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Chroniques d'Irydaë
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 :: Les terres d'Irydaë :: Daënastre :: Le Tyorum
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 Ce que l'on redécouvre ne nous apporte que des maux

Flavien Teleri
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Sam 17 Mar - 20:44
Irys : 467951
Profession : Soigneur itinérant
My'trän +2 ~ Chimères
Au risque de défrayer la chronique et de brosser les Daënars qui y avaient élus domicile dans le mauvais sens du poil, Flavien ne pouvait pas se mentir. De toutes les régions de Daënastre qu'il lui avait été donné de découvrir, le Tyorum était de loin la plus empreinte de magie. Cette essence de vie s'infiltrait dans les épis qui dansaient dans les grandes étendues de champs céréaliers, se mélangeant à la terre nourricière et courait la les racines pour enrichir et fortifier la flore qui croisait à un rythme tranquille.

Riche de couleurs et de vie, le Tyorum était une région à part entière en Daënastre. Le climat y était aussi changeant d'un côté que de l'autre de l'incroyable baie d'eau salée qui grignotait les terres qui l'entouraient. La baie de Tyor n'avait de rivale que l'impressionnante jungle de Carter, repère d'une faune aussi dangereuse que diversifiée.

Le Tyorum était réputée pour être l'une des régions les plus fertiles de tout le continent et Flavien n'avait pas mis longtemps à comprendre pourquoi. La nature, sauvage par endroit et parfaitement contenue par l'Homme par d'autres, lui rappelait un peu son hameau natal.

Était-ce ce sentiment qui avait poussé Lize à s'établir en Suhury, il y a tant d'années de cela ?

Tout comme dans ses vertes contrées natales, la région était loin d'être désertée par la population. De nombreuses villes et villages se dressaient aux abords de la baie de Tyor et Flavien avait eu du mal à trouver sa voie jusqu'au petit village côtier qui l'intéressait. Une bourgade très modeste quand on la comparait aux villes qu'il avait visité jusqu'à présent, à peine une fraction de Skingrad et tout juste aussi peuplé que Blumar, qui lui avait semblée bien déserte après les foules croisées dans les capitales.

Comme si le destin avait eu pitié de lui, ce village était parfaitement rural. La technologie était belle et bien présente, mais elle n'était pas exposée aux yeux de tous comme un symbole de richesse, d'intégrité et de pouvoir. De liberté. Elle était un outil, utile et intégral à la société, mais un outil tout ce qu'il y avait de plus discret.

Flavien remercia les Architectes pour leur clémence.

Il touchait enfin au but et savoir qu'il tenait enfin une piste solide l'emplissait d'un sentiment qu'il se défendait de décrire. Oserait-il appeler cela de la nostalgie ? Regrettait-il de mettre un terme à cette quête, à cette découverte d'un nouveau continent et de ses mœurs ? Certainement. Non. Obligatoirement. Il le fallait, car si le sentiment s'avérait être une nostalgie quelconque, il décevrait ses protecteurs et se décevrait lui-même.

Le journal qu'il transportait avec lui allait être remis à la famille de la défunte et il serait enfin libéré d'un poids qu'il trainait depuis de trop nombreuses années.

Le commerçant de Blumar qui l'avait gentiment renseigné l'avait orienté vers un village tranquille en baie de Tyor. La mère de Lize y avait apparemment de la famille et celle-ci pourrait certainement l'aider à remonter jusqu'aux parents de la défunte. Une horlogère qu'un incendie avait poussé à changer de décors. Une jeune femme bien sous tous rapport, répondant au nom de Sanaë Eshfeld.
Il n'avait retenu ce nom que parce que l'homme y avait accordé une attention toute particulière, répétant combien les montres de facture Eshfeld étaient d'excellente qualité et s'étaient très bien vendu avant la disparition tragique de l'enseigne.

Depuis qu'il avait troqué ses vêtements typiquement My'trän pour des fripes plus communes à Daënastre, les gens semblaient beaucoup plus ouvert à la conversation. Il recevait toujours un petit haussement de sourcil de temps à autre, son Aitah toujours un peu trop familier avec des personnes à peine croisées.

Actuellement, Selmac avait quitté le perchoir que constituait son épaule pour trottiner joyeusement quelques mètres devant lui. Il s'arrêtait parfois pour humer l'odeur de sel que portait la légère brise agréable qui soufflait sur le village, insouciant comme à son habitude. Peu de monde croisait sa route, et les rares personnes qu'il avait rencontrées pour l'instant hochèrent négativement la tête lorsqu'il leur demanda si elles connaissaient une demoiselle Eshfeld. Ou bien cette dernière était de nature discrète, ou bien Flavien écorchait son nom plus que de raison.

S'arrêtant à un embranchement, il observa longuement le panneau des différentes rues, essayant de deviner laquelle d'entre elle pouvait bien être la rue commerçante. Même dans un village, il devait y avoir une place autour de laquelle devait se tenir quelques commerces, boutiques ou auberges. Il débutait en général ses recherches par ces dernières qui avaient toujours l'air d'en savoir beaucoup sur ce qui pouvait bien se passer dans le secteur.

La tête légèrement penché sur le côté, les sourcils froncés, Flavien observait les panneaux d'un air dubitatif. Peut-être que s'il s'était un peu plus penché sur l'histoire de Däenastre, il serait en mesure de reconnaitre le nom de ces illustres inconnus ayant fièrement transmis leurs noms à des rues. Qui sait, l'un d'eux était peut-être un marchand de renom. Malheureusement, le soigneur avait totalement fait l'impasse sur ce genre d'information. Lequel de ces trois personnage aurait pu vouloir donner son nom à un quartier commerçant ? Il n'en avait pas la moindre idée.

Selmac s'installa à ses côtés, ses grands yeux curieux tournés vers le panneau indicatif. Dans une parfaite imitation de son maître, il pencha la tête sur le côté.

Dire qu'il était si près du but et pourtant complètement perdu.

- Je peux vous aider mon garçon ?

Flavien se retourna lentement pour se retrouver face à une dame âgée et souriante. Elle avait de nombreuses rides au coin des yeux, ses pattes d'oie le signe d'une vie qui l'aura vu sourire de nombreuses fois.

- Bonjour. Dit-il poliment avant d'ajouter, Oui. Je cherche Sanaë. Sanaë... Eshfeld ? Essaya-t-il de prononcer le plus correctement possible. J'ai une question à lui poser.

Le visage de la vieille dame s'éclaira encore plus si c'était possible.

- Sana ? Oh vous la trouverez sans doute chez elle à cette heure-ci. Je suis sûre qu'elle pourra répondre à toutes vos questions. C'est un sacré brin de femme, cette petite !

Lui indiquant rapidement la route à suivre, précisant qu'il ne pourrait certainement pas rater la bâtisse qui se dressait une petite colline surplombant le village, elle lui souhaita une bonne journée et s'en alla d'un pas tranquille. Elle ne s'était pas inquiétée de sa question, comme si elle avait l'habitude que des gens demandent à voir celle qu'il allait rencontrer dans peu de temps.

Il ne lui fallut pas plus de cinq minutes de marche pour apercevoir la colline sur laquelle avait élu domicile Sanaë. Deux bâtiments distincts s'y dressaient côte à côte, l'un plus modeste, l'autre d'apparence assez ancienne, comme si elle avait été préservée du temps. Assis sur le perron de l'ancienne maisonnette se tenait un homme aux cheveux noirs. Légèrement recroquevillé, faussant l'impression qu'on pouvait se faire de lui sur sa taille, il lisait tranquillement un ouvrage. L'homme releva la tête en l'entendant approcher.

Aussitôt, Flavien inclina légèrement sa tête, saluant ce parfait inconnu qui l'observait d'un air interrogateur, attendant qu'il parle.

- On m'a dit que Sanaë était chez elle en ce moment ?, Risqua-t-il, J'aurais besoin de la rencontrer.


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Sanaë Eshfeld
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Dim 18 Mar - 10:32
Irys : 476217
Profession : Ancienne horlogère touche à tout.
Daënar +2 ~ Skingrad (femme)
Il est coutume de dire que les jours se suivent et se ressemblent. Une réalité probablement triste et ennuyeuse pour certains… Comme pour l’agent Neal, assigné à la surveillance de Sanaë Eshfeld, ancienne horlogère de Blumar… À vrai dire, le milicien commençait à se demander si sa présence était réellement utile. La jeune femme menait une existence paisible, passait ses journées à travailler, ne sortant que pour rendre visite à ses médecins ou pour faire quelques courses. Et même si elle s’était rendue, une seule fois, à la demeure des Strauss, Neal ne lui avait compté aucune connaissance étrange ou même suspecte de quelques façons que ce soit. Aussi, l’agent passait ses journées à attendre que quelque chose ne se produise, s’ennuyant dans sa tâche inutile qui l’avait déjà conduit à terminer une bonne dizaine de romans… Lui qui avait choisi ce métier pour l’action, l’aventure, la justice, en venait à se demander si cette attribution n’était pas une sorte de punition émanent de ses supérieurs.

Ce jour-là, comme tous les jours, Sanaë s’était enfermée dans son bureau. Il ne savait pas réellement ce qu’elle y faisait mis à part dessiner divers plans d’objets plus étranges les uns que les autres. Comme cette “lessiveuse”, qui était en fait une sorte de bâtiment construit en bord de cours d’eau ressemblant extérieurement à un quelconque moulin à eau. Les femmes du village s’y rendaient, ravies de voir “la lessiveuse” faire le travail ingrat et épuisant à leur place… La journée s’annonçait donc toute aussi ennuyeuse que les précédente…

Tout du moins, c’est ce que le milicien avait naturellement supposé, jusqu’à ce qu’il vit un homme à l’allure bien étrange, accompagné de “bestioles” s’avancer sur le sentier, venant jusqu’à sa rencontre.

Neal ne le connaissait pas, il savait qu’il n’était ni un proche de l’horlogère, ni un villageois… De ce fait, le milicien se montra prudent, avisant l’inconnu d’un œil inquisiteur en se demandant ce qu’il pouvait bien vouloir à la jeune femme. Après tout, le couple ne recevait que peu de visiteurs depuis leur arrivée, souvent des habitant du coin venant demander quelques services au jeune couple, quelques amis aussi, même si ceux-ci semblaient peu nombreux… L’homme, quant à lui, ne s’était pas présenté, se contentant de demander à voir Sanaë, à la “rencontrer” plus exactement… Il ne la connaissait donc pas ?

-Quel est votre nom? demanda-t-il d’un ton peu commode en croisant les bras comme s’il s’agissait d’un garde du corps… Ce qu’il était finalement peut-être devenu, par la force des choses. Il est d’usage de se présenter avant toute chose, monsieur. Que lui voulez-vous?

Durant ce temps-là, la principale intéressée achevait son plan étrange, qu’elle seule ne pouvait comprendre. Shaïa, l’oursonne paresseuse, dormait paisiblement sur ses genoux, ne s’éveillant que lorsque sa maîtresse s’étira en s’éloignant de sa table de travail. L’animal avait déjà bien compris les habitudes de la jeune femme et savait interpréter cela comme “l’heure du biberon”... Chose qu’elle fit bruyamment comprendre à sa maîtresse en poussant quelques jappements bruyants que Sanaë accueillit en souriant. Prenant alors l’oursonne encore minuscule et légère comme une plume dans ses bras, la daënare se releva, lentement, avant de se saisir de sa canne pour rejoindre le monte-charge qui la conduirait à la surface.

Toutefois, la jeune femme fut surprise de découvrir dans la cours, un homme inconnu face à un agent Neal qui ne semblait guère de bonne humeur… Boitillant, Sanaë alla à leur rencontre, curieuse de découvrir qui pouvait être cet homme.

- Bonjour, lança-t-elle en s’approchant. Que ce passe-t-il ?

- Cet homme demande à vous voir, vous le connaissez ?

- Pas encore, déclara-t-elle en souriant au visiteur. Que puis-je pour vous, monsieur ?

Dans le doute, Sanaë observa l’homme avec attention, cherchant à savoir s’il s’agissait de l’une de ses connaissances de Blumar… Un ancien client de l’horlogerie, peut-être ? Un habitant du village ? Non… À l’évidence, elle ne l’avait jamais vu… Sans quoi, elle se serait souvenue du détail trônant fièrement sur son torse… Et qui serra son cœur à l’instant même où elle l’aperçut.

- Ce collier, dit-elle en désignant l’objet unique autour de son cou. Où l'avez-vous eu ?

Sa voix s’était brisée. Elle connaissait très bien le bijou, revoyant encore le visage de sa propriétaire légitime s’illuminer à l’instant où elle le découvrit reposant encore dans son écrin de velour. Cela datait de nombre d’années , Sanaë n’était encore qu’une enfant rêveuse… Tout comme sa cousine, alors prisonnière d’un corps malade avec qui elle discutait souvent… Lize… Elle qui avait disparu depuis longtemps, abandonnant sa famille pour une destination inconnue de tous…

- Lize, murmura-t-elle alors réalisant alors que l’homme ne lui apporterait certainement pas de bonnes nouvelles. Entrez donc, je vous en prie...


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Flavien Teleri
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Dim 18 Mar - 23:55
Irys : 467951
Profession : Soigneur itinérant
My'trän +2 ~ Chimères
L'homme qui faisait le piquet devant la petite demeure croisa les bras, signe universelle que la conversation ne s'était pas bien engagée. Méfiant et autoritaire, il se dressa de toute sa stature pour observer le soigneur d'un air suspicieux. Même les petits sauts de cabris de l'Aitah qui accompagnait celui qu'il fixait d'un regard calculateur ne réussirent pas à le dérider. Il lui demanda son nom et ce qu'il faisait ici exactement, et Flavien se cru à nouveau en présence d'un membre des forces de l'ordre, pressé de contrôler son identité et les raisons qui le poussaient à fouler le sol Daënar.

Si ça ne tenait qu'à ça, il se présenterait le plus courtoisement possible.

- Je me nomme Flavien. Teleri. Ajouta-t-il après-coup. Autant mettre toutes les chances de son côté, l'homme avait déjà l'air bien assez suspicieux comme ça. J'ai des questions à lui poser. Je cherche à retrouver des membres de sa famille et je pense qu'elle pourrait m'aider.

Il aurait tout aussi bien pu expliquer noir sur blanc ce qu'il faisait là, sortir le journal de sa besace et montrer à cet homme méfiant la raison matérielle qui le poussait à être ici en ce jour. Ses explications auraient sans doute été plus claires et moins tordues que ce qu'il offrait à son vis-à-vis, mais rien ne lui disait qu'il serait plus au courant que lui de toute cette histoire. C'était de Sanaë dont il avait été question, pas de cet homme.

- Et vous êtes ? Demanda-t-il naturellement.

