vais finir en enfer.

- Allô ?
- Plouf !

Ce… NON ! MAIS NON ! ÇA NE PEUT PAS ÊTRE POSSIBLE. COMMENT ? COMMENT A-T-IL PU ME RETROUVER DANS CE DÉDALE ? ET CE QU’IL EST CON CE GUY.

- Je viens te sauver, ma princesse ! ‘Fais attention !

Il semble fier de lui en plus de ça ! Je me colle contre une paroi pour éviter de me manger un coup de pied. Je regarde la lumière descendre et plus je crois que c’est un rêve. Mon regarde s’embrouille et une fois qu’il met pied sur la terre, torche à la main, je le serre dans mes bras comme si ma vie en dépendait, chialant comme une gamine.

- Guy… Je… Je m’excuse…  Tellement…

Les mots restent coincés dans ma gorge. Je me sens mal, je ne me sens plus bien du tout. Je n’aurais pas dû partir comme cela, je n’aurais pas dû l’abandonner. Je sais que sans lui, je suis perdue, il est le seul espoir qui me reste sur cette pu… d’île !

Je sanglote contre lui de longues minutes. Les mots sont inutiles. On dirait qu’il ne comprend pas trop ce qui se passe, il me rend mon étreinte tout le long, caressant mes cheveux.

L’enfer doit être ce combat contre nos propres démons… L’enfer se cache au fond de nos cœurs. Je ne veux pas retrouver cet enfer. Ces flammes invisibles qui voulaient me consumer. Je murmure :

- Guy, je t’aime…

Il me sourit bêtement, avant de répondre :

- Moi aussi. Allez, on remonte avant que Sloan nous laisse tous les deux ici ?

J’opine la tête, bien heureuse d’avoir retrouvé ma lumière.


1494 mots selon Word.

Lou [OT]
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Epreuve 6 : Un soupçon de bonheur  EmptyDim 12 Juil - 19:37
Elenarda Eldanyarë

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Mise en Contexte:
 

Lexique:
 


Une brise aussi fraîche que délicate. Le chant des oiseaux. La chaleur de l’astre solaire qui traverse la cime d’arbres bicentenaires. L’odeur de la terre humide. Le son d’un ruisseau chantant. Le hennissement d’une licorne. Le tintement d’une fée. Le rire de gnomes. Tout est là : inchangé. Intemporelle.

Je rouvre des yeux que j’avais fermés. Pris par la nostalgie, je crus à une tromperie. Mes sens m’abuseraient-ils ? Vraisemblablement : non. C’est la réalité. Je regarde derrière mon épaule pour voir une sphère de pure énergie magique. Je me souviens qu’elle est apparu dans mon bureau et qu’en voulant l’analyser je l’ai effleuré. Comment se fait-il que je sois de retour en Ilmaehaed ?

Mes pieds nus glissent sur la tourbe comme l’ondine matinale. Je cours, cours. Je me revois dans ma prime jeunesse, voguant à travers buissons et branchages. Je bondis, et la ressens. Ma magie est de retour. Puissante comme autrefois, prête à répondre à mon savoir, ma volonté. Le vent me porte de lui-même, et je voyage ainsi d’arbres en arbres.

Le son d’une cascade réveille un amas de souvenirs que je croyais perdu. Mon corps ne me laissa pas réfléchir et vint à se diriger vers ce son de lui-même. Je me trouvais devant une crique lagunaire splendide. Une crique qui humidifia mon regard. Une rivière surmontait d’un pont stylisé en bois. Un chemin de terre pavé de bois donnant sur des habitations encastrées dans les arbres. Au loin, une importante chute d’eau qui semblait entourer une structure de bois sculpté. La magie agissait comme un voile protecteur sur le bâtiment et la lumière qui s’infiltrait donnait des reflets d’arc-en-ciel aux surfaces.

« Ilmarë… »

Mon village. Mon peuple.

Je déglutis et fit un premier pas. Des enfants insouciants passèrent prés de moi, chevauchant des faons de la race des cerfs magiques, ces cerfs que nous utilisions comme familier, et comme monture pour combattre en tant de guerre. Ils riaient : insouciant. Comme si les Ténèbres n’avaient jamais envahit notre planète. Comme si je n’avais pas faillit à les protéger. Mes poings se serrèrent, je sentis ma gorge s’asséchaient.

Je voyais les chasseurs rirent et parler des dernières traques. L’herboriste grondait son apprenti qui avait abimé de précieux échantillons. Un groupe d’adolescent revenait de cueillette en grignotant des baies sauvages. Tout était comme avant ?

« Meldanya ? »

Une voix douce, enchanteresse. Un mot que je n’avais plus jamais entendu. Il n’y a jamais eu qu’une personne pour me nommer ainsi. Je me retournais et la vit. Aussi grande que moi, une longue chevelure blanche tressée de fleurs rouges. Des lèvres rappelant la cerise, et un regard doré plus éclatant que le soleil à l’aurore. Elle avait le ventre rond et tenait un panier de fleurs qui, je le savais, lui servirait à confectionner des ornements pour chevelure.

« Silaipo ? C’est bien toi ? »

Ma voix habituellement calme et contrôlée vibrée. Je notais de suite son froncement de sourcil inquiet alors qu’elle m’approchait et poser sa main sur mon front : inquiète.

« Tu ne te sens pas bien ? Je t’avais pourtant dit de ne pas trop en faire. Ton frère et tes fils ne demandent qu’à t’aider tu sais meldanya.
— Tout va bien. Je… Je suis simplement heureux de te revoir.
— Nous nous sommes vu ce matin pourtant ! Enfin, ne restons pas dans le passage. Rentrons à la maison. A ton avis, la chasse de nos fils aura-t-elle été fructueuse ? Ton frère les forme certes, mais ce sont encore des jeunes fougueux. »


Je lui offrais mon bras et doucement nous avançâmes à travers les chemins de notre village qui étincelait comme un joyau poli par les siècles.  Silaipo était une des rares femmes de notre peuple à vivre au village. Le hasard avait fait de nous deux des âmes-sœurs, mais sa nature de femme la rendait spéciale pour tout le village. Elles n’étaient que quatre et devaient être protégé. Elles, comme les vies qu’elles portaient.

Je l’aidais à préparer le souper, et lui parler de mes nouvelles découvertes magiques et des études que nous faisions à la Grande Bibliothèque, le fameux bâtiment en partie ancré dans la cascade. J’étais certes l’Aïeul et le responsable de mon peuple, je n’en restais pas moins un mage-chercheur. Mes files arrivèrent alors avec le résultat de leur chasse, et c’est ensemble que nous avons préparé le repas à base de lapins, herbes médicinales et baies.

Rindëy, mon aîné, était fier de me dire comment ses collets avaient parfaitement fonctionné. Lirëdir confirmait mes doutes : il préférait de loin la magie à la chasse et n’avait pas du tout aimé l’expérience. Menel, lui, avait toujours la tête dans les nuages et préférait demander à sa mère comment il pouvait améliorer son essai de bijoux pour mon anniversaire. La nuit tombait doucement et bientôt, les plantes se mirent à luire comme elles le faisaient dans cette forêt enchantée. Les lucioles voyageaient et donnait au village une saveur que je croyais oublier.

Je couchais mes fils à l’étage, dans leur chambre donnant magiquement sur un ciel aux étoiles miroitantes. Mon aimée m’attendait une fois que je fus descendu. Un verre de lait de biche sucré au miel, comme j’aimais le prendre pendant qu’elle brodait. Ensemble, lové l’un contre l’autre, je me surprenais à penser que les Ténèbres, la guerre sur Terre, mon casino, la Nouvelle-Orléans : tout ça c’était que le fruit d’un sort de confusion qui avait du mal tourné durant une étude. Après tout, Silaipo était bien là, contre moi non ?

« A ton avis, comment devrait-on l’appeler ? » Me demanda-t-elle, la main posée sur son ventre.

Un nom, un seul, me vint à l’esprit.

« Estel. »

Elle me regarda avec surprise et me demanda pourquoi un nom aussi étrange ? Appeler son enfant « espoir » est peu commun après tout. Mais à peine avais-je prononcé ces mots que je me levais. Je blêmi alors que la sphère magique flottait devant moi et que j’étais le seul à la percevoir. Comment ai-je pu ne pas trouver étrange de ne pas voir Naïra alors qu’on l’évoquait ? Ou encore, comment ai-je seulement put oublier Estel ? Mon fils. Le seul qu’il me reste.

Je regardais, les larmes aux yeux, mon épouse et me rendait alors compte que tout ça n’était qu’une chimère. Cette sphère, elle n’offrait qu’un doux rêve bien amer. La réalité est bien moins idyllique que notre désir. Tendrement, je caressais sa joue et savourer la douceur de sa peau. Je l’embrassais comme je n’avais pas put le faire avant qu’elle ne soit happée par l’Ennemi. Un simple ‘tye melen’ quitta mes lèvres alors que je m’écartais d’elle et effleurait la sphère.

J’étais de nouveau seul, dans mon bureau. Mon index glissa sur mes lèvres, comme à la recherche d’un peu de cette chaleur perdu. Mes jambes cédèrent sous mon poids et alors que je retenais mon chagrin, celui-là même qui avait un jour faillit me détruire, ma porte grinça. Dans l’encadrement, le visage inquiet de mon fils. Il tenait dans les bras sa peluche de daim et n’osait pas entrer. Je tendis mes bras vers lui, et il courut se lover contre moi. Il m’embrassa sur la joue en me disant qu’il avait fait un mauvais rêve et ne voulait pas dormir tout seul. Tendrement, je le portais et nous guidait vers sa chambre où je le mis au lit. Je m’installais assis sur la moquette, prés de lui, alors qu’il gardait sa petite main serré autour de mes doigts.

« Apa… Tu seras toujours là pour moi ?
— Toujours. Tye melen onya.
— Tye melen apa. »


Il me demanda de lui raconter une histoire merveilleuse d’autrefois, et alors que je lui chantais une vieille comptine elfique depuis longtemps oublié par sa génération, je le vis s’envoler au pays des rêves. A la porte, je vis mon frère nous regardait avec tendresse.

Je confiais à mon esclave le fait de reborder mon fils, pendant que je rejoignais mon jumeau pour partageais une coupe.

Un jour je retrouverais Silaipo, Rindëy, Lirëdir et Menel. Mais ce jour n’est pas encore venu.
Il ne viendra pas tant qu’Estel aura besoin de moi.

Onyx (ES)
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Epreuve 6 : Un soupçon de bonheur  EmptyDim 12 Juil - 20:10
Lucas
Contexte:
 



- Salut puceron !

Il sourit à sa sœur adorée.

- Bienvenue à la maison.

Elle jeta un coup d’œil à ses vêtements sales tout en déposant ses affaires sur la table à l’entrée.

- Mmhh… Tu n’es pas sorti aujourd’hui?

Lucas adorait sa sœur. Il savait qu’elle ne faisait que poser la question pour lancer la conversation. Elle ne le jugeait pas. Mais une partie de lui, celle qui brûlait d’une flamme noire indomptable, colorait cette adoration d’un voile sombre. Il voulait crier « Non ! Et si je veux pas sortir, c’pas ton foutu problème ! ». Il voulait sauter sur ses pieds, attraper ses bibelots et les jeter par terre, comme si c’était elle qu’il brisait.

Sauf que l’ancien soldat adorait sa sœur. Elle n’avait rien fait de mal. Accepter de le laisser rester chez elle sans rien lui demander était si gentil de sa part. Il ne voulait jamais, jamais lui faire de mal. Alors il continua de sourire en enfermant cette flamme très profondément en lui, comme si elle pouvait disparaître s’il l’ignorait.

- Pas aujourd’hui… Mais je sortirai demain, je le jure !

Ce qui est enfermé ne reste jamais caché éternellement.

-------------------------------------------------------------------

- Avez-vous toujours des cauchemars?

Lucas préférait toujours regarder le mur plutôt que les yeux de sa psychologue.

- Oui.

C’était un rêve, il le savait. Ryan rigolait comme un idiot à la blague nulle de Hog tout en lui répétant qu’il était con et lui-même ricanait de ces deux idiots. À quelques pas devant eux, Johnson était train de désactiver une mine que son chien avait reniflé. Si seulement il pouvait dire à son ancien lui d’arrêter de se marrer deux minutes et de regarder autour… Mais non, son esprit était trop cruel pour lui permettre d’être autre chose que le spectateur de cette journée qui l’avait détruit. Il ne pouvait que regarder et les voir tomber comme des mouches.

