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Chroniques d'Irydaë
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 Des sacrifices humains !

Arianna Torricelli
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Dim 6 Mai - 12:53
Irys : 356585
Profession : Zélote, Soldat, Officier, Chasseuse, Nomade
My'trän +1
-Tu es déjà venue ici?
-Plusieurs fois. Mais ça n'était pas vraiment dans le même cadre, indiqua Arianna. En temps normal, nous essayons de passer au moins une lune de Dalaï au bord des lacs, chaque année. Mais... eh bien, nous ne sommes pas les seuls à avoir cet usage. Et rassembler la quasi-totalité des Nerassa, même pour le temps d'une fête, demande beaucoup de préparation. Le gharyn a dû accepter de céder notre place pour cette fois. C'est pour ça que je viens présenter quelques offrandes pour nous faire pardonner. C'est moins bien que la présence de milliers de my'trans pour une cérémonie, mais...
-D'autres s'en sont chargés, compléta Zygan. Et ils l'ont très bien fait. Vous pouvez partager un petit peu, non?, fit-il sur un ton conciliant.
-Ah, absolument. On n'a pas de problème avec ça. Je n'ai pas de problème avec ça, précisa-t-elle devant l'air curieux de son ami. Ça faisait juste longtemps qu'on ne l'avait pas fait.

Suhury. La crique blanche. Une large étendue d'eau particulièrement peu profonde compte tenu de sa largeur, qui n'était somme toute qu'un compartiment parmi d'autres au sein d'un important réseau de bassins qui couvrait une large frange du pays. Ça n'était pas pour rien, que les zagashiens étaient en aussi bon termes avec les suhurs. Le simple fait qu'ils les laissent librement circuler sur leurs terres et ses étendues aquatiques était une preuve d'amitié entre leurs deux cultures. Ça, et le fait que contrairement aux trois autres nations du continent, eux n'étaient pas des insultes au fier nom de my'tran. Entre les kharaaliens qui réussissaient à faire passer leur passivité pour de la noblesse tout en se permettant librement de parjurer les fidèles de Dalaï, les khurmis dont le nom était synonyme de faiblesse depuis un millénaire et qui se montraient encore à ce jour incapables de guérir leur pays, et les zoliens, les plus hypocrites de tous, qui trahissaient leurs défauts par le nombre inavouable d'anomalies qui naissaient dans leurs clans...

Eh bien oui, les fidèles de Mochlog, partisans du cycle de la vie et de la mort, se montraient beaucoup plus respectables aux yeux d'Arianna et de ses pairs. Non pas que cela doive avoir la moindre importance aujourd'hui. Elle ne venait pas pour consolider des relations de bons voisinage avec les suhurs, pas plus qu'elle n'aurait à confronter ses valeurs avec celles d'autres my'trans. Ils n'étaient que de passage dans la région, et poursuivraient ensuite leur route vers le sud, en direction de Khurmag puis de Dyen. Pourquoi, ils ne le savaient pas encore, cela dit. La véritable raison de leur présence, c'était que Shuren avait chargé Arianna de retrouver un agent de Darga dans la région, ordres officiels. Le gharyn des Nerassa avait accepté, en modulant légèrement la rencontre pour que sa guerrière puisse faire d'une pierre deux coups en apportant les offrandes sur le lieu de culte. Pour la suite, ce serait à leur interlocuteur de les briefer ; Zygan l'accompagnait, en partie parce que voyager seul n'était pas une bonne chose même pour une zagashienne, mais aussi parce que la perspective d'un trajet jusqu'à Dyen l'intéressait beaucoup. Et ils savaient déjà que peu importe les détails, c'était là que leur mission les conduirait.

Ils étaient arrivés en fin d'après-midi, conformément à leurs attentes. Juste le temps pour eux d'installer tranquillement leur feu de camp aux abords de la crique et de préparer leur dîner ; du riz, des petits légumes ponctionnés au fil de leur trajet en guise de condiments, de la viande de castor levée un peu plus tôt dans la journée, le tout soigneusement assaisonné de copeaux de fromage sec et de filets d'huiles que la my'tranne transportait toujours dans des fioles élastiques - elles tenaient merveilleusement bien les affres du transport. Maintenant, la nuit était sur le point de tomber, et les deux nomades s’éclairaient respectivement à l’aide d’une lampe à huile de navette et d’une torche pour progresser le long de la grande étendue aquatique. Encore que, le long… ça ne dura pas longtemps.

-Elle est… étonnamment bonne, commenta Zygan en posant à son tour les pieds dans l’eau. C’est toi ?
-Un petit peu. Enfin, oui. Mais elle est bonne de base. C’est assez chaud pour toi ?
-… un petit peu plus, c’est possible ?
-Bien sûr.

La crique blanche était un étang très particulier dans la région – l’un des rares dans lesquels on avait parfaitement pied. Ou du moins, parfaitement pied quand on se trouvait en présence d’un fidèle de Dalaï, peu importe qu’il ait développé ses pouvoirs au-delà de la normale. Rajoutez-y sa position privilégiée et la facilité que l’on avait à y accéder, même s’il était situé à l’écart –plus à l’est- des grands lacs de Suhury. Et c’était pour tout ça que des millénaires de générations d’ascètes et de tribus locales s’étaient succédés pour en faire un lieu de culte informel, laissé à la nature, dans lequel seul un cercle de pierres érigé en son centre attestait du passage récurrent de pèlerins par ici. Ce soir encore, ils pouvaient apercevoir, à quelques centaines de mètres de là, un campement qui devait abriter une quarantaine, peut être soixantaine de my’trans semi-nomades qui avaient façonné leur huttes le temps d’un bref séjour. Et un autre plus petit, à l’autre bout de l’étang, qui appartenait sans aucun doute à une autre communauté de passage. Arianna et Zygan les avaient brièvement approchés pour signaler leur présence et se faire reconnaître, sans chercher à faire davantage que d’échanger quelques nouvelles et d’instaurer des relations de bons voisinage le temps de la nuit. Peut-être que, le lendemain, ils y retourneraient pour échanger davantage et éventuellement troquer quelques babioles et denrées qu’ils avaient pour d’autres si l’occasion se présentait.

Mais d’ici là, eh bien…

-Euh… on y est presque ?
-C’est un peu plus sur la gauche, Aria. Je vois les pierres là-bas.
-Ah. Je… je te suis.

