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Chroniques d'Irydaë
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 :: Les terres d'Irydaë :: My'trä :: Kharaal Gazar
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 Dragon & mirlitons

Thorleif Gunnar
avatar
Mer 9 Mai - 23:45
Irys : 235868
Profession : Dragonnier
Pérégrin 0
Les journées se succédaient et se ressemblaient. Cela faisait désormais un mois que le dragonnier exilé de Dyen parcourait les steppes des Kharaal Gazar. Dans quelques dizaines de semaines, cela ferait une année que Thorleif Gunnar aurait quitté sa terre natale. Au contact des My'träns, il avait évolué et sa perception du monde était devenue quelque peu différente. Abandonné et persécuté par son propre sang, sa propre famille, il avait été contraint de remettre en question l'ensemble de son existence. Certes, la colère, la rancœur et la haine qu'il vouait à son frère aîné, Bjorn Gunnar, l'aidait à avancer et même à garder la tête hors de l'eau. Toutefois, n'était-elle pas susceptible d'altérer de façon irrémédiable la pureté de ses sentiments et de noircir son cœur blessé ? Toute sa vie, il avait vécu dignement avec comme pour objectif principal de devenir quelqu'un, d'obtenir le respect de ses pairs et de faire des choses importantes pour le royaume de Dyen. Un besoin de reconnaissance, diriez-vous ? Probablement pour celui qui partait dans la vie avec un désavantage certain : il était le frère benjamin d'une famille noble et intrinsèquement, on le jugeait coupable d'être à l'origine du décès de sa propre mère en couche. Aujourd'hui plus qu'hier, Thorleif en était persuadé, les Gunnar ne trouveraient jamais la paix. Thorleif ne pourrait jamais pardonner à Bjorn d'être à l'origine de ses derniers maux et de l'avoir incité à un fratricide avec leur autre frère, Hulf. Du moment que Bjorn considérerait Thorleif comme un rival, une menace, il ne pouvait en être autrement. Einar, leur patriarche, n'avait probablement pas voulu cela mais maintenant qu'il avait passé l'arme à gauche, tout ceci n'était plus de son ressort. Aux yeux de Thorleif, Bjorn devrait répondre de ses actes même si cela signifiait faire couler le sang d'un membre de sa famille une fois encore.

Bien sûr, Thorleif ne s'accrochait pas uniquement à un désir de vengeance et de justice. Il espérait revoir sa chère et tendre Freyja, sa petite sœur. C'était grâce à elle s'il n'avait pas été fait prisonnier par Bjorn (membre du conseil de Dyen, après tout) ainsi que sa garde rapprochée. En dépit de son acte, elle faisait désormais office d'otage. Bjorn ne devait pas être tendre avec elle mais il n'avait somme toute raison pas d'intérêt immédiat de la supprimer. Non, une telle nouvelle ferait assurément revenir Thorleif au bercail et du moment qu'il était loin de Dyen, cela arrangeait les affaires personnelles du grand frère. Outre mesure, Thorleif espérait également recouvrir son honneur et les louanges du peuple de la cité-dragon. Là-bas, personne ne pouvait prétendre ignorer son nom : n'avait-il pas manqué de peu de devenir le Roi-Père de Dyen, après tout ? De plus, on avait toujours considéré comme remarquable son service au sein de l'ordre des dragonniers. A l'image du Roi-Père actuel, Thorleif s'était procuré à la fin de son adolescence un œuf de dragon en partant seul dans les montagnes de Dyen. C'était-là un véritable haut-fait, c'était tout simplement indéniable. Quelque part, Thorleif espérait que tout le monde ne lui avait pas tourné le dos à Dyen et qu'il pourrait se réconcilier avec sa patrie.