Johnson par un sniper. Ryan et Hog qui étaient trop proches et qui furent balayés par l’explosion de la mine balaya lorsque le corps de Johnson l’activa. Nate quand il se leva pour répliquer aux tirs ennemis afin de donner couverture à Moth qui tentait de récupérer Hog qui perdait trop de sang. Un à un, ils tombaient sans d’autre abri que la Jeep dont les pneus avaient tout de suite été éclaté par les premiers tirs. La deuxième mine qui le projeta contre le véhicule et bousilla son bras. Le dernier ordre qu’il avait reçu. Sa promesse de rapporter des secours.

Courir, courir, courir encore et encore et encore et encore. La cadence de ses pieds frappant le sol, son souffle de plus en plus court, la sueur sur son front… Il n’avait jamais arrêté de courir avant d'atteindre son but. Tout cela pour être trop tard.


Cela hantait ses rêves. Et pourtant… et pourtant…

La femme était en train de parler, mais Lucas ne l’entendait pas. Sa voix se confondait au crépitement de la flamme qui brûlait en lui et qui menaçait de tout réduire en cendres. S’il ne l’alimentait pas, c’était lui qu’elle consumerait. Il se leva soudainement, interrompant la femme.

- Il faut que j’y retourne. Je veux juste y retourner, j’ai besoin d’y retourner, laissez-moi être utile, il faut que j’y retourne. Dîtes-leur que je suis capable d’y retourner !

Le vétéran fit l’erreur de croiser son regard. La lueur neutre et pleine de compassion qui s’y trouvait avait mué pour devenir pitié.

- Lucas…

Un soupir.

- Oh, Lucas, quoi que j’écrive dans mon rapport, vous ne passerez jamais l’examen médical, vous le savez très bien.

Il le savait. La seule chose qu’il pouvait faire, c’était de rêver à cette époque, d’ignorer la flamme. Seulement… Il ne savait plus s’il pouvait continuer de la contenir.

Un jour, la flamme le détruirait.

-------------------------------------------------------------------

- Ma sœur a fait du pop-corn l’autre jour. C’était stupide, mais le bruit de maïs qui éclatait m’a fait plonger sous la table. Je me suis seulement calmé plusieurs heures plus tard.

D’autres autour de la table avaient partagé des histoires similaires, donc Lucas savait que le groupe de thérapie resterait dans le noir. Personne ne saurait qu’il était différent. Que ce n’était pas la peur ou la panique qui l’avait bousculé. Non, il n’avait pas paniqué. Au contraire, son esprit s’était calmé. Il voyait tout. Il sentait tout. Il était prêt.

Ce qui l’avait empêché de dormir ce soir-là, ce n’était pas l’angoisse. Non, c’était l’excitation. L’anticipation. La soif de sang. La montée d’adrénaline qu’il affectionnait tant. Cette sensation d’être en contrôle de son corps au plus haut point, cette sensation de puissance, de marcher avec confiance sur cette corde tendue entre deux falaises sans douter de ses pas, sûr qu’il ne pourrait jamais tomber. Et même s’il tombait… Au moins cela en aurait valu la peine.

Puis Lucas s’était rappelé qu’il n’était plus là-bas. Il était à la maison, sous les yeux de sa famille qui le regardait comme s’il était brisé, comme si une partie de son âme était morte comme son bras droit l’était également. Ils blâmaient l’armée. Et Lucas ne disait rien pour ne pas qu’ils réalisent quel monstre il était. Parce qu’au contraire, c’était eux qui le brisaient, qui l’étouffaient sous leurs beaux sentiments dégoulinants d’amour. Et le vétéran ne pouvait même pas leur en vouloir. Après tout… Il les aimait aussi.

Parfois, Lucas oubliait que c’était une flamme qui brûlait en lui et s’imaginait un océan dans lequel il nageait depuis si longtemps qu’il n’arrivait plus à maintenir sa tête hors de l’eau. Un abysse qui l’entraînait vers le fond où il serait à sa place dans le noir et les monstres des bas-fonds.

Mais non, c’était une flamme. Une flamme affamée qu’il ne pouvait plus contenir et qu’il ne pouvait pourtant pas laisser libre. Si elle s’échappait, si cette violence, cette envie d’adrénaline devenait libre dans un environnement peuplé de civils…

Alors l’ancien soldat rêvait. Il rêvait d’être là-bas. Et malgré les rêves de cette journée, il rêvait surtout des autres jours. De la camaraderie. Du travail physique. De l’entraînement. De la violence. Du combat. De ce calme qui l’envahissait. De tous les autres jours. De laisser la flamme libre de tout détruire sans la tenir en laisse.

Sauf qu’ici, c’était impossible. S’il le faisait…

La flamme consumerait tout.

-------------------------------------------------------------------

Lucas était seul. C’était aussi réconfortant que horrifiant. Vivre seul dans une tente au milieu de la forêt était si agréable que la flamme en lui en était presque apaisée. La solitude le noyait. Il voulait les câlins de sa sœur. Il voulait chasser une proie dans la forêt sans risque d’attaquer qui que ce soit. Il voulait prendre ses neveux dans ses bras. Il voulait continuer de manger ses repas chassés par ses soins sans subir les yeux inquiets de son beau-frère. Il était tiraillé entre deux. Il n’arrivait pas à savoir s’il avait fait le bon choix.

Alors il continuait de rêver, rêver d’aventures, d’action, d’être le monstre qu’il savait qu’il était.

Le bon choix n’existait pas.

-------------------------------------------------------------------

L’Esquisse. Un endroit complètement cinglé. Hier, une fillette avait dégommé un télescope dont la lentille lançait des rayons lasers en lui lançant une bouteille de parfum qui l’avait endormi avant qu’elle puisse le découper à coups de sabre. Lucas était piégé dans un nouveau corps qui ne lui obéissait que la moitié du temps. Des dangers surgissaient de nulle part à toute heure du jour et de la nuit, l’obligeant à se battre ou à fuir pour sauver sa peau. Il devait se coltiner des étrangers comme camarades de fortune pour éviter d’y passer.

C’était un cauchemar. C’était sa délivrance. Lucas riait dans le danger comme s’il retrouvait un vieil ami. Il se battait avec l’énergie du désespoir et se sentait plus vivant qu’il ne l’avait été depuis longtemps. Il s’agrippait à ses compagnons qui n’étaient pas Johnson, Hog, Nate, ni aucun des autres, mais qui l’accueillaient quand même parmi leurs rangs, tout simplement parce qu’une paire de mains, même enfantines, pouvait faire la différence entre la vie et la mort.

Lucas dansait avec la mort comme il danserait avec une demoiselle, la taquinant et la frôlant sans jamais la laisser l’attraper. Il se blessait, il pleurait, il souffrait. Son sang bouillonnait et cela l’enchantait. La flamme était nourrie par le chaos environnant et ne le menaçait plus. Il se cachait toujours sous un masque, ne sachant plus vivre sans. Malgré tout, il était lui-même, tout monstre qu’il était.

La nuit, l’ancien soldat s’étendait sur le sable rouge du désert en observant les constellations d’un ciel mauve qu’il n’avait jamais vu avant. Dans cet endroit que beaucoup considéraient comme un enfer, il revivait. Pour lui, l’enfer avait été cet endroit que tant de ses compagnons voulaient retrouver. Leur maison. Bah. Il ne savait pas quel dieu avait exaucé ses prières, mais il savait qu’il ne pourrait jamais les autant les remercier. Au plus profond de lui, il le savait…

Il était enfin rentré chez lui.

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Par Onyx (Esquisse) - 1483 mots

Sable [TFB]
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Epreuve 6 : Un soupçon de bonheur  EmptyDim 12 Juil - 20:14
Sable


The Fifth Being:
 

Sable:
 




Un soupçon de bonheur

3hSA3eN.jpg

Il y avait quelque chose d'infini entre toi et moi.


Sur le rebord de la fenêtre dormait une petite poupée faite de paille, de terre et de quelques cheveux, adossée contre une rose aux pétales éclatants. L’aube n’était pas encore là et les rayons de la lune se reflétaient dessus avec grâce. Lentement, mes doigts se glissèrent sous le talisman pour le porter à mes yeux, bien que je sache déjà ce qu’il était. L’émotion s’empara de moi de la même façon que le jour où je l’avais façonnée après avoir appris la signification qu’il y avait derrière, perdue dans le labyrinthe du Pavillon des Chiens, aux côtés de Tatalia. Cette petite poupée que je n’avais pas vu depuis plus de dix ans et qui pourtant se trouvait ici, dans ma main. Mon regard se posa sur la rose que je pris également entre mes doigts en faisant attention aux épines qui parsemaient la tige. Ma gorge se noua et je serrai la poupée et la fleur contre moi, ignorant la légère piqûre d’une épine sur ma poitrine. Tu étais là. Tu étais venu. C’était bien toi que j’avais aperçu la veille. Je devais te rejoindre.

***

La soif m’étreignait, tout comme la faim… J’ignorais depuis combien de temps j’étais enfermée dans cette boîte, mais la nuit était tombée depuis que l’homme m’y avait jetée sans douceur. J’y avais passé la journée, en plein sous le soleil du désert d’Agni, privée d’eau et de nourriture. Allongée dans un coin de ma prison de fortune, je commençai à divaguer, laissant mon doigt tourner dans la poussière sur le sol. Ce fut une voix qui me sortit de ma torpeur et je redressai la tête. De l’autre côté, à travers les trous de la boîte, je pouvais voir une silhouette dans l’obscurité.

« Ne crie pas. La nuit dans la boîte est froide mais la journée bien trop chaude pour les enfants comme toi. Ils te laisseront sortir si tu es calme. Tiens. »

Je ne compris pas tout de suite ce qu’il me tendait à travers l’un des plus gros trous entre les planches. Le reflet de la lune fit briller l’eau et je me jetai presque dessus pour boire, toussant presque sous la surprise de la sensation du liquide hydratant ma gorge asséchée. Je lui en demandai de nouveau et il obtempéra. Avant qu’il ne parte, je parvins à lui demander son nom.

« Vipère. »

***

Une fois vêtue d’une robe légère, je ramenai mes cheveux pour les nouer en une tresse épaisse, puis je quittai le harem pour la porte dérobée, dans un coin de l’une des pièces de vie. Discrètement, frôlant les murs pour échapper aux gardes, je traversai les couloirs déserts, me cachant derrière une tenture dès que les bruits de pas d’un serviteur se faisaient entendre. Je rejoignis les jardins à la hâte, le cœur battant. Même dans le désert d’Agni, la rosée du matin qui approchait parvenait à se déposer sur les plantes et les fleurs qui ornaient les jardins du Palais. L’odeur fleurie familière planait dans l’air tandis que je me pressai de parcourir les allées le plus vite possible, sans pour autant courir pour ne pas que l’on me surprenne par une fenêtre. Je baissai les yeux en croisant un garde ou deux qui m’ignorèrent et m’empressai de rejoindre la roseraie, la poupée serrée dans ma main. Tu étais là, je le savais. Je ne pouvais pas me tromper. Après toutes ces années, tu étais revenu pour moi. Et même si une petite voix me soufflait que je ne devais pas faire ça, que quitter le harem pour retrouver un homme dans le secret des jardins me vaudrait sûrement une punition, je ne pouvais m’arrêter. Pas après tout ce que nous avions vécu.

***

La cellule était petite et sombre. Cela faisait plusieurs jours que j’y étais enfermée. C’était la deuxième fois que je m’y retrouvais, parce que je refusais de plier face à ces gens qui me prenaient pour une esclave. Ce n’était pas ce que j’étais et je ne le serai jamais. Blottie contre le mur du fond, je pleurai. J’avais tapé contre la porte, crié pour pouvoir sortir d’ici. J’avais hurlé pour pouvoir rentrer chez moi, retrouver mes parents et la vie que j’avais. Mais sans succès. Le bruit de la trappe qui s’ouvrit me fit relever la tête et une voix s’éleva, simple murmure me mettant en garde de ne pas faire de bruit. C’était Vipère. Un sourire fleurit sur mes lèvres. Je l’avais revu depuis la première fois, alors que les fleurs du Pavillon du Lys s’agglutinaient sur le balcon pour observer les hommes se battre sur le champ d’entraînement. Je l’avais vu, lui aussi, et les sourires et les petits signes de la main qu’il m’offrait me faisaient du bien.