Tous deux étaient légèrement chargés d'offrandes à destination des architectes : déjà pour Mochlog, car ils se trouvaient en Suhury, le sanctuaire du donneur de vie et de mort sur Irydae. Amener de quoi l'honorer était la moindre des choses, forcément. Au-delà de ça, le floklore my’tran rattachait volontiers ce lieu aux architectes Orshin et Dalaï, dont on disait qu’ils étaient tout à fait susceptibles d’apparaître aux pèlerins sachant suffisamment leur plaire pour s’octroyer leurs faveurs. Orshin, pendant certaines périodes que malheureusement personne, à part peut-être les membres des plus anciennes tribus nomades qui lui dédiaient leur foi, ne connaissait. Et si c’était le cas, alors ceux-ci conservaient leurs secrets en faisant preuve d’une efficacité forçant le respect. Rien que pour ça, les autres communautés s’efforçaient de ne pas se montrer indiscrètes à leur égard, par simple respect envers leurs traditions. A l’inverse, il était de notoriété commune que Dalaï était susceptible d’apparaître durant les nuits de pleine lune, lorsque celle-ci atteignait son plus haut point. Ca n’était pas comme si la déité tutélaire des zagashiens, et encore moins ses fidèles, se souciaient de préserver leur jardin secret. L’océan tout entier était leur havre de paix, ce qui était déjà bien assez. Pour le reste, au contraire, ils étaient fiers d’afficher au monde entier ce qu’ils avaient dans le ventre.

Et concernant minuit, ils n’en étaient plus loin – moins de deux heures maintenant. Non pas qu’ils aient le moindre espoir à ce sujet : s’attendre à rencontrer un architecte, c’était présumer de beaucoup plus que ce à quoi aspiraient nos deux my’trans. Ou du moins… Arianna n’avait pas cette prétention, en tout cas. Zygan nourrissait secrètement cette envie vis-à-vis d’Amisgal, même s’il n’abordait jamais ce sujet avec qui que ce soit. Peut être que la zagashienne se souvenait des quelques fois qu’il avait partagé son rêve, quand ils étaient encore confiés à la charge des mêmes précepteurs dans leur enfance. A cette époque, elle ne lui avait probablement pas ri au nez quand il l’avait fait… probablement. Ca remontait à loin, il ne s’en souvenait pas. Et maintenant… elle ne le ferait peut être pas non plus, en fait. Même si elle était devenue considérablement plus dure et abrupte qu’à l’époque où elle n’était qu’une adorable petite tête blonde qui faisait de son mieux pour que tout le monde se sente bien en sa présence. A moins que ce ne soit lui qui se soit excessivement détaché de beaucoup de choses. Il ne savait pas trop.

-Dis, Zygan. Tu ferais quoi, si on croisait vraiment un architecte ?
-Hein ? Euh…
-Hahaha. Je plaisante. Pas d’Amisgal ici. Et pas de raison que Dalaï ou Orshin ne fassent quoi que ce soit… j’imagine. Mais eh… pas de raison que ça n’arrive pas un jour, hein ?

Donc… elle s’en souvenait, tiens. Le sourire qui luisait dans l’obscurité sous le reflet des flammes ne mentait pas. Elle ne se moquait pas, ne s’en amusait même pas. Peut-être même que si lui insistait sur le sujet, elle l’encouragerait à persévérer en lui suggérant des actes de foi improbables – dans un genre assez flamboyant et ridicule que seuls les zagashiens pouvaient envisager. Mais pas besoin. Il n’en était pas encore là.


Dernière édition par Arianna Torricelli le Jeu 1 Nov - 12:59, édité 1 fois
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Zygan
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Jeu 10 Mai - 13:00
Irys : 223117
My'trän +2 ~ Mistral
« Amisgal est partout, que j’assure avec aplomb. »

Difficile de répondre à ça. Pendant qu’on marche vers le cercle de pierres, je repense à ce que ça fait de vénérer quelque chose d’existant, qu’on peut croiser au détour d’un chemin. Je suppose que c’est excitant et effrayant à la fois, de voir tout ce qu’on a pu projeter arriver devant soi, être ou ne pas être content, ne pas correspondre à l’idée qu’on s’en faisait. Je veux dire, ça se trouve, on fait fausse route dans nos croyances et leurs applications. Puis c’est délicat d’avoir une opinion sur les croyances des autres. Peut-être que dans quelques siècles, le Culte d’Orshin n’existera plus.

Le dépôt des offrandes d’Arianna se fera à minuit pile. Enfin, aussi pile que possible. Au-dessus de nous, les deux pleines lunes brillent fièrement, et leurs reflets sur l’eau donnent à la Crique Blanche son nom. Jour sacré pour les adeptes de Dalai et Orshin. Même de là où on est, on sent l’odeur de l’encens et des herbes aromatiques en train de brûler, qui parfument l’atmosphère, et tout l’air sous le vent. Le centre de la Crique est encore plus facilement identifiable quand des lumières indéfinissables comment à y briller.

Il ne s’agit pas d’un Architecte, évidemment.

Une vingtaine d’hommes et de femmes, affiliés à Dalai à la vue de leurs vêtements rituels et des symboles qui les ornent, sont déjà présents au niveau des pierres. Ils en sont au stade des préparatifs, et les étranges lumières sont des cristaux luminescents bleus. La lumière est un peu froide, et semble refléter la lune, l’eau, et les étoiles. Il y en a au sommet de bâtons, posés sur les cailloux qui affleurent plus nettement, et au tour d’un genre d’autel naturel, mais qui ne semble peut-être pas à ça sa place. Avec tout ça, on arrive à y voir suffisamment clair pour ne pas avoir l’impression d’errer dans le noir.

« Bonsoir ! Je suis Arianna Torricelli, du clan Nerassa, Enfants de Dalai. »

Une femme d’âge mûr, plutôt typée grande et sculpturale, marche vers nous. Sa longue robe ornée de motifs qui rappellent des rivières et la pluie lui descend au niveau des chevilles, donc le bas trempe totalement dans l’eau. Les perles qui ornent la tenue ne sont pas en bois terrestre, mais bien marines et nacrées, ce qui s’harmonise plutôt bien avec les couleurs autour. Ses yeux pâles nous jaugent, et surtout les offrandes dans les bras d’Aria.

« Bonsoir. Elora Am’telha, des Aînés. »

Je jette un regard en coin à Aria. Marrant, comme nom de clan, c’est aînés ou Henné avec une écriture spéciale ? Mais mes questions attendront. J’incline légèrement la tête en signe de salut.

« Zygan Farkas. »

Quand elle voit qu’il n’y a pas de suite à ma présentation, elle hausse un sourcil interrogateur puis laisse immédiatement tomber la question, par manque d’intérêt certain. C’est que derrière elle, ça s’agite, donc elle se retourne quand elle entend son nom, avant de signaler par geste aux autres de continuer. C’est manifestement la représentante, et ils ont l’air de filer doux, le reste de sa famille. Puis elle reprend la parole de sa voix grave et chaleureuse.