Toutefois, il lui faudrait subir le jugement de Dyen. Que déciderait la cité-état ? Serait-il envoyé seul dans les montagnes au milieu des dragons sauvages pour déterminer si oui ou non il était encore digne de vivre parmi eux ? En général, c'était ainsi que l'on jugeait ceux qui avaient fait couler le sang d'un dragonnier, Adramus lui-même pouvait en témoigner. En remontant très loin dans le temps, avant même la création de la cité-état de Dyen, l'histoire prouvait qu'il ne fallait jamais baisser les bras. En effet, là-bas, on vénérait au moins deux choses avec une ferveur légendaire : les dragons et la toute première Reine-Mère, Vhalia. Alors que ses ancêtres montaient les chevaux, elle fut la toute première à se lier avec un dragon. D'après la légende, cela lui apporta les foudres et le désabusement des siens jusqu'au moment fatidique où elle sauva sa tribu d'une puissante anomalie. La morale ? Thorleif en comprenait qu'il ne fallait jamais abandonner et qu'une lutte n'était pas forcément vouée à l'échec. Il était donc temps d'en venir aux raisons pour lesquelles Thorleif parcourait les Kharaal Gazar depuis désormais un mois.

Thorleif Gunnar ne retournerait pas à Dyen sans avoir reçu le don, la bénédiction d'Amisgal. En effet, il était persuadé que lorsqu'il aurait percé les secrets, les mystères de la magie liés à cet Architecte-là plus qu'un autre, il serait digne de retourner parmi les siens et serait en phase de leur prouver que sa place était parmi eux plus que quiconque. Depuis des mois, le dragonnier s'entraînait selon les préceptes enseignés par un adepte d'Amisgal, Marek Holg. Il lui avait expliqué comment fonctionnait la magie d'un point de vue My'trän. Au début, Thorleif fut intéressé par ce potentiel pour en venir à des fins vengeresses mais plus le temps passait et plus il se sentait lié à son Architecte. En effet, il priait désormais régulièrement Amisgal et essayait chaque jour de capter ses courants telluriques jusqu'au jour fatidique où il parviendrait à devenir l'un de ses adeptes. Si Thorleif avait choisi Busad, ce n'était pas par hasard. La région était reconnue comme humainement hospitalière mais y vivre représentait un défi pour celui qui n'était pas habitué à un tel climat. Ce n'était pas donc seulement son esprit et sa foi qui étaient mis à rude épreuve, non, il s'agissait également de son corps, de son endurance et de sa force. Dans les Kharaal Gazar, Thorleif était en train d'apprendre à repousser ses limites, à mieux se connaître au plus profond de lui-même. On pouvait voir cela comme une sorte de quête de la quiétude magique mélangé à un intensif entraînement.

En résumé, le dragonnier nourrissait donc l'espoir d'acquérir la magie d'Amisgal pour accéder à d'autres horizons, d'autres dimensions. Il ne s'agissait plus seulement de rancœur et de vengeance, il était plutôt question de redonner un sens à sa vie et d'évoluer dans ce vaste monde qu'il demandait désormais à comprendre davantage chaque jour qui passait. Bien sûr, il escomptait réellement régler ses comptes avec son frère aîné, Bjorn, et mettre un terme aux querelles qui remontaient à leur enfance. Bientôt, il lui faudrait aussi retrouver et libérer Freyja, elle ne méritait pas de subir le poids des ambitions de ses deux frères car oui, Thorleif pensait connaître ses responsabilités en la matière.  Bientôt, dans quelques semaines à peine, il espérait être prêt et retourner parmi les siens pour affronter avec dignité et courage le jugement qui l'attendait en finalité d'en ressortir victorieux et de recouvrer les honneurs perdus. Dès lors que l'essence d'Amisgal coulerait dans ses veines telle une eau vivifiante, il était persuadé qu'il serait en mesure de briser ses chaînes et de prendre définitivement son envol. Si vraiment Dyen ne voulait plus de lui, il accepterait de s'en faire une raison car il ne désirait pas mourir seul et aveugle non plus. Du moment qu'il honorerait ses premières intentions, le pari méritait d'être tenté à ses yeux.