Si l'homme était aussi à cheval sur les règles de bienséances, il allait bien finir par lui répondre. Peut-être était-il le frère de la jeune femme, ou bien même son compagnon ? Quoi qu'il en soit, il devait bien la connaitre, vu qu'il ne l'avait pas simplement redirigé vers une autre bâtisse. La vieille dame croisée au centre du village avait vu juste : Sanaë habitait bien dans cette maison.

Apparemment sa réponse sincère n'avait pas été au goût de l'homme qui fronça les sourcils, visiblement prêt à se lancer dans un véritable interrogatoire.

L'arrivée d'une jeune femme blonde qu'une canne aidait dans sa démarche, avorta les questions de l'homme aux cheveux noirs qui se retourna complètement vers elle lorsqu'elle les salua tout deux agréablement avant de demander ce qu'il se passait. La blonde portait un petit ourson grommelant dans ses bras, son visage avenant et ouvert. D'une voix douce, elle balaya l'inquisition inquiète de l'homme qui lui avait bloqué la route jusqu'à présent, demandant à Flavien la raison de sa venue ici.

Il s'agissait de Sanaë à n'en pas douter.

La Daënare l'inspecta un instant, comme quiconque le ferait en rencontrant quelqu'un pour la première fois, puis écarquilla légèrement les yeux en promenant son regard sur le bijou qui ornait son cou. D'une voix tremblante, elle lui demanda où il avait trouvé son collier et Flavien fut momentanément dans l'incapacité de lui répondre. "Sur sa commode" aurait été la réponse la plus proche de la vérité, mais à voir le visage pâle de la femme, il valait mieux se taire pour le moment.

- Il lui appartenait ?, Demanda-t-il, surpris sans vraiment l'être, A Lize ?

Sanaë répéta révérencieusement ce nom, comme s'il avait quelque-chose de sacré. Un peu perdue, elle l'invita à entrer dans la maisonnette. Après un dernier regard à l'homme qui semblait veiller sur les lieux, il opina et suivit la femme à l'intérieur, talonné de près par Selmac qui découvrait avec joie un potentiel nouveau terrain de jeu. Flavien pour sa part jeta un rapide coup d'œil à la pièce sans vraiment s'attarder sur la décoration. Il passa sa main derrière sa tête, s'apprenant à gratter la base de sa nuque comme il le faisait souvent lorsqu'il était gêné. Ses doigts frôlèrent le ruban renforcé d'une cordelette, qui reposait autour de son cou et il suspendit son geste. Le précieux bijou qui l'accompagnait depuis tant d'années n'était finalement pas le sien.

- Excusez-moi, je n'avais pas de moyen de vous prévenir de mon arrivée. Offrit-il en guise d'introduction, Je me nomme Flavien. J'aurais aimé savoir si vous saviez où je pourrais trouver quelqu'un de la famille de Lize Brandtner.

Il avisa le jeune animal qui réclamait l'attention de sa protectrice et secoua lentement la tête. Vu le nombre d'années qu'il avait passé à poursuivre un spectre, on aurait pu croire qu'il aurait bien plus à dire à la première personne qui semblait personnellement touchée par sa requête.

- Je... vous dérange peut-être. Reprit-il en désignant d'un geste de la main la petite ourse, Je peux attendre.

C'était l'histoire de quelques minutes. Le temps pour la femme de reprendre un peu de contenance et pour lui de remettre ses pensées dans l'ordre. Que représentait un petit quart d'heure sur une décennie ?


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Sanaë Eshfeld
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Lun 19 Mar - 8:19
Irys : 476217
Profession : Ancienne horlogère touche à tout.
Daënar +2 ~ Skingrad (femme)
Sanaë invita son mystérieux visiteur à prendre place autour de la table trônant au milieu de la pièce à vivre qui ne servait pour ainsi dire jamais. De ce fait, celle-ci ne comprenait pas grand chose, deux fauteuils près de la fenêtre sur lesquels l’ancienne horlogère ne s’était jamais assise, une bibliothèque ne contenant qu’une dizaine de livres, tout au plus. La jeune femme en achetait régulièrement depuis leur emménagement, mais il faudrait encore du temps pour refaire sa collection disparue. La maison en elle-même ne servait que très peu, le couple passait ses journées dans l’atelier et ne se souciait guère de l’allure de leur domicile. Il n’y avait donc aucune décoration, pas un seul tableau sur les murs, aucun vase remplie de fleurs, pas même un bibelot. Des objets inutiles pour la jeune femme qui n’avait dans tous les cas guère de temps à perdre en la contemplation d’objets inertes qui ne représentaient finalement rien à ses yeux. Ses souvenirs à elle étaient immatériels, ce qui était d’autant plus vrai depuis que tout ce qui avait constitué sa vie s’était vu réduit à l’état de cendres.

- Vous ne me dérangez pas, mais laissez-moi juste le temps de lui préparer son biberon, lança-t-elle en désignant l’oursonne râleuse lovée contre elle. Vous avez l’air d’avoir fait un long voyage, peut-être puis-je vous offrir quelque chose ?

Sa phrase achevée, Sanaë avisa ses mains, l’une maintenait Shaïa, l’autre servait à prendre appuie sur sa canne devenant d’ailleurs de plus en plus encombrante.

- Je peux vous la laisser quelques minutes ? Si cela ne vous dérange pas évidemment... demanda-t-elle timidement en déposant son précieux paquet dans les bras du jeune homme sans attendre sa réponse.

Abandonnant sa canne contre la table, Sanaë disparut ensuite dans la cuisine d’un pas lent et maladroit pour revenir quelques minutes plus tard avec un plateau contenant tasses et théière, le biberon de l’oursonne, une assiette de biscuits et un bol d’eau. Arrivée aux abords de la table, la jeune femme déposa doucement le plateau, mesurant ses gestes tremblant avant de poser le bol au sol pour que les animaux de son invité puissent aussi se désaltérer. Elle remplie ensuite les deux tasses de thé fumant et parfumé avant de récupérer l’oursonne afin de lui donner ce repas qu’elle attendait tant.

- Pardonnez-moi pour l’attente, mais quand elle a faim, même avec sa taille minuscule, Shaïa peut être redoutable commença-t-elle en observant l’oursonne avec un regard attendri avant de se reporter vers Flavien. Ce collier appartient bien à Lize, je ne peux que le connaître, car c’est le seul et unique bijou que j’ai fabriqué. Lize est ma cousine, son père étant le frère de ma mère. Malheureusement, ma tante est morte depuis une bonne dizaine d’années, si ce n’est plus, elle n’a pas supporté le départ de sa fille unique et s’est laissée emporter par le chagrin. Mon oncle a quitté la région peu après et n’a plus donné de nouvelle. Je ne sais même pas s’il est encore de ce monde. De sa famille proche, il ne reste donc que mes frères et moi...

A nouveau Sanaë observa le fameux collier, son regard se fit aussitôt plus triste, plus sombre.

- Je parle d’elle au présent, bien que je suppose que Lize n’est plus… Sans quoi, vous ne chercheriez pas sa famille et vous ne porteriez pas ce bijou. Je me doute bien des raisons de sa mort, mais.... Quand est-ce arrivé ?


Sanaë s'exprime en #cc99ff

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Flavien Teleri
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Mer 21 Mar - 19:14
Irys : 467951
Profession : Soigneur itinérant
My'trän +2 ~ Chimères
Flavien déclina l'offre de Sanaë, autant par souci de ne pas s'imposer en lui demandant de sortir le service à thés, que par désir de ne pas avoir une raison de s'attarder plus que strictement nécessaire auprès de la Daënare. Si elle pouvait réellement lui venir en aide et le conduire enfin à l'un des proches parents de Lize, il avait tout intérêt à se remettre en route rapidement. Ou du moins, aussi rapidement que possible.

Dérangée dans sa tâche, Sanaë l'était quand même, bien qu'elle s'avérait être trop courtoise pour le montrer. Sollicitant l'aide du soigneur, elle lui confia sans problème sa petite protégée, une oursonne qui tenait parfaitement dans le creux de ses bras. La jeune ourse n'était d'ailleurs pas très farouche, acceptant volontiers de passer de bras tant qu'elle était sûre de recevoir un biberon tant attendu en retour.

Pour le moment donc, les bras chargés d'une oursonne grognon, Flavien ne pouvait qu'attendre que son hôte s'occupe du biberon de sa protégée. Une oursonne. Etrange choix pour un animal de compagnie, bien qu'il n'exprimerait jamais son interrogation à haute voix. Premièrement ça ne le regardait pas et deuxièmement, il serait bien le dernier à vouloir porter un jugement de valeur de ce genre tant qu'elle s'occupait bien de sa petite compagne.

Sanaë disparu dans une autre pièce, sa démarche lente et mesurée, comme si chaque pas qu'elle entreprenait lui demandait un immense effort. Son visage était encore jeune et pourtant son corps portait les marques d'un mal que peu de personnes de son âge côtoyaient. Même Selmac, habituellement le premier à courir dans les pattes d'un potentiel nouveau compagnon de jeu, s'était bien gardé de chercher à donner de petits coups de tête sur les jambes de la jeune femme. Il avait dû ressentir la retenue de son maître, s'asseyant contre ses jambes tout en regardant Sanaë qui revenait déjà, transportant un plateau à bout de bras. Naturellement, des tisanes avaient été préparées. Elle avait même pensé à rapporter une gamelle d'eau pour Selmac et Hua, qui ne se privèrent pas pour s'abreuver et probablement très vite inonder le sol de la petite maison.

Délicatement, Flavien tendit l'oursonne à sa propriétaire, hochant légèrement la tête lorsque Sanaë commenta sur le ton de l'humour qu'aussi adorable qu'elle soit, la petite oursonne savait se montrer féroce lorsqu'il était l'heure du repas.

- Ne vous excusez pas pour ça, prenez le temps pour elle. Je sais combien ils peuvent être soupe au lait avec le ventre vide.

Depuis qu'il avait travaillé quelques temps au refuge animalier de Cerka, il avait tant d'autres exemples en tête que ceux de ses propres compagnons de route. Même le plus petit des chatons pouvait se transformer en boule velue aux griffes piquantes si on lui faisait l'affront de ne pas répondre expressément à une demande. Quoique, vu la vitesse à laquelle Shaïa avalait son biberon, il n'aurait pas à attendre bien longtemps.

Tout en nourrissant l'oursonne, Sanaë entretenait la conversation tandis que Flavien empêchait Selmac de sauter sur l'assiette de biscuits et de n'en faire qu'une bouchée en retenant l'Aitah gourmand contre lui. Il fut d'ailleurs bien content d'avoir son familier proche de lui lorsque Sanaë expliqua que le bijou qu'il portait autour du cou (collier qu'elle avait créé elle-même) appartenait à sa défunte cousine. Elle en était la plus proche relative selon ses dires, sa mère étant décédée et son père porté disparu. C'était sans doute vrai. Il devait bien avoir une raison à ce que Lize conserve ce cadeau qui lui avait été offert, mais aucune photo de ses proches.

La nouvelle plongea Flavien dans un bain d'eau glacé. Après le choc initiale d'arriver au bout de son long périple et la sensation fugitive d'être en danger, rien qu'un instant, il s'autorisa un minimum à se relaxer, embrassant la nouvelle. Les cartes étaient posées, laissant le soigneur avec un grand vide, ou plutôt un grand... calme ? Depuis combien de temps ces deux états étaient devenues si difficiles à différencier ? Ou bien le vide avait-il toujours été la chose qui le calmait avec autant d'efficacité ?

Sanaë marqua une pause, songeuse et triste. Infiniment triste.

Drôle de sentiment que la tristesse. Flavien n'avait jamais compris ce parasite qui se nourrissait de malheurs et poussait certains jusqu'au bord du gouffre. En cela, elle ressemblait beaucoup à la douleur. C'en était une, à dire vrai. Une douleur psychique plutôt que physique. Incurable, insoutenable. Les Architectes leur avaient tant donné en les libérant de cette grossière souffrance. Vraiment, à voir la peine qui se lisait sur le visage de Sanaë, se souvenir n'apportait que des maux.

Finalement, la jeune femme lui demanda quand est-ce que Lize était morte. Elle avait soif de réponse et pourtant restait incroyablement sur la réserve, comme si ce qu'il pouvait lui répondre ajouterai à sa peine. Il en doutait. Flavien ne se souvenait peut-être plus de ceux qui le quittaient, mais il savait comme tout le monde que les souvenirs se fanaient avec le temps. Nul doute que la savoir disparue depuis longtemps tarirait légèrement son mal.

- Lize est décédée il y a treize ans.

Il ne réalisait pas la grandeur d'une telle annonce. Pour lui, qu'il s'agisse d'une dizaine de jours ou d'une dizaine d'années, la différence était la même. Avisant la réaction de son hôte, il fut pour la première fois depuis longtemps porté par le besoin de se justifier auprès de quelqu'un.

- Elle... elle n'a pas laissé énormément d'indices sur ses origines, rien que son nom et son journal de bord, je ne savais pas par où commencer. Dit-il lentement, ajoutant après-coup. Elle repose à Valvonta. En My'trä, dans la région de Suhury.

Flavien était toujours divisé sur le peuple Daënar, mais il était clair que Sanaë méritait des explications, plus encore de par ses origines. S'il n'avait pas suivi la voie des Architectes, lui aussi se souviendrait de Lize. Peut-être que la jeune femme, tant d'années auparavant, lui avait parlé de sa famille. De Sanaë et du bijou qu'elle portait. Tant d'informations qui auraient pu l'aider à retrouver la piste de ceux qui comptaient certainement pour la jeune femme au carnet de bord.

- Comme elle disait dans ses écrits projeter de revoir les siens un jours, j'ai pensé...

Flavien secoua la tête et ne termina pas sa phrase. La situation était particulièrement délicate, l'un comme l'autre ignorant tellement de choses sur cette jeune femme disparue qui avait pourtant, à priori, beaucoup compté pour les deux. Se permettrait-il une question, une seule ? Curiosité morbide, peut-être, ou simple besoin de percer le mystère qu'était Lize Brandtner.

Et s'il se lançait sur une pente glissante, ma foi, il avait largement le temps de voir venir la chute.

- Elle était malade, mais... Elle n'en parle pas beaucoup dans son journal. De quoi souffrait-elle ? Pour en venir à voyager tellement loin de chez elle.


