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Chroniques d'Irydaë
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 Chasse à l'homme

Aurore Seraphon
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Mer 6 Déc - 20:43
Irys : 843016
Profession : Agriculture/Chasse
My'trän +1
Aurore avait pris le temps de méditer quelque peu sur les paroles de l’ancien militaire. La question de la sécurité, du bien-être, du confort lui semblait importante, cependant, elle n’était pas aussi convaincue que lui sur le fait d’être plus en sûreté à l’intérieur qu’à l’extérieur. Ici, la rouquine percevait un lieu fermé qui pouvait rapidement évoluer en tombeau, en cimetière pour les deux humains qu’ils représentaient. La question de l’alimentation était le sujet le plus important dont l’estomac de la jeune femme n’avait de cesse de lui rappeler à quel point la faim commençait à être présente. Debout, un peu plus éloignée du bassin, la chemise descendant juste au-dessus de ses genoux, humide à certain endroit à cause des restes des gouttelettes sur sa peau encore pâle. Passant une main le long des plis, la jeune femme semblait essayer de se blottir davantage dans le tissu, frissonnant davantage au fur à mesure que les minutes s’écoulaient. Un sourire satisfait s’était installé sur ses lèvres, quand Ludwig lui avait expliqué qu’il avait l’intention d’essayer de savourer l’instant présent, de profiter des moments simples de la vie. Au fond, Aure n’en demandait pas plus, l’idée même qu’il pense à le faire lui suffisait amplement. Déposant une main sur sa plaie, dont la cicatrice rougeâtre laissait entendre qu’il lui resterait toujours cette marque pas forcement agréable à l’œil, elle avait légèrement grimacé de douleur, signe qu’il allait falloir davantage de repos avant qu’elle ne puisse récupérer toutes ses capacités physiques.  Quoi qu’il en soit, qu’elle soit ou non en pleine possession de ses moyens n’avait guère d’importance, il y avait encore bon nombre de choses à faire pour être définitivement sortie d’affaire.

L’industriel semblait avoir encore envie de profiter de la chaleur réconfortante de l’eau, élément que la rousse pouvait entendre sans trop de difficulté. Aure en profitait pour récupérer le reste des vêtements, passant le pantalon et les chaussures qui lui semblaient soudainement et étrangement trop grandes pour elle. Fronçant doucement les sourcils, elle comprit son erreur, sentit davantage l’odeur de la chemise plus teintée d’une odeur masculine que féminine. Le constat n’était pas négociable, elle s’était trompée de chemise. Remettant le pantalon à sa place, ni vu ni connu, Aurore profitait de la non-attention du marchand pour échanger, récupérer ceux qu’elle avait pliés afin de les mettre là, où, lui les avait laissés. Pivotant légèrement, elle avisait à présent celui qui venait de sortir de l’eau, les gouttelettes longeant sa musculature masculine, frôlant les dessins sculptés par le temps sur son corps.  Ses lèvres s’étaient entrouvertes, laissant un souffle chaud s’en exfiltrer alors qu’elle restait comme subjuguée par ce physique convenable sans pour autant déborder de muscles saillants et puissants. C’était comme-ci soudainement, plus rien n’avait d’importance, plus rien n’existait hormis ce corps attirant, d’une beauté profonde sans faux semblant.

La rouquine n’avait pas perçu immédiatement les paroles de son interlocuteur, elle avait même dû le faire répéter deux fois avant de comprendre la formulation. Secouant doucement la tête, elle avait légèrement secoué la tête, passant une main sur l’arrière de la nuque qu’elle se massa quelque peu gênée par la situation. Complètement en accord avec ce qu’il venait de dire, elle n’avait rien d’autre comme image que ce physique, cet homme, coupant du bois torse nu, contractant les muscles de ses bras et son bas ventre pour réaliser l’action. Ses lèvres s’étaient pincées alors qu’elle réalisait dans quoi elle était en train de laisser son esprit vagabonder et c’est les joues particulières rougies qu’elle avait enfin semblé se ressaisir.