Aujourd'hui, toutefois, Thorleif s'était autorisé une pause dans son apprentissage intensif. Avec Nitthog, ils avait passé la journée au bord d'une oasis à quelques dizaines de lieues de Busad vers le Nord. Son dragon, ce n'était pas seulement un familier mais plutôt un partenaire, quelqu'un qu'il considérait beaucoup plus encore qu'un membre de sa propre famille. Non atteint pas le don d'Orshin, Thorleif était incapable de communiquer directement avec Nitthog mais il lui suffisait d'observer la créature pour comprendre et ressentir ses sentiments. Le lien qui les unissait était puissant et rien ni personne ne pouvait l'ébranler, si ce n'était une mort qui viendrait un jour toquer au portillon. A l'aide d'une brosse et de quelques ustensiles, le dragonnier avait nettoyé les écailles de Nitthog toute l'après-midi durant et le soleil était en train de se coucher. Bientôt, la chaleur laisserait place à un froid presque polaire. Thorleif s'était habitué tant bien que mal à ce brutal changement de température, ces conditions difficiles faisaient parties de son entraînement.

« La nuit, les gens d'ici retournent à leur baraquement, c'est beaucoup plus calme. On dirait que les Kharaaliens commencent à s'habituer à vivre au contact presque permanent d'un dragon. Peu importe où nous allons en My'trä, ton succès est foudroyant, vieux veinard. »

Nitthog s'était lourdement allongé sur l'une des rives de la grande oasis pour s'y reposer. Il fallait reconnaître qu'il était plus imposant et mystérieux que Thorleif ne le serait sûrement jamais. Il observait d'un œil curieux à demi-ouvert la séance de méditation interminable de son maître. En effet, Thorleif était assis au bord de l'eau et ne portait que le bas de son armure, à savoir ses jambières et ses bottes. En pleine journée, il ne pouvait supporter de cuir en dessous du cumul du plastron, des gants et de ses épaulières. Somme toute logique, il aurait pu simplifier les choses en optant pour des tenues plus régionales mais faire simple n'était pas Thorleif. Quelque part, il tenait à son attirail chevaleresque-draconique qu'il portait avec fierté depuis déjà quelques années. Le dragonnier, comme à son habitude, essayait de capter les courants telluriques autour de lui, dissimulés dans l'air qui se levait parfois brièvement pour redescendre tout aussi brusquement. Peut-être était-il encore trop tôt, peut-être qu'Amisgal ne le jugeait pas encore prêt. Peut-être le déclic ne s'était-il tout simplement pas encore enclenché au plus profond de lui-même...
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Loën
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Mar 10 Juil - 0:05
Irys : 117783
Profession : Verrière - Challumeuse
My'trän +2 ~ Zolios
Les yeux mi-clôt et la bouche entr’ouverte, Hag’ae Bogota dodeline doucement de la tête. Le roulis du chameau la berce et, depuis une demi-heure, elle pique du nez sur sa selle brodée. Autour d’elle bourdonnent deux vilaines petites abeilles : Hug’ol et Hug’un Bogota, jumeaux de leur état, s’emploient à chahuter la monture de leur petite sœur jusqu’à, de piquer du nez, celle-ci pique dans les dunes. La manœuvre échoue, cependant : le noble animal, vexé de ces pratiques indignes, échappe d’un trot soudain aux galopins. Hag’ae s’en trouve réveillée et, soupçonnant aussitôt une indélicatesse toute fraternelle, entretient le trot de son fidèle Pol’ype pour arriver à hauteur de sa protectrice, Tol’un Loën. Et d’entamer une belle bordée de remarques acerbes mais élégantes sur l’incapacité malheureuse de sa mère à pondre autre chose que d’affreux braillards.

Loën laisse échapper un fin sourire. Commencé il y a deux semaines, le voyage de retour vers Zolios est plus que plaisant. Le paysage ne se prête pourtant pas à de riantes contemplations : la morne poussière est à peine retenue au sol par les quelques graminées épaisses qui parsèment le sol. Rien ne vient égayer le paysage, que des troupeaux épars et des taches de soleil changeant au gré des nuages. Les steppes kharaliennes n’ont rien de bien réjouissant et l’aller n’a pas été une partie de plaisir, partagée entre ennui et excitation d’arriver enfin sur le lieu de la commande. Car ce qui a justifié le périple de la jeune femme jusqu’à Butsakh, c’est bien le contrat mirifique proposé par les chefs de clan de la terre : la construction du nouveau phare de Butsakh, rien que ça.
Bien sûr, les choses n’avaient pas été aussi simples qu’elles auraient du l’être et avaient découlé sur moult complications… Mais tout cela est désormais derrière Loën. Nul besoin de repenser à Aildor, à ses relents nauséabonds et à ses marins peu caustiques. Tout épuisant qu’il fut, le voyage a tenu ses promesses : le phare est debout, et avec lui la réputation de la jeune femme. Enfin son dur travail paie ! Les commandes afflueront bientôt, elle n’en doute pas un instant.