Une main apparue et s’ouvrit. Lentement, je m’approchai pour regarder dedans, à la lueur de la faible lumière qui passait depuis le couloir. Sur sa paume se trouvait une petite forme animale faite de terre et de paille. Je la serrai contre moi avant de tenir sa main pour le remercier. Il partit aussi vite qu’il était venu, me mettant en garde. Je m’adossai de nouveau au mur, serrant la petite poupée contre moi.

***

Je continuai de parcourir les allées de fleurs, passant les orangers et les lilas, les églantiers et les lauriers. Je dus faire un détour pour éviter un garde, me perdant presque du côté des magnolias. Mais ces jardins, je les connaissais suffisamment bien pour pouvoir m’y retrouver et je repris le chemin vers la roseraie. Pour te rejoindre. Tu m’attendais, je le sentais au fond de moi, comme si tu m’attirais à toi. Trop d’années nous séparaient de la dernière où nous nous étions vus, dans la douleur et les cris. Ton souvenir me hantait encore, bien des saisons plus tard, m’aidant à m’accrocher à la vie qui était désormais la mienne, en tant qu’esclave du Souverain du Feu.

***

Les grilles venaient de se refermer dans mon dos, comme un couperet annonçant la sentence. Derrière moi, les hommes devenus davantage animaux hurlaient et tendaient les bras vers moi. Ils me voulaient, pour me faire du mal, cela se voyait dans leurs yeux. Mais parmi eux se trouvait Vipère et quand la seconde grille s’ouvrit pour laisser passer les hommes, il se précipita, renversant le chaudron de nourriture sur eux pour faire diversion et m’emmener loin à l’intérieur de la fosse, courant dans les couloirs de sable pour me cacher à la vue de tous. Il me laissa et repartit pour se battre, les éloigner de moi, me défendre. Tétanisée, prostrée sur moi-même, j’attendis en retenant mes larmes afin de ne pas faire de bruit. Le temps s’étendit et je crus ne jamais le revoir. Mais il revint, couvert de sang mais bien là, comme toujours depuis cette fois-là, où il m’avait offert de l’eau. Je pris sa main.

***

La roseraie n’était pas loin. Je pouvais sentir le parfum des roses planer jusqu’à moi. Juste après ce buisson de camélias. Je tournai et me figeai au bout de l’allée. Plus loin, l’homme que j’avais aperçu la veille dans ses vêtements de voyage m’attendait patiemment. C’était bien toi. Mon cœur se mit à battre plus fort et je repris ma marche pour te rejoindre. J’eus envie de courir, de te sauter au cou, de te dire à quel point j’étais heureuse de te revoir après tout ce temps passé loin de toi, de te savoir en vie… Mais à la place, je m’arrêtai et souris, les yeux brillants de larmes contenues. Dans ma main serrée contre ma poitrine, se trouvait toujours le talisman. Celui que je t’avais offert après que j’ai appris ce que signifiait celui que tu m’avais glissé à travers cette trappe. Une union, entre toi et moi. Une promesse d’amour avant même que je ne sache ce que cela signifiait réellement.

Il y avait longtemps, dans cette cellule obscure où dansaient les ombres de nos corps enchaînés, mon esprit s’était brisé. Alors que l’enfer s’abattait sur nous, sur toi, dans un silence hurlant de douleur, celle que j’étais avait disparu. Une porte s’était refermée devant mes yeux, laissant place à celle que je suis devenue. Je t’ai perdu. Tu m’avais été arraché après que j’eus été la source de tes malheurs. Après ce jour où ton sang avait coulé sous mes yeux horrifiés, j’avais cessé de croire en l’avenir, mais j’avais continué de m’accrocher à ton souvenir. Tu étais devenu mon ancre, celui qui m’avait permis de ne pas totalement oublier. Tandis que je t’observai, près des roses, j’attrapai ta main et souris encore. La chaleur de ta paume se diffusa dans la mienne et je me souvins alors, comme si ta simple présence près de moi venait d’ouvrir la porte, ce qu’était réellement le bonheur.



1468 mots sur word - 1562 sur compteur de mots

Gideon Tanaka
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Epreuve 6 : Un soupçon de bonheur  EmptyDim 12 Juil - 20:37
Gideon Tanaka

Epreuve 6 : Un soupçon de bonheur  Vsat5Qi

Présentation du forum et de mon personnage:
 

C’était l’enfer. Littéralement l’enfer ces vacances. Qu’est-ce qu’il m’a prit de partir en mode aventurier à Cadair Idris ? Encore, je serais resté sur le sentier de randonnée… mais non, il a fallu que j’aille visiter la forêt et que je me perde. Forcément, la batterie de mon téléphone est morte quand je me suis rendu compte que je me paumais. Heureusement que j’avais prévu une tente pour faire du camping une nuit. Ma mère allait me tuer. Mon père également. Peut-être que j’aurais dû rester perdu, sauf que… je ne l’aurais pas revu Elle.

Après avoir paniqué, j’ai rationalisé, il fallait se calmer et penser intelligemment. Comme je ne trouvais pas mon chemin, j’ai monté ma tente dans une clairière et j’ai essayé de dormir. Bien évidemment, j’en ai été incapable. J’en avais profité pour regarder les étoiles et ça avait consolidé ma volonté de retrouver mon chemin, pour retourner au Japon le plus vite possible parce que les étoiles me faisait penser à Sumire. Je n’aurais jamais cru qu’elle aimerait autant l’astronomie et que ça deviendrait notre truc à nous. Je suis sûr qu’elle aurait adoré la vue de ce soir-là. A cette pensée, j’avais imaginé la tête qu’elle ferait, elle aurait sûrement eu ce petit sourire émerveillé que j’adore faire apparaître sur son visage. Elle m’avait dit une jour que j’avais le don de rendre tous nos moments passés ensemble exceptionnels et elle a raison. Je crois que je pourrais faire presque n’importe quoi pour la faire sourire de cette façon, pour admirer le résultat, parce que ça la rend tellement belle et elle n’en a même pas conscience.

La nuit s’est passée sans vraiment d’encombre et j’avais pu reprendre mes recherches du sentier de randonnée le plus proche. Il m’a fallu deux longs jours pour tomber sur un village paumé dans la montagne. Les jours qui ont suivi m’ont paru atrocement long. Il a fallu appeler ma mère pour qu’elle vienne me chercher, elle avait tenu à m'emmener à l’hôpital, m’avait sermonné pendant ce qui m’a semblé des heures. Puis, il y a eu le retour au Japon. Là, encore j’avais eu droit à un sermon de plusieurs heures, de mon père cette fois.

Dès que j’avais eu un téléphone sous la main chez ma mère, j’ai prévenu Sumire que j’allais bien et je crois que je n’avais jamais été aussi content et soulagé d’entendre sa voix. Alors, je lui avais fixé rendez-vous à Kobe, dès mon retour sur le sol nippon.

Maintenant, le moment de notre rendez-vous approche et je suis assez nerveux. Si je ne m’étais pas rendu compte à quel point elle me manquait au début des vacances, c’est lorsque je me suis perdu que cela m’a frappé de plein fouet. Qu’est-ce qu’elle dirait si je ne revenais pas ? Qu’est-ce qu’elle ferait si elle était avec moi ? Qu’est-ce qu’elle est en train de faire actuellement ? On se rend compte qu’on est réellement chez soi, quand on quitte cet endroit et qu’on a envie d’y retourner. Je suppose que c’est pareil avec les personnes, en tout cas, c’est ce que je crois maintenant.        

Comment vais-je m’y prendre ? J’ai bien quelques plans en tête,  mais dès que je l’aperçois, je les oublie tous. Je me dirige vers elle et dès que je suis à portée, je l’attire vers moi pour la serrer dans mes bras.

Je sais qu’elle n’est pas à l’aise avec les contacts physiques, mais tant pis, c’était plus fort que moi, elle me dit que je lui ai manqué et je lui réponds que moi aussi, un peu gêné cependant. C’est facile de le penser mais c’est plus compliqué de l’exprimer à voix haute, je n’ai jamais été très doué pour exprimer ce que je ressens, non pas parce que je suis timide mais plutôt parce que je n’ai jamais appris à être expansif. Je reste quelques secondes comme ça à savourer le moment. A profiter de sa présence contre moi, de son odeur, de tout avant de reculer pour la laisser respirer.

J’ai une tonne de choses à te dire.

Je dois tout lui raconter de ces derniers jours, mais surtout, je dois lui dire quelque chose que je n’ai jamais sû dire clairement jusqu’à présent. Je l’avais laissé échapper par mes gestes et mes actions, mais jamais avec des mots. Son sourire et son rougissement léger suite à mon câlin me donne le courage de lui dire. Je l’invite à me suivre pour qu’on s’installe sur un banc et quand on est assis, je lui explique en détail mes péripéties. Ce n’est pas très passionnant en soi mais c’est une bonne introduction pour lui dire ce que j’ai découvert là-bas. Je prends une grande inspiration pour lui dire ce que j’ai sur le coeur depuis plusieurs jours et voir même plusieurs mois.

Tu sais, tout ça, ça m’a fait réaliser quelque chose. Alors que je me pensais seul, je ne pouvais pas m’empêcher de penser à toi. Quand je t’ai dit que tu m’avais manqué, ce n’était pas vraiment en tant que simple amie… je me suis rendu compte que c’était bien plus profond que ça, je crois que j’en suis arrivé à un stade où j’ai réalisé que… je ne pourrais pas passer ma vie sans toi à mes côtés, chaque jour, chaque moment, je veux les vivre avec toi Sumire.

Et voilà, je l’ai dit, j’ai finalement réussi à lui dire que je partageais les mêmes sentiments qu’elle et j’en suis vraiment heureux parce qu’il suffit que je vois son visage s’illuminer pour être rassurer sur ma décision. Je regrette presque d’avoir pris autant de temps pour lui dire alors qu’elle l’avait fait si facilement il y a quelques mois. Cependant, mieux vaut tard que jamais n’est-ce pas ? Une chose est certaine maintenant : je suis convaincu qu’on peut être heureux ensemble, tout simplement.


Nombre de mots Word: 980.

Xayah
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Epreuve 6 : Un soupçon de bonheur  EmptyDim 12 Juil - 22:05
Présentation physique de Xayah et Rakan :
 

Contexte de Valoran's Battlefront:
 

Ils allaient sombres sous la nuit désolée.

Une femme-oiseau toute vêtue comme une voleuse violette accompagne dans la nuit un groupe de jeunes créatures mi enfants-mi animaux.

Ces jeunes, et elle même par ailleurs, sont nommés dans ce monde des "Vastayas" : des créatures intelligentes et communautaires égales aux hommes en capacité, si elles ne leur sont pas même supérieures, dépendantes de la magie et vivant en harmonie sur l'île de Ionia, un havre de paix et d'équilibre.
Enfin, tel était le cas auparavant. Les Vastayas ont perdu de leur superbe dans ce temps présent et si certains se sont adaptés aux Hommes, d'autre comme la jeune oiselle s'en méfient et même combattent quelques groupuscules malfaisants envers la Magie.
Mais nous ne parlerons pas de ça aujourd'hui.

Retour sur notre groupe, cinq petites créatures différentes ayant l'apparence d'enfants de six à huit ans, menés par la demoiselle dans le milieu de sa vingtaine. Ils sont seuls et avancent d'une bon pas dans l'obscurité. Le but n’est pas loin, mais les petits sont fatigués et ont besoin d’une histoire pour les réconforter. C’est ce qui a mené à cette étrange scène.

Cette oiselle zinzoline vient de la tribue des Lhotla, qui sont, comme elle, des oiseaux humanoïdes : pattes de vautours, une aile unique -qui pourrait être une cape- et des oreilles en aigrettes, ainsi qu'une formidable agilité et de beaux yeux -jaunes chez elle- de chat les caractérisent. Le reste est humain, mais camouflé sous ses vêtements confortables. Elle est connue parmi les Hommes comme une redresseuse de tort, combattant pour l’équilibre de la Magie et les intérêts de sa race.