- « Je… Heu… D’accord… Il faudrait qu’on arrive à réaliser une seconde torche, même si une fois que le feu sera fait, l’endroit sera davantage visible. » Elle afficha un sourire « Il faudra cependant conserver un coin d’ombre pour tes nouvelles amies. Respecter ce lieu qui nous permet de nous reposer un peu me semble important. »

Tout en parlant, la rouquine avait repris ses habitudes lorsqu’elle s’exprimait, ajoutant donc, le geste à la parole. Aurore avait fait quelques pas vers Ludwig, afin de restreindre la pourtant courte distance qu’il y avait entre eux. La jeune femme le contourna quelque peu, avisant les marques sur son dos, laissant ses doigts effleurer les traces rougeâtres incrustées dans sa peau, aussi étrange que celui puisse paraître, elle trouvait cela beau. Aurore avait l’impression que cela donnait davantage de vie, d’histoire à ce corps qui n’en manquait pourtant visiblement pas. Le bout de ses doigts caressait les marques intenses, boursouflées encore par endroit. Il était à ses yeux, très agréable à l’œil, malgré son âge, malgré les actions violentes qu’il avait subies, loin d’être défiguré, loin d’être devenu une bête à fuir, bien au contraire. Elle se trouvait stupide, d’être juste là, à une distance d’un avant-bras, avisant les traces qu’il conserverait à vie, elle se trouvait sotte, d’imaginer des choses qui ne prendrait certainement jamais vie, naïve de se demander si elle n’aimerait pas que l’instant dure un peu, complètement folle d’imaginer une relation qui se consommerait et s’oublierait d’un battement de cil. Le manque de fatigue, les blessures, la mort omniprésente, tout ce méli-mélo de sentiments pouvaient amener à bien des pensées, bien des actions, étaient-ils seulement réellement uniquement responsable de tout ceci ?

- «  Comment ? »

Demanda la jeune femme spontanément en retirant sa main. Ce n’était pas qu’elle n’avait pas entendu la question, c’était simplement qu’elle avait eu besoin d’un petit temps pour y réfléchir, pour prendre en mesure la question, pour oublier ceux vers quoi son esprit s’abandonnait et même après plusieurs questions, elle semblait avoir encore du mal à se replonger dans la réalité.

- «  Je pense que le problème ne vient pas des architectes, mais de nous… » souffle-t-elle doucement toujours dans son dos, ses yeux détaillant inlassablement les futures cicatrices « Ce n’est pas les créateurs de tout ça le problème, ce sont nous, humain, qui n’avons de cesse de nous déchiré,  de nous entretuer »

Elle était repassée lentement jusqu’à lui, se plaçant face à sa silhouette, l’observant dans les yeux, sincères, honnêtes vis-à-vis de la question et de sa réponse.

- «  Je pense que nous avons toujours besoin de nous trouver un coupable et que c’est rassurant de pointer du doigt une autre personne que nous même. Ça nous enlève un poids, une responsabilité, c’est toujours plus agréable mentalement de dire, c’est l’autre, ce n’est pas moi. C’est même un comportement un peu enfantin, non ? » elle offrit un demi-sourire «  Est-ce que c’est réellement juste de pointer comme coupable les choses qu’on ne connaît pas ? »

Sans réellement se rendre compte de son geste, la rouquine était venue tout en délicatesse replacer une mèche de cheveux rebelle du visage de Ludwig, offrant un sourire à celui-ci. Elle l’abandonna par la suite ainsi, pour venir récupérer la torche se consommant de plus en plus un peu plus loin. La précieuse flamme en main, elle était revenue vers lui pour le lui tendre, il en aurait très certainement plus besoin qu’elle pour se rendre jusqu’à l’extérieur, quoi que… D’un petit mouvement de tête, elle avait démontré la sortie, murmurant simplement tout en se retournant :

- «  Tu devrais mettre tes vêtements… Puis, tu me montreras tes talents de bûcherons…
Cependant, fais attention à ton dos. Si ça tire, promets-moi de me demander de l’aide, inutile de rouvrir les plaies.
»

Aurore avait commencé sa progression dans le chemin étroit, se retrouvant dans l’obscurité de la deuxième salle. De l’autre côté, elle attendit sagement que l’industriel se décide à la rejoindre avec la précieuse source de lumière, sans quoi, elle était incapable d’avancer. Une fois son binôme, de l’autre côté, elle le suivit jusqu’à la salle de la pierre précieuse, pour retourner à l’entrée où restait encore les autres affaires. Là elle récupéra la torche, ainsi que le sac pour récupérer les crabes et elle disparut en sens contraire.