« Nous nous sommes arrangés pour pouvoir faire notre rituel ce soir. Vous pouvez y assister si vous le souhaitez, mais il nous est propre.
- Je suis simplement venue déposer les offrandes de mon clan, précise Aria.
- Je l’accompagne.
- Par contre, en quoi le rituel vous est-il propre ?
- Nous allons accomplir un Gung Rao pour demander la protection des architectes. Je ne pense pas que vous voudrez vous mêler à nous, mais, je vous serai gré de ne pas nous interrompre pendant que nous rendrons hommage aux dieux. Ai-je votre promesse ?
- C'est pour Dalaï et Orshin, c'est ça? J'aimerais participer.... si vous êtes d'accord.
- Vous en êtes sûre?
- Je peux me joindre aux choeurs. Je connais les chants. Et je pense... que c'est important. J'aimerais représenter les miens pour ça.
- Mmmmh... juste à la fin, alors. Comprenez que c'est un rite de notre tribu et que nous avons besoin que ça reste le cas. Nous allons entreprendre un long voyage jusqu'à la pointe des Terres de Maladie, et nous aurons besoin de la bénédiction de Dalaï pour que ça se passe bien.
- Oh, je comprends tout à fait. Bien sûr. Aucun problème. Si vous préférez, je peux rester en retrait, dans ce cas.
- Non... vous pourrez participer... à partir de la troisième lithurgie. Quant à vous...
- Je ne vous dérangerai pas, que j’ajoute, les yeux fixés sur l’agitation derrière. »

C’est difficile à estimer, mais les pierres lumineuses semblent dessiner un genre de motif. Il faudrait que je saute, pour regarder vu du ciel. Mais je vais éviter de faire un esclandre, je n’aimerais pas qu’on vienne mettre le bordel dans mes rituels à moi. Enfin, ceux que je fais. De temps en temps. Est-ce que tout n’est pas rituel ? Tout n’est-il pas hommage ? Encore une question à laquelle je ne veux presque pas vraiment avoir la réponse, mais le rituel rassemble presque davantage les humains entre eux qu’avec leur Architecte, quelque part.

« Donc je peux accomplir mon rituel ? Demande Aria. »

Elora jette un regard vers les deux lunes, essaie d’estimer l’heure.

« Combien de temps ?
- Une quinzaine de minutes, environ.
- Hm, non, ce sera un peu juste. Vous pouvez faire votre rituel après le nôtre ?
- Ca doit être possible.
- Il dure un peu plus longtemps mais nous allons commencer maintenant. Aran, Ao’ital, fait-elle en haussant la voix. Allez.
- On s’en occupe. »

Tous les éléments préparatoires sont rapidement rangés dans des petites bassines flottantes en bois, pour éviter qu’ils encombrent les participants ou ne prennent l’eau. On est gentiment guidé sur le côté, à un endroit où nous pourrons tout observer sans être dans le passage. Aria tient gentiment son sac en cuir, celui qui contient toutes les offrandes de son clan pour la cérémonie, et qu’elle pourra donner après. Je ne sais pas ce qu’il y a dedans, d’ailleurs, mais c’est probablement les objets habituels : ivoire, perles, petites sculptures, peut-être un poisson rare dans un écrin de magilithe refroidissante, vu que je n’ai pas senti d’odeur de chair pourrie.

Comme le lieu est également consacré à Orshin, je verrais bien des griffes ou des crocs d’animaux, aussi.

La vingtaine de zélotes prend une mine grave, et un son de basse commence à retentir quand ils se mettent à fredonner une note continue. Deux femmes jettent des poignées de feuilles séchées sur des petits braseros, et une nuée d’étincelles en jaillit avec des parfums aromatiques. Le vent tourne à nouveau pour nous remettre l’odeur de l’encens, prenante, contemplative. Puis les femmes commencent à chanter, en canon et à des tessitures différentes. Il y a au moins deux sopranos, puis pas mal d’altos, j’ai l’impression. Les mots se mêlent, célèbrent la gloire des Architectes.

Après le premier chant, c’est la prière de bénédiction des Architectes, que tout le monde entonne en cœur. Je murmure dans ma barbe et mes yeux sont tournés en dedans, non plus à observer ce qui se passe. On a un petit instant de recueillement ensuite.

Le premier tambour commence à sonner au bout d’une minute de silence à peine interrompue par le bruit des vaguelettes contre les pierres, et les autres sons de la nature. Il commence doucement, lentement, un pam régulier, un peu entêtant, qui donne l’impression de résonner dans les cages thoraciques. Instinctivement, le rythme de mon cœur et de ma respiration se cale sur celui de la percussion. Puis il est rejoint par un autre tambour, un peu plus aigu, avec un rythme syncopé. Les voix de basses et barytons reprennent, s’y mêlent.

C’est un chant classique d’hommage à Dalai, avec des chœurs soutenus par une lyre. C’est Elora qui en joue, d’ailleurs, avec brio. Ses doigts courent sur les cordes et les pincent adroitement, sans la moindre fausse note. La musique rappelle la pluie qui tombe, les torrents qui ruissellent, les cascades qui chutent. Les pieds dans l’eau, je les regarde offrir des colliers de perles, des pendentifs en ivoire. Les lunes semblent observer tout ça d’en haut et diffuser une lumière argentée, après qu’elle soit reflétée par l’eau peu profonde de la Crique Blanche.

Pour la chanson d’après, c’est les femmes qui fournissent une pédale, et les hommes qui entament un hymne grave, pour Orshin. La lyre a été mise de côté pour être remplacée par une flûte et un basson. Un Architecte dont je me sens à la fois proche et éloigné. C’est qu’il constitue ma principale source de survie, avec la chasse, mais tous les animaux, nous y compris viennent de lui et nous pouvons leur parler grâce à son Don. Parler à ce que je suis en train de tuer d’un coup de lance… Quelle angoisse. Le chant s’achève au bout de trois minutes avec un solo du basson, qui s’étouffe petit à petit.

Puis les tambours reprennent, un son lent et cadencé, accompagnés de sistres et d’une ascaule. Ils mettent tous des masques sculptés en bois, avec des lignes tracées au charbon de bois, à la peinture, à la craie. Les masques sont tous différents, mais ont en commun d’avoir une ligne creusée du haut du front jusqu’au menton, comme un genre de canal. Je crois que c’est l’heure de leur rituel particulier. C’est toujours intéressant à voir.