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Sanaë Eshfeld
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Sam 24 Mar - 10:34
Irys : 476217
Profession : Ancienne horlogère touche à tout.
Daënar +2 ~ Skingrad (femme)
Treize ans… La jeune femme encaissa la nouvelle sans rien montrer de sa profonde affliction. Elle s’y était attendue, même si Sanaë avait espéré que sa chère cousine, tout aussi rêveuse qu’elle, ait pu avoir une vie plus longue. Bien des années auparavant, Lize avait décidé de partir suivre son rêve malgré les protestations chargées d’une inquiétude évidente de ses parents. Sanaë quant à elle l’avait bien compris et l’avait même encouragé à partir afin de suivre sa voie, allant même jusqu’à admirer sa cousine pour ses choix, ses convictions et sa détermination. Pour la jeune fille qu’elle était alors, Lize était un exemple de combativité, luttant sans cesse pour vivre malgré sa mort annoncé. Comment aurait-elle osé la retenir ? Pourquoi l’empêcher égoïstement de partir en sachant tout ce qu’elle avait vécu jusque-là ? En étant témoin de ses souffrances… Non, cela n’avait jamais été dans le tempérament de Sanaë, qui s’était contentée de la serrer dans ses bras et de lui souhaiter tout le bonheur du monde…

L’ancienne garda donc le silence, écoutant les explications du jeune homme assit en face d’elle. Lorsqu’elle l’entendit évoquer son lieu de repos, Sanaë afficha un immense sourire, car en un sens, même si elle était partie trop tôt, Lize avait pu vivre ses rêves, même dans un laps de temps bien trop court. Au moins, s’était-elle rendu dans la région mystérieuse dont elle avait tant parlé avec admiration.

- Elle projetait de revenir dites-vous ? demanda la jeune femme en affichant une expression étonnée.

Pour Sanaë, le départ de Lize avait toujours été définitif, voilà pourquoi elle ne s’était jamais étonnée de ne pas la voir rentrer. Soulagée même, en réalité… Son départ avait chamboulé la vie de ses parents, et nul doute que d’apprendre le décès de sa mère ne lui aurait apporté que remords et tristesse. Non, pour l’ancienne horlogère, sa cousine ne devait jamais revenir…

- La maladie de Lize reste un grand mystère pour tout le monde. Mes parents ont d’ailleurs longtemps cru que je souffrais du même mal, car j’étais aussi chétive et aussi souvent malade qu’elle. On sait que cela l’affaiblissait, ses crises pouvaient être particulièrement douloureuses allant de quelques minutes à plusieurs jours, la forçant à rester alitée.

Sanaë se souvenait bien de ces fameuses crises durant lesquelles elle lui tenait compagnie afin d’essayer de la distraire lorsque rien ne la soulageait.

- Les médecins étaient totalement perdus face à elle. Ils ne savaient que faire, alors essayaient tous les traitements possibles et imaginables qui produisaient bien souvent l’inverse en la rendant plus malade encore. Lize n’en pouvait plus, elle pleurait souvent, désespérait. Elle n’en parlait qu’à moi de peur de rendre sa mère malheureuse...

La jeune femme ferma les yeux en évoquant ses souvenirs d’impuissance, de tristesse profonde, car elle ne savait que faire face à la détresse de sa cousine.

- Durant longtemps, alors qu’elle n’était qu’une enfant, Lize pensait à la mort et au soulagement qu’elle lui apporterait… À elle, à sa famille. Elle pensait être un poids pour nous tous… Vous imaginez ? Une enfant racontée ceci à une autre, plus jeune qu’elle ?

Sanaë évoquait ce passé douloureux tout en caressant l’oursonne couchée sur ses genoux, dormant profondément maintenant qu’elle se voyait repu et apaisée. La daënare n’aimait pas en parler, car il s’agissait d’une période particulièrement difficile de sa vie, de son enfance… Allant jusqu’à culpabiliser d’être en parfaite santé, libre de ses mouvements, d'aller et venir, de courir dans les champs entourant leurs maisons. Pourtant, elle poursuivit.

- Tout cela changea le jour où elle découvrit un livre “Contes et légendes d’Irydaë” et plus particulièrement le chapitre traitant de Möchlog et de la magie de ses adeptes. Imaginez la lueur d’espoir qu’elle a pu ressentir en imaginant des mages capables de guérir… De pouvoir réussir là où notre médecine avait échoué… Lize ne parlait plus que de cela et si au début elle ne songeait qu’à guérir de sa propre maladie, elle pensa très vite à son envie de guérir les autres. Elle voulait faire disparaître la souffrance… Lize admirait tant cet architecte qu’elle commença à se renseigner sur My’trä, ses régions, les divers peuples y vivants, etc. Je dois bien avouer que mon propre intérêt vient en parti d’elle qui m’a plus ou moins directement entraîné avec elle… Cet espoir, lui a donné la force de se battre, de continuer à vivre, de réaliser ses rêves… Et puis un jour, elle est partie et je n’ai plus jamais eut de ses nouvelles.

Flavien ne lui avait posé qu’une seule question aux allures bien simple pour une réponse bien plus compliquée. Toute aussi complexe que sa cousine qui méritait d’être comprise, voir même admirée. Pour cela, il lui fallait tout lui raconter et parler d’elle lui avait fait le plus grand bien…

- Vous comptiez pour elle, n’est-ce pas ? C’est une question rhétorique, pardon. Cela me semble si logique, ce collier, ce besoin de venir jusqu’ici afin de rencontrer sa famille… Mais vous ne vous souvenez pas d’elle… C’est si triste ...

Oh, elle se doutait bien que cet oubli eut permît à ses proches, rencontrés en ces terres lointaines, de ne pas souffrir de sa perte… Mais pour Sanaë, cela signifiait simplement la disparition définitive de sa cousine, comme si tout ce qu’elle avait vécu, accomplit n’avaient jamais existé… Lize n’avait jamais existé.

- Il est donc inutile que je vous interroge sur sa vie là-bas...


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Flavien Teleri
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Lun 26 Mar - 23:22
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Au moment où Sanaë se lança dans son récit, Flavien attrapa une tasse d'infusion histoire d'occuper ses mains plutôt que de taper rythmiquement ses doigts contre son genou. Soufflant longuement sur le liquide encore brûlant, il hocha brièvement la tête à l'interrogation de la Daënare. En effet, Lize avait prévu de passer voir les siens. Ou, plus précisément, elle avait émis cette hypothèse. Après tout, Flavien était-il certain qu'elle ait été prête à revoir les siens, ou bien ces quelques lignes rédigées sur papier blanc n'étaient que les désillusions d'une jeune femme qui se languissait de sa patrie ?

La maladie de Lize... cette donnée furtive dans ses écrits, évoquée très brièvement et toujours avec autant de dédain, était donc très certainement la raison de sa disparition. Affaiblie et chétive, souffrant d'un mal qui la consignait dans son lit, la jeune femme n'avait pas eu une enfance facile. Personne ici n'avait pu lui venir en aide : les scientifiques, ces technologues qui s'étaient pris d'affection pour la biologie et la médecine, s'étaient retrouvés dépourvus devant le mal qui dévorait une enfant rêveuse.

Flavien avala une gorgée de liquide brûlant lorsque Sanaë évoqua le désespoir de celle qui avait été sa cousine et confidente. Imaginer une enfant retenir ses pleures de peur d'attrister ses parents... Pire, savoir que cette même enfant fantasmait sur la mort, ne désirant que son étreinte froide et enveloppante pour enfin oublier la douleur... Cela avait quelque-chose de particulièrement dérangeant aux yeux de l'admirateur de Möchlog qu'il était. La vie était un cadeau merveilleux. Comment pouvoir désirer sa mort alors qu’on n’avait aucune idée du mal qui nous rongeait ?

Le soigneur s'arrêta dans la contemplation du liquide ambré que lui avait servi Sanaë lorsque cette dernière évoqua l'ouvrage qui avait changé la vie de sa cousine. Levant les yeux sur la jeune femme, il l'écouta attentivement lui conter les fabulations d'une adolescente qui rêvait de soigner non seulement ses propres maux, mais aussi ceux des autres. Möchlog avait su toucher le cœur d'une Daënare, son amour inconditionnel poussant cette dernière à considérer la souffrance des autres à égale mesure de la sienne. Entourant Lize de sa bienveillance, il avait éveillé la curiosité de Sanaë qui s'était laissé séduire par les récits de sa frêle cousine qui, du jour au lendemain, s'en était allée pour se rendre sur les terres de la seule lumière qu'il lui restait en ce monde.

Flavien avait ignoré combien la maladie de la jeune femme avait été terrible. Sans ses récits, Lize semblait tellement sûre d'elle, tellement dédiée à sa tâche qu'il ne lui avait jamais traversé l'esprit qu'elle avait continué de souffrir, même durant son séjour en Suhury.

Il baissa les yeux à la question timide de son hôte qui s'empressa de s'excuser. Comptait-il pour elle ? Certainement assez pour partager le même lit. Au-delà de ce fait et des quelques références au soigneur qui pouvaient apparaitre dans ses écrits, il n'en était pas bien sûr. Oh, sans conteste qu'il comptait beaucoup pour elle, mais l'inverse était-il vrai ? Comment avait-il vu la jeune femme ? Etait-elle sa plus grande confidente, ou une simple aventure ? Une amie de longue date, ou une relation brève et passionnelle ?

Le nomade secoua la tête pour chasser ses pensées, haussant un sourcil au commentaire de Sanaë. La jeune femme était clairement étranglée par la tristesse et pourtant c'est avec beaucoup de douceur, de compassion, qu'elle pleurait pour lui au même titre que pour sa cousine disparue. A ses yeux, le fait d'oublier Lize était aussi triste que d'apprendre sa mort. Pourtant, quoi de plus libérateur que de ne pas se sentir anéanti par la perte d'un être cher ?

Les Daënars étaient persuadés que leurs souvenirs étaient précieux. Certains même allaient jusqu'à dire qu'ils faisaient d'eux qui ils étaient à ce jour. Flavien, lui, n'avait jamais compris cette manière de penser. Il n'y avait même jamais prêté attention, avant de mettre les pieds en Daënastre.

C'est à regret que Sanaë déplora son oubli. Sa cousine s'était éteinte sans que personne à Valvonta ne se rappelle d'elle et personne ne saurait lui compter les aventures de sa chère amie. Personne, mis à part Lize elle-même.

Déposant son infusion sur le rebord de la table basse, Flavien ouvrit sa besace et fouilla un moment à l'intérieur. Tout en ce faisant, il reprit enfin la parole.

- Son voyage jusqu'en Suhury n'a pas été facile. Dit-il platement, Elle consignait son voyage dans un carnet... Vos moments de confidences devaient peut-être lui manquer. Elle a reporté cette habitude sur papier.

Attrapant l'objet de tout ce remue-ménage au fond de sa besace, il le tendit à Sanaë sans hésiter une seconde. Ce carnet lui revenait de droit.

- Je suis incapable de me rappeler d'elle, mais j'ai pris connaissance d'elle à travers ce carnet. Expliqua le soigneur en désignant l'objet du menton, Elle est tombée sur pas mal d'embuches en chemin, mais elle a toujours été déterminée à rejoindre Suhury. Et elle y est arrivée, au bout d'un long périple. Elle n'a pas tardé à s'engager auprès de la communauté des guérisseurs de Valvonta. Elle s'est découvert une fibre pour l'aromathérapie et la botanique de façon générale. Elle améliorait elle-même certaines préparations déjà existantes, vous en trouverez quelques exemples dans ce carnet.

Ses explications étaient sommaires, presque froides sans le vouloir. Pour lui, l'exercice était pareil à relater la vie d'une humble figure historique plutôt que celle d'une de ses proches.

- Elle travaillait dur et elle apprenait vite. Elle a commencé à assister les guérisseurs assez rapidement après son arrivée, malgré le calvaire qu'elle subissait certaines journées. Elle devait être... brillante.

Laissant à Sanaë le temps de lui répondre ou de simplement méditer sur cette dernière déclaration, il attrapa une nouvelle fois son infusion et bu une petite gorgée. Le liquide avait tiédi, même s'il était encore assez chaud.

- Je ne comprends pas. Lâcha-t-il finalement. S'il s'agissait d'une déclaration, il était clairement hésitant. Vous déplorez votre cousine, mais pourquoi déplorez-vous son absence dans mes souvenirs ? Que vous apportent ces mémoires d'un temps passé, si ce n'est de la peine ?

Sanaë avait clairement l'air affectée par la disparition de sa confidente de jeunesse, quand bien même elle n'avait pas revu celle-ci depuis de très nombreuses années. Qui avait-il à regretter de ne pas être confronté à une telle douleur ?


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Sanaë Eshfeld
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Mar 27 Mar - 9:07
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La surprise se lisait aisément dans le regard de l’ancienne horlogère tandis qu’elle se saisit de l’objet que Flavien lui tendit. Un carnet, un recueil… Ses mémoires, songea-t-elle avec le sourire alors qu’elle caressait doucement la couverture du livret. Sanaë ensuite le my’trän évoquer brièvement le voyage de sa cousine, les efforts qu’elle avait fournis pour réaliser ses rêves. Pieusement, silencieusement, la daënare buvait les paroles du jeune homme tout en sentant son cœur se serrer face à son ton presque détaché, comme s’il se contentait de résumer un livre qu’il avait lu, apprécié, sans pour autant se laisser émouvoir par sa lecture… Chose qu’elle trouva particulièrement triste. Évidemment, Sanaë savait que ce n’était pas de la faute du jeune homme, ni même celle de Lize qui n’avait su faire passer ses émotions dans ses écrits, les my’trän étaient ainsi faits. Et si la daënare admirait généralement les architectes et leurs créations, elle les trouva alors particulièrement cruels cette foi.

- Brillante ? C’est un choix de mot intéressant... dit-elle en souriant avec bienveillance. Je dois dire que c’est aussi le mot que j’aurai choisi, tant il suffit à la décrire à merveille. Lize était effectivement brillante, de bien des points de vues, pas seulement pour son indéniable intelligence ou ses facilités déconcertantes… Elle brillait par elle-même, illuminant les autres de sa bonté et de sa passion pour la vie…

Depuis toujours, peut-être, à force de lire divers ouvrages, Sanaë accordait une certaine importance aux mots… Tout du moins ceux employés naturellement, évoqués avec spontanéité, ceux venant de l’âme même de celui l’ayant “libéré”. Aussi, elle fut particulièrement touchée par ce choix… Malgré l’oubli, Lize avait su laisser son empreinte, se révélant discrètement à travers ses écrits, ses propres mots…

Toutefois, la question du jeune homme la déconcerta quelque peu. Évidemment, Flavien ne pouvait pas comprendre son ressenti, il n’en avait tout simplement pas la possibilité. Tout cela était normal pour lui à qui l’on devait avoir expliqué que l’oubli était une bénédiction… Une sorte de protection… C’est donc avec une voix particulièrement douce et posée que Sanaë prit la parole, décidée à lui expliquer son propre point de vue.