- «  Je compte sur toi pour me retrouver là-bas ! Avec de quoi faire un feu évidemment. » Elle s’arrêta avant de se faufiler dans le passage pivotant vers lui «  Finalement. Je suis contente de partager tout ça avec toi. »

Sur ses paroles, Aurore avait disparu, simplement, traversant de nouveau la pierre à la recherche des crabes dont elle avait bien l’intention d’en faire son repas. La rouquine n’avait pas eu de mal à trouver les bêtes, beaucoup plus à les attraper. Ainsi la frêle jeune femme à la chevelure flamboyante n’avait eu de cesse d’essayer, se faisant pincer, offrant quelque couinement de mécontentement lorsqu’elle se faisait agresser. Une vingtaine de crabes dans le sac, elle avait rejoint la zone sacrée de source d’eau chaude, bloqua de nouveau la torche dans un coin avant d’aviser le liquide. Mettre les crabes dans l’eau ? Vraiment ? Ne faut-il pas tuer l’animal avant ? Elle attrapa une roche, ouvrit délicatement le sac et ne put retenir un petit cri en constatant les crustacés se faisaient la malle.

- «  Hep, hep, hep !!! Revenez là »

Pierre en main, la rouquine tentait d’abattre sa pierre sur la tête des crabes avant de faire trembler le tout dans l’eau chaude. Elle avisa les petites créatures flotter, est-ce que cela allait fonctionner, rien n’était évident… Elle laissa échapper un soupir, alors qu’elle se relevait brusquement en avisant un crabe prendre la fuite, ni une ni deux, armée de sa pierre la rouquine n’avait pas réfléchi fonçant droit devant pour écrabouiller le crabe fuyant, nul doute qu’il finirait TOUS dans leurs ventres gargouillant. Entendant un bruit, un peu plus loin, la rousse se contenta de reprendre la parole :

- «  Ludwig ? Est-ce que ça va pour venir jusqu’ici ou est-ce que je dois te ramener la torche. »



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Aurore s'exprime en #ff9999
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Ludwig Strauss
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Sam 9 Déc - 0:58
Irys : 778577
Profession : [Officielle] Propriétaire d'industries de l'armement [Officieusement] Baron du crime
Daënar -2
Une nouvelle torche. Excellente idée, en effet. Ils avaient plus que besoin de cette source de lumière s’ils comptaient affronter les ténèbres de leur situation pas très lumineuse. Quoi de mieux qu’une torche pour dissiper les ombres angoissantes d’un futur incertain ? Certes, elle peut aussi éclairer la tanière du prochain monstre qui vous dévorera en deux morsures mais ce n’est qu’un détail après tout. Cependant ils avaient besoin de matériaux. Le bois ne serait pas un gros problème et un torchon arraché devrait faire office de mèche convenable. Mais le combustible posait problème, sans quoi la torche ne tiendra pas plus de quelques minutes pour les plus optimistes.

La mémoire de Ludwig lui fit à nouveau service en lui rappelant par le biais d’une image le souvenir qui suivait son affrontement difficile contre le chasseur à la machette épaisse. Tandis qu’il tentait tant bien que mal de transporter Aurore hors de la scène de combat qui n’aurait guère inspiré les peintres adeptes de duels d’honneur, un son particulier avait atteint ses oreilles sifflantes, un bourdonnement qu’il reconnaitrait facilement s’il ne le confondait pas avec le ronronnement métallique d’une tronçonneuse avant un carnage forestier. Une ruche d’abeilles trônait pas loin de leur abri. Hors ce n’est pas l’idée de leur voler le trésor doré et sucré qui le tentait, même si un bon pot de miel doux et succulent ferait un excellent repas, mais plutôt le fait que la ruche pourrait lui fournir la cire nécessaire pour faire office de combustible, à condition de la faire bouillir convenablement. Idée tentante, il n’aurait que peu de scrupules de fracasser et réduire en bouillie le royaume miniature des ouvrières infatigables, mais pouvait-il se risquer à affronter les insectes ailés qui n’hésiteraient pas à se venger à coup d’épées noires et vénéneuses ?