De l’ombre, hors du cercle formé par les pierres, jaillit petit à petit une barque chargée au point de presque prendre l’eau. Un type tout vêtu de noir, avec un masque blanc totalement vierge, rame lentement. A mesure qu’il se rapproche, on distingue des formes entassées à l’avant, et c’est que quand la première bouge que je prends conscience qu’il s’agit d’êtres humains. Et ils ont l’air attachés.

« Euh, Aria ? C’est normal, ça ? »

Elle ne répond pas, les yeux fixés sur les arrivants, concentrée. Je la laisse communier en paix avec son Architecte.

Il doit s'agir d'un genre de représentation théâtrale.

Original.
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Arianna Torricelli
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Dim 8 Juil - 1:18
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My'trän +1

Elle ne l’entendit pas, trop occupée à se joindre mentalement aux chants pour saisir ce qu’il disait. En bonne zagashienne des communautés nomades, elle reconnaissait parfaitement celui-ci – et était parfaitement dans ses aises pour se joindre au chœur des Am’telha.

Les tambours, percussions et à vents s’interrompirent tous d’un coup. A leur place, ce furent des instruments à cordes qui prirent le relai, se lançant dans un mouvement particulièrement lent et cadencé, à la fois doux et profond, émotif et sinistre, solennel et intense. Une sonate impérissable qui marquait lourdement les esprits de ceux qui l’entendaient – et encore davantage les souvenirs de ceux qui assistaient à de pareils rituels.

Les my’trans restèrent muets tandis que la barque conduisant les captifs s’avançait jusqu’au centre des pierres. Tous avaient pris pied dans l’eau qui les enveloppait à hauteur de genou, tradition récurrente dans les rites de Dalaï. Qui se voyait typiquement dans les grands bassins partiellement inondés des temples de Shuren, mais aussi dans de bien plus humbles lieux de recueillement, et dans de nombreux lieux dénués de toute vocation religieuse.

Zygan observa tour à tour les dévoués, notant à la volée que le niveau de l’eau se trouvait en deçà que ce qu’il était au début. Sans aucun doute la magie des zagashiens rassemblés qui faisait ployer le bassin sous leur force cumulée. A moins que ce ne soit celle de leur déesse, qui se serait manifestée pour accompagner ses fidèles dans leur cérémonie. Comme bien souvent en ces occasions, il était difficile de faire la différence.

Et en écho à ses considérations, plusieurs colonnes d’eau s’élevèrent mollement dans les airs, formant progressivement, lentement une toile fantastique faite de motifs complexes, pas vraiment des runes, encore moins des emblèmes, mais une succession d’amalgames translucides et diaphanes aux nuances inconstantes, qui reflétaient la lumière des deux lunes avec bien plus d’intensité que ce qu’il n’aurait été possible de voir.

Ce n’étaient pas des jets, mais bien des masses qui flottaient sereinement dans les airs en se jouant de la pesanteur.

Un regard du Farkas vers le ciel lui confirma ce qu’il croyait impossible – que les lunes brillaient avec beaucoup plus de vigueur que normalement. Ou était-ce du fait de l’eau qui jouait en miroir tout autour ?

Et leur masse cumulée ne cessait de s’accroitre, comme si tout ce tronçon de la crique était prêt à s’étendre dans les airs à la demande des fidèles. Il avait déjà vu des mages de l’eau faire ce genre d’artifices à l’occasion des grandes fêtes de leurs clans ; les douze lunes de Dalaï, et particulièrement celles qui bordaient les équinoxes de septembre et de mars, étaient d’excellentes occasions pour qui était friand d’assister à cette forme de représentation.

Mais là, c’était vastement différent. La nature elle-même qui se distordait en réponse à la foi de ses enfants bénis.

Subitement, les cristaux étincelants vacillèrent, s’éteignirent d’un seul coup. La barque, sans personne pour la mener, entraînée par les eaux en l’absence de courant, était arrivée à hauteur de l’autel agencé dans le cercle de pierres.

Le rameur au masque blanc, totalement vierge, s’était joint au grand cercle des fidèles.

Et au cœur de ce cercle, Elora Am’telha, se tenant droite en marchant à même la surface de l’eau, embrassa tous ses frères du regard. Elle aussi avait revêtu un masque. Un masque fait d’un bleu azuré aux reflets cristallins dont Zygan reconnu aisément l’inspiration. C’était presque la même forme que celle du casque de l’armure d’Arianna.

Dans sa main, un poignard.

Devant elle, sur l’autel, un des hommes captifs, porté là non par les soins d’un des membres de son clan, mais par un linceul d’écume qui l’avait amené jusqu’à elle.

Ou plutôt, pas un homme, mais une femme. Endormie, paisible, enfoncée dans un sommeil profond que rien ici ne parvenait à troubler.

La lumière était telle que Zygan pouvait parfaitement distinguer ses traits, ses vêtements, ses accessoires… et les armes qu’elle portait encore.

A son blouson de cuir noir, à sa chemise de facture assurément industrielle, à son pantalon de jean caractéristique, au holster qui trainait contre sa poitrine, il était évident que c’était une daenar.

Et le cœur de la crique, à partir de l’autel, vibra sans faire de remous en réponse à l’offrande qu’on lui faisait.















C’est à ce moment qu’Elora récita.

Que chacun des my’trans récita :













Mon seul nom fait trembler, et ce nom est Dalaï.

Dalaï la Sanguinaire.

Mon seul nom fait trembler,

Car il est écrit dans leur sang.

Ceux que je porte dans mon cœur, je les aime sans compter.

Je les couvre d’attentions, je bénis leurs journées, je les fais vivre de mes eaux.

Je les protège du Mal.

C’est par Moi, que Zagash brille et prospère en ces temps désolés.

C’est par Moi, que mes enfants font le choix d’être forts, résolus et vaillants.

Je côtoie le Seigneur de la Mort – l’Ombre, jaillie à la frontière des deux Mondes.

Déchiré entre le domaine des Vivants qui perd son sens, et le royaume des Morts, où le Néant l’engloutit au-delà de la raison.

Je précède le Tisseur de Toute Vie – Créateur de vos enveloppes, architecte de leurs failles.

Artisan passionné par un art qu’il conserve jalousement même des mains de ses fidèles,
incapable d’empathie quant au sort des figures qu’il façonne.








Mon seul nom fait trembler,

Même quand je les abreuve.

Même quand je les nourris.

Devant mon insistance, la terre ploie sous mes eaux, change d’aride à fertile.

Vous permet de prolonger la faveur que Mochlog et Orshin vous ont faîte.

Vous permet de retarder l’échéance de la faim et de la fin qu’ils vous ont destinées.

Ceux que je porte dans mon cœur, je les aime sans compter.

Je les couvre d’attentions, je bénis leurs journées, je les fais vivre de mes eaux.

Je les protège du Mal.