- Prenons les livres comme exemple. Chacun de nous possède le sien. Comme lui, la vie est dotée d’un début : la naissance, un développement : la vie, une fin : la mort. Nous grandissons à chaque page, y notant nos joies, nos peines, nos échecs, nos réussites… Mais notre vie ne se consigne pas uniquement dans notre propre livre, parfois nous devenons protagoniste d’une autre histoire, d’un autre livre… Après la mort, le livre de la personne est détruit, mais chez nous daënars, il reste quelques traces de cette autre histoire dans plusieurs autres livres, quelques passages marquants, touchants. Pour vous, le livre du disparu est brûlé, mais les pages le concernant sont également arrachés de votre propre livre… La personne n’a jamais existé… La mort, la perte, nous fait souffrir un temps, certes, mais il nous reste les souvenirs… Qu’ils soient bons ou mauvais, ils sont là… Et peuvent se transmettre.

Déposant doucement face à elle le carnet de sa cousine disparue, Sanaë garda le silence quelques instant, simplement pour permettre à son interlocuteur de comprendre ses explications.

- On dit que la mort est la fin de la vie, ce n’est pas tout à fait vrai, tout du moins à mon sens. La mort est la perte de la vie. Une réalité, pas une fatalité, simplement parce que nous avons toujours quelque chose à nous raccrocher. J’ai pleuré des vies perdues, achevées, comme beaucoup. Néanmoins, une fois la douleur passée, le deuil effectué, il reste les souvenirs, ceux de tous ces moments partagés, les discussions qui nous aurons marquées nous poussant à réfléchir, à grandir et donc à évoluer. Je souris en pensant à mon enfance, aux moments passés avec mon père qui m’a appris mon métier, je me souviens de son visage, du son de sa voix. Je me souviens du parfum de ma mère, de son rire particulier, si joyeux qu’il se transmettait à tous ceux assez près d’elle pour l’entendre. Je me souviens de la douleur de Lize, mais aussi de sa joie lorsqu’elle parlait de ses rêves, de la lueur qui brillait dans ses yeux… L’oubli n’est pas une bénédiction, Flavien, c’est une punition. En vous parlant de Lize tout à l’heure, je lui ai rendu sa légitimité, son droit à exister. Les souvenirs de l’autre, ceux que nous transmettons, comme je l’ai fait avec vous tout à l’heure, est un moyen de continuer à faire vivre le disparu… Une sorte de continuité dans son existence… Un peu comme si tout cela lui apportait l’immortalité. Lize vit encore, à travers tout ceux qui se souviennent d’elle.

Baissant les yeux vers le carnet, Sanaë l’ouvrit délicatement, découvrant pour la première fois depuis bien des années l’écriture de son admirable cousine. Elle déplorait effectivement cette perte de souvenirs, pas pour elle, mais pour Flavien, pour Lize… Pour eux, comme pour tout ceux qu’elle aurait dû marquer d’une façon ou d’une autre.

- Si notre propre livre disparaît, nous continuons malgré tout à vivre à travers divers passages plus ou moins important présents dans les livres des autres. En vous parlant aujourd’hui, j’ai apposé un chapitre portant mon nom dans votre livre, il sera probablement petit, certainement insignifiant, mais il contiendra également son nom à elle… Le chapitre sera détruit avec mon livre… Mais celui portant votre nom, celui présent dans le mien, vous survivra aussi longtemps que je me tiendrais debout sur cette terre.

Ses petits doigts délicats caressèrent avec une infinie tendresse les mots de sa cousine, gravés à jamais dans le papier… Sa mémoire, celle qui prouvait son existence se trouvait là. Sanaë ferma les yeux un instant, se rappelant du visage de l’enfant qu’elle avait connu jadis, de son sourire radieux lorsqu’elle lui avait offert le collier aujourd'hui porté par celui qu’elle aurait dû marquer. Puis lentement, la daënare referma l’ouvrage avant de le repousser vers l’homme qui l’avait oublié.

- Je n’ai pas besoin de cela, vous m’en avez fait le résumé. Il vous appartient, à vous et vous seul. J’ai tout ce qu’il faut dans mon cœur et dans ma tête pour que Lize puisse continuer à vivre par-delà son absence. Gardez-le, transmettez-le à d’autres, car, croyez-moi, Lize à encore beaucoup de leçons à vous enseigner.


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Dernière édition par Sanaë Eshfeld le Sam 31 Mar - 7:15, édité 1 fois
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Flavien Teleri
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Ven 30 Mar - 21:50
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Profession : Soigneur itinérant
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Flavien posa ses mains sur ses genoux une fois le carnet confié à Sanaë, ne trouvant que peu de réconfort dans l'infusion préparé gentiment par son hôte.

La Daënare passa une main tremblante sur la reliure du vieux carnet jaunie. Elle glissait ses doigts sur la couverture avec une sorte de révérence, à la manière d'une Khorog à qui on aurait confié la relique confirmée d'un Architect. Précautionneusement, Sanaë ouvrit le livret, souriant doucement en apercevant l'écriture de sa cousine. Les lettres étaient élégantes, rondes malgré des mots très serrés. Légèrement penchées, les lettres semblaient avoir été écrites à la va-vite sur la plupart des pages. Pas par peur de manquer de temps mais plutôt par un important désir de relater ses découvertes. Lize n'avait, d'après elle, pas manqué de temps. Elle avait simplement eut tant de choses à dire et trop peu de moments pour tous les retranscrire.

Souriant doucement, Sanaë énuméra affectueusement les qualités de sa cousine disparue. Une jeune femme intelligente et intègre, rêveuse et bienveillante à excès. Une personne exceptionnelle, qui méritait bien plus que ce que la Vie lui avait accordé. Ou peut-être son voyage avait-il été le juste gage de la force de la conviction et de la ténacité de Lize ? Plutôt que de s'enfermer dans la bulle de ses propres malheurs, Lize avait pris sa vie en main. Si elle succomberait à sa maladie, elle refusait pourtant de quitter cette terre sans l'avoir explorée. Sa soif de connaissance, portée par un espoir immuable de guérison mais aussi par une volonté sans faille de baigner le monde de sa compassion, l'avait poussée à quitter les siens pour rejoindre My'trä. Elle était tombée amoureuse des mages et de leur philosophie, cette même philosophie qui l'avait à son tour effacée des mémoires des guérisseurs qui lui avaient permis de grandir?

La question qui s'échappa de ses lèvres à la suite de la déclaration de Sanaë était maladroite. Il le savait, mais il n'avait absolument aucune idée de comment la formuler autrement. Même maintenant que tout était dit, il n'était pas certain de ne pas regretter cette curiosité. Sanaë avait l'air aussi triste de savoir sa cousine disparue que de la savoir oubliée par ceux qui avaient dû compter pour elle presque autant que sa propre famille.

La Daënare, à son grand honneur, ne s'offusqua pas de sa question. L'oubli des My'träns était souvent le premier point soulevé par les Daënars qui revendiquaient leur supériorité sur les mages de l'autre continent. Certains allaient même jusqu'à dire qu'ils ne comprenaient pas de quoi les My'träns se plaignaient lorsqu'ils se révoltaient à l'idée que leur peuple puisse être asservi et mit à disposition des technologistes. Après tout ils ne se plaignaient pas d'écouter et d'appliquer sans les questionner, les doctrines d'entités qui ne graciaient de leur présence que peu d'élus.

Flavien écouta attentivement les paroles de Sanaë, comme il avait très rarement dans sa vie écouté quelqu'un parler. L'analogie qu'elle faisait entre les souvenirs et les livres était non seulement poignante et étrangement admirable, elle faisait sens. C'est sur ce point que le soigneur avait beaucoup plus ne mal, ne pouvant que s'interroger sur l'effet que son séjour en Daënastre commençait à avoir sur lui. Loin de lieux de cultes, des temples dédiés aux Architectes et des sermons des Khorogs et de leur clergé, ils en étaient presque devenus secondaires dans sa vie. Comment en était-il arrivé à placer son devoir envers Orshin derrière son désir coupable de définitivement tirer un trait sur son passé ?

Ce n'était pas la peine que Sanaë retenait de cette expérience terrible qu'était le souvenir d'un être cher disparu. La Daënare avait l'air de dire que les souvenirs étaient essentiels à la construction d'une personne. Que quiconque, au hasard de ses rencontres, forgeait son caractère, découvrait sa personnalité et grandissait à travers ces expériences tout au long de sa vie. Qu'ils soient bons ou mauvais, les souvenirs pouvaient se transmettre. Pour apprendre des prouesses des disparus, voire de leurs erreurs, et éviter de les répéter. Oublierait-il tout de la douceur cachée dans le cœur de certains Daënars si Sanaë et ceux qui lui ressemblaient tant venaient à disparaitre, le laissant avec l'amer souvenir de celle qui avait manqué de s'en prendre à ses compagnons de route, voire des monstres prêts à faire souffrir des créatures en les exhibant dans une foire immonde ?

" Flav ? "

L'interrogation légère qui résonna à son esprit le surprit et il tressaillit. Il était rare que Selmac ne prenne la peine de se servir de leur lien pour lui parler, et pourtant l'Aitah venait bel et bien de lui demander à sa manière, d'une petite voix si tout allait bien. Flavien secoua la tête, troublé. Il passa sa main sur le dos du félin cornu qui avait sauté sur ses genoux. La créature roucoula doucement. Par pure association d'idée, Flavien pensa à la disparition de ses familiers et à ce que cela entrainerait pour lui. S'il venait à arriver malheur à Aquila pendant son absence, il ne regretterait jamais la Nokhoi. Ses familiers restant souffriraient simplement de son absence sans obtenir aucune once de soutien de leur maître. Il secoua la tête une nouvelle fois.

Sanaë déposa le petit carnet sur la table basse et reprit le cours de son explication. Véritable force tranquille, la Daënare s'exprimait avec autant de conviction que les plus fervents admirateurs  My'träns qu'il avait rencontré.

Plus étonnant encore que sa ferveur était la suite de son discours. La vie n'était pas une fin en soi, elle en était convaincue. Seulement, là où la notion de cycle chez lui s'apparentait à l'essence du défunt qui retournait entre les mains des Architectes, Sanaë visualisait une toute autre forme de cycle. La mort appelait au souvenir, les défunts continuaient de vivre à travers ceux qu'ils avaient marqués au courant de leur vie. Les expériences partagées en compagnie de ces disparus étaient transmis aux générations futures, mais elles servaient aussi de boussole morale à ceux qui restaient. On se rappelait des souvenirs heureux avec nostalgie et affection, mais on retenait les souvenirs les plus mauvais. Plutôt que de chercher à s'en débarrasser à tout prix, Sanaë avait l'air de dire qu'il était une bénédiction de se souvenir de ceux qui nous avaient quittés.

Pour la jeune femme, oublier n'était pas un cadeau divin, il s'agissait d'une punition. Flavien ne comprenait pas où elle voulait en venir. Quel intérêt aurait leurs Architectes à punir leurs créatures les plus fidèles ? Ne leur prouvaient-ils pas leur fidélité justement car ces derniers leur témoignaient d'un amour sans égal pour ceux qui suivaient leur voie ? Non. La Daënare avait tout faux. Il ne pouvait en être autrement. Jamais ses Architectes ne le puniraient sans raison. Seules les Anomalies, ces créatures corrompues, étaient leur cible.

Se pourrait-il que les Architectes se soient trompés sur un point ?
Non. Seule Sanaë se fourvoyait. Leur mortalité rappelait leur insignifiance aux mages, mais elle était aussi source de réassurance. Quoi qu'ils vivent, quoi qu'ils subissent ou fassent subir à autrui, leur mort effacerait toute trace de leurs actes dans l'esprit de leurs pairs. En perpétuant le souvenir de sa cousine disparue, en refusant de la voir disparaitre, elle brisait un cycle intemporel. Les morts, les disparus, n'avaient aucune importance. Ils n'étaient plus, il n'y avait donc aucune raison de s'en inquiéter. Möchlog en particulier était clair sur un point. La mort était la continuité naturelle de la vie. Si les enfants qui suivaient ses enseignements en se spécialisant dans les soins devaient se rappeler des visages de tous ceux qu'ils ne pouvaient sauver, ils s'en rendraient malades et ne pourraient plus venir en aide aux plus nécessiteux. Ainsi allait la vie d'un My'trän.

Dans sa torpeur, Flavien n'avait pas remarqué que Sanaë s'était saisie du journal de Lize. Il cligna des yeux lorsque celui-ci fut réintroduit dans son champ de vision. Sanaë était persuadé que les mémoires de sa cousine lui revenaient de droit. Avec bienveillance, elle l'invitait à conserver le carnet et à conter à qui voulait bien l'entendre l'incroyable histoire de Lize Brandtner, cette Daënare fière et têtue qui avait brillé de son vivant par son esprit aiguisé et sa soif de se surpasser pour venir en aide à ceux qui l'entouraient.

Une nouvelle fois, le soigneur secoua la tête. Sans réfléchir, il tendit pourtant la main pour cueillir l'objet. La couverture cornée de l'ouvrage semblait toujours aussi fragile, mais le carnet pesait maintenant beaucoup plus lourd. Ce qui n'avait été qu'une simple relique du passé était à présent chargé d'une histoire. Flavien ignorait si l'émotion qu'il ressentait en observant le journal lui commandait de le lancer au fond de la pièce ou de le garder précieusement serré dans ses mains.

- C'est à vous qu'il revient. Répondit-il sans pour autant tendre le carnet à la Daënare, Sans ce journal j'ignorerai jusqu'à l'existence de votre cousine. Ces écrits vous rapprocheront d'elle, vous rappelleront probablement des moments passés ensemble. Si j'ai fait ce voyage, c'est pour m'assurer qu'une famille non My'tränne n'aurait pas à se questionner inutilement sur le devenir d'un de ses enfants. Lize Brandtner est un nom écrit sur ces pages, rien de plus. Ses mémoires sont semblables à une œuvre de fiction. J'y suis sensible, mais au final, elle n'est pas plus réelle que les héros des légendes qu'on me contait petit.

Flavien soupira. Ses mots étaient certainement durs à accepter, à comprendre. Le sujet de l'oubli avait toujours été épineux. N'admirait-il pas Lize d'une certaine manière ? Evidemment. Mais pour lui, elle n'était pas une personne, tout juste une idée. Qu'espérait donc Sanaë en le priant d'écouter les leçons de sa cousine ? Il n'avait rien à apprendre des morts.