Les jeunes ont l'air perdus et désemparés, elle vient de les secourir tandis que des humains mal intentionnés les avaient capturés pour des raisons inconnues. Probablement pour les vendre en guise de bêtes de cirques. Ils ont étés malmenés et certains sont légèrement blessés. Ce sauvetage et ce gardiennage d'enfant ne sont pas les occupations habituelles de la dénommée Xayah mais elle ne pouvait ignorer leur détresse, aimant profondément son peuple et haïssant profondément les Hommes.
Et puis… Ils lui étaient si semblables.
Elle les ramène donc en sécurité chez eux et pendant le voyage, tandis qu'elle essaye de les occuper et de les rassurer, avec une tendresse et une sensibilité qu'elle cache habituellement très bien, a lieu cette discussion :

"Ma vie n'a jamais été que voyage et perte.
Voyage pour combler la perte, pour dire vrai.

Ça ne fut pas toujours le cas, bien évidemment.
Tout le monde a connu un jour une période dorée et tranquille, dont l'on se souvient avec délice et comme d'un idéal. Je sais que seulement à lire ces mots, quelques idées réconfortantes vous viennent. Votre enfance heureuse auprès de vos parents, votre future vive adolescence, ou vie adulte épanouie à venir, pour plus tard, chacun a connu dans sa vie au moins quelques jours de bonheur. Exceptés les âmes les plus désespérées, mais j'ai la chance de ne pas en faire partie !
Et vous non plus, d’ailleurs. Gardez espoir, la marmaille, vous avez échappé au pire et tout ira bien pour vous. Vous devez rentrer et ne pas vous laisser consumer par la haine des Hommes. Certains sont stupides et mal informés, mais c’est une adulte qui les côtoie qui vous le dit : un jour vous pourrez trouver une paix et un bonheur dans ce monde là sans renoncer à vos idéaux, et sans que cet incident ne vous détruise. Plus de peur que de mal, après tout. Nous sommes résilients, nous ne sommes pas aussi haineux et froussards que les Hommes !

Il faut dire que j'aurais pu moi même un jour me laisser aller au désespoir. Mais j'ai trop de caractère pour ça. Enfin bon, nous nous éloignons du sujet non ? Nous parlions des moments de bonheur que nous avons perdu.

C’est une petite histoire que je veux vous conter.

Pour moi, ce bonheur idéal, c'était mon enfance. Ma tribus, ma vie paisible et innocente, rythmée par la magie des terres ancestrales des Vastayas. Les Lhotla, pour être précis. Ces hommes oiseaux des forêts qui passaient leur temps à faire tout ce que font les Hommes, mais en mieux : danser, chanter, raconter des histoires, vivre et aimer. Vous savez bien, au fond. Vous êtes peut être un peu jeunes pour avoir croisé des Lhotla ou des oiseaux comme moi, mais nous restons des Vastayas. Nous sommes si semblables… Je suis sûre que vous avez plein de belles anecdotes à me raconter, n'est-ce pas ? Enfin, désolée je vais monologuer encore longtemps et ensuite vous aurez tout le temps possible pour me raconter vos plus belles histoires. ça marche ?

Donc donc donc… Ah oui. La disparition de mon village en entier.

Un jour je suis allé chez les Hommes. Et j'ai beaucoup perdu. Ma foi en leur bonté naturelle, et mon chez moi. Je ne sais pas si vous pouvez vous imaginer ce que c'est, de rentrer chez soi et de ne trouver ni rien ni personne. Mon père, mes voisins, et même les vieux grincheux.
Encore aujourd'hui je les cherche.
Encore aujourd'hui ils me manquent…

Je n'avais plus rien à perdre alors. Autre que moi-même. Enfin… Presque rien. Il me restait quelques objectifs. De la haine et de la vengeance. Mais ce n'était pas de bons sentiments.
Maintenant je cherche justice, c'est bien mieux.
Il me restait aussi l'espoir de les retrouver.
Alors j'ai voyagé avec la volonté de revoir ma famille et mes amis.

J'ai perdu un foyer il y a fort longtemps oui.
Ce n’est pas une belle histoire.
Mais la fin est heureuse, tenez, c’en serait presque un conte de fée !
Vous voulez entendre la suite ? Allez, je sais que vous le voulez.
Il faut toujours une touche plus douce dans les récits, sinon c'est à pleurer !

Un jour, donc, j’ai cruellement perdu mon foyer.
Mais j'en ai trouvé un autre.
A force de chercher, à force de détermination, j’ai retrouvé un des miens.
Par le plus grand des hasards.
Je ne l'ai même pas aimé de suite. Il fanfaronnait sur une scène de bal populaire, au milieu des Hommes !
Mais il a changé ma vie et ma vision de ce monde.
Il est mon soupçon de bonheur dans cet univers parfois un peu sombre.

Il faut dire qu’il brille beaucoup, ces plumes dorées que je porte sur mon épaule sont les siennes. Vous devrez me croire sur parole, mais celui dont je parle est le plus beau des Lhotla qui soit ! Il sourit toujours, et il brille de mille feux.

Ses cheveux sont blancs et sa voix est chaude. Il est comme un soleil éblouissant… Enfin, il ne faut pas le regarder trop longtemps, il y prendrait goût ! Et si un jour vous pensez le croiser et le reconnaître, ne dites jamais ce que je suis en train de vous dire, je nierais et dirai que vous êtes tous de fieffés petits menteurs !

Vous voyez, j'ai l'amour un peu vache : il en voit de toutes les couleurs, ce petit paon. Mais je sais au fond qu'il m'aime malgré mon sale caractère, il serait parti depuis longtemps sinon, et il ne me soutiendrait pas autant. Et lui aussi sait que je l'aime, je lui prouve à ma manière chaque fois que je le peux.

Nous emportons où que nous allons un peu de l'autre avec nous, et c'est ce qui fait que je ne me sens jamais seule, même quand je le suis.

Comment ça, ça n'a pas de sens ? Tu n'y connais rien, petite linotte !

Enfin, que voulez vous, l’amour, ça rend bêtes. Pas aussi bête que les humains ! Mais presque. Un jour vous saurez.

Je sais que c'est mièvre et sachez que je ne lui dit pas toujours des belles choses comme ça, mais je vous souhaite un jour de trouver quelqu'un qui vous apaise et vous enflamme à la fois. Une personne qui vous comprend, vous complète, vous corrige et exacerbe vos qualités pour que chaque jour vous en sortiez plus grandis.

Je n'aurais jamais imaginé être une championne de la Ligue, mais nous le sommes tout les deux, et ceux qui nous affrontent n'ont qu'à bien se tenir ! Ma quête est partagée et je sais que ce monde peut être beau puisqu'il nous a permis de nous rencontrer.

Le jour où j'ai constaté la perte de mon chez moi, j'ai cru que je ne serais jamais plus capable de sourire, à moins d'avoir les responsables sous mes pattes.

Mais maintenant, c'est différent.

Je sais que je suis chez moi entre ses bras."

Ignorant elle-même pourquoi elle avait parlé autant, et sur un sujet aussi intime, Xayah rabattit sa capuche pour cacher son visage et faire bonne mesure. Le village des Vastayas n’était plus très loin, désormais, et ils marchaient avec plus d’entrain et de bonne humeur. Elle avait au moins réussi cela, en plus de s’attendrir elle même. Ah vraiment, bravo.

Elle pressa le pas : elle avait hâte de finir sa mission et de passer à autre chose.

Elle avait hâte de retrouver Rakan.

Anubis
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Epreuve 6 : Un soupçon de bonheur  EmptyDim 12 Juil - 23:02
Anubis


”Anubis - Lacrimosa:
 

La pièce est plongée dans l’obscurité. L’air y est moite. Lourd. L’odeur est prenante. Une odeur de fer. De métal. De début de putréfaction… De mort.

Deux corps gisent au sol, sans vie, dans une mare de sang. L’un a la peau déchiquetée. Il a été abimé, par des griffes, par des crocs puissants. Vidé de son sang, par une bête enragée, affamée. Le second est celui de ladite bête. La créature gît, au sol, recroquevillée sur elle-même. Ses vêtements sont imprégnés de liquide carmin. Sa peau également. Il sent encore le goût ferreux du liquide vital du pauvre humain qui lui a été jeté en pâture par son père. La bête tremble. Elle souffle. Erratique. Son haleine putride exhale, alors que des larmes de douleur roulent sur ses joues. Elle grogne. Geint.

Elle souffre.

Elle clos les yeux, pour essayer de trouver un tant soi peu de paix. Mais jamais ne bénéficie-t-elle de répit. Jamais. Six millénaires d’errance. Six millénaires de souffrance. Subie. Imposée. Et lorsqu’elle ferme les yeux, elle est frappée par l’obscurité. La panique s’empare d’elle. Elle se revoit vivre l’enfer, enfermée dans sa crypte. Avoir faim.

Avoir faim…

La faim n’est jamais loin. Elle rôde. Lui ronge l’estomac. Lui assèche la gorge. Lui embrume l’estomac. La soif la tenaille, la faisant boire à outrance pour se sustenter, jusqu’à finir par régurgiter.

La bête est marquée par les sévices du passé. Traces indélébiles, contre lesquelles elle n’essaie plus de lutter. Manger ou être mangée. Elle a promis de rester.

Elle finit par trouver le courage de se relever. Poisseuse, puante. Elle sent la mort. Ses instincts sont en action. Elle ne peut se contrôler pleinement. Ses jambes la portent. L’entraînent. L’emportent. Elles l’emportent à l’extérieur. Son nez se lève vers le ciel, qui a retrouvé ses couleurs. Adieu la nuit sans fin. Bonjour la renaissance. Les premières lueurs du soleil artificiel de Gaïa lui caressent le nez. Elle clos les yeux, un instant, inspire profondément. Les odeurs affluent, explosent en milliers de couleurs dans son esprit embrumé.

Elle se met en marche. Elle sait où elle va. Où elle doit aller. Les âmes errantes s’écartent sur son chemin, alors qu’elle arpente les rues et ruelles de Pandémonium. Les muscles roulent sous sa peau. Créature puissante, aux crocs acérés, qui déambule au radar pour rentrer le plus rapidement possible, se terrer dans son nid, pour éviter de sauter à la gorge du premier venu et prendre une nouvelle vie. Enfin, cela ne tiendrait qu’à elle, la bête aurait sans aucun doute déjà décimé une grande partie des humains dans la ville.

Ses pas s’accélèrent. La bête galope. Elle dévale les allées, pour finir par s’arrêter net, au bas d’un immeuble, dans lequel elle s’engouffre, souplement. Personne ne l’a remarquée.

Elle monte les escaliers, faisant patte de velour, jusqu’à ouvrir une porte d’entrée, pour pénétrer dans un appartement. Là, elle se dirige discrètement vers la salle de bains. L’eau coule, se teintant de rouge. La peau de la bête s’écoule dans les canalisations.

L’Homme reprend ses esprits. Face au mur, tête baissée, poings serrés, il a honte. Il n’a, une fois de plus, pas su garder le contrôle de sa faim. Il s’est laissé emporter, a pris une nouvelle vie. Sa victime était, certes, un concurrent de son père. Mais il n’aurait pas dû se laisser aller de la sorte. Et si ce qui est fait est fait, Anubis regrette de ne pas être capable de se tenir. D’être civilisé. D’arrêter de s’emporter pour rien.

Il finit par sortir de l’eau, se serrer rapidement pour rejoindre sa chambre. La fenêtre est ouverte. Les rideaux le sont également. Un rayon de soleil éclair le lit. Eclair son visage. Le regard du vampire est attiré. Il s’approche du lit. S’assoit aux côtés du démon.

Le voilà, son soupçon de bonheur.

Son coeur se gonfle. De joie ; de le voir toujours présent, à l’attendre. D’amour ; de pouvoir partager sa vie. De peur ; à l’idée de pouvoir le blesser un jour.

Mais tous ses doutes se dissipent, alors qu’il l’entend murmurer son nom. Le coeur du vampire ancien fond. Il vient s’allonger à ses côtés, formant un cocon protecteur pour celui qui est, désormais, son homme. Son amant. Son tout.

Ses doigts se glissent dans son dos. Sur sa nuque. Ses lèvres viennent se poser sur son front. Son coeur tambourine, menaçant de sortir de sa cage thoracique.

Anubis est heureux. Là. Aux côtés de Deimos. Pour la première en six millénaires, le vampire se sent à sa place. Pour la première fois, il a trouvé quelqu’un qui le comprenne et qui l’accepte. Pour la première fois, il sait qu’il n’est pas qu’un monstre.

Pour la première fois, il se sent… vivant.