Et en ce jour, au bord du trou sans fond, dans les limbes des abysses, je me dresse face à l’ennemi invisible.

Invisible pour les yeux des fidèles de mes frères, trop passifs et trop faibles pour prendre les armes.

L’arme à la main. Prête à donner le coup de grâce qui est la fin de tout.








Mon seul nom fait trembler, car je tue sans détours.

Sous couvert de la paix, ils ravagent notre monde.

Au motif du progrès, ils détruisent notre monde.

Ils préparent votre mort.

Ils sont faits de malice, convoitise et violence.

Mais vous.

Vous serez pires.

Tuez-les, qu’il n’en reste pas un seul.



D’un coup sec, Elora égorgea sa victime, qui péri sans un son. Un seul coup. Après quoi elle se leva, s’éloigna de quelques pas, se joignit au grand cercle des fidèles.

Les instruments continuèrent, de même que les chants zagashiens qui reprirent le dernier de leurs couplets avec la même ferveur et la même détermination qu’à leur accoutumée.


Mon seul nom fait trembler, car je tue sans détours.



Un my’tran s’avança, lui aussi un poignard à la main. Un jeune homme, peut-être encore dans son adolescence. Il gagna l’autel et se recueillit un instant devant la sacrifiée.

Et planta à son tour son coutelas dans le cœur de la femme, frappant de toutes ses forces.

Regagna lui aussi les chanteurs, tandis qu’une autre, la suivante qui venait dans un ordre qu’eux seuls connaissaient, progressa jusqu’à l’autel. Pour sa part, c’était un genre de serpe qu’elle venait de décrocher de sa ceinture.


Ils sont faits de malice, convoitise et violence.



Sentant qu’il disposait d’un répit dans le cérémonial, Zygan tira prestement sur la manche d’Arianna pour attirer son attention. Plus fortement qu’il ne l’avait voulu, en fait.

-Qu’est-ce qui se passe !?
-Ce sont des condamnés, Zyg’. Gung Rao. C’est une exécution. Ils ont commis des crimes. Ils méritent de mourir. Je t’expliquerai après ça.

Ces hommes étaient des criminels. Coupables de crimes qui leur avaient valu d'être condamnés à mort, et de se voir interdire que leurs dépouillent ne soient retournées sur le sol et les eaux de My'tra. D'un simple regard, Arianna pu constater que le fait d'être daenar figurait dans la liste des choses qu'on avait à leur reprocher. Mais pas seulement. Pour la majorité, en tout cas. Ca n’était pas parce que la position officielle du Conseil de la Convergence interdisait que la paix brinquebalante établie avec les orientaux puisse être mise en danger que tout le monde y adhérait. Loin de là, même dans les institutions qui devaient malgré tout appliquer cette posture. Alors, on prenait ce qu’on pouvait.

Ce rituel, ce chant était un résidu d’une époque révolue il y a des millénaires, et qui était pourtant revenue au goût du jour il y a quarante ans, avec la guerre et l’ennemi naturel – l’ennemi redoutable – qu’elle leur avait apporté.

Elle avait déjà fait ça. On ne pouvait pas condamner et abattre des daenars sans motif, du moins pas au grand jour. Heureusement… malheureusement… un bon nombre d’entre eux ne prenait pas le soin d’agir dans les limites de ce que les accords du Conseil toléraient. Des daenars, cette fois. Et dans leur quête insatiable de richesses et profits, certains s’adonnaient à des pratiques pour lesquelles mêmes des my’trans pouvaient être condamnés à mourir. Pillage, braconnage, vols et détournements étaient des activités très lucratives, qui avait peut-être pour seuls avantage de donner raison aux partisans de la fin de cette paix de pacotille… et de leur fournir des ennemis immédiats sur lesquels épancher leurs frustrations.


Tuez-les, qu’il n’en reste pas un seul.



Et cette fois, ce fut au tour d’Arianna de faire un pas en avant. Son ami grimaça de surprise, mais ne fit pas un geste, ne lâcha pas un mot en la voyant s’avancer d’un bon pas vers le cœur du grand cercle de pierres.

Elle n’avait pas pris d’arme, mais savait que plusieurs se trouvaient disposées près de l’autel pour ce genre d’occasion. Une dague attira son regard. Ciselée de motifs tous dédiés à Orshin, à la loi de la jungle. Ca semblait opportun.

A son tour, elle regarda la dépouille de la femme au tronc ensanglanté, ravagé par les coups, d’une triste dépouille appelée à se faire mordre par encore une dizaine de poignards avant qu’on n’en dispose. La my’tranne adressa une prière silencieuse en songeant à tout ce qu’elle voulait protéger, avant de lever le bras.

Un coup sec, une unique intention. Aussi vive et sévère que la détermination implacable qu’ils souhaitaient cultiver, elle et ses frères. Ainsi que leur protectrice.

Soulagée par son acte de foi, elle regagna le cercle. Et passa devant la barque, où trois autres captifs inconscients attendaient sans le savoir qu’on exécute leur sentence.

Et son sang bouillonnait de contribuer à leur mort.



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Amisgal
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Dim 15 Juil - 15:59
Irys : 269947
Profession : Façonneuse de climats
Administrateur
De tous les Architectes, Dalai est probablement la plus susceptible de répondre à vos appels, Ô fidèles des océans. Acceptera-t-elle de vous honorer de son auguste présence et des bienfaits de ses dons inégalés... ?

Si le jet de dé suivant obtient un nombre supérieur ou égal à 65 sur 100, votre cérémonie sacrificielle réussit : Dalai vous offrira l'une de ses divines visites.

Si le jet de dé suivant obtient un nombre compris entre 40 et 64, votre cérémonie sacrificielle réussit en partie : la Crique se verra la cible de nombreuses manifestations physiques des pouvoirs de l'Architecte.

Si le jet de dé est compris entre 10 et 39, la cérémonie n'aura guère porté assez loin pour attirer la bienveillance de Dalai.

Si le jet de dé est compris entre 0 et 9, il s'agit d'un échec critique... Prenez garde aux contrées lointaines dans lesquelles vont résonner cet appel...

A moins qu'il ne s'agisse du troisième cas (intervention annulée), merci à vous deux d'attendre mon poste MJ qui suivra le résultat du dé. Bonne chance !