Mais d’abord il s’agit de ramener ces trois terreurs à bon port. Car le séjour à Butsakh fut l’occasion, évidemment, de faire le lien avec les contacts du clan Po M’Bak résidant sur place. On l’y accueillit avec une joie d’autant plus grande qu’on avait besoin d’elle… En effet, une branche mineure de la famille Bogota y est installée depuis vingt ans. La mère du trio sauta sur l’occasion : envoyer ses deux fils aînés en apprentissage à Eoril, la belle affaire ! Et sous la garde d’un membre réputé du clan, qui plus est. Ainsi, chargée du poids de trois âmes, de deux Salkhi et d’une paire de chameaux, la petite troupe était partie rejoindre une caravane descendant au Sud en direction de Busad. Arrivé à Busad, le convoi déviera ensuite vers le Sud-Ouest pour traverser le col des montagnes à Esarim, où les riches marchands butsakhiens allaient vendre leur chargement. De-là, Loën et ses protégés n’auraient plus qu’à travers l’Ünench pour se retrouver sur les chemins ancestraux du clan Po M’Bak. Le trajet promettait d’être long et sans histoire… A supposer que les enfants soient capables de se survivre à eux-même.

Dans l’immédiat, Loën commence à en douter. Bien qu’amusantes, les facéties répétées des trois enfants finissent par l’inquiéter. Hug’un porte encore les stigmates d’un combat façon vol plané avec un cactus, tandis qu’Hag’ae boîte douloureusement depuis que les jumeaux ont eu la bonne idée de tester leurs pouvoirs naissants sur la queue du chameau de la petite fille. Deux taloches et un gros cataplasme plus tard, la petite était remontée sur la bête la larme à l’œil et le pied vacillant. Il reste un bon mois de voyage : quel pourcentage de pertes lui avait autorisé la terrifiante mère Bogota, déjà ? Loën regrettait de ne pas avoir mieux écouté…

« T’as déjà vu un dragon ? » Hug’ol apparaît soudain à la droite de la jeune femme. « Un vrai dragon ? » Les yeux brillants de curiosité, Hug’un se rapproche tout d’un coup par la gauche. L’oreille tendue, Hag’ae se rapproche à son tour.
« Non. » Déception. « Mais... »
« RACONTE ! RACOOONTE ! »
« A Butsakh, j’en ai vu du cuir... »
« Pff. C’est nul. »
« Vraiment nul. »
« Paiki de la horde des Pieds Légers en a vu lui, une fois. »
« Il ment c’est n’importe quoi. Il ne différencierait pas ses pieds de ses f... »
Raclement de gorge.
« Il y autre chose. »
« Ah ? »
« Il y a des bruits qui traînent dans la caravane. On dit qu’un homme du Sud est arrivé il y a quelques semaines à Busad. Un homme de Dyen. »
« Dyen. La capitale des dragons ? »
« Elle-même. »
« Et alors ? »
« Il n’est pas venu seul, Hug’ol. »
Trois paires d’yeux qui brillent aussi fort que les questions se bousculent d’un coup. Tout d’un coup, la perspective d’arriver à Busad soulève une vague d’enthousiasme insoupçonnée jusqu’ici.
« C’est des craques, tout ça. » Hug’un le sceptique rentre en action. « Les dragons ne quittent jamais Dyen. »
« Et pourtant, il semblerait que ce soit du sérieux cette fois. Mais impossible de dire s’il sera encore là quand nous arriverons à Busad. Ces hommes du Sud sont imprévisibles. »

S’en suivirent trois journées d’enquêtes sans fin. Les rumeurs s’épaississaient peu à peu, mais pas assez au goût des gamins qui eurent tôt d’agacer les membres informés de la caravane. Ils furent rapidement renvoyés dans les soutes de Loën qui, impavide, tenta tant bien que mal de contenir leurs émois. Rien à y faire : la perspective seule d’être à à proximité de l’animal mythique, cracheur de feu et de flammes, rendait fous d’excitation les braillards. Au troisième soir après la discussion, elle hésitait entre la massue et la méthode plus subtile des drogues d’herbe. On arrivait en vue de la longue oasis, avant-dernière étape avant Busad, et Loën ne savait plus distinguer ses acouphènes des piailleries d’Hag’ae.