Il est celui qui lui apporte un peu de paix. Un de bonheur. Un peu de joie. Il est celui pour qui il endure les agissements de la bête. Pour qui il ne se laisse pas aller. Pour qui il reste en vie. Celui pour qui il lutte. Celui pour qui cela vaut le coup, de retrouver un tant soi peu de lucidité, malgré la folie. Celui pour qui il reste, tout simplement.

Le seul pour qui toute une vie vaut la peine d’avoir vécu, de vivre, d’être vivant. Présent.

Le seul. L’unique.

Le seul, également, qui le tire, petit à petit, de l’enfer de sa vie.

Et peut-être, qu’un jour, Anubis réussira à en sortir pleinement…

Alors, là, dans la quiétude de sa chambre, le vampire ferme les yeux. Là, alors qu'il se sent en sécurité, en sentant son amant contre lui, avec tendresse, amour... bonheur.

"Je t'aime, Deimos..."

Finit-il par murmurer, dans le secret du sommeil du démon. Il ne le lui a encore jamais dit. Mais à présent, il est certain de ses sentiments.

Shäan - Ezylone
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Epreuve 6 : Un soupçon de bonheur  EmptyDim 12 Juil - 23:03
Shäan


Présentation et explications:
 


Epreuve 6 : Un soupçon de bonheur  OC8wm3d

Shäan s’immobilisa. Ses pas l’avaient mené devant la caserne de l’armée de Jañgala. Ce n’était pas la destination souhaitée. Elle ne l’avait même pas envisagée. Sa maison, au-dessus de la boutique d’art, l’attendait depuis de longs mois et elle était si fatiguée ! Pourtant… Pourtant, elle n’avait pas envie de s’y rendre, de retrouver son cocon, son sanctuaire, sa solitude. Pas plus qu’elle n’avait d’ailleurs envie à cet instant d’aller se ressourcer dans son berceau, le Lac Astral, qui avait pourtant le don d’apaiser tous ses maux. Non. Là, tout de suite, elle avait envie de revoir d’anciens amis, d’anciens élèves… Une main claqua soudainement son derrière, la sortant de sa mélancolie. La colère dépassa la lassitude en une fraction de seconde et son sang ne fit qu’un tour. Main sur le pommeau de sa dague longue, la brune se tourna en fronçant les sourcils, prête à tuer l’inconscient.

Un grand gaillard lui faisait face, souriant, mais surpris. Elle le reconnut aussitôt. Chacun de ses traits, ses plus petites cicatrices, lui évoquait un autre temps et elle décoléra aussi brusquement qu’elle avait vu rouge. Cette époque, où tout semblait simple, était pourtant révolue depuis bien longtemps. Après la trahison d’Alec, et sa disparition, l’Ael avait quitté l’armée de son plein gré, avec l’accord de ses supérieurs. Un sourire tranquille étira ses lèvres alors qu’elle soufflait en relâchant sa vigilance :

- Tu as vieilli.

- C’est comme ça qu’on salue un vieil ami ?! S’exclama l'armoire, faussement vexée.

La dame pouffa avant de poser sa main sur le bras du commandant des Crocs pour le tranquilliser. Elle avait connu Thelios lorsqu’il était encore au bas de l’échelle, et malgré son nouveau poste, il ne semblait pas avoir pris la grosse tête. Cela faisait cinq ans, en tout, qu’ils ne s’étaient pas vus. Lui, trop occupé par sa fulgurante progression et les nombreux faits d’armes qui l’avaient propulsé vers les sommets, elle, par la découverte d’un monde si vaste et mystérieux qu’elle avait l’impression de ne pas avancer.

- J’pensais pas t’revoir ici, Poussin.

Shäan eut un sourire triste. Elle leva les yeux vers le bâtiment au toit d’ardoise. Il y avait tant de bons souvenirs ici. Même si les choses s’étaient mal terminées, la brune ne regrettait pas son passage chez les Ailes, pas plus qu’elle ne regrettait toutes les connaissances, tous les amis, qu’elle s’y était faite. L’armée avait été une grande famille. Et aujourd'hui, cette famille lui manquait.

- Je ne pensais pas revenir, m’sieur l’obsédé.

Elle lui tira la langue, le regard plein de malice. Thelios était un peu le grand frère que les Chimères ne lui avaient jamais donné. Même s’il avait toujours espéré bien plus qu’une relation amicale, et qu’il ne s’en était jamais caché, même en présence d’Alec. Il pencha la tête, curieux.

- Tu restes ?

La dame grimaça, incertaine. Son esprit, embrumé par des semaines de voyages, avait envie de se poser, mais… N’était ce pas une erreur ?

- Je ne fais que passer…

Sa réponse avait finalement franchi ses lèvres plus vite que sa pensée ne s’était concrétisée. Mais le commandant ne comptait pas abandonner si facilement. Il prit sa main dans les siennes, insistant avec une moue qui se voulait suppliante, mais qui, avec sa mâchoire carrée et ses balafres, devenait tout bonnement hilarante :

- Viens au moins boire un verre, tu m’raconteras ta nouvelle vie !

Shäan capitula, incapable de refuser. Cet aveu de faiblesse lui coûterait sûrement une terrible gueule de bois le lendemain, mais elle pouvait bien se permettre une cuite avec un ancien collègue. Tant qu’il ne glissait pas sa main sous sa tunique, du moins…

- Bon, très bien, juste pour cette fois, mais c’est toi qui invites !

Faisant mine de bouder, elle se dérida rapidement quand il l’entraîna vers une taverne où de nombreux soldats venait décompresser. Étonnement, elle se sentait bien, comme revenu sept ans en arrière. Sa vie, alors rythmée par les entraînements et les missions, était plutôt tranquille. Elle se contentait de suivre les ordres, de rires et de suer avec les autres… Ce quotidien si simple lui paraissait inconcevable aujourd’hui, pourtant… La main de Thelios couvrait la sienne, si menue, l'entrainant dans les rues animées de Mystarcia et pas un seul instant elle ne songea à résister, à rompre ce contact. Il poussa la porte de la taverne brutalement en hurlant à la compagnie :

- D’vinez qui j'amène les gars !

De nombreuses têtes se tournèrent vers le duo et Shäan piqua un léger fard qui disparut quand Deholia fit tomber son tabouret en sautant vers elle :

- M’dame Perkim, ça alors ! Vous connaissez le commandant aussi ?

Elle fut bien embêtée, mais préféra couper net la bêtise que s'apprêtait à dire Thelios en expliquant :

- Nous avons été compagnon d’armes, quand tu n'étais encore qu’une recrue bagarreuse à qui il fallait tout le temps rappeler les règles !

La blonde à la coupe en brosse fit une grimace outrée et rétorqua avec véhémence :

- Ouai, c’est sûr que j'étais moins docile que v… uh !

Thelios lui avait assené un coup-de-poing sur la caboche avec un regard qui lui interdisait clairement de continuer sur sa lancée.

- On t’a pas appris qu’fallait mieux parler à tes aînés, bordel ?

Shäan pouffa en saluant Edgard et Felippe, les éternels compagnons de la Croc, et s’avança vers le comptoir à la suite du commandant qui maugréait quelque chose à propos de cette foutue bleusaille qui ne savait pas se tenir à sa place. La brune se tourna alors vers Déholia et la taquina sans honte :

- Toujours pas officier, au fait ? Tu prends ton temps ! Tu as pourtant un bon exemple sous les yeux.

Felippe dut retenir la blonde et couvrir sa bouche pour qu’elle ne lui saute pas dessus en hurlant des insultes et autres provocations. La dernière fois qu’elle s’était affrontées, très récemment, le duel avait été la preuve qu’elle progressait toujours, lui donnant même du fil à retordre. Sans doute était ce son caractère qui faisait défaut à sa montée en grade. C’était bien dommage, elle avait pourtant les capacités de devenir un leader en plus d’une excellente combattante ! La dame ajouta donc avec chaleur avant qu’elle ne puisse s’emporter :

- Je pense que tu ferais un excellent officier.

C’était sincère, Déholia dut le sentir, car elle devint plus rouge que le nez des poivrots qui les observaient en se tordant de rire. Elle alla attraper son tabouret et le ramena à la table où le duo s’était installé puis elle déclara à voix basse :

- C’est cool de vous voir.

Ce à quoi Thelios ajouta avec un sourire jusqu’aux oreilles en passant son bras autour des épaules de l’Ael :

- C’peu de l’dire ! Tu nous manques, t’sais ?

Shäan éclata d’un rire cristallin tandis ce que Thelios continuait de se moquer de sa cadette. L’alcool coula à flots, tournées après tournées, payées tantôt par le commandant tantôt par d’autres. La dame leur raconta ses périples, le trésor de l’île aux roseaux, les recherches secrètes d’Hans Gretel, la princesse de la soie de Naporia. Eux, lui parlèrent des nouvelles recrues, des derniers tests qui s’étaient avérés épiques, des missions qu’ils avaient effectué. La soirée s’écoula, hors du temps, et à un moment, la brune se surprit à penser que sa place, sa vrai place, était peut-être là, avec cette famille un peu extravagante, qui riait fort et se tapait dessus à la moindre occasion, dans laquelle elle aurait toujours une place. Un sourire tendre éclaira alors ses émeraudes et toute lassitude s’envola alors qu’elle répliquait, presque sentimentale :

- Vous m’avez manqué aussi.


Environs 1350 mots

Talya
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Epreuve 6 : Un soupçon de bonheur  EmptyDim 12 Juil - 23:06
Talya

Contexte du personnage:
 


Le soleil tapait fort, très fort, il martelait inlassablement le front de la femme qui, d'un pas assuré, gravissait chacune des dunes qui se profilaient. Elle ne suait pas, elle savait qu'elle n'avait plus besoin de souffrir désormais, le plus dur était derrière elle. Des années durant, elle rêvait de fouler ce sol infertile pour retourner là où toute personne devait posséder le droit de retourner : La maison. Son barda paqueté, il pesait un poids de voleur, son dos lui faisait peut-être mal ? Non, elle n'avait plus besoin de ça, plus de rien. Ses pieds nus, les bottes accrochaient aux lanières de son sac, la sensation du sable chaud sur sa peau lui offrait un sentiment de sécurité. La roche qui la composait lui semblait familière, comme un cousin d'en temps dont le nom vous échappe, mais le visage est là et c'est tout ce qui compte. Arrivée en haut d'une de ces dites dunes, elle leva la tête, droit vers le ciel, là où quelques nuages flottaient paisiblement, pour expirer un grand coup.

En baissant la tête, elle y était, la fin du voyage, un nouveau départ. Le village, là où il a toujours été, entourait de ses belles murailles de terre cuite, l'agitation, elle non-plus ne changeait pas avec le temps, depuis sa colline, elle entendait parfaitement les guerrières s'entraînaient, les enfants jouer et les hommes sur leur chantier respectif. Voulant tout voir à la fois, ses yeux partaient dans tous les sens jusqu'à s'arrêtait soudainement à l'entrée, avec cette femme comme unique garde, droite, assurée, singulière. Le bâton qu'elle tenait à la main tomba soudainement au sol, forçant l'attention de Talya. La garde lui courait dessus, mais différemment de toutes ces personnes qui lui couraient dessus auparavant. Les vibrations de ses pas sur le sol étaient si doux, sa chevelure flamboyante glissaient, portée par le va-et-vient de sa démarche, ce n'était qu'arrivé à une poignée de mètres que son cœur s'emballa, lâchant son sac, ses affaires, tout, elle marcha, hésitante, à peine si ses genoux tenaient le coup.

Elle lui sauta dans les bras, tournant l'une avec l'autre, cette douce valse des retrouvailles, il lui paraissait si dur de défaire son étreinte, mais finalement la femme rousse lui prit les épaules pour la regarder droit dans les yeux. Son visage crispé par la tristesse mêlée à cette indescriptible bonheur de revoir une nouvelle fois les yeux bleus de sa chère et tendre amie. Talya voulait parler, lui dire tous les mots qui lui passaient par la tête, mais rien ne sortait et c'était si agréable. Une nouvelle fois, la rouquine se blottit contre elle.

-Eva...

Lâcha-t-elle entre deux sanglots. Ses yeux s'étaient clos alors qu'elles ne bougeaient plus, l'une contre l'autre, tout lui donnait cette impression de réelle et, quand bien même ce ne l'était pas, elle aurait pu mourir dans son sommeil, sa vie se serait terminée sur la plus belle touche qu'elle eusse espéré jusqu'à maintenant.

-Seize ans.

-Je sais.