Amisgal a effectué 1 lancé(s) d'un Dé 100 (Image non renseignée.) :
95




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Amisgal
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Dim 5 Aoû - 20:08
Irys : 269947
Profession : Façonneuse de climats
Administrateur

Il n’y eut de prime abord qu’un frémissement sur les berges, une ridule indicible, presque un remous à la langueur inhabituelle. Le son des instruments se réverbéraient à l’unisson dans la crique, s’étiolaient contre les rochers élimés par l’océan et n’y laissaient que des bribes de vibrations écharpées. Elles y mourraient en écho par-delà les vagues, absorbées par ce trop-plein d’horizon qui n’offrait à toute perception humaine que l’étendue désertique de cette masse d’eau huileuse considérable. Un noir d’encre, infranchissable et silencieux, qui se refusait à toute lueur si ce n’est le pâle reflet de la lune pourtant fort apprêtée cette nuit… Cela bougea. Personne ne sut clairement comment, mais une chose en eux se rétracta, s’enroula sur elle-même avec l’instinct millénaire d’un pressentiment inaudible, une conscience diffuse que quelque chose avait changé. Quelques-uns sur la berge s’entre-regardèrent, un coup d’œil en coin sous la ramure de leurs cils, à la façon dérobée d’une âme soudain mal à l’aise. On remua d’un pied à l’autre, quelques doigts se serrèrent à la jointure des mondes, et les voix s’abimèrent d’un léger tremblement qui pouvait tout autant provenir de leur imagination que d’une fatigue passagère. Déjà, les corps se raffermissaient et reprenaient prises sur la réalité. Ce n’était qu’un rêve.

Si ce n’était… Ce son lourd et lointain masqué par la rumeur de la musique, jouant à chat avec les ténors, se dérobant aux sopranos, presque rieur, tantôt taquin et tantôt irritant. Cela ne se laissait pas saisir pleinement par l’oreille, n’était guère plus continu ni fiable qu’un ruisseau de forêt. Il y eut un nouveau frémissement, et lorsque le sang rouge fruit de la première sacrifiée heurta les vagues celles-ci se résorbèrent brusquement. Telle une patte de félin qui aurait touché quelque liquide indésirable, la pointe d’écume s’enroula en une longue langue courroucée, laissant nu le sol rocheux parsemé de coraux et la danse folle d’un poisson pris de surprise dans tout cet air libre. Un long moment, le silence perdura dans la Crique Blanche, un souffle suspendu devant une foule stupéfaite. Alors, la vague eut un roucoulement du fond des entrailles, un crissement de galets sur le sable et le mélodieux grondement d’un océan reprenant vie : elle s’étira, étendit son écume à tâtons et d’une lenteur languide, vint lécher la roche rugueuse sur laquelle le sang dessinait un vaste labyrinthe pourpre.

Une ridule satisfaite parcouru la surface sombre de la crique, l’échine d’un chat ronronnant et le tranchant d’une eau qui n’était plus naturelle. Il y eut un rire, une forme de son aliéné, presque une discordance râpeuse qui pénétra les âmes et renversa les esprits. De la joie, pure et sauvage, celle d’un animal en proie à l’appétit avec toute la violence d’une tempête éclatante. Cela gagna comme un raz de marée le peuple tout entier qui se tenait offert à l’océan, les soulevant d’un même souffle d’une envie absolue de dévorer, d’exploser en un million d’hurlements fougueux en une même entité s’apprêtant à marcher en guerre. Je suis cela disait, et ce verbe seul chassait les cœurs et en faisait des brasiers, abolissait tout murmure qui n’était pas lui. Comme suspendu au bord d’un abîme, les yeux fous, nombreux furent à esquisser l’ombre d’un pas subit en avant, les mains tendues vers quelques obscurs objectifs, un sourire indéniable fissurant leur visage avec toute l’amplitude d’une extase euphorique.

Je suis.

Les Architectes ne sont pas saisissables par l’être humain. Elle n’est qu’une part tronquée de ses multiples réalités, un morceau de miroir fiché dans la crique dont la dimension s’alterne, se transforme et se modifie au rythme de son rayonnement intérieur. Ici et là un frisson s’égare sur son enveloppe charnelle, dessine des arabesques dans sa matière. Des formes apparaissent, se mêlent et s’étirent en ombres dansantes, une pure reptation de serpent. Certains la perçoivent vastes et grandes, d’autres ne peuvent en deviner les contours que du coin des yeux. Elle s’étire et se rassemble sous la silhouette d’une raie étrange, défragmentée, parcourue de soubresauts tel du métal en fusion. Est-ce une nageoire… ? L’œil n’a guère le temps de l’appréhender, des branchies fendent sa peau et puis disparaissent à nouveau. Elle semble hésiter et se perdre dans ses multiples formes, à la fois poisson, eau, coraux et tourbillons. Une partie d’elle se soulève, et l’eau la suit, amoureusement enlacée à son enveloppe, un immense piédestal aquatique d’une infinie instabilité. Car ici et là de la glace jaillit, des arrêtes aiguisées qui fendent l’espace et y meurent tout aussitôt : le gel siffle et hurle puis se change en écume brûlante, couvrant la zone d’une chape de brume semblant animée d’une conscience propre. La rumeur de la nuit leur parait à présent étouffée, saisis d’un enchantement qui les dépasse, subjugués par cet étrange morceau de vide. Les autres, ceux qui ont légué leur vie à une toute autre entité, échappent à cette emprise pour n’en pressentir que des bribes : ils observent avec inquiétude ce clan qui ne semble brutalement plus s’appartenir. Voilà qu’ils parlent, murmurent sur leurs lèvres des mots incompréhensibles et fiévreux.

Elle fixe sur Elora deux perles de néant. Sa créature, son enfant, cet entrelacs de vie fragile et éphémère qui ne cesse de la surprendre. Ils ne sont pas de son monde, elle leur a donné l’eau cependant, et les forge de sa volonté impérieuse. Elle peut les anéantir, les aimer, les aider et les punir, et son bon vouloir est total sur ces structures de vies naïves et joliment tissées par Orshin. Dans le cercle de pierres, elle les balaye d’une vague, les prend et les soulève avec la curiosité candide d’un Architecte millénaire, éblouissant d’écume ceux qui sont encore sur le rivage et ne peuvent que contempler ses nombreuses facettes. Sur le rocher sacrificiel ne subsiste bientôt plus personne, tous suspendus dans cette eau qui les glace et les réchauffe, un écrin de velours contre leur peau avec la tendresse d’une entité mère. Les Daënars restant sont engloutis dans sa masse d’huile sans un son, une annihilation propre et morbide. Dalai n’y prête déjà plus l’ombre d’une attention.

Enfants des océans.

Cette voix qui racle les âmes se fait douce et audible pour eux. Un chuintement de vent, peut-être une nuance de rocailleux. On y sent l’iode, et une conscience fort lointaine, écrasante et omniprésente. Elle vibre, change d’humeur, permanente mobilité aquatique tenant délicatement en son sein les enveloppes charnelles de sa progéniture. Les mages en charge du sacrifice y sont sages et tranquilles, Elora à leur tête.