- Vous apparentez l'oublie à une punition, mais connaissez-vous le quotidien des miens ? Les guérisseurs de mon hameau sont déployés sur les champs de bataille. Ils n'aspirent qu'à venir en aide aux leurs. La mort fait partie de notre quotidien. Que deviendrions-nous si la tristesse, la colère et la rancœur qui accompagne vos périodes de deuil enchainent nos cœurs ? Nous sommes loin d'être insensibles. Beaucoup ont l'air de croire que les admirateurs de Möchlog n'éprouvent rien. C'est faux. C'est parce que nous avons tant conscience de l'impact des émotions sur nos actions que nous en apprenons la maîtrise dès le plus jeune âge. Me comprenez-vous Sanaë ? En nous rappelant de ceux qui sont arrachés à la vie par l'injustice, nous risquerions de courir à notre perte.

Flavien leva la tête, croisant le regard de la Daënare.

- C'est en acceptant notre propre insignifiance à tous que l'on évite d'empoisonner notre cœur par le désir de faire du mal à autrui.

Un voile passa dans les yeux du nomade et il baissa la tête. Selmac roucoula doucement et appuya son museau contre sa joue, lui arrachant un petit sourire. Il était convaincu par ce qu'il avançait et pourtant.

- Pourtant, à vous entendre parler de Lize... A qui aurais-je pu en vouloir, si ce n'est à sa maladie ?, La vie allait ainsi. Il était le premier à savoir que Möchlog ne pouvait pas venir en aide à tout le monde car malgré son infinie bonté, les pouvoirs de ses enfants n'égalaient pas les siens et il avait d'autres priorités que la vie d'un seul homme ou d'une seule femme parmi tant d'autres, Vous parlez de ses écrits comme si vous pensiez que son souvenir pouvait me manquer... C'est faux, je vous l'assure. Malgré tout... Malgré tout, je crois que je vous comprends. Les gens comme elles ne courent pas Irydaë. Je ne me souviens même pas de son visage, mais la détermination qui transpire des pages de ce journal est exceptionnelle. Elle est un exemple pour les siens, mais elle devait aussi l'être pour ma communauté.

Flavien passa une main sur son visage, reportant son attention sur Sanaë.

- Vous aussi, Sanaë. J'ai voyagé dans de nombreuses régions de Daënastre et même si ce n'est pas la première fois que je rencontre un Daënar agréable, c'est la première fois que quelqu'un fait preuve d'autant d'ouverture d'esprit. Je ne dis pas que votre peuple est l'unique responsable. Nous sommes coupables du même crime en My'trä. Ma propre mère a une sainte horreur des Daënars... Quand j'y pense, je me demande si elle savait que votre cousine venait de Daënastre. Elle devait être sacrément bornée pour avoir tenu tête à ma mère et étudié auprès des guérisseurs du village.

Il sourit doucement, étonné par la joie qui entourait son cœur à cette simple supposition.


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Sanaë Eshfeld
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Sam 31 Mar - 14:07
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Daënar +2 ~ Skingrad (femme)
À aucun moment, le sourire bienveillant de Sanaë ne déserta son visage. Et même si les mots du my’trän pouvaient parfois paraître dur, la jeune femme ne s’en offusqua pas pour autant, bien au contraire. Malgré tout, elle le comprenait… Il avait fait tout ce chemin simplement pour annoncer le décès prévisible de sa cousine à sa famille. L’acte était beau, tout comme la volonté du jeune homme, en particulier en ces temps troublés par l’odieux attentat qui avait eut lieux quelques mois auparavant. Jamais la haine envers les mages n’avait été aussi prononcée, sa présence en ces lieux était déjà dangereuse, pourtant, cela ne l’avait pas empêché d’entreprendre ce périple, une décennie après la mort de Lize pour rendre le journal que Sanaë venait de refuser. Cela ne pouvait être que déroutant pour lui, voilà pourquoi la jeune femme prit le temps de se justifier avec une voix douce et un sourire avenant.

- Et bien, en ce sens, vous avez parfaitement rempli la mission que vous vous êtes confiée, Flavien, déclara la jeune femme en étirant légèrement son sourire. Mais comme je vous l’ai dit, je n’ai nullement besoin de preuve matérielle pour me souvenir de Lize. Elle m’a marqué, profondément… Il me suffit de penser à elle pour que les souvenirs me reviennent, je ne suis certainement pas prête de l’oublier. Pas quelqu’un comme elle. Tel qu’il est, ce journal n’est qu’un objet et il vous suffit de regarder autour de vous pour comprendre que je ne m’attache pas à ce genre de chose. Je n’en ai pas besoin, Lize est dans mon cœur et le restera. En revanche, ses écrits pourront donner confiance et courage à ceux qui l'ont perdu. Vous pouvez la voir comme l’héroïne au courage exceptionnel d’un roman portant son nom. Après tout, Lize était le personnage principal de sa propre histoire… Celle relatée dans ce carnet.

La daënare écouta la suite avec une attention toute particulière, laissant son sourire s’effacer par peur d’afficher, bien malgré elle, une expression qui pourrait être mal interprétée. Jamais elle n’avait mené une telle discussion, la mort apparaissait généralement comme un sujet tabou, trop douloureux pour être évoqué… Parfois par crainte de la voir frapper un être cher, comme une sorte d’invocation par l’évocation. Néanmoins, ce n’était pas l’avis de la jeune femme, la vie, la mort étant bien trop liées pour être ignorées. Et n’en sachant que très peu sur le quotidien des my’träns, leurs croyances et leurs coutumes. Sanaë prit grand soin d’écouter son invité.

Elle mesura chacun de ses mots, accepta sa logique héritée par sa naissance, ses croyances. Une fois encore, la daënare comprenait le point de vue du my’trän simplement, car tout cela partait de l’intention de protéger son peuple contre lui-même. Guerres, morts, vengeance, toutes ses horreurs que les humains aimaient apporter simplement par peur ou esprit corrompu, se donnant alors le droit d’arracher une vie simplement pour des raisons bien trop obscures, forçant ainsi les autres à affronter les conséquences, à les accepter… Qui de mieux que Sanaë pouvait comprendre cela après ce qu’elle avait elle-même traversé… Cette pensée la ramena à un souvenir pas si lointain, celui de la torture qu’elle avait infligé à son frère sous la contrainte d’une my’tränne pervertie…Une mage de Möchlog, comme pour marquer la conversation d’une touche d’ironie morbide. Cette femme, qui l’avait conduite à abréger les souffrances de son aîné, simplement en lui arrachant la vie de sa propre main. La jeune femme frissonna, mais ne s’autorisa pas à flancher. Le souvenir restait encore douloureux, lourd à porter et pourtant jamais elle ne voudrait l’oublier, simplement, car ce serait retiré toute l’importance de ce moment… L’importance de son frère, de sa souffrance, de sa vie et de sa mort quand son bourreau aura été déchargé de toute charge coupable grâce à cet oubli, lui permettant de poursuivre ses atrocités sans jamais souffrir du remords. Sans jamais être hantée par le visage de ceux qu’elle aura humilié, privé de leur humanité… tué. Malgré l’horreur et l’injustice de cette réalité, Sanaë avait su en tirer des leçons. Peu réjouissantes, il est vrai, mais importantes et nécessaire à sa propre construction. Alors, au lieu de laisser le trouble apparaître sur son visage, la daënare afficha un nouveau sourire, sincère bien que quelque peu terni par l’émotion.

- Non, je ne sais pas. Et je n’affirmerai jamais rien sur quelque chose que je ne connais pas. Loin de moi l’idée de porter un jugement sur votre peuple ou vos croyances que je respecte et admire sur bien des points, croyez-moi. Néanmoins, je ne peux être totalement d’accord avec vous, mes propres connaissances, ressentis et souvenirs m’en empêchent. Probablement aussi, car j’ai eu un exemple qui m’a prouvé le contraire. Me prouvant que la tristesse et la rancœur ne donnaient pas tous les torts, certains s’en passent aisément.

À ses mots, son sourire se ternit à nouveau, son expression se chargea d’une tristesse évidente qu’elle se refusait de montrer. Sanaë se releva lentement, boitillant jusqu’au panier de l’oursonne qu’elle déposa doucement avant de lui caresser le haut du crâne.

- Que voyez-vous en me regardant, Flavien ? demanda-t-elle en se retournant vers lui avec un sourire quelque peu contrit. Si je vous disais qu’un membre de votre peuple est à l’origine de l’état de ma jambe, de ma présence ici… Que cette personne m’a arraché mon innocence, en me forçant à peler la peau de mon frère comme s’il s’agissait d’un vulgaire fruit, simplement en serrant mes mains sur le manche de son arme. Qu’elle m’a forcé à être témoin actif de la pire des humiliation, d’une souffrance abominable, ne me laissant d’autre choix que de tuer mon frère pour le… sauver… Dire que cette femme ne se souviendra jamais de mon frère, de son regard, de sa peur, de ses plaintes… Mais moi oui, et je ne souhaite pas l’oublier, jamais. Pas par rancœur, étrangement, je n’en éprouve aucune. Je n’ai absolument pas envie de me venger ou de tenir votre peuple, vos croyances, responsables des actes de cette femme.

Prenant appuie sur le dossier de sa chaise, Sanaë reprit sa place face au jeune homme, s’asseyant lentement avant de plonger son regard dans le sien. La jeune femme était calme, réellement, profondément calme. Elle avait appris à vivre avec cette souffrance grâce à une rencontre providentielle et au soutien infaillible de son compagnon. L’ancienne horlogère l’avait accepté, et même si elle en souffrait toujours, ce souvenir restait important pour elle…

- Pour moi, la vie n’est pas insignifiante, Flavien. Elle est précieuse. Qu’elle soit longue ou courte, riche ou pauvre, peu importe. C’est un cadeau. Chacun de nous apporte sa pierre à l’édifice immatériel qu’est l’humanité. Nous pouvons apprendre des leçons tirées par d’autres et les transmettre à l’infini. Simplement grâce aux souvenirs, à nos propres marques, pour ne pas reproduire les erreurs du passé. Vous vous êtes construit comme cela vous aussi, comme nous tous. L’oubli dû à la mort ne change pas votre construction, vous en oubliez juste les raisons, c’est bien cela ? Pour moi, le plus triste n’est pas la perte de la personne, on l’accepte et l’on s’en remet avec le temps. La vie continue, toujours. Seulement, il est rassurant de se souvenir des bons moments. C’est agréable, même si ils ne reviendront jamais. On sait, on se souvient, on partage. L’être humain est peut-être insignifiant, mais pas inutile… C’est dommage de l’oublier une fois que la vie l’a quitté alors qu’il a encore tant de choses à apprendre à d’autres.

Un nouveau sourire se dessina sur son visage, cette fois chargé de la douceur qui la caractérisait habituellement. Elle l’observa un instant, avant de se reporter à ses compagnons qui semblaient lui apporter un certain soutien, un réconfort même. Sanaë ne prenait pas cette conversation pour un débat, elle n’essayait pas de le faire changer d’avis en lui imposant le sien, en aucun cas. Elle voyait cela comme un échange, un partage de point de vue, une façon d’apprendre à connaître l’autre afin de mieux le comprendre. Ce qu’elle savait de My’Trä et de son peuple, l’ancienne horlogère l’avait apprit à travers quelques passages dans des livres rapportés par des daënars intransigeant, faisant bien trop transparaître leur propre opinion pour être parfaitement objectif. De ce fait, elle n’en avait jamais réellement tenu compte préférant s’en tenir à ses expériences, ses rencontres, ses échanges. Lize avait elle aussi comprit cela, alors qu’elle n’était qu’une enfant rêveuse. C’est ce qui lui avait permis de réaliser ses rêves bien que ce fut pour un petit laps de temps.

- Ce que j’ai tiré de cette expérience, c’est que c’est uniquement la peur, l'intolérance et le manque de connaissances de l’autre qui nous conduisent à commettre des actes abjects ou barbare. Les gens ont peur de ce qu’ils ne connaissent pas et la peur mène à la guerre, simplement parce que certains pensent que l’attaque est la meilleure des défenses. C’est stupide, en particulier lorsque l’on sait qu’il suffit d’apprendre à connaître nos voisins, apprendre à nous connaître nous-même pour ne plus avoir peur de l’autre et l’accepter avec toutes ses différences. Ce n’est pas en retirant ce qui fait de nous des humains, en sous-estimant notre importance ainsi que notre responsabilité dans chacun de nos actes que nous tirerons le meilleur de nous-même. Tout du moins, c’est ce que je pense de façon très personnelle, il est vrai. Comme je ne sous-estimerais jamais l’importance qu’à eut Lize sur ma vie. Je ne serais pas celle que je suis sans elle, j’en suis certaine. A sa façon, elle a apporté sa pierre à mon propre édifice.



Depuis toujours, Sanaë était considérée comme un être à part facilement qualifiée par le mot “étrange”. Elle voyait le monde à sa façon, portait un regard innocent sur les autres sans jamais les juger. C’était un fait et elle se fichait bien de ce que les autres pouvaient penser d’elle ou de sa façon d’agir.

- Oh, mais je ne crois rien, Flavien. déclara-t-elle en penchant la tête sur le côté en signe d’incompréhension. L’on ne peut manquer de ce que l’on n'a pas connu, c’est un peu le cas dans votre situation finalement. Lize à entièrement été effacée de votre mémoire, c’est donc comme si vous ne l’aviez jamais rencontré. Je comprends donc votre détachement et je ne le vous reproche pas. Mais malgré cela, simplement en lisant ce journal, vous l’avez cerné à merveille et j’en suis heureuse. Vos mots me touchent, comme ils l’auraient touché si elle s’était trouvée dans cette pièce à nous écouter.

Toutefois, Sanaë fut surprise d’entendre les propos du jeune homme. L’ancienne horlogère était peut-être étrange, mais elle n’avait absolument rien d’exceptionnel. Elle n’avait ni le courage, ni la détermination de Lize qui avait toujours su s’affirmer. Malgré la douleur et la fatigue qu’engendraient sa maladie, elle s’était donnée les moyens de franchir les obstacles… Pas elle. Sanaë était bien incapable d’accomplir le tiers de ce qu'avait fait sa cousine, alors qu’elle était bien plus jeune qu’elle à ce moment-là. Si Lize était admirable de bien des manières, Sanaë pouvait aisément paraître insignifiante à côté, et ce n’était pas son ouverture d’esprit qui changerait cela… Elle ne voyait d’ailleurs pas les choses de cette façon… Bien que Flavien ne se trouvait pas être le premier my’trän à employer de tels mots la concernant.

- Je ne sais pas si l’on pourrait définir la chose ainsi. À vrai dire, je pense que l’humain est un être bien trop complexe pour être définit avec de simples mots… Il existe tant de nuance. Par exemple, je sais que vous êtes my’trän, vos familiers m’indiquent que vous vénérez Orshin tandis que vos paroles évoquent Möchlog… Mais pour moi vous êtes juste un jeune homme admirable qui a partagé la vie de ma cousine d’une façon ou d’une autre et qui malgré les conflits entre nos nations, n’a pas hésité à venir en terrain ennemi pour rendre le journal d’une femme qu’il a oublié à des gens qu’il ne connaît pas. Vos actes en eux-mêmes en disent plus sur votre nature que vos origines et vos croyances. Pourquoi y prêterai-je attention ? C’est comme si je devais m’arrêter à la couleur de vos cheveux. Vous êtes Flavien, je suis Sanaë… Pour moi, c’est aussi simple que cela et ça me suffit pour me donner envie d’apprendre à vous connaître.