Elle s'extirpa pour voir de nouveau son visage, la Eva du passé n'avait rien à envier à la femme resplendissante qu'elle était devenue. Les gens aiment se dire que le bonheur est fait de ces petites choses qui font un tout, mais si ces petites choses existent, ce n'est qu'uniquement grâce à ces moments où le reste n'a plus d'importance. Les lèvres tremblantes, autant que ses paupières, les mots sortaient de leur cage, elle savait que si lui venait l'idée de lui demander comment elle allait, Eva fondrait en larmes. Sa voix hésitante mâchait ses mots.

-J'ai... J'ai vu des choses que l'imaginaire ne pourrait imaginer... Les... Fixé sur le coin de son épaule, ses yeux remontèrent dans les siens, en recommençant de se perdre dans son regard elle se rendit compte qu'elle n'avait pas besoin d'en parler. Les jours ou le silence est d'or sont une ressource rare, si rare qu'on ne peut le fabriquer, cela n'arrive que lorsque votre cœur s'apaise. Tu... Tu m'as manqué.

Étrangement, c'était tout ce qu'elle avait, mais d'autant plus étrangement, c'était tout ce dont Eva avait besoin. La femme rousse aussi voulait parler, prise par cette même malédiction, ce manque d'imagination à l'expression des sentiments qui vous force à porter votre attention sur le visage de la personne que vous pensiez ne jamais revoir. Il n'y avait pas grand chose à dire, juste elles, dansantes dans les bras de l'autre, cette puissance à laquelle leurs pensées se tournaient toujours, chaque jour ou du moins ce qu'il leur paraissait chaque jour.

Elle aurait aimé lui dire. Elle aurait adoré lui expliquer ce que le monde au-delà des murailles représentait, lui montrer qu'il existe des hommes des femmes, des elfes et géants, des nains et des chats bipèdes, que l'infime partie des rêves marqués dans ce vieux grimoire offert il y a de cela des années ne correspondait qu'à peine à ce que ses yeux, ses souvenirs pouvaient lui procurer. Toutes ces lettres écrites, chiffonnaient au fond du sac, celles dont la force de les envoyer ne lui vinrent jamais, touts les mots qu'elle lui écrivait, sans compter celles qu'elle dut abandonner pour maintenir un peu de place à son intimité, depuis ses dix-sept ans, là, à portée de mains, lui donnerait-elle ? Talya ne le savait pas elle-même.

-T'as des rides.

-La ferme.

Elles ricanèrent, chacune en reniflant ce qu'il commençait à couler de leur nez. Au final, elles ne décrochèrent jamais de l'idée que chacune s'était faite de l'autre, le temps passait, pas les souvenirs, de belles peintures que l'on n'ose pas toucher sans la présence de la personne avec qui vous l'avez peinte. Le prénom d'Eva retentit soudainement, les stoppant dans leur élan, une autre guerrière la cherchait et, une fois qu'elle eut vu Talya, elle fit demi-tour aussi vite qu'elle fut venue pour rameuter tout le village. Toutes ces émotions lui firent presque oublier pourquoi elle devait retourner à la maison, la divine destinée de prétendante à la réincarnation de sa déesse prit du temps, un temps qui parut une éternité.

-Tu m'as manqué. Lança une dernière fois Eva.

-Je sais.

Aldris
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Epreuve 6 : Un soupçon de bonheur  EmptyDim 12 Juil - 23:52
Spoiler:
 

---

Tout a été ravagé. La guerre n’épargne rien. Ni personne.

J’avance sur ce chemin que j’ai tant parcouru étant enfant. Nous courrions là avec mes frères et ma sœur. Nous chassions les lézards, nous nous prenions pour des soldats en campagne, loin de savoir que nous en deviendrions vraiment plus tard.

Je traine les pieds et j’aperçois au loin mon foyer. Du moins ce qu’il en reste. Je m’arrête un instant pour observer cette maison. Ma maison. Le toit a disparu, les murs sont à moitié écroulés. Pourtant, c’est bien chez moi. Le seule endroit que je puisse appeler ainsi.

Les épaules courbées, je reprends ma route. J’ai l’impression d’avoir pris cent an. Peut-être est-ce le cas ? Ça ne fait pourtant que quelques années que je suis parti. Combien exactement ? Je ne m’en souviens même pas.
J’arrive sur le seuil. Il n’y a plus de porte. Je pose la main sur les pierres noircies par le feu qui a dévoré les lieux. Je prends une inspiration profonde et entre.

Il ne reste guère que des cendres et des gravats. La cheminée est encore debout, vestige solide du passé. Je soupire, épuisé, déposant mon maigre baluchon dans la poussière à mes pieds. Je balaye l’espace autour de moi du regard. Le vieux tabouret de mon père a miraculeuses survécu, là, poussé dans un coin, comme recroquevillé sur lui-même. Je le ramasse, le remet sur pieds. Il n’en a plus que trois, lui aussi aura souffert. Je le place devant l’âtre éteint et m’assied là, exactement comme le faisait papa le soir, en rentrant fourbu de sa journée de labeur.

Je fixe le vide en face de moi, ferme un instant les yeux. Lorsque je les ouvre de nouveau, je vois les flammes s’agiter devant moi. Lascives et chaleureuses, elles lèchent tranquillement les buches, faisant craquer le bois sous leurs caresses.

Je relève la tête et j’entends le rire doux de ma mère derrière moi. Elle parle de garçons avec ma sœur qui rougit, à la fois gênée et excitée d’oser évoquer ce sujet avec elle. Mes frères, eux, ne sont pas discrets, comme d’habitude. Ils sont sensés être adulte depuis longtemps, mais ils se chamaillent comme des enfants. J’échappe généralement à leurs querelles, je suis plus vieux, plus grand et plus fort qu’eux. Ils savent que même en s’y mettant à deux, ils ne tarderont pas à mordre la poussière.

Yan, le plus jeune mais aussi le plus fourbe, tend sa jambe pour faire tomber Itar. Comme presque à chaque fois, le pauvre ne voit rien venir et s’étale sur le sol en hurlant à l’injustice. Ma mère va le relever par la peau du cou, saisissant son adversaire au passage. Elle les réprimande comme seule une mère sait le faire et les deux hommes, qui semblent de nouveau avoir 7 ans, baissent la tête et les yeux avant de s’excuser. Ils se calme et s’affaire à mettre la table sous les ricanements de Lana.

Celle-ci m’offre un clin d’œil et un sourire avant de repartir aider maman. Elle est la plus proche de moi en âge, mais nous la traitons tous comme notre petite sœur, la chose la plus précieuse qui nous ait été donné d’avoir. Nous la protégeons comme la prunelle de nos yeux, sans doute un peu trop aux gouts de ses soupirants enamourés. Celui qui arrivera à l’approcher n’est pas encore né !

Mon regard est attiré de l’autre coté de la pièce alors que le battant de la porte s’ouvre, faisant courir dans la petite demeure un courant d’air glacial. Mon père est là, enfin. Il était temps, dit maman, la nuit est tombée depuis longtemps. Les roues de la charrette s’étaient embourbées, explique-t-il. Elle soupire. Il travaille trop. Elle le sert dans ses bras et l’aide à se débarrasser de ses nombreuses couches de vêtements. L’hiver est rude cette année.

Il s’étire ensuite et fronce les sourcils en posant son regard sur moi. Je sais exactement pourquoi. Comme d’habitude j’ai usurpé sa place. Il aime se reposer dans la chaleur du feu, assis sur ce tabouret qui doit être au moins aussi vieux que lui. Il s’approche de moi, mais pour une fois il ne me demande pas de me pousser. Il pose sa grande main sur mon épaule et la serre doucement. Il tourne un regard pensif vers les flammes pendant que je le fixe, interdit. Son regard revient dans le miens et le sourire qu’il me lance à quelque chose de triste. Une expression que je ne lui connais pas.

« Toi aussi tu seras père et chef de famille, fils. »

Ses paroles sonnent comme une prophétie. Je ne comprends pas l’émotion qui crée ces trémolos surprenants dans sa voix d’ordinaire si claire et sereine. Il me répète pourtant souvent ces mots.
Je suis trop vieux pour être encore ici, j’en suis conscient. Trop vieux pour ne pas être encore marié et avoir ma propre famille. Mais il ne me le reproche jamais. Il se tiens droit, me fait comprendre qu’il est fier de moi. Qu’il le sera toujours. Je suis son fils.

Mais ce soir est différent. Ce soir, l’humidité envahit la lisière de ses paupières et il se détourne de moi pour cacher cette fragilité. Pourquoi un tel changement ? Puis soudain la réalité me frappe. C’est vrai. Comment ai-je pu oublier ? Les lignes Occinariennes ont avancées et la guerre est à nos portes. Des rabatteurs du gouvernement ne tarderont pas à venir. Les hommes devront partir au combat. Les déserteurs seront exécutés. Les Valoniens sont des braves, ils se battront pour leur liberté.

C’est bien la première fois que je vois mon père ainsi. Il a l’air… terrifié. Mais sa façon de me regarder est limpide. Il n’a pas peur pour lui-même. Il a peur pour moi. Pour nous. Sa famille. Je hoche lentement la tête. Ça ira. J’en suis certain. Rien ne nous arrivera. Rien ne nous séparera. Nous nous retrouverons.

Ma mère interrompt cet échange silencieux et nous enjoint tous à passer à table.
Mon père a retrouvé son sourire de soulagement de fin de journée. Le travail aux champs est harassant, mais nous retrouver tous ensemble à la fin est un réconfort incommensurable. Nous partageons tous un regard d’amour sincère. Nous sommes si proche. Unis comme peu de famille le sont. Je peux me vanter de connaitre la véritable signification du mot « famille ». Nous mangeons et les piaillements reprennent dans la bonne humeur.

Le repas terminé, nous nous levons comme un seul homme pour entrer dans cette routine que nous connaissons par cœur. Chacun aide, fais sa part. Les enfants vont au lit pendant que je reste un peu devant le feu. Je me tourne une dernière fois et je vois mes parents s’enlacer une dernière fois. Les unions d’amour sont rare mais ils en sont une. Contre l’avis de leurs familles, contre l’avis de tous. Un Occinarien et une Valonienne ? Une erreur de la nature ! Une erreur qui a pourtant créer de si belles choses.

Les voir là, les voir tous, m’emplit le cœur d’affection et de tendresse. Je les aime tous si fort. Je donnerais tout pour eux. Je sacrifierais tout. Nos liens sont si puissants, si juste, si étroit. Je donnerais tout pour les protéger. Absolument tout. Ma vie.

Je souris. Un pur bonheur m’envahit et je ferme les yeux sous cette sensation étouffante. Je me détourne, reviens à ma place. Mon cœur bat la chamade, ma gorge se serre.

J’ouvre les yeux sur cet âtre vide. Cette maison en ruine. Ce silence. Cette absence.

Elisha Frost
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Epreuve 6 : Un soupçon de bonheur  EmptyLun 13 Juil - 0:07
Elisha Frost

J'ai obtenu un petit délai de 15 minutes de la part de Meylan ^-^ Donc je suis dans les temps \o/ Sans plus attendre, je vous laisse découvrir mon récit :3

Univers et Personnage:
 

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Un soupçon de bonheur
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Elisha Frost

Assise au bord de la falaise, une vieille femme contemplait l’horizon, comme absorbée par le clapotis apaisant des vagues qui se formaient au  loin, et par le reflet doré du soleil couchant. L’alizée agitait ses cheveux noirs parsemés de mèches grises, elle les rabattit en un chignon savamment noué. Un sourire apaisé s’étirait sur ses lèvres ridées. Elisha repensait à ses folles années de jeunesse, et à sa vie qui avait été plus que bien remplie. Les souvenirs n’étaient plus très ordonnés dans sa mémoire. Difficile pour elle de savoir ce qu’elle avait fait en premier. Mais ce n’était pas cela, qui était important. C’était les images qui resteraient à jamais gravées dans sa mémoire, les odeurs qu’elle pouvait presque encore sentir, les émotions qui étaient liées à tous ces événements.

On ne pouvait pas dire que l’Algérienne regrettait ce qui lui était arrivé, bien au contraire. D’abord, elle avait passé le début de sa vie d’adulte à Terrae. Cet îlot préservé au milieu de la jungle urbaine de Tokyo lui avait apporté tant de choses alors qu’elle était au bord du gouffre, prête à sombrer dans des abîmes dont elle ne serait jamais ressortie … Elle y avait trouvé des amis, une famille, même, sur qui elle avait toujours pu compter. Qui avait sû la relever quand ça n’allait pas, la faire rire, la faire évoluer aussi. C’était grâce à eux qu’elle était devenue une femme accomplie. Une femme que plus rien ne pouvait effrayer.