Nous sommes entiers.

Faites un choix.

J’y répondrai.




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Zygan
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Sam 25 Aoû - 16:37
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My'trän +2 ~ Mistral

De mal en… Je ravale mon blasphème mental et l’enterre sous une prière aux Architectes. C’est que la situation ne s’y prête pas forcément. Tout le groupe qui se trouvait au centre de la Crique Blanche pour l’offrande à Dalaï flotte maintenant à quelques mètres du sol, porté par de l’eau en lévitation. Et devant nous, l’absente présence de l’Architecte de l’eau observe attentivement Elora. Et observe attentivement tout l’endroit où nous nous trouvons. Et probablement le monde entier, ce qui va avec le statut de divinité ? En tout cas, c’est clairement cette impression de tension et de contrôle de l’environnement qui pèse sur chacun d’entre nous.

Et qui doit peser d’autant plus sur Elora, partant de là, dans la mesure où elle est la cible première. Je ne réussis pas à réprimer un frisson à la base de ma nuque, un mélance de peur instinctive et d’adoration. Rencontrer un Dieu, ça fait toujours bizarre. La chape qui se maintient autour de nous ne me fait pas oublier les raisons de la venue de Dalaï, et j’ai envie de prendre la parole, de questionner, de m’insurger, de ne rien dire, de me faire tout petit. Nous sommes tous suspendus dans l’eau de l’Architecte et à voir les visages des autres, je ne suis pas le seul à être légèrement… impressionné.

Mais je suis peut-être le seul à ne pas être totalement béat. Le groupe d’Elora fixe ce qu’il peut regarder de la forme de Dalaï, les yeux écarquillés et la bouche parfois béante, comme en extase. Ils étaient là pour ça, et ils ont fait ce qu’il fallait pour que ça marche. Tous les adeptes de Dalaï présents ont participé, même Arianna. J’ai un coup au cœur, et une boule au creux du ventre à y repenser, quand elle s’est avancée, pour… Ce qu’il est advenu des autres daënars, j’essaie de ne pas y penser : l’eau brusquement plus sombre les a dérobés à nos regards, et ils sont réellement devenus propriété de la Déesse.

Elora jette un regard à sa droite, à l’homme âgé qui lui a servi de second dans la dynamique du rituel sanglant. Il hoche légèrement la tête, et elle lui répond d’un mouvement plus saccadé. Dans leurs yeux passe davantage, mais comme je ne connais aucun des deux, impossible à savoir. Et je ne veux plus savoir. L’arrivée de Dalaï constitute une vérité que je trouve assez désagréable, et dont je me détourne quand la chef de clan essaie de commencer à parler. Les premières syllabes sortent d’une voix chevrotante, bien loin de l’assurance dont elle a fait preuve jusque-là. Puis elle se reprend, manque de se râcler la gorge –je le vois au geste de sa main, et se contente de toussoter.

Cette fois, elle est plus proche de sa vraie voix.

« Ô Dalaï, Grande Architecte. Nous sommes tes fidèles et tiens en toute occasion. Nos vies et nos morts te sont dédiées depuis des temps immémoriaux. »

Ça y est, ça sort les violons avant de demander quelque chose de gros, trop gros. J’ai les yeux plissés pour ne rien manquer de ce qui va suivre, et les reflets des lunes sur la forme de Dalaï ont quelque chose d’hypnotisant à regarder. Mais je me sens diablement comme un intrus, le seul fidèle d’Amisgal et, dans une moindre mesure, Süns. De fait, je suis bien content de me faire oublier. Un peu plus loin, Arianna observe avec une concentration pleine de révérence que je n’ai pas l’habitude de voir sur son visage, les mains posées au contact de l’eau, comme si c’était au contact de la Déesse. Elle va peut-être parler, faire sa demande également.

En fait, je crois que je suis aussi jaloux.

« Tu nous offres déjà la vie à travers Tes Dons, physiques ou magiques, à chaque instant de notre existence. Et si nous vivons par et pour Toi, Déesse, ces offrandes d’hérétiques impies n’étaient qu’un maigre retour, offert sans arrière-pensée à ta Grandeur. »

Voilà, ça présente les trucs proprement. Bientôt la demande. Raser Daenastre de la carte ? Vivre à Ariun ? Ecraser un clan rival ? Bénir la pêche ?

« Ta Présence nous emplit déjà d’euphorie et de béatitude. Continuer à passer du temps avec notre Mère Nourricière est le seul vœu que nous pouvons toujours formuler, après la joie de t’avoir revue. »

Bon, j’ai été de mauvaise foi, elle s’arrête de parler, ne demande rien de plus. Au-delà de la jalousie, j’éprouve aussi une certaine forme de gêne, de malaise. Pas vis-à-vis de Dalaï, ça, ça va. Ce n’est pas pour rien que les zagashiens sont ce qu’ils sont, en termes de caractère, d’histoire, d’opinions. C’est aussi comme ça qu’est Arianna, une pure zagashienne finalement. J’espère juste qu’Amisgal, qui a quand même la réputation d’être bien plus dure à rencontrer que Dalaï, n’est pas comme ça. Qu’elle n’attend pas un sacrifice sanglant pour…

Et si c’était ça qu’il fallait, et que je m’entêtais depuis tout ce temps, avec ma tribu, avec tous les autres clans que j’ai pu croiser jusqu’à présent ? La pensée un peu obsédante ne peut pas s’empêcher de tourner en arrière-plan, mais je suis ramené à la réalité par un mouvement de Dalaï, pas différent des précédents, mais qui éclaire un peu différemment sa forme. Ou alors est-ce l’action, le reflet des vagues, des lunes, des rares lumières autour ? Elle reste un Architecte et je me suis enfoui profondément pour arriver à ne pas tenir compte de sa présence qui semble donner une nouvelle gravité au monde, de le plier autour d’elle, de le centrer en elle. Comme si elle était plus réelle que nous, quelque part.
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Arianna Torricelli
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Sam 8 Sep - 13:34
Irys : 356585
Profession : Zélote, Soldat, Officier, Chasseuse, Nomade
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Elle souriait à pleines dents, comme une enfant qui se retrouvait plongée dans un condensé de Nowel, d’Anou’Kha et de Kwantzaa préparé rien que pour elle – qu’elle fêterait en famille, même si ce n’était pas le cas. Son sang bouillonnait d’enthousiasme, tout son corps frissonnait d’une euphorie d’origine aussi bien affective que magique depuis l’instant où elle avait compris ce qui allait se passer.

Et justement, elle avait mis beaucoup de temps à réaliser que le plus improbable de tout venait de se passer.