En repensant à Lize et au combat qu’elle avait du mener à my’trän pour se faire accepter, Sanaë éclata de rire… Il faut dire que le sourire du jeune homme l’y avait encouragé. Elle n’avait aucun mal à l’imaginer tenir tête à ses aînés, à leur prouver sa détermination malgré ses origines dont elle ne se serait certainement pas cachée.

- Vous savez, si elle n’a jamais baissé les bras face à sa maladie, tout du moins, une fois son objectif trouvé, je ne pense pas qu’il existe en ce monde quelque chose, capable de lui faire renoncer à ses rêves. Quand elle avait une idée en tête, Lize ne reculait devant rien et affirmait ses convictions avec fierté. Nul doute que ma cousine doit avoir donné du fil à retordre à votre mère.


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Flavien Teleri
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Mer 4 Avr - 20:26
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Un frisson parcouru le dos du soigneur lorsque Sanaë évoqua en peu de mots les évènements qui l'avaient conduit à quitter Blumar. S'il y avait bien une chose que l'homme vénérait, il s’agissait de la vie elle-même. C'était bien le seul point sur lequel il s'accordait avec son père plutôt qu'avec sa mère. En effet, si cette dernière était versée dans l'art de l'embaumement et visualisait la mort comme une porte d'entrée dans le monde de leurs Créateurs, son père avait de son côté toujours mis un point d'honneur à préserver les vivants de l'étreinte rassurante de la Mort.

Les détails graphiques apportés par Sanaë glaçaient le sang du soigneur. Même les mots mesurés de la jeune femme n'empêchaient pas le My'trän de visualiser clairement ce qu'elle avait subi des mains d'une ressortissante de son peuple. Il avait toujours eu une imagination assez exceptionnelle et une fois n'était pas coutume, chaque détail cruel de la terrible rencontre se jouait dans son esprit. Il ne connaissait pas Sanaë et il connaissait encore moins son frère, mais le soigneur pouvait sentir son sang ne faire qu'un tour alors que la Daënare relatait son histoire.

Si ses deux parents ne voyaient pas la mort sous la même lumière, ils s'entendaient bien sur un point : la vie était trop précieuse pour être malmenée volontairement. Si la mort était parfois une nécessité, un acte charitable ou une manière de se protéger, ce n'était en aucun point le cas de la souffrance. L'acte qu'évoquait Sanaë était cruel, purement et simplement. Le nomade n'avait jamais été confronté à une telle situation mais il était pratiquement certain qu'il ne serait pas capable de revenir sur l'évènement avec une sérénité pareille à celle de Sanaë. Si on disait souvent des admirateurs de Dalai qu'il fallait se méfier d'eux comme de l'océan déchainé, Flavien était pareil à l'eau qui dormait. Peu de choses le faisaient réagir, mais ce qui le poussait au mouvement devait s'attendre à se défendre de ce qu'il dissimulait sous son calme apparent.

A la place de rebondir sur la triste réalité évoquée par son hôte, il inspira longuement et attrapa l'infusion qui refroidissait, buvant quelques gorgées en laissant la Daënare s'exprimer à propos de tout, mais jamais de rien. Persuadée qu'oublier les siens à leur décès les privaient d'une réelle possibilité de grandir, de tirer des leçons de ceux qui ne pouvaient plus qu'en donner par leur absence, Sanaë présentait les souvenirs comme une béquille lui permettant d'avancer. Là où le My'trän louait l'absence de mauvais souvenirs pour poursuivre sa route sans attache gênante, la Daënare prenait appui sur les bons souvenirs pour continuer son chemin. L'un comme l'autre avait leur propre vision des choses et pourtant elles semblaient presque complémentaires.

Hérésie, dirait-on. Les Daënars avaient remis en questions les principes des Architectes, leur vision de la vie ne pouvait pas être complémentaire à celle des My'träns ! Agneaux perdus, ils attendaient d'être remis sur le droit chemin, de trouver leur voie auprès d'un Architecte qui les gouvernerait. Tel était en tout cas le discours de certains mages séduits par les guerres saintes, qui rêvaient de répandre leur Art en terres Daënares.

Flavien pour sa part avait toujours pensé que les Daënars, malgré leur technologie qui lui tordait l'estomac, avaient tout autant de légitimité à exister en Irydaë aux yeux des Architectes. Certes, leur façon de penser était parfois dérangeante, particulièrement dans le domaine des sciences où les expérimentations menées frôlaient avec le sacrilège. Mais si les Créateurs considéraient sincèrement que les Daënars étaient une menace pour ses enfants, ne mettraient-ils pas tout en œuvre pour les repentir eux-mêmes ? Il n'y avait qu'à voir la dévotion des Régisseurs à prendre en chasse les Anomalies de ce monde. Les mœurs Daënars n'en faisaient pas des Anomalies aux yeux des Architectes. Pourquoi devraient-ils en être autrement pour les My'träns ?

Sanaë était aussi intéressée par le mécanisme de l'oubli qu'il l'était par les souvenirs. Ce n'était que simple curiosité et, au vu de ses propres interrogations, il choisit d'éclaircir quelques points pour son hôtesse.

- C'est cela. Nous oublions ceux que nous avons côtoyés, mais pas leurs impacts sur notre vie. La disparition des oubliés ne change pas notre personnalité du tout au tout. Même si toutes les personnes positives que j'ai rencontrées en Daënastre venaient à disparaitre, je ne régresserais pas jusqu'à me retrouver dévoré par la méfiance à chaque rencontre avec l'un des ressortissants de votre peuple. En revanche, si chacun d'eux venaient à mourir dans un accident causé par la défaillance de l'une de vos machines, je ne serais pas non plus tenté de laisser cet événement gouverner mes émotions et mon cœur être emprisonné par la peur de vos créations. Dans ce sens, l'oubli est plutôt libérateur, ne trouvez-vous pas ? Nous sommes maîtres de nos propres choix au final, nos actes nullement influencés par une forme de loyauté qui n'a plus lieu d'exister.

Il observait son infusion tout en parlant. Il ne voyait pas d'inconvénient à soutenir le regard de Sanaë en parlant, il avait simplement besoin de réfléchir. La tâche était bien plus aisée face au liquide ambré que s'il restait focalisé sur les yeux bleus de la Daënare.

- Votre cousine m'a peut-être insufflée son goût du voyage, mais mon cheminement m'est propre. Comment vous présenter ceci... A sa mort je l'ai peu à peu oubliée, elle et ses passions se sont effacées de mon esprit. Comme un dessin à la craie sous une averse, ce que je connaissais d'elle a disparu, mais il ne s'est pas volatilisé pour autant. Si le tracé n'est plus visible en surface, toutes les couleurs utilisées ont trouvé leur chemin jusqu'aux profondeurs. Ce n'est pas par loyauté que j'ai souhaité retrouver la famille de Lize, mais par désir d'écouter ce que me dictait ma morale et elle seule.

Le nomade laissait librement sa main se balader devant lui, dessinant des formes intriquées devant lui dans une vague tentative d'illustrer ses propos. Difficile de chercher à expliquer quelque-chose d'aussi vitale que de respirer, bien qu'il s'y risquait aujourd'hui en présence de Sanaë, qui lui rappelait assez Léonie dans sa manière d'approcher le monde et leurs différences. D'après elle, la peur de l'inconnu et l'ignorance étaient les seuls coupables de la situation actuelle de leurs peuples. La guerre était ancrée dans leurs mœurs mais elle n'avait aucune raison d'être pour les gens comme elle et lui, qui n'avaient pas leur mot à dire sur l'échiquier des puissants de ce monde.

La Daënare disait ne pas être quelqu'un d'exceptionnel, à la différence du soigneur. Flavien fut tenté de verbaliser son désaccord avant qu'elle ne poursuive sa pensée. Ils n'étaient que deux êtres vivant sur cette terre. Sanaë et Flavien, technologiste et mage, tous deux avec leurs propres origines qui ne devaient pas être une raison suffisante pour porter un jugement quelconque sur autrui. Le nomade se surpris à sourire en coin. Sanaë disait n'être personne, mais quelle pertinente émissaire de la paix ferait-elle en ces temps troubles.

Ainsi tenta-t-il une pointe d'humour que la jeune femme accueilli avec un petit rire qu'il ne lui rendit pas, se contentant de sourire plus franchement et de secouer la tête en imaginant une jeune femme frêle tenir tête sans flancher à sa mère. Traverser un océan était une chose, s'opposer à Clarissa Teleri et en sortir vainqueur en était une autre.

- J'imagine. Dit-il doucement, reposant sa tasse presque vide en secouant la tête. Elle a des idées très arrêtées sur votre continent. Votre cousine a dû faire preuve d'autant de ténacité que de sang-froid.

Le regard de Flavien se porta sur le carnet déposé au coin de la table basse. D'un geste souple, il l'attrapa.

- Vous m'avez convaincu. Si vous le permettez... Je vais conserver ses écrits. Conclu-t-il après une dernière réflexion.

La décision n'était pas anodine. Il ne se souvenait peut-être plus de Lize, mais si la cousine de cette Daënare avait aidé à en faire la jeune femme bienveillante devant ses yeux, alors peut-être que la vie de Lize valait la peine d'être contée. Il ne conserverait pas ce carnet en signe de protestation, encore moins de rébellion : Lize avait disparu de sa vie, tout comme Sanaë le ferait après elle, à moins qu'il ne la devance dans leur dernier voyage propre à tout être vivant. Relique d'un personnage haut en couleur qui avait certainement autant sa place dans son esprit que ces héros défenseurs de My'trä qu'évoquaient les légendes, il conserverait précieusement ce journal. Que le récit de cette jeune fille bornée le guide dans ses pas.

Et de guide, il avait à présent cruellement besoin. Que ferait-il, maintenant qu'il avait atteint son but en terre Daënare ? Devait-il continuer à aller où le vent le menait malgré les tensions grandissantes, ou au contraire rejoindre sa patrie et ceux qu'il avait laissé derrière lui ? Où sa vie le mènerait-il à présent ?

Plutôt que de troubler Sanaë avec ce questionnement, il passa une main sur son collier. Ou plutôt, sur le collier de Lize. Il avait pris l'habitude de porter le bijou depuis son départ de My'trä, tant et si bien qu'il faisait partie de sa panoplie au même titre que le coutelas qui ne le quittait jamais.

- Je crois me douter de la réponse, mais je dois vous la poser malgré tout. Souhaitez-vous que je vous rende son collier ?, Demanda-t-il à défaut de noyer Sanaë sous ses propres interrogations, C'est vous qui l'avez fabriqué ? Vous êtes orfèvre ?

Le nomade s'éloignait du sujet de la Daënare disparue, sentant que Sanaë et lui avaient fait le tour de la question. Chacun était en paix avec leurs décisions pour le temps présent. Un voile de calme les entourait.


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Vava par Laurène
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Sanaë Eshfeld
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Sam 7 Avr - 15:17
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Curieuse d’en découvrir un peu plus sur la culture my’tränne et surtout sur l’un de ces sujets les plus tabou et surtout incompris, Sanaë écouta attentivement les explications du jeune homme. La conversation était plaisante, malgré le thème abordé. Certains n’hésiteraient pas à la qualifier de morbide ou d’inconvenante. La mort se trouvait bien rarement au centre des discussions, après tout. Au sein de cette société, l’on évitait généralement ce genre de sujet, tout comme il était mal vu de parler de maladie, d’attentat ou tout autre thème pouvant provoquer un éventuel malaise. La mort effrayait simplement parce que personne ne savait à quoi réellement s’attendre, n’y voyant finalement que la souffrance provoquée par la perte indéniable qu’elle engendrait.

Les daënars en souffraient, se sentant souvent injustement abandonnées et totalement perdues faces à quelque chose contre lequel ils ne pouvaient pas agir. Mais la douleur ne durait qu’un temps. Certes, celui-ci variait plus ou moins selon les personnes et ce qui les liait aux disparus. Certains liens étaient d’ailleurs si forts, si intenses que la perte laissait une sorte de cicatrice invisible, bien que bien présentes, dans le cœur du survivant. Néanmoins, mort et pertes n’étaient pas forcément des synonymes… Comme pour le prouver, les pensées de la jeune femme allèrent tout naturellement à sa tante qui avait tant souffert du départ de sa fille… Lize était alors bien en vie, mais l’instinct de la mère l’avait poussé à croire que jamais elle ne pourrait revoir son unique enfant. Ce qui s’était avéré tout à fait vrai finalement.

Sanaë trouva alors un certain réconfort dans les paroles du my’trän. Si jusque-là, elle avait apparenté l’oubli à une sorte de vide profond, ce n’était plus vraiment le cas. Cadeau ou bénédiction ? Finalement, les deux semblaient se mêler de la même manière que le bien et le mal. Des notions complexes, toutes en nuances et en dégradés. Triste ou salutaire ? Bon ou mauvais ? Des mots à ne pas prendre au pied de la lettre simplement parce que les termes se voyaient souvent bien trop limités et surtout mal interprétés.

L’oubli existait également chez eux, daënars. Il prenait simplement un autre chemin, plus long… Un autre aspect également, puisque les souvenirs, en tout cas certains, se terraient quelque part dans un recoin de leur mémoire en attendant que l’humain parte à sa recherche, pour se le remémorer à un moment précis. Ce n’était là qu’un mécanisme de l’esprit de l’homme, un moyen pour lui de garder de l’espace pour d’autres souvenirs plus utiles… L’oubli lié à la mort permettait-il finalement aux my’trän de libérer leur esprit d’un poids devenu inutile puisque la personne liée n’existait plus ?

Toutefois, cela restait flou aux yeux de la daënare. Rien d’étonnant à cela. En comparaison, Flavien et Sanaë paraissaient alors aussi semblables que différents, à l’image des racines et des branches d’un arbre faits du même bois même si les unes cherchent son salut dans la terre, tandis que les autres regardent vers le ciel. La jeune femme comprenait ce que le my’trän prenait soin de lui expliquer avec une patience infinie.