Une sensation agréable lui soutira un petit frisson apte à faire hérisser ses cheveux s’ils n’étaient pas humides et alourdis par l’eau chaude. Un souffle chaud s’échappa de ses lèvres, formant une fine buée qui se volatilisa aussitôt, mort-née. La douce et tendre sensation de caresses sur une partie de son corps malmenée, victime de la cruauté de l’homme, du fanatisme, de la haine et de la violence. L’homme ne réagit pas mais accepte cette marque d’affection physique comme le chien accepte les caresses d’une main charitable après avoir été constamment battu par des âmes impitoyables.

Puis il écouta la réponse de la chasseuse, l’analyse lentement comme on mâche un repas à la saveur inédite. Une fois de plus, son regard plonge dans le sien. Le bleu dans le vert. L’eau dans la forêt. Le saphir dans l’émeraude. Un léger sourire se dessine lentement sur ses traits apaisés. L’optimisme de sa partenaire d’infortune est presque contagieuse, le daënar trouvant dans la philosophie de la jeune rousse quelque chose de rêveur, une sorte de lumière d’espoir pour l’humanité. Une lumière hors de portée de cet homme plongé depuis trop longtemps dans les limbes de la face obscure des humains. Pouvait-il en sortir ou était-il condamné à être un spectre festoyant parmi les damnés ? Cette pensée le hanta si intensément qu’il cligna brusquement des yeux quand Aurore prit l’initiative de remettre à sa place une de ses mèches de cheveux qui s’était aventurée sur son visage de quarantenaire.

Elle avait peut-être raison. Mais pouvait-on réellement penser que c’était l’homme et non le créateur derrière la spirale de haine qui rongeait l’humanité ? L’arbre devait-il accuser la hache qui le découpait ou la main qui la maniait ?

Se relevant lentement, il s’étira paresseusement, roulant des mécaniques. La source thermale avait fait des merveilles sur son corps, lui redonnant vigueur et force tout en faisant disparaître les sensations de fatigue et de douleur. L’homme d’affaires s’empara de ses vêtements qu’il enfila prestement sans trop vérifier leur état et une fois correctement vêtu, il rejoignit la my’tränne avec la torche encore flamboyante. C’est à l’entrée de la caverne qu’il confia la source de lumière à Aurore avant de s’armer de sa fidèle hachette dont l’acier ne se plaindrait surement pas de couper du bois plutôt que des os sanguinolents.

« Fais attention à toi surtout. Qui sait si ces crabes ne cachent pas quelques vilains tours. Je serais triste de voir ma première amie my’tränne succomber à une horde de crustacés peureux. »

Sourire aux lèvres, il la quitta alors, s’exposant de nouveau à l’environnement inhospitalier de la forêt de Niislegin, avec ses mystères, ses secrets et ses dangers. Mais le frêle industriel avait laissé place à un survivant prêt à lutter contre les épreuves que son rival de toujours nommé Destin lui enverra. Plus aucune couardise n’animera désormais cet être de nature si prudent et peu enclin à se salir les mains. Peut-être que c’est ainsi que naissent les guerriers, se demanda le technologiste qui quittait l’abri rocheux pour s’aventurer parmi les arbres trempés. Le sol était extrêmement boueux et collant, des flaques brunes formant des nids à plusieurs recoins. Soucieux de laisser des traces susceptibles de trahir sa présence à lui et à Aurore aux yeux de quelques traqueurs, il surveilla ses pas, les camoufla, marchant sur des pierres ou des branches, recouvrant les traces pour les rendre invisibles. Longue tâche, mais nécessaire. Quant aux arbres, il les amputa de leurs branches les plus fragiles et basses, veillant à sélectionner celles qui avaient échappé à la furie des éléments et donc à la pluie torrentielle afin de ne pas avoir à les sécher.