Et n’était en aucun cas la seule à avoir cette surprise. A se sentir si réjouie, et en même temps gênée. C’était un accident. Mais c’était fabuleux. Elle s’en mordit la lèvre. Si ça n’avait pas été aussi incroyable, bouleversant de grandiose, Arianna aurait peut-être ri de bon coeur devant leur dérapage. Mais ça ne lui vint pas. Les my’trans, fascinés et heureux, n’en revenaient pas du tout : jamais ils n’auraient eu la prétention d’espérer que leur déesse apparaisse. Tant et si bien qu’un autre membre du cortège principal des Am’telha se sentit obligé de reprendre la parole pour préciser leurs intentions :

-Mère des mers, lui sourit tendrement le quarantenaire d’allure frêle mais tout à fait assuré, nous étions simplement... nous sommes simplement venus pour renouveler nos vœux de libérer nos terres des ambitions des daenars, et préparer notre prochain pèlerinage jusqu’à la pointe est de My’tra… et prier pour que notre voyage au travers des terres de maladie se déroule sans encombre. Mais maintenant que nous te voyons…
-Nous effectuerons le pèlerinage, reprit Elora pour garder le contrôle de ce qui se disait. Toi qui nous honores de ta présence… nous irons t’honorer dans tous tes sanctuaires.

Une brève clameur générale, résolue sans qu’il n’y ait de cris, s’éleva en guise d’approbation. Tout autour, les fidèles s’étaient pressés pour se tendre en avant sans vraiment s’avancer, partagés entre l’envie de se rapprocher autant que possible de leur bienfaitrice et celle de ne pas l’envahir de leur enthousiasme débordant… ce qui était difficile de ne pas faire tant elle était partout. L’eau qui les entourait, plus du tout naturelle, était déjà une merveille amplement suffisante pour ceux qui étaient sensibles à ses nuances – celle-ci était gorgée de mille fois plus de magie et de mystères que toutes les sources sacrées qui ponctuaient Zagash et le reste du monde.

Au final, il y avait du respect dans leur attitude, certainement une forme de révérence, mais pas de crainte ou même de servitude. Ils se comportaient comme s’ils ne voulaient pas la mettre mal à l’aise, pas comme s’ils tenaient à ne pas l’offenser – le résultat était le même, mais l’intention ne pouvait pas être plus différente.

Ils n’avaient pas peur d’elle.

Ils l’aimaient, elle les aimait autant, et c’était aussi simple. Il fallait au moins ça pour que les zagashiens se comportent comme ils le faisaient auprès du reste du monde, même des autres my’trans. Une foi absolue. Servie par le fait que leur déesse était beaucoup plus active auprès d’eux que les autres architectes.

Le simple fait de la voir apparaître devant eux, attentive et généreuse, c’était déjà amplement suffisant. Ils n’avaient ni envie, ni besoin de profiter de ses largesses en pareilles occasions. Ca ne marchait pas comme ça.
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Taivan & Ayalguu
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Dim 4 Nov - 3:17
Irys : 34994
Les honneurs répétés, les louanges infatigables, comme des caresses délivrées à la joue d'une mère. L'attention que rendait la divine équivalait celle d'une veilleuse, elle avait façonné ces êtres, était guide de leurs âmes si fragiles, étiolées comme le plus fin des verres, mais pas moins tranchantes. Ils dansaient à son pas, se baignaient dans son corps, voilaient leur plan d'une couverture surréelle, frôlant du doigt cette eau qui arborait les traits d'un délicat mystère. L'onde aqueuse de la manifestation parcourait les pommettes des fidèles rassemblés, enserraient leurs épaules, palpaient le bout de leurs chevelures. Par-delà la mer, sur celle où toute sensation du réelle ne devient qu'écume échouée, les esprits en symbiose devinent un sourire, sans le percevoir, sans le détailler. 

Une ondulation nouvelle se fait ressentir, sans être attestée, peut-être n'y a-t-il qu'une âme en admiration pour l'avérer, mais les coeurs tout autour la voient danser dans l'air, sous le corail, peut-être devant, peut-être à son côté. Un nouveau frémissement se dilue dans la légèreté incarnée par une brise, une respiration qui n'a pas de souffle. Le frisson atteint les nuques mortelles, arrache une larme à certains, les fait abonder pour d'autres, mais l'émoi est unanime chez les natures avivées par la volonté de l'océan. Un murmure atteint leurs oreilles, un chuchotement glissé à leur creux, la complicité résolue en un secret écho. Les paroles sibyllines qu'accompagne cette rumeur apaisée porte haut le souffle si friable des marionnettes bercées par l'instinct de l'adoration. Tous ne sont que joie, tous ne sont qu'admiration, aucun ne saisit la portée de ces sentiments mêmes. Chacun se berce dans un tumulte tranquille, les pensées perdues entre la vision du monde d'hier et de celui d'aujourd'hui, étreint par la présence d'un Architecte. 

La voie est limpide.

L'océan veille.

Marchez.

Les faveurs se répétaient, tous les avaient saisies, aucun ne les avait entendues. L'écho de la générosité de l'horizon aux milles gouttes et innombrables mystères portait les esprits dans une euphorie partagée. Les syllabes gardiennes sonnaient comme une symphonie dans un air qui portait dans sa partition, la bénévolence de l'eau et la protection qu'elle leur vouait. Le débordement de joie se retirait doucement, à la mesure du bassin éthéré qui cessait de caresser, d'envelopper les fidèles. Mais aucun ne le sentit s'éclipser, tous avaient la douce empreinte de leur gardienne gravée dans l'âme, tous la convoitaient, la gardaient comme le plus inviolable reliquat. Cette part de sacré vivait en eux, pas un seul n'aurait la folie de s'en débarrasser, pas en seul n'en avait la volonté.

L'onde de l'écume, la mouvance du corail, le scintillement d'une eau qui ne fut aujourd'hui qu'amour s'étiolait insidieusement. Les fidèles quittaient un monde onirique dont la mémoire, pourtant limpide s'ornait de l'incertitude du déroulé. La forme indicible de la tendresse des océans s'était effacée, mais l'air ne semblait vouloir se délester de son influence. L'atmosphère semblait n'avoir pas changé dans sa différence, le contraste du divin avait rattaché les esprits autour à un rêve éveillé et plus aucun ne pouvait désormais faire la distinction. Cela leur avait parlé, mais aucun ne saurait la décrire. Son étreinte maternelle s'effaçait du plan physique pour n'engraver que l'âme. L'instant qui suivit, chaque fidèle retrouva le monde d'hier, le seul qu'ils aient compris, le seul qu'ils puissent comprendre. 
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