Elle avait fini par quitter cette terre si accueillante, pour voler de ses propres ailes. Elle avait fait le tour du monde, voyagé dans chaque pays, séjourné dans chaque capitale. Cela avait pris du temps, mais elle avait réussi. Elle avait plongé près de la barrière de corail, escaladé une partie du mont-blanc, sauté en parachute, parcouru la cordillère des Andes. Elle avait vu plus de choses que sa mémoire pouvait conserver. Elle avait connu l’amour, et était devenue maman d’une magnifique petite fille. Elle était pleinement heureuse de cette vie là.

Ses vieux jours arrivant, Elisha était retournée dans son pays natal, dans la maison qui avait appartenu jadis à sa grand-mère. Elle avait commencé à construire une vie sédentaire, à cultiver ses légumes dans son potager, à marcher dans les chemins de sables rouges les chaudes soirées d’été. Elle s’était faite un groupe d’amies fiables, et accueillait régulièrement sa fille et ses petits enfants. Mais maintenant qu’elle s’était enfin arrêté de courir, il lui semblait qu’elle n’avait pas fait halte au bon endroit. Et plus le temps passait, plus cette impression s’enfonçait profondément dans son esprit.

Alors ce jour là, la vieille femme avait pris la plus grande décision de sa vie. La dernière grande décision. Elle devait y retourner. C’était une évidence, à présent. Sa maison vendue, elle avait embarqué dans le premier avion pour le japon, pressée de retrouver l’endroit qui lui manquait tant.

À peine avait-elle posé le pied dans l’enceinte de Terrae qu’un immense sentiment de bien-être l’envahi. L’endroit avait changé. Les rues avaient été refaites, les devantures des boutiques repeintes. Le parc avait été détruit pour placer de nouveaux bâtiments. Son glacier préféré, remplacé par une boutique de fleurs. Elisha marchait ainsi dans les rues, laissant ses doigts courir le long des murs, comme pour recréer un lien physique avec cet endroit qu’elle estimait tellement. Elle fermait les yeux, respirant à plein poumons l’odeur si familière qui faisait remonter en elle ses plus beaux souvenirs d’adolescence. Le temps avait depuis longtemps effacé les mauvais de toute façon.

Plus elle s’enfonçait profondément dans le coeur du village de Terrae, et plus la nostalgie l’envahissait. Il lui semblait évident, à présent, qu’elle n’avait cessé de courir que pour fuir ce qu’elle savait déjà : quitter Terrae avait été la plus terrible décision de sa vie. Et même si elle avait pu en profiter, elle sentait qu’elle avait toujours eu un vide au fond du coeur, qui venait de se combler à présent qu’elle était revenue. Mais ce n’était pas seulement le lieu qui lui avait manqué. Les personnes qu’elle avait pu côtoyer avait une place tout aussi importante, sinon plus.

Et justement, Elisha avait prévenu ses anciens amis avec qui elle avait encore des contacts de son arrivée à l’institut. Ils avaient prévu de se retrouver dans le bar qu’ils nommaient autrefois “le bar d’Erik”. Mais avant, il y avait une personne en particulier qu’elle avait envie de retrouver. Celui qui avait tellement fait vibrer son coeur qu’elle avait frôlé l’arrêt cardiaque à plusieurs reprises. Celui qu’elle considérait aussi comme étant son premier amour. Tiago.

La vieille femme lui avait envoyé un message, indiquant qu’elle se trouverait au bord du lac en début d’après midi. Elle espérait de tout coeur qu’il l’avait reçu, et qu’il serait au rendez-vous. Peut être n’avait-il pas envie de la revoir ? Après tout, ils ne s’était pas parlé en vingt ans. Et s’il ne la reconnaissait pas ? Il l’avait sûrement oubliée … Oui, c’était ce qu’elle se disait, au fur et à mesure qu’elle se rapprochait de son point de rendez-vous.

Et pourtant, lorsqu’elle fut arrivée sur les rives du lac près duquel elle avait vécu tant d’aventures, elle l'aperçut. Il lui faisait face. Bien sûr, il avait bien vieilli. Il avait perdu une partie de sa massive musculature, et une partie de ses cheveux aussi. Mais il avait conservé la même lueur dans le regard, le même sourire malicieux, les même fossettes craquantes … Elisha sentit son cœur bondir dans sa poitrine. Toutes ces années n’avaient pas suffit à effacer les sentiments qu’elle avait pour lui. Et sûrement ne disparaîtraient-ils jamais. Le sourire aux lèvres, elle s’approcha de lui.

Hey, salut, le toxico ! Toujours à traîner dans le coin, à ce que je vois.

Salut Elisha. J’ai failli ne pas te reconnaître, sans tes cheveux bleus !

La tension entre les deux êtres était palpable. Ou bien peut être n’était-ce que dans l’esprit d’Elisha ? Toujours était-ils qu’ils se regardaient comme deux enfants qui se rencontraient pour la première fois. Deux adolescents qui se découvraient. Deux adultes qui se dévoraient du regard. Deux personnes âgées qui se souvenaient. La brune n’y tenait plus. Elle s’approcha, attrapa la main de son ancien amant.

Je n’aurais pas dû partir. J’aurais dû rester ici, avec vous tous. Avec toi …  

Elle plongea ses yeux gris dans les iris marrons du vieil homme, et reprit :

Si je suis revenue, c’est parce que j’ai compris ce qui manquait à ma vie. Et il faut … Tant que je suis ici, il faut que je t’avoue quelque chose que je ne t’ai jamais dite Tiago.  

Elle inspira profondément pour se donner du courage. Puis elle se livra, se mettant totalement à nue devant celui qu’elle estimait tant, se fichant des conséquences que ses mots pouvaient avoir.

Je t’aime. Je t’ai toujours aimé à la folie, mais j’étais trop peureuse pour te l’avouer. J’avais peur de l’avenir. Aujourd’hui, je sais ce qu’il en est. Et je n’ai plus peur. Je n’attends rien de toi, je voulais juste … que tu le saches. Je t’aime plus que je n’ai jamais aimé qui que ce soit. C’est comme si tu étais ma moitié. Celui qui me complète. Celui que j’ai besoin d’avoir à mes côtés. Je sais que …  

Elle s’interrompit un instant, essuyant une larme qui perlait au coin de ses yeux, et reprit d’une voix tremblante :

Je sais qu’aujourd’hui, il est tard. Nous sommes tous les deux trop vieux pour ces bêtises d’adolescents. Nous avons tous deux bâti nos vies de notre côté mais … J’avais besoin de t’avouer tout ça.

Elisha affichait un sourire heureux, apaisé, tandis que d’autres larmes coulaient sur ses joues ridées. Et, alors qu’elle s’attendait à ce qu’il se montre plus réticent, Tiago tira la vieille femme contre lui, et enroula ses bras autour de ses épaules. Puis, d'une voix tendre et attentionnée, il lui murmura ces mots qui achevèrent de faire fondre le cœur de la vieille femme, et ôtèrent toutes ses angoisses :

J’ai cru que tu ne me le dirais jamais …


Tony Schwärtzwind
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Epreuve 6 : Un soupçon de bonheur  EmptyLun 13 Juil - 0:08
Tony Schwärtzwind

Un peu de contexte o/:
 



« Get up, get up ! One life, one shot ! Give it all you’ve got! »



La foule en délire du stade de Méanville s’extasiait devant le sulfureux musicien qui hurlait à gorge déployée, et qui, l’instant d’après, se déchaîna sur les sept cordes de sa guitare avec le sourire de ceux qui mordaient la vie à pleines dents. Tony Schwärtzwind, la rockstar que l’on n’aurait jamais cru revenir sous les projecteurs il y a encore quelques années. Et à présent, il avait atteint la consécration, dans le domaine de la musique comme dans celui de la Coordination Pokémon, qui lui avait permis de retrouver une partie de sa notoriété. Maintenant que L’Elite Trois, le défi ultime de tout Coordinateur, avait été battue, son statut de légende vivante en tant qu’artiste était indiscutable. Et chaque seconde de sa vie sur une scène était une supernova de joie et de bonheur.

Parce que son chez-lui, c’était là. Ce petit espace toujours un peu pareil et différent à la fois. Accompagné de ses musiciens, ce groupe qu’il avait nommé Devil May Cry. Un nom symbolique, issu de la continuité entre Devil Trigger, où il avait fait ses premières armes dans son lycée, et Devils Never Cry, avec lequel il avait atteint la renommée une première fois. Et puis sa femme l’avait quitté, commençant ainsi une longue déchéance que la mode Pokémon s’était empressée d’accentuer. Quand Tony avait commencé la musique, ils étaient vus comme des animaux de compagnie ou des compagnons d’armes, travaillant main dans la main pour réaliser certaines tâches difficiles. Mais une vraie « Poké-Mania » s’était emparée des médias et du monde du show-business. Cinéma, mode, musique, tout y était passé. Si un artiste n’utilisait pas un Pokémon, il était immédiatement catégorisé comme has-been, ou tout simplement ringard.

Et pourtant, d’une certaine façon, c’était la scène qui l’avait sauvé. Bien qu’indirectement – et grâce à quelques verres d’alcool – il était devenu Coordinateur et maître d’un fier Voltali avec qui il avait fait passer ses idées en concours de Coordination. Et il avait rencontré de nouveau le succès. En fait, à chaque fois que le musicien se retrouvait dans une impasse, la scène était là, prête à le relever quand il tombait, ou au moins faire en sorte qu’il se sente mieux, en échange de performances toujours plus difficiles à réaliser. Tel une délicieuse femme difficile à satisfaire, mais qui avait toujours été juste avec lui.

Et en parlant de femmes…

« EST-CE QUE VOUS ÊTES LA, MEANVILLE ? »

Parmi les cris du public, il distingua ceux de deux femmes en backstage, qui l’avaient accompagné dans les bons moments comme les mauvais, et qui partageaient maintenant sa vie. Elune et Aliza, respectivement sa petite amie actuelle et sa fille de cœur. Deux rencontres qu’il avait fait au point le plus bas de sa vie, quand la rockstar avait flirté avec les drogues, la dépression et les envies de suicide. Lui qui n’avait jamais vraiment touché à ce genre de choses mis à part quelques tafs de shit durant ses jeunes années, il s’était rendu compte que la perte d’un être cher pouvait chambouler quelqu’un au point de faire vaciller sa propre existence. LSD, cocaïne, ecstasy… Tony avait consommé tout ce qui pouvait être létal à trop forte dose, cherchant toujours à aller un peu plus loin à chaque fois. Et à chaque fois, la descente avait été plus douloureuse encore.

Et ses performances artistiques le montraient clairement. Non pas qu’il n’avait pas été en état de jouer, cela avait même été le contraire. Pour certains, cette période était même clairement son magnum opus. Celle où le « démon » à l’intérieur de lui, cette facette de sa personnalité où étaient rassemblés ses sentiments les plus extrêmes, positifs comme négatifs, brisait ses chaînes et ne montraient plus aucune retenue. Toutes ses frustrations, toute sa haine qu’il vouait au monde ainsi qu’à lui-même se manifestaient dans son jeu pour rendre ses riffs plus brutaux encore, et ses solos plus incendiaires, annonciateurs d’une future autodestruction de leur créateur. C’était cette absence de limite qui en avait attiré plus d’un dans le sillage de ses fans à ce stade de sa carrière. Et le pire, c’était qu’il n’en avait eu rien à foutre. Tout ce qu’il avait fait, c’était jouer. Jouer pour libérer ce qu’il ne pouvait pas obtenir en prenant de la drogue. Se donner tellement qu’il aurait pu tout foutre en l’air à la moindre occasion.