Au bout d’un certain temps et un effort relatif, il avait amassé quelques branches relativement sèches. Cherchant d’autres morceaux de bois à assiéger à coups de hache comme un envahisseur contre la porte d’une forteresse, il entendit de nouveau ce bruit, ce bourdonnement caractéristique. Suivant l’origine du son, il découvrit alors la fameuse ruche accrochée au sommet d’une haute branche d’un arbre pâle et livide.

« Hm. »

L’homme avisa une des branches qu’il avait ramassé et dont le bout formait une grotesque pointe qui rappellerait la forme d’un pieu. Puis il fixa la ruche à nouveau, évaluant les risques, les possibilités, établissant une tactique.  Puis son regard se porta ensuite vers un caillou d’une taille conséquente qu’il ramassa lentement, le faisant rebondir contre la paume de sa paume pour en jauger la lourdeur et l’épaisseur. C’était le moment de s’entraîner au lancer de projectiles, quoique la cible risque fort probablement de se montrer très irritable ! Ludwig tendit le bras à la manière d’une catapulte, prêt à projeter de toutes ses forces le terrifiant objet de mort et de destruction qu’était la pierre rudimentaire et banale entre ses doigts. Calculant la trajectoire en se pinçant les lèvres tout en plissant des yeux, il espéra que la chance lui sourirait et lança son projectile avec l’espoir qu’il ne s’écrase pas sur la tête d’un quelconque prédateur rodant dans les parages.

Pas moins d’une heure plus tard, c’était un Ludwig trempé mais victorieux qui était de retour dans les entrailles de la caverne, une pile de branches coincées sous une de ses aisselles et la main serrant ferment son sac gonflé et trempé. Tâtonnant maladroitement, il finit par passer la faille et apparaître sous le rayon de lumière généré par la torche.

« C’est la dernière fois que je tente un coup pareil ! Rester plongé dans une flaque à peine plus haute que moi pour survivre à un essaim d’abeilles en colère. Ça semblait plus facile en théorie ! »

Il éternua brusquement tout en laissant tomber son butin de bois sur le sol, puis il s’approcha de l’archère qui semblait mener une lutte sans merci contre les crabes des cavernes peu enclins à se transformer en festin de fortune.

« Mais bon, on ne dira pas que Ludwig est rentré sans rien, regardes ! »

Ouvrant son sac sous le regard de la mage, il dévoila des morceaux dorés de ruche débordants de miel. Le parrain extirpa un petit morceau aux alvéoles dorées et le tendit doucement à Aurore, un fin filet liquide s’écoulant le long de ce trésor naturel.

« On va pouvoir profiter de quelques douceurs, puis on aura qu’à broyer la cire et la faire bouillir pour faire un bon combustible ! »

Laissant la chasseuse devenue cuisinière de crabes décidé de goûter ou non au miel, l’entrepreneur entreprit de remplir son second objectif, à savoir allumer un feu. Ramassant quelques brindilles, il eut plus de succès que la dernière fois et parvint à embraser le bois en s’armant de patience. Soufflant délicatement sur les flammèches, il déposa quelques pierres sur le feu naissant et expliqua à Aurore sans pour autant détourner son regard de sa tâche vitale.

« Si on chauffe suffisamment les pierres, on pourra les plonger dans un récipient d’eau où les crabes seront plongés. L’eau bouillera plus efficacement que la source thermale et les crabes seront plus aptes à cuire. Il y’a un petit sachet d’épices parmi les rations de secours que j’ai récupéré dans l’aéronef, on pourra donner du goût, peut-être même un bon ragoût.»