Elle comprit alors que si Flavien et Lize aient pu partager un lien fort, que ce soit l’amour ou l’amitié, ce mécanisme de l’oubli permet au jeune de pouvoir continuer à vivre une vie normale sans souffrir de cette perte… En contrepartie, bons et mauvais souvenirs se sont vus effacés, un peu comme une sorte de paiement qui lui permet d’avancer sans regarder sans cesse en arrière. Il vivrait d’autres histoires, ne serait pas tenté de faire de comparaison en plaçant le disparu sur un piédestal faisant paraître affreusement fade la personne qui partagera sa vie, puisque le disparu n’a pour lui jamais existé… Mais n’est-ce pas ce que Lize aurait voulu, comme tout ceux ayant partagé un temps, la vie d’un autre et qui ne lui souhaiterait que son bonheur. Personne ne voudrait voir l’autre s’autodétruire, sombre conséquence liée à l’attachement, à la tristesse doublée d’un profond sentiment d’injustice. En cela, les architectes leur rendaient probablement service… En un sens tout du moins. Car de l’autre, ils perdaient également la possibilité de bénéficier du sentiment de réconfort que pouvaient apporter les souvenirs d’anciens moments partagés avec les personnes qui n’existaient plus.

Le sourire de Sanaë s’élargit une nouvelle fois tandis que le jeune homme émit quelques suppositions concernant le comportement de Lize face à une femme apparemment dotée d’un fort caractère. Les my’träns n’ont malheureusement jamais eut le monopole des idées arrêtées, de l’intolérance… L’ancienne horlogère en fut mainte fois témoin, même au sein de sa propre famille. Sa cousine les avait affrontés, avec une détermination qui forçait le respect, en particulier lorsque l’on connaît le père Brandtner. Cet homme vouait une haine sans borne envers les my’träns, en ne s’appuyant sur une vieille rancœur héréditaire qui ne concernait finalement que leurs ancêtres, oubliés depuis bien longtemps. Sanaë se souvenait de ces longs repas de famille, lorsque la jeune fille parlait avec passion et admiration d’un peuple qu’elle ne connaissait pas encore. Lize savait pertinemment que ses idées seraient particulièrement mal reçues par son père, pourtant, pas une seule fois, elle n’avait renoncé, ni même baissé les yeux. La jeune femme n’avait donc aucun mal à s’imaginer sa bataille en continent my’trän et en tirait étrangement une certaine fierté qui se lisait aisément sur son visage aux traits détendus.

Aussi, Sanaë fut aussi surprise que ravie de voir Flavien décidé à garder le précieux carnet de Lize. Une nouvelle qu’elle accueillit avec un franc sourire empli d’un soulagement évident.

- Merci, répondit-elle doucement. A vrai dire, c’est aussi une façon pour moi de lui rendre hommage. Si vous voyagez beaucoup, en comptant son histoire à ceux qu'elle pourrait inspirer, d’une certaine manière… c’est un peu comme si c’était elle qui prenait la route… Je me doute que cela doit vous paraître étrange, voir même stupide, mais je me sens rassurée de le savoir entre vos mains. Alors, merci Flavien.

Ses yeux s’écarquillèrent sous la surprise lorsque le jeune homme lui demanda s’il devait lui “rendre” le collier. Sanaë pencha la tête légèrement sur le côté, ne comprennent pas réellement la question avant de la secouer légèrement.

- Non, bien sûr que non. Il n’y a aucune raison de me le rendre puisqu’il ne m’a jamais appartenu. Je suis juste contente de savoir qu’il a tenu tant d’années… Ça prouve que mon cadeau lui a plu. Gardez-le, il est à vous à présent, depuis combien de temps le portez vous ? Probablement, plus longtemps que Lize elle-même avant vous, déclara-t-elle en souriant avant de réfléchir à sa question suivante.

Orfèvre, elle ne l’avait jamais été et n’était pas présent plus grand chose…

- Je… J’étais horlogère à dire vrai. Lize avait trouvé la pierre, ne me demandez pas où, je ne serais bien incapable de vous répondre. Elle la trouvait jolie, mais ne savait qu’en faire, alors elle me l'a donné. J’étais très jeune à l’époque et traînais beaucoup dans l’atelier de mon père. Ce collier n’est qu’un assemblage de pièces de récupérations. Il n’a aucune valeur marchande, néanmoins, elle semblait heureuse de le recevoir en cadeau… C’est d’ailleurs après cela que je me suis mise à fabriquer des animaux en pièces de récupérations. Des statues d’abord, puis des automates… Enfin… Tout ça, c’est du passé à présent. Et vous donc ? Que faites-vous quand vous ne voyagez pas ?


Sanaë s'exprime en #cc99ff

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Flavien Teleri
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Dim 8 Avr - 19:09
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La Daënare le remercia pour son geste, ravie de le voir reprendre le journal de bord de sa cousine. Pour elle, la démarche semblait être un acte charitable, une manière pour sa cousine de continuer à parcourir le monde qu'elle avait tant rêvé d'explorer, son souvenir perdurant l'impact que son histoire pouvait avoir dans le cœur de ceux qui s'interrogeaient sur le bien-fondé de la division de leurs peuples. Flavien se contenta de hocher la tête en réponse aux dires de Sanaë. Il n'était pas convaincu que son geste soit autant dénoué d'intérêt que ce que la Daënare semblait croire.

S'il emportait avec lui le journal plutôt que de le laisser à sa légitime héritière, c'était aussi pour apaiser le tordage de ses boyaux. Son voyage touchait bel et bien à sa fin. Il était déjà terminé, d'une certaine manière : il avait transmis l'information à la seule personne pour laquelle Lize était encore susceptible de compter, une fois qu'il mettra les pieds hors de la demeure de Sanaë, il serait définitivement libéré de toute charge. La liberté tant aspirée était à portée de ses doigts, pourtant il n'éprouvait pas le soulagement auquel il s'attendait. Etrange sensation que celle de mettre un terme à un jeu de piste ayant duré la majeure partie de sa vie d'adulte. A présent émancipé de toute contrainte, il n'avait plus que le monde a portée de main.

Il aurait dû alléger son âme en même temps que sa besace en rendant à Sanaë ce qui était sien, pourtant l'idée de conserver le journal le calmait plus que la perspective d'être à nouveau libre de ses mouvements. Désormais il n'était plus question de suivre la piste d'un fantôme, il pouvait se rendre n'importe où en Irydaë selon son bon vouloir, sans qu'une petite voix désagréable lui souffle qu'il oublie quelque-chose. Tout nomade qu'il était, il restait humain, et les Hommes se construisaient autour de petites habitudes. L'idée de voyager sans destination était aussi euphorisante que terrifiante. Le journal de Lize lui rappellerait le chemin parcouru, la force de caractère et l'enfance terrible qui se cachait réellement derrière ces mots enthousiastes et, même si Sanaë venait à disparaitre avant lui, il continuerait à se rappeler d'avoir permis à la famille de la disparue d'apprendre ce qui lui était arrivée. Dans un sens, cet épais carnet était autant le témoin du voyage de Lize, qu'il était de celui de Flavien.

Le nomade n'avait pas clairement conscience que son trouble pouvait se lire sur son visage, répondant sans trop réfléchir à la marque d'affection de Selmac, venu loger sa tête sous la paume de sa main. Il fit glisser ses doigts sur le pelage clair de l'Aitah, récompensé par un ronronnement léger à l'instant même où il passa le dos de son index le long du cou de la créature.

Relevant la tête vers Sanaë, il lui demanda tout naturellement si elle souhaitait récupérer le collier de sa création. Il s'agissait d'un bijou de sa création après tout, un cadeau qu'elle avait fait à sa chère cousine tant d'années auparavant. A défaut de conserver ses écrits, elle souhaitait peut-être garder ce joyau.

Confuse, la Daënare ne tarda pas à exprimer son refus. Le collier avait été conçu pour Lize et, à ce titre, il ne lui appartenait pas plus qu'il appartenait à Flavien. Elle était heureuse de voir qu'il avait réussi à prouver sa résistance face au temps et n'attendait rien de plus. Elle nota avec affection qu'il avait dû en prendre soin plus longtemps que Lize, vu la date de son décès. C'était vrai, évidemment. Au fond, il s'était toujours douté que la jeune inconnue devait être la propriétaire de ce bijou, n'ayant aucun souvenir de ce dernier. Mais pouvait-il réellement dire à Sanaë qu'il n'avait eu aucune idée de l'importance de ce collier avant qu'elle ne le reconnaisse ? Il l'avait simplement trouvé abandonné sur le coin d'un meuble et avait été intrigué par l'objet, choisissant de l'emporter avec lui et préférant le passer autour de son cou plutôt que de risquer de le voir se casser au fond de sa besace.

A l'époque, il avait supposé que le métal présent en très petite quantité sur l'objet était à l'origine de son mal-être. Peut-être que cela n'avait pas été le cas.

- Je l'ai emporté avec moi lorsque je suis parti de Valvonta. Je le porte depuis. Pour être honnête, je me suis habitué à l'avoir autour du cou, Sa main quitta le pelage de Selmac pour se poser sur la pierre qui ornait le collier, Au début je ne supportais pas très bien l'armature métallique contre ma peau, mais quelque-chose m'interdisait de le laisser derrière moi ou de l'échanger quand les temps étaient plus durs.

Peut-être que Lize l'avait apporté avec elle puis oublié sur le coin d'un meuble sans plus jamais le porter, peut-être au contraire le portait-elle sans condition, une manière d'honorer sa cousine et amie de toujours. Peut-être s'était-elle rendu compte que le collier dérangeait son compagnon pendant la nuit, et qu'elle préférait donc s'en défaire le temps qu'ils se reposent tout deux. Flavien n'aurait jamais la réponse à cette interrogation, mais une chose était sûre : à l'époque déjà et malgré l'absence de souvenirs lui étant attachés, il avait été convaincu de l'importance de cet objet unique.

Les petits rouages qui ornaient le corps métallique conçus pour retenir la pierre n'avaient pas allégé la sensation désagréable des débuts, les fines créations grattant sa peau lorsqu'il avait le malheur d'accélérer la cadence. Pourtant, ce qui avait été une nuisance un temps s'avérait avant longtemps être une qualité du bijou. Une fois habitué à le porter, il le savait avec lui à tout moment sans forcément le voir.

Il secoua la tête pour chasser ses pensées, reportant son attention sur Sanaë qui expliquait avoir été horlogère.

Flavien ne connaissait pas grand-chose du métier. Il savait simplement que ces artisans étaient ceux à qui les Daënares devaient leurs montres, ces petites créations technologiques qui leur assurait de connaitre l'heure qu'il était sans approximation possible, sans besoin de mettre le nez dehors pour consulter un cadran solaire, ni de se fier à la position des astres de nuit. Pratique, sans doute, mais peu attractive aux yeux du mage qui se repérait très bien par ses propres moyens, sans avoir besoin de se référer à un petit objet risquant la casse et craignait les changements de températures et l'eau, deux éléments qu'il rencontrait régulièrement tout au long de son périple.

Sanaë poursuivit en expliquant que le collier qu'il portait à présent avait beau ne pas avoir de valeur marchande, il avait permis à la Daënare de se trouver une affinité pour le travail minutieux du métal, la transformation et l'embellissement de ce dernier. A présent, elle n'exerçait plus le même métier. L'incendie de sa boutique était sans doute responsable de ce changement, mais Flavien se voyait mal engager une conversation sur le sujet. Il avait vaguement entendu parler de la tragédie qui avait pris place à Blumar, cela ne lui donnait pas la responsabilité d'en apprendre plus. Inquisitif, le nomade l'était, mais sa curiosité était rarement tournée vers ses paires.

La jeune femme poursuivit en lui demandant ce qu'il faisait de sa vie lorsqu'il ne voyageait pas. La question était posée avec intérêt de la part de sa vis-à-vis, ce n'était pas une manière de lui rendre la politesse, mais une vrai interrogation pour Sanaë. Elle s'intéressait à ce parfait inconnu qu'il était avec entrain, comme si ce qu'il allait pouvoir répondre comptait à ses yeux.

Flavien ferma les yeux plutôt que de soutenir le regard curieux de la Daënare. Longtemps, il s'était interdit de nouer des liens avec ses paires. Plus choqué qu'il ne le laissa transparaitre de découvrir dans son lit une personne dont il n'avait plus aucun souvenir, la futilité des relations liées sur cette terre l'avait heurtée de plein fouet. A quoi cela rimait-il de chercher la compagnie des siens, si tout ce que cela apportait était d'être retenu par ces derniers ? Avec l'amitié, la camaraderie et l'amour venait sans manquer la loyauté. Une loyauté déplacée en ce bas monde, un sentiment bien trop noble pour être réservé à ces contemporains plutôt qu'aux Architectes qui lui avait fait don de la vie. Servir ses Architectes, rendre Orshin et Möchlog fiers de leur création, voilà ce qui avait compté à ses yeux pendant de longues années.

Et puis, il avait rencontré Emrys, ce curieux pérégrin prêt à l'épauler dans une situation dangereuse sans rien attendre de sa part en retour. Jusqu'à lors, ses interactions avaient toutes été basées sur un gain mutuel pour chacune des parties, Flavien ne cherchant jamais à connaitre ceux avec qui il commerçait, chassait ou voyageait. La ferveur de ce jeune pérégrin à ne pas se démonter devant la froideur du My'trän, à continuer à engager la conversation malgré ses hésitations, avait intrigué le soigneur. Ensuite, tout c'était enchainé. Il s'était autorisé à s'intéresser aux autres en retour. Zaël, qu'il avait si mal jugé, Ruby qui l'avait épaulé, et tant d'autres qui s'étaient donné la peine de voir au-delà de son air austère. L'exemple le plus marquant étant bien évidemment Léonie, cette Protectrice de Busad avec laquelle il avait créé un lien plus important que tout ce qu'il avait pu entretenir depuis bien des années. Cette femme dévouée mais intègre, à laquelle il continuait d'écrire à propos des découvertes qu'il faisait en continent Daënar. Leurs échanges allaient-ils cesser, maintenant qu'il touchait à son but ?

- Voyager est toute ma vie. Répondit-il, une émotion incertaine colorant ses mots, Lorsque j'ai quitté ma patrie, j'ai tiré un trait sur mon ancien mode de vie. Je crois qu'au fond j'ai toujours eu cette sensation que le monde m'appelait. Depuis l'adolescence je rêvais de quitter mon hameau pour découvrir My'trä autrement qu'à travers les récits amers de mon père. J'étais borné en ce temps, bien plus que je le suis maintenant. Je refusais d'écouter cette voix dans ma tête, même si je ne me suis jamais plongé avec avidité dans l'étude de l'art du soin, comme les adolescents de mon âge. J'étais destiné à être médecin de guerre, ou au minimum à servir la cause My'tränne en devenant guérisseur. Il en est ainsi pour tous les adolescents de Valvonta, je ne me suis jamais posé la question de savoir si la profession m'intéressait ou non. Elle n'avait pas besoin de me captiver, après tout. Le désir de pratiquer n'avait pas besoin d'être tant que les résultats étaient là. Alors j'étudiais, sans me poser davantage de question.