C’est alors que la rumeur monta, comme une vague. Le soleil se couchait et, heureuse d’arriver à l’étape, la caravane avait ostensiblement accéléré le rythme. Le bruissement naquit au fur et à mesure de l’approche, chargée de stupéfaction et, aussi, d’inquiétudes. Loën se hissa sur ses étriers. Ainsi juchée, elle avait une vue imprenable sur le miroir de la mare à peine troublé par les animaux de bât parqués au Sud-Est. Étrangement, elles semblaient s’être toutes massées à une extrémité de l’enclos, du côté où les hommes avaient installé leurs tentes blanches. Peut-être les roches noires et escarpées qui garnissaient la partie Sud et Sud-Ouest cachaient-elles des prédateurs dont l’aura diffuse effrayait les bêtes ? Difficile à dire. Une voix l’apostropha trois chameaux plus haut.

« Oh, Loën ! Gaffe à tes chiourmes, on dirait bien que le camp nous réserve une surprise de taille. »

Un éclair de compréhension entre les deux. D’un bond, la jeune femme se saisit des rênes des trois débraillés.

« On joue à un jeu, ça vous dit ? Le sol, c’est de la lave. Vous descendez, je vous descends. » Un cercle de flammèches, plus décoratives que menaçantes, viennent appuyer son propos en entourant les placides montures de ses pupilles. Protestations véhémentes devant la prise en otage. A défaut de pouvoir se jouer du feu comme leur protectrice, ils ont bien compris qu’ils trouveraient plus qu’un repos bien mérité ce soir au camp… Et Loën ne goûte guère l’idée de laisser trois saucisses se griller au feu d’une bête potentiellement féroce.

La caravane s’installe dans l’emplacement prévu à leur intention. Les locaux confirment : dragon il y a. Mais où ? Le dragonnier, un grand homme aux cheveux jaunes était parti plusieurs heures plus tôt avec son compagnon. De plus, il avait bien fallu laisser les petits descendre de leur monture : si tôt fait, ils s’étaient égayés dans le campement sans espoir de retour. Pourcentage de perte, n’oublions pas…

Loën avait donc installé la tente, préparé le dîner et vaguement tenté un rappel des troupes. Peine perdue, bien sûr. Il y avait peu de chances qu’elle les revoit avant le lendemain, pas la peine d’insister. Elle partit amener les chameaux diligemment déchargés – les Salkhii, eux, restaient sur place et gardaient soutes et biens précieux pour ne pas tenter les voleurs. Barrière levée, gardien payé, chameaux déposés, barrière fermé, problème réglé. Loën s’éloigna de son pas lent et serein le long de la rive, laissant errer son regard sur les rochers noirs qui occupaient sa gauche.
Brusque arrêt sur image.
Un des rochers vient de bouger. Loën se fige. Le dragon. En un quart de seconde, sa décision est prise : elle ne ratera pas l’occasion. Tant pis pour les gosses !

Dix minutes plus tard, Loën émerge trempée des eaux noires de l’étang. Hors de question de faire le tour par les terres : traverser l’enclos est interdit et irriterait le gardien ; faire le tour prendrait trop de temps. Sans prendre le temps de s’évaporer pour ne pas être repérable, c’est sentant la vase et le maquillage coulant que Loën se dirige vers les rochers, se guidant à la lumière douce du quart de lune.

Et il est là. Noir comme la nuit, à l’armure d’écailles qui se soulève et s’abaisse sans un cliquetis, le souffle grondant de chaleur. Il est éveillé : son œil rond et fendu d’or observe sans crainte la jeune femme qui s’approche sans un bruit, ramassée sur elle-même, vers lui. Et qui murmure…

« Que tu es beau… Que tu es beau… »

Pas de dragonnier en vue. Il n’est clairement pas sauvage, en tout cas.


   
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