Mais en fréquentant des gens tout aussi paumés que lui, il avait fini par trouver une personne qui avait partagé les mêmes peines, les mêmes addictions. Sauf qu’au lieu de l’entraîner vers le fond, Elune l’avait tiré vers le haut. La volonté d’être une meilleure personne parce que quelqu’un croyait en soi était un sentiment puissant, et grâce à cela ainsi qu’à l’amour de ses Pokémon, la rockstar avait fait le choix de ne plus se morfondre dans son passé et de faire le premier pas vers la rédemption en allant dans un centre de désintoxication pour se débarrasser de ses addictions. Et là-bas, c’était le choc de voir qu’Aliza, cette gamine de seize ans, s’était retrouvée dans le même état que lui qui lui avait fait se rendre compte de l’étendue de ses conneries et de complètement tourner la page sur son passé pour se concentrer sur son avenir. Leur séjour dans ce centre les avait rapprochés, et depuis, ils ne se quittaient plus. Ils vivaient ensemble à Vaguelone, elle venait même parfois aux répétitions et aux concerts, comme cette fois-ci. Puis Elune les avait rejoints peu après, ayant fait le même cheminement que lui…


« Rise! Rise! It’s all or nothing.
Rise! Rise! It’s do or die… »


Et ils étaient là. Présents sur cette scène qui agissait sur cet homme comme une bonne étoile.

« Rise! » lui répondit la foule, ainsi que les deux femmes de sa vie.

Leurs voix unanimes, ainsi que leurs mains qui s’agitaient comme la vague d’un tsunami prêt à raser une ville entière, ébranlèrent le musicien pendant un court instant. Même après autant d’années, voir un tel spectacle était à couper le souffle. Mais c’était peut-être aussi dû au fait qu’il y prêtait encore plus attention maintenant que la vie lui avait imposé de telles épreuves. Prendre les choses pour acquis était une erreur qu’il ne commettrait plus, et ce genre de détail lui permettait de s’en souvenir.

Projetés par son ampli, ses dernières notes de guitare s’évanouirent dans l’air, sous les applaudissements et la liesse générale. Il se réunit avec ses amis et salua ces visages anonymes une nouvelle fois, qu’ils fussent fans de la première heure ou des néophytes l’ayant découvert via la Coordination. Et quand les projecteurs s’éteignirent enfin, il se dirigea vers les coulisses où l’attendaient Elune et Aliza. Il embrassa tendrement la première et enlaça la deuxième et son plus grand sourire se dessina sur ses lèvres, bien qu’encore essoufflé par sa performance.

« Alors ? Ça vous a plu ? » s’enquit-il.

« Ouais, pas mal. » fit sa fille de cœur.

Ou plutôt, il avait tout déchiré. Mais l’adolescente au look à mi-chemin entre l’emo et le punk n’était pas du genre à dire ça ouvertement, pour se donner un genre. Elune, elle, se contenta de passer sa main dans les cheveux de la rockstar, dans une vaine tentative de la recoiffer après deux heures de sauts, de course et d’autres acrobaties, guitare à la main. Tony secoua la tête, amusé, puis les prit par la main et les emmena vers le milieu de la scène, alors que les sièges se vidaient et que la fosse, pourtant peuplée par des centaines de personnes il y avait à peine quelques minutes, n’était plus qu’un immense espace herbu, où jouaient d’habitude les footballeurs unysiens. Les deux femmes ouvrirent lentement la bouche, émerveillées, sans qu’aucun son ne se forme, et Tony les observa d’un air satisfait. Jusqu’ici, il n’avait jamais fait cela, parce qu’il avait précisément attendu le moment où il allait remplir un autre stade et où l’énergie allait être aussi bonne que ce jour-là.

Il voulait qu’elles se rendent compte de la sensation grisante qui le prenait à chaque fois qu’il jouait, à chaque fois qu’il entendait la foule en délire. Jouer de la musique, cela voulait forcément dire partager avec les gens que l’on appréciait un jour ou l’autre, partager le bonheur que l’on éprouvait en produisant un son. Mais jusqu’à maintenant, il n’avait jamais emmené un proche jusqu’à la scène à proprement parler. Ce domaine avait été sacré pour lui, inviolable, en un sens.

Cette décision était symbolique. C’était la façon de leur montrer qu’elles étaient devenues sa famille.



1451 mots sur Word.

Kirito
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Epreuve 6 : Un soupçon de bonheur  EmptyLun 13 Juil - 0:38
Kirito


Contexte:
 

La vie n'est pas un long fleuve tranquille.

Si l'on avait vécu ne serait-ce qu'un dixième de nos souvenirs, qui ont traversé les mondes et les dimensions, on comprendrait l'importance de cette vérité.
Depuis près de deux années, mon existence s'est trouvée scindée en deux.
Rattrapé par un fatalisme encapuchonné de rouge, qui s'est assis sur le trône de sa propre conception, je n'étais pas seul dans cette aventure infernale.

"Atteindre le centième étage de l'Aincrad, ce château flottant qui vous entoure."
"Ne pas pouvoir se déconnecter ou forcer la déconnexion."
"La mort virtuelle entraîne la mort réelle, car ce qui meurt ici meurt partout et à jamais."


Tels sont les fondements de ce monde.
Sword Art Online n'a plus été un jeu à partir du moment où nous avons su qu'il s'est improvisé en prison de pixels.
Avant ça... Je croyais pourtant que ce monde était le mien. Mais si je peux être tout à fait honnête, même si je ne peux l'avouer à aucun de mes pairs, je continue de le penser.

Qu'il faut vivre plutôt que mourir.
Se battre plutôt que rendre les armes.
Gagner sa liberté plutôt que s'abandonner à son enfermement.

Les pertes ont été trop lourdes en chemin pour pouvoir le dire de vive voix. Des gens sont morts - et comme l'avait annoncé notre bourreau, dans le monde réel, ces gens ne se sont jamais réveillés.
Et pour autant... Je n'arrive pas à lui en vouloir pleinement. Car avant de mourir, là-bas, ils ont vécu.
Exactement comme ils l'auraient fait ici.

'J'ai vécu là-bas'.
C'est la seule chose que je pourrais dire la tête haute et face à un miroir. Le reste m'effraie et je croule sous son poids lorsque j'y repense.
J'ai hurlé, j'ai pleuré.
J'ai tué aussi.
Certains diront que c'était pour la bonne cause, d'autres que je suis un assassin. Tous auraient raison - car après tout, nous sommes ce que les autres voient en nous. Je suis un héros, je suis un meurtrier.
Les deux convergent pour affirmer que je suis avant tout un survivant.
Là où je sais que des players relateront les récits avec un coeur empli de colère et un esprit embué de larmes, je n'en suis pas capable. Je les comprends, évidemment.
Mais...

J'ai ri aussi. J'ai rencontré des gens.
Et surtout, j'ai aimé.
L'amour est une notion vaste qui, avant ma connexion et mon enfermement, m'échappait totalement. Elle s'illustre dans toute sa subjectivité et son interprétation - de toutes les émotions, elle est la plus complexe d'entre toutes.
Comme un prisme qui refléterait une lumière blanche, pour iriser l'espace qui l'entoure d'un halo arc-en-ciel.
Par opposition radicale, je sais également ce que signifie la haine - mais je ne veux pas en parler car elle n'a pas sa place ici.

Ce que j'ai aimé avant tout, c'est ce monde qui, après tout ce temps, touche à sa fin. Malgré ses tragédies et son fatalisme, ses codes et ses systèmes binaires, je ne pourrais ne pas l'aimer. Parce que j'y étais vivant, comme nous tous, et que je laisse derrière moi un témoignage.
Une partie de moi-même, captive à jamais du château décomposé et supprimé par le même programme qui l'a fait naître.

J'ai aimé le voyage en lui-même; car heureusement je n'étais pas seul à devoir parcourir cette longue route au nombre de marches incalculable. Ce que j'y ai découvert, ce que j'ai éprouvé, ce qui m'a provoqué peine et chagrin comme joie et euphorie.
J'avais à mes côtés mes compagnons d'infortune comme d'aventure. Mes camarades, mes amis, et mes frères d'armes.
C'est ensemble que nous avons renversé un système qui cherchait à nous démontrer la supériorité de sa perfection.
C'est parce que nous sommes humains que nous avons fait des erreurs. Et c'est parce que nous sommes humains que nous avons pu lui prouver que la chaleur des sentiments gagnera toujours face à la froideur de l'inexorable.

Et enfin...
- Merci.

Merci.

C'est un regard affectueux que j'adresse à celle qui barre mon dos et que je dégaine une dernière fois. Si nous devons nous séparer, je dois faire des adieux dignes d'elle. A la hauteur de ce qu'elle m'a apporté.
Pendant deux années, ma partenaire la plus fidèle m'a défendu, protégé, et elle s'est liée à moi d'une union que seuls un épéiste et son épée peuvent comprendre. Depuis le premier jour où je l'ai brandie, quelque chose en moi a résonné - c'était elle et moi. Tout le reste aurait été superflu.

J'aimerais lui rendre la pareille, mais plus je regarde la finesse de son fil, plus je vois le métal devenir translucide.

C'est la fin pour elle, et un renouveau.

Elle vivra éternellement tant que mes souvenirs la feront perdurer.
Je porterai jusqu'à mes derniers instants l'héritage d'une lame noire qui, dans les ténèbres d'une prison de lumière, a brillé plus fort que les étoiles d'un ciel nocturne.
Celle qui a créé l'Epéiste Noir'. Une entité irréelle, haïe et admirée, et qui n'aura jamais rien été d'autre au fond que l'ombre d'elle-même.
Mais je ne peux la détester car elle fait aussi partie de moi désormais.

Reflétant la plénitude d'un ciel nuageux baigné d'un soleil crépusculaire, la lame se cristallise comme une rose de glace pour finalement se briser en milliers de fragments multicolores. Les polygones s'envolent et je ne pourrai jamais les rattraper.
Car à mon tour, dans l'immensité du lieu infiniment minuscule, je disparais.
Je ferme les yeux, et laisse le Destin décider de mon sort.

Je songe un instant que tout n'était que leurre, et que malgré notre victoire au centième étage du château, mon cerveau va être réduit en cendres par des ondes électriques trop puissantes pour les connexions neuronales qu'il abrite. Mais étonnamment, je n'ai pas peur.
Je n'ai jamais été aussi paisible de ne pas savoir où je vais aller désormais. Ca n'a plus d'importance, j'ai accompli ma mission.
'J'ai vécu'.

Adieu.

---------------------

J'ouvre des yeux brumeux sur un plafond recouvert de LED. Autour de moi, une symphonie de tintements électriques et de lumières artificielles.
Un battement régulier retransmis par une machine - mon coeur.
Je remonte jusqu'à ma tête des mains effroyablement amaigries par l'aventure. Elles attrapent mon casque de réalité virtuelle pour l'éloigner de mon cerveau épuisé par le voyage.
Me redresser est difficile, car mes muscles amorphes n'ont plus l'habitude du moindre effort et je sens ma tête tourner.

C'est étrange... Rien de tout ceci ne m'avait manqué. Au contraire, je les fuyais pour me réfugier dans une autre réalité - celle que je voulais tant choyer.
J'avais cessé de me sentir vivant ici. J'avais moi-même enfermé mes émotions pour n'éprouver que du dédain, je m'étais vidé de tout sentiment pour ne ressentir que de la désillusion. Ou plus exactement... Je les avais tous déportés.
'Ailleurs'.

Alors... Pourquoi ce sentiment d'inconfort?
Pourquoi ma poitrine se serre à en être douloureuse?
Et pourquoi ces larmes qui ont coulé d'elles-mêmes?

Allez, Kirito... Non, Kazuto. Tu dois sourire.

- Uuugh...

Impossible. C'est trop tôt.
Mon être tout entier est dans une lutte interne aussi puissante que le Dernier Combat que nous avons mené.
J'aime ce monde.
Et je le déteste.
Je déteste celui que j'ai quitté.
Et pourtant...

Je redresse la tête quand des pas, légers, flottants, s'annoncent dans le couloir.
Je reconnais instantanément cette démarche.
Combien de fois l'ai-je entendue? Combien l'ai-je aimée?
Elle a toujours accompagné mes pas avec une douceur que je n'espérais pas, peut-être même que j'avais d'abord cherché à la fuir.

Je n'ose même pas sécher mes larmes, car je veux qu'elle les voie. Je veux qu'elle me voie moi, tel que je suis. Sans artifice, sans programme.
Celui que je n'ai jamais voulu être, et pourtant celui que je suis.
Celui que je n'ai jamais aimé, et pourtant... Celui qu'elle me fera aimer.
Même si cet amour ne pourra jamais être aussi fort que celui que je porte à cette silhouette, à ce regard bienveillant et à ce sourire espiègle redessinant ses traits. Ni même à ces larmes qui perlent ses yeux.

- Je suis rentré.

Et moins encore à la chaleur de sa main posée sur la mienne.

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