Laissant ses mains profiter des caresses de la chaleur générée par les flammes timides de son petit feu de camp, il alimenta ce dernier avec quelques morceaux de brindilles sèches puis déposa à proximité la cire pour qu’elle fonde, ne se privant pas de récolter le précieux miel pour l’étaler sur les durs biscuits de ration militaire afin de les rendre plus comestibles et agréables, ce genre d’aliments ayant une dureté de pierre et un goût à en faire brûler le gosier le plus solide. Il déposa ses gâteaux miniaturisés sur une feuille plate et la laissa à la portée de la jeune femme quand elle décidera de le rejoindre autour du feu de camp. S’emparant d’une branche plus épaisse que les autres, il commença à enrouler à son extrémité un morceau de tissu arraché aux emballages des rations de survie, faisant en sorte de créer une mèche pour faciliter la combustion par le haut plutôt qu’embraser tout le tissu d’un coup. Puis il commença à le tremper lentement dans la cire qui commençait à former un amas spongieux et gluant.

« Alors, tu t’en sors avec les crustacés ? »

Un grondement se fit entendre soudain et Ludwig se mordilla les lèvres avant de s’avouer coupable : son estomac criait famine !

« J’ai hâte de goûter à ta cuisine. »

Espiègle, malicieux, il la gratifia d’un sourire amusé et d’une lueur joueuse dans le regard, toujours concentré sur sa tâche. C’était un agréable moment à passer, une occasion d’oublier un peu l’horreur, la douleur, la peur et la fatigue. Un petit paradis pour quelques temps, de quoi reprendre un peu leurs forces et apaiser leurs esprits. Un répit providentiel.


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Aurore Seraphon
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Sam 9 Déc - 23:09
Irys : 843016
Profession : Agriculture/Chasse
My'trän +1
Sur le principe l’idée de l’eau chaude pour ébouillanter les crabes était très bonne, sur le principe seulement, parce qu’à chaque fois que la rouquine jetait un crabe dans la source chaude, la bestiole se hâtait pour en sortir et dévaler à toutes pattes de crabes loin du danger. Évidemment, la mage se précipitait aussi vite que possible pour le récupérer et généralement, l’altercation terminait par un pincement et un couinement de douleur, puis un écrasement de tête de crabe à coup de pierre.  La my’tränne ronchonnait comme une enfant, tâchant de faire de son mieux dans un art qu’elle ne maîtrisait absolument pas la cuisine. Pas convaincue de la cuisson des crustacés flottant à moitié écrasés à la surface de l’eau, la rouquine avait pris la décision d’attendre le retour de l’industriel, tout en continuant son combat acharné avec les quelques bestioles survivantes aux pinces particulièrement rapides. Aure n’était pas réellement en forme, malgré les apparences, la rouquine était submergée par la fatigue, par la douleur de son épaule, de ses côtés, mais aussi et c’était certainement le plus surprenant par son moral qui commençait dangereuse à chuter. Elle nierait évidemment avec beaucoup de conviction la situation, n’admettrait jamais être dans une démarche d’abandon, ou simplement la tristesse qui pouvait animer ses pensées, pourtant c’était réellement le cas. Seule dans cette caverne à l’obscurité plus que présente, la my’tränne semblait doucement perdre de sa positive attitude.

Est-ce que tout ceci était judicieux, qu’est-ce qu’il était en train de lui arriver ? Pourquoi n’était-elle pas en mesure de rester contrarié contre l’industriel, pourquoi restaient-ils enfermaient là ? Pourquoi l’homme lui avait-il sauvé la vie ? Un long soupir s’était exfiltré de ses lèvres, alors que ses deux émeraudes regardaient un nouveau fugitif partir à toute patte jusqu’a le couloir étroit menant à l’autre salle. Hors de question pour elle de délaisser sa position, tant pis, ça ferait un crabe de moins pour elle. Des petits bruits suspects avaient fait leur apparition plus loin, instinctivement, la jeune femme avait pris une posture défensive avant de prendre en compte la possibilité que ce soit le retour de l’industriel. Elle s’était redressée avait posé la question sur l’origine de la personne progressant jusqu’à elle. La voix du marchand avait fini par se faire entendre et c’est dans un sourire tout en demi-mesure qu’elle l’avait accueilli, il était trempé et elle s’inquiéta immédiatement de sa situation, se maudissant par la suite de voir naître ce genre d’inquiétude à son égard.  L’homme semblait avoir affronté une guerre, qu’il avait visiblement remportée, la rouquine s’en amusa quelque peu, laissant échapper un petit rire. Aure l’imaginait parfaitement rampant dans la boue, se noyer dans une flaque pour éviter le bombardement de dard plus habile et piquant les uns que les autres.

- « Tu parles de toi à la troisième personne maintenant ? » dit-elle un sourire en coin «  Tiens met ça, tu vas attraper froid. » la jeune femme retira sa chemise, pour la tendre à l’industriel « Pourquoi vouloir absolument du miel ? »

Avisant rapidement les alvéoles de miel, piquant le tout sans vraiment attendre, bien trop gourmande pour résister à la tentation du sucre. La rouquine avait ouvert la bouche, sortit sa langue pour ne pas perdre le filament doré qui tentait d’échapper à son assaillante au ventre encore trop vide pour louper une minuscule goutte du précieux nectar. La rousse avait fermé les yeux, laissant entendre un petit « mhhh » simplement murmuré, réaliste, doux, agréable, elle était en plein orgasme gustatif. Trop longtemps sans rien manger, trop longtemps la bouche sèche, le miel lui offrait une explosion de saveur, de sucré si agréablement qu’elle ne pouvait tout bonnement y résister. Un second « mhhh » s’échappa de ses lèvres, dont la langue passait sur celle-ci pour récupérer la moindre petite miette liquide en perdition.

- « Tu penses vraiment à tout… » souffle-t-elle  alors qu’elle s’intéresse déjà à ce qu’il fait.

Ludwig a changé, ou bien est-ce elle qui a évolué ?  Elle ne sait pas vraiment. La rousse se contente de l’observer, la salive toujours sucrée en bouche. Il était parvenu à faire du feu avec moins de difficultés, satisfait de son œuvre, de son art. La jeune femme avait délaissé les crabes pour venir s’installer proche du feu naissant, surveillant du regard les pierres dont l’utilité semblait déjà toute tracée dans l’esprit de l’industriel. Les paumes vers les flammes, la rouquine lâche un soupir de bien-être, de la chaleur enfin, de la vraie chaleur. Elle frissonna malgré la présence de sa chemise que Ludwig avait refusée quelque temps avant, avisa celle humide sur le dos du quarantenaire, avec l’étrange sensation d’être une petite nature. Lui devait avoir horriblement froid et elle osait encore se plaindre mentalement de la fraîcheur du lieu. La rouquine savoura l’instant, le regard fixé sur les pierres dans le feu, se colorant petit à petit d’une rougeâtre agréable.

- «  Comment on va déplacer les pierres, dans l’eau ? »

La question avait été spontanée, comme souvent. Aure avait relevé les yeux vers lui, curieuse de savoir comment l’homme qu’elle apprenait à connaître allait s’y prendre pour jeter les cailloux dans l’eau sans se brûler, parce qu’elle ne se risquerait pas à tenter l’impossible, elle était trop maladroite. Son regard s’arrêta un autre instant sur son geste lorsqu’il préleva un petit peu de miel qu’il porta à ses lèvres. Instinctivement, la rouquine avait détourné le regard, s’intéressant davantage à ses crabes.

- «  Tu devrais retirer ta chemise, elle séchera plus vite comme ça… Est-ce que les pierres c’est bon ? »

Le feu derrière elle s’était intensifié et même de dos, elle pouvait sentir la chaleur des flammes caresser son dos. Les pierres avaient fini par se retrouver dans l’eau, laissant échapper une vapeur significative, sans attendre elle avait déversé le sac avec les crabes, elle regardait les crabes flotter et du coup cuir, son ventre gargouillait lui aussi, atrocement. Doucement, elle était venue récupérer les épices pour déverser le tout dans l’eau, sans réellement réfléchir au fait qu’il aurait été plus judicieux de le mettre seulement après avoir sorti les crabes de l’eau. La rousse avait roulé doucement des épaules, un peu perdues, un peu fatiguées.

- «  Ça à l’air de cuir » souffla-t-elle simplement «  Et toi avec ta torche ? »

Elle ne lui avait pas offert de regard, se contentait de surveiller attentivement les crustacés, on ne sait jamais qu’un crabe à la tête explosé avait dans l’idée de ressuscité. Aure avait affiché un petit sourire en coin à sa phrase, elle n’avait pu s’empêcher de relever, dans cette douceur qui la caractérisait :

- «  Tu as surtout envie de manger, que ce soit ma cuisine ou une autre. Attends, quand il va falloir décortiquer les crabes… Je pense qu’on va s’amuser. »

Là était tout l’intérêt des crustacés, c’est qu’en plus d’être long à manger, il allait permettre de fausser leurs cerveaux, qui en voyant le repas s’éterniser penserait que les deux individus mangeraient beaucoup plus qu’en réalité. Son regard avisait une nouvelle les aliments flottant, avec cette hâte de découvrir le petit signe qui lui indiquerait que la cuisson serait terminée, définitivement.

- « J’ai une question » dit-elle simplement « Penses-tu sincèrement que l’homme peut vivre sans réelle attache ? Penses-tu qu’une personne peut s’épanouir, sans avoir ce lien qui uni certain un couple, cette confiance mutuelle, le fait de savoir que pour un autre, ta propre vie à plus d’importance que la sienne ? »

Le questionnement était étrangement sincère, étrangement réaliste. L’idée commençait à s’installer dans son esprit, elle qui n’avait jamais réellement songé à s’installer, à cesser des voyages inutiles, s’imaginait à présent faire une pause avec tout ceci, tenter de faire confiance. Elle n’imaginait pas forcément un lien avec l’industriel, bien au contraire, mais faire ce que finalement ses proches attendaient d’elle, fonder une famille, mais pas avec n’importe qui. Elle attendait toujours cet instant qui n’arriverait jamais, ces papillons dans le ventre, ce palpitant qui démolit sa poitrine. Peut-être imaginait-elle quelque chose d’impossible, d’improbable, peu importe, Aure se demandait réellement si l’Homme pouvait vivre ainsi en utilisant simplement les autres dans un but précis, en fuyant toujours l’attachement. Elle avait fini par rouler doucement un crabe, décortiquant celui-ci pour vérifier la cuisson de la chair, une fois le morceau en main, elle c’était délicatement relevée pour se rapprocher de Ludwig.

- «  Ouvre la bouche » qu’elle lui avait ordonnée avant d’enfourner la chair tendre entre les lèvres de son binôme « Alors ? » demanda-t-elle un peu anxieuse, pas certaine d’avoir vraiment réussi la cuisson.

La rousse avait délaissé le reste du crabe dans la main de l’industriel, avant d’aller récupérer un autre flottant à la surface. Aure s’était ensuite installée proche du feu, face à Ludwig pour débuter le décorticage de sa propre bestiole. Elle porte un morceau à sa bouche, mastique lentement, ferme les yeux, heureuse de manger enfin. MANGER. Le mot s’écrit en gros dans sa tête, alors qu’enfin son ventre semble offrir une demi-satisfaction, une envie, un remerciement. Elle mange, enfin. Aure avait dégluti doucement, les yeux brillants de cette intense satisfaction, celle d’offrir un petit quelque chose à son organisme, quelque chose de plus consistant que de l’eau.

- «  La prochaine fois, c’est toi qui cuisines » dit-elle simplement sans prendre conscience de sa phrase.

La prochaine fois, quand ? Comment ? Elle avait porté un morceau à sa bouche, mastiquant comme pour oublier, comme pour se refuser d’argumenter davantage. Parce qu’au fond, ni l’un ni l’autre n’était en mesure de définir comme tout ceci allait se terminer, personne. La rouquine se laissa doucement tomber en arrière, sur le dos, repliant une jambe, avisant le plafond de cette grotte, savourant la chaleur. Il était libre de récupérer les crabes encore flottants, libres de manger ce qu’il voulait jusqu’où il voulait, la rousse