Il n'en voulait pas à ses parents pour l'avoir élevé ainsi. Les traditions étaient ce qu'elles étaient et Flavien avait bien conscience que les communautés de guérisseurs devaient s'assurer de ne jamais s'éteindre. Leur Art était aussi vital qu'effrayant, ce qui signifiait que peu de My'träns nés hors des terres de Suhury s'intéressaient à Möchlog. Les enfants de la Chouette étaient incompris et la maitrise de leurs émotions était souvent perçue comme l'absence pure et simple de ces dernières. Les guérisseurs devaient s'assurer d'élever leurs progéniture dans l'amour de leur Architecte pour perpétrer leurs enseignements. Flavien le reconnaissait et l'acceptait.

- C'est le décès de Lize qui m'a poussé à finalement écouter cette petite voix et à partir. Continua-t-il, songeur. Sa voix était posée et son regard se perdait dans le pelage de Selmac qui refusait de quitter ses genoux. S'il parlait à voix haute, il ne donnait pas entièrement l'impression de parler à Sanaë, Je ne pouvais pas accepter qu'une enfant de Möchlog sombre dans l'oubli alors qu'elle exprimait par ses écrits le souhait qu'on se rappelle d'elle. J'ignorais qu'elle était de l'autre continent, mais il était tout autant probable que sa famille soit composée de Pérégrins technologistes que de My'träns qui préféraient le labeur manuel aux enseignements des Architectes. Elle qui n'avait pas eu le temps de le faire, je me devais d'essayer de retrouver les siens.

Le nomade se livrait à Sanaë sans que ce soit réellement le cas. Il lui parlait de son passé tout en restant le plus général, le plus factuel possible. Il ne lui dit pas combien son départ de Valvonta fut vécu comme une déchirure, lui bien décidé à ne plus s'efforcer à compter aux yeux de quiconque, Selmac impassible à sa froideur, se frayant un chemin dans son cœur. Il n'évoqua rien des croyances moroses qui l'avait motivé à vivre pour lui, ni à quel point il avait été ému aux larmes de trouver un semblant de connexion en apprenant à reconnaitre et à parler le langage de la faune.

- Je me suis découvert une passion pour la première fois en faisant route. La faune qui peuplait My'trä m'intriguait et j'ai peu à peu appris à communiquer avec cette dernière. C'est à partir de ce moment que j'ai associé mon don et ma maigre maîtrise des soins pour devenir soigneur itinérant, une occupation que j'exerce encore aujourd'hui, auprès de quiconque souhaitant venir en aide à un compagnon animal, ou simplement en venant en aide aux créatures sauvages qui en auraient besoin.

Il sourit en coin en observant Selmac s'étirer paresseusement puis lui glisser entre les doigts pour aller s'allonger un peu plus loin, là où le sol devait être agréablement chauffé par le soleil qui filtrait à travers la fenêtre. Il secoua la tête lorsque l'Aitah bailla à s'en décrocher la mâchoire et releva la tête vers Sanaë.

- La notion de travail comme vous la concevez ici à Daënastre est un peu différente en My'trä. De nombreux My'träns exercent un métier, mais bon nombre de nomades comme moi parcourent le continent. Je n'ai appris l'importance capitale des Irys qu'une fois sur votre continent. Avant cela, je pouvais me contenter d'échanger mes services ou le fruit de mes cueillettes ou de ma chasse pour m'assurer de ne jamais manquer de rien.

Flavien avait été plutôt surpris de constater qu'une majorité de marchands refusaient l'échange de biens et n'acceptaient que les Irys. Il avait d'abord supposé que le comportement provenait de ses origines clairement My'tränne, mais même une fois acclimaté à ce nouveau territoire, les commerçants de toute région ne l'avaient pas mieux accueilli. Daënastre se reposait bien plus sur les Irys que My'trä.

- Je suppose que ça n'a pas d'importance. Poursuivi Flavien, Je vais probablement repartir, maintenant que je vous ai retrouvée. Les créatures qui vivent sur vos terres sont fascinantes, mais la technologie est trop présente pour que je me sente à mon aise.

Si on excluait la nausée qui accompagnait ses passages dans les centre-ville et les vertiges qu'il subissait à chaque fois qu'il croisait un groupe de miliciens armés ou qu'il restait un peu trop longtemps en compagnie d'une machine imposante, il n'avait de toute façon plus rien à faire sur ce continent. Ni sur aucun autre, d'ailleurs. Qu'allait-il faire, à présent ? Rentrer à Valvonta et poursuivre la carrière qu'il avait fuie étant jeune, ou bien continuer à explorer les terres sauvages dans le but de rencontrer toutes les créatures que l'imagination d'Orshin avait conçu ? Certainement pas.

Pourtant, la vérité était bien là. Il avait atteint la fin du voyage. Plus rien ne le retenait en Daënastre, mais aucune obligation pressante ne l'appelait ailleurs, si ce n'est l'envie de revoir la boule d'énergie et d'écaille qu'il avait laissé à Busad, ainsi que sa maîtresse de substitution.

- Je ne sais pas..., A nouveau, il secoua la tête, Je vais probablement retourner en My'trä. Peut-être que je voyagerai jusqu'à Als'kholyn pour continuer à en apprendre plus sur la faune d'Irydaë, si Khi'del veut bien m'y conduire.

Il était clair qu'il ne savait absolument pas ce qu'il allait décider. Rester encore en temps et essayer de comprendre ce peuple aussi intriguant qu'il pouvait être cruel, ou retourner aux sources, rejoindre la terre des Architectes comme on lui avait conseillé de le faire s'il venait à douter de lui... La décision n'allait pas être simple à prendre.


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Sanaë Eshfeld
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Jeu 12 Avr - 15:11
Irys : 476217
Profession : Ancienne horlogère touche à tout.
Daënar +2 ~ Skingrad (femme)
La curiosité, bien innocente, de la daënare l’avait poussée à formuler une simple question dans le but d’en apprendre un peu plus sur la personne assise en face d’elle. Question qui sembla pourtant perturber un tant soit peu le jeune homme sans que Sanaë n’en comprenne réellement la raison… Il était toujours délicat d’interroger les autres sur leur vie, en particulier lors d’une première rencontre et surtout, lorsque celle-ci se déroulait dans une atmosphère baignée de mélancolie, comme ce fut le cas. Un humain n’est pas un être simple, pas même à la naissance, même si cela semble moins évident. C’est un être taillé dans une multitude de matériaux différents, aux nuances diverses et variables…

Une simple question, même vierge de toutes arrières-pensées, peut parfois soulever bien des maux. C’est ce dont elle se souvint en observant Flavien et le comportement de la petite créature contre lui. L’animal semblait chercher à rassurer son maître, par sa simple présence… Une attitude des plus fascinante pour l’ancienne horlogère qui observait la scène avec tendresse. Aussi, elle espérait ne pas avoir soulevé un sujet délicats, empreint de cicatrices invisibles dont elle ne connaissait que trop bien les effets douloureux. Inquiète et peu désireuse de se montrer inquisitrice, la jeune femme se contenta donc de l’observer tandis que lui, évitait soigneusement son regard allant jusqu’à fermer les yeux.

Pourtant, contre toute attente, le jeune homme y répondit, avec une émotion particulière, à peine perceptible qu’elle ne put réussir à déchiffrer entièrement. La conversation prenait peu à peu des allures de confidences et Sanaë prit grand soin de l’écouter sans l’interrompre. Tout en parlant, Flavien semblait se poser des questions, s’interroger lui-même sur son devenir. Ce fut en tout cas l’impression que se fit l’ancienne horlogère, qui cherchait à décrypter le message caché derrière les mots, sans pour autant perdre une miette des paroles du my’trän.

Elle comprit alors que ce qui devait être, à l’origine, un destin tout tracé, imposé par sa culture et probablement sa famille, ne lui avait jamais réellement convenu. Flavien aspirait à autre chose, aux voyages, aux découvertes… Ce dont elle-même avait rêvé durant sa jeunesse, en somme. Voyager, voir le monde, le découvrir à travers ses propres yeux sans se contenter des dires des autres ou des contes rapportés par untel. Une chose que Sanaë espérait encore, bien silencieusement, voir se réaliser un jour. Même si cela lui paraissait bien peu probable, sinon impossible depuis “ça”. Sans réfléchir, elle porta la main à son genou meurtri sans pour autant détourner son attention de son interlocuteur. Le geste était devenu une sorte de réflexe. Une mécanique qui accompagnait chacune de ses pensées moroses, la ramenant à des souvenirs bien plus douloureux que la blessure en elle-même.

Malgré ses rêves et ses désirs, Flavien s’était bridé lui-même, s’enchaînant à une vocation qui n’était pas la sienne probablement par devoir ou simplement pour respecter les coutumes de son peuple. Étrangement, son discours la ramena dans le passé, aux conversations qu’elle avait eue avec Lize, bien des années auparavant… Comme il la lui rappelait alors, bien que les raisons de leur retenue ne soient pas les mêmes. Et si sa cousine avait finalement décidé de se battre pour réaliser ses rêves, bravant sa famille et sa maladie pour cela, c’est aussi elle, par-delà la mort qui a conduit le jeune homme à en faire de même. Deux personnalités différentes, à en croire la description que Flavien faisait de lui-même… et pourtant si semblables, presque complémentaires, si bien que Sanaë commençait à douter que les deux ne furent qu’amis. Elle connaissait sa cousine, son tempérament, sa détermination… Mais pourtant, elle n’en dit rien, ne posa aucune question à laquelle elle doutait que le my’trän puisse répondre. La daënare le laissa simplement parler, évoquer son passé sans entrer dans les détails, parlant simplement comme s’il avait besoin de se libérer un poids ou de répondre à des questions qu’il veillait à garder pour lui. Peut-être n’en avait-il pas conscience, ou peut-être que si... Il le faisait, simplement, naturellement, comme pour lui-même… Après tout, il n’avait aucune raison de se confier à une parfaite inconnue, aussi bienveillante soit-elle.

Lorsqu’il évoqua les circonstances de son départ, elle comprit que celles-ci furent bien particulières, bien plus qu’il n’osait le dire. Un étrange voile assombrit son regard, lui donnant un air plus triste...Elle ressentit ce départ comme une sorte de plan monté par sa cousine dans le but de libérer une personne à laquelle elle tenait énormément. Évidemment cela était certes peu probable, mais Sanaë eut bien du mal à s’ôter cette image de la tête. Bien qu’indirectement, Lize avait réussi à influer sur la vie du jeune my’trän, lui faisant prendre un tournant qu’il n’avait vraisemblablement pas envisagé. Une belle histoire, selon la daënare et qui donnait une importance toute particulière à sa cousine et à ses écrits. Elle avait bien fait de lui demander de garder ce carnet, il faisait partie intégrante de son histoire, l’élément déclencheur qui avait amené tout le reste… Peut-être à trouver sa voie.

La jeune femme ne put donc retenir un sourire, tout en suivant le regard attendri du jeune homme directement adressé à la petite créature. Celle-ci venait de déserter les jambes de son maître afin de chercher un petit coin de parquet chauffé par les rayons de l’astre. Shaïa, quant à elle, dormait profondément dans son panier, comme toujours. L’oursonne était encore bien trop jeune pour se mouvoir aisément, s’épuisant simplement en relevant la tête. Elle se contentait donc de manger et dormir… Le tout, en grande quantité.

Flavien lui expliqua alors quel était son métier et sa façon de vivre. Une existence libre et simple qui aurait certainement beaucoup plut à Lize…

- Je vois… soupira-t-elle, rêveuse. Pour être parfaitement franche, j’ai toujours vu mon métier comme une sorte de prison. J’aimais ce que j’y faisais… Mais je restais enfermée dans mon atelier, si longtemps que j’en suis venue à adopter ce comportement comme une nature… renfermée, seule… Tout cela pour remplir la caisse de la boutique.

Ce n’était pas quelque chose que Sanaë avouait aisément, au contraire… Le formuler ainsi, à voix haute, était d’ailleurs une première. L’on ne parlait pas de ces choses-là, pas chez eux… Les gens n’existaient que pour leur travail, leur famille, leur réputation. Durant des années, la daënare avait essayé de s’adapter à la société qui l’avait vu naître. Respectant les convenances, veillant à remplir ses fonctions sans jamais faire de vagues… Évitant même de se faire voir par peur de commettre une faute. Aujourd'hui, elle ne se souciait plus de tout cela. Sanaë avait quitté sa ville natale et vivait simplement en aidant les habitants du village. Rien de plus, rien de moins.

- La société daënare est ainsi faite. Mon père avait l’habitude de dire que les irys étaient un moyen de restreindre le peuple. De marquer les différences entre riches et pauvres, les uns ayant le contrôle des autres… Pour ma part, je ne saurai qu’en penser exactement. En ville, l’argent est nécessaire, vital… Ce n’est pas le cas ici. Tout le monde s’entraide. La mentalité n’est clairement pas la même, les gens sont différents, la vie est différente… Daënastre aussi renferme quelques merveilles qui n’ont strictement rien à voir avec la technologie.

Évidemment, en n’ayant jamais réellement quitté la région… Sans l’avoir exploré non plus, il lui était bien difficile d’en faire une promesse. Toutefois, sa vie, telle qu’elle l’avait vécu jusqu’ici, lui avait fait comprendre que le bon existait partout, même lorsque l’on ne le voit pas. Elle avait certes perdu une vie, mais en avait gagné une autre, plus libre, plus ouverte… plus humaine aussi, même en perdant son étiquette de “petite horlogère de Blumar”.

- Vous avez accompli le but que vous vous étiez fixé. C’est une bonne chose. C’est important d’en avoir un… Disons qu’il s’agit d’une sorte de guide. Celui-ci vous a conduit en dehors des frontières, sur un territoire ennemi… Mais que vous a finalement appris ce voyage ? Qu’avez-vous appris sur les gens, les animaux, les territoires… Sur vous-même ?

En réalité, Sanaë n’attendait pas de réponse à ses questions. Elle ne les avait pas posés pour cela, néanmoins, en ayant cru apercevoir le doute dans le regard du jeune homme, elle souhaitait l’aider à se poser les bonnes questions. Il semblait perdu.

- Depuis quand êtes-vous partis ? Lize… Sa vie, si courte, tiendrait entièrement dans un carnet. Elle n’a pas dû vivre le tiers de ses rêves sans pour autant s’en sentir frustrée… Vous qui aimez tant ces créatures et qui les comprenez si bien, pourquoi ne pas écrire sur elles ? Je suis sûre que vous auriez beaucoup de choses à apprendre aux autres…


Sanaë s'exprime en #cc99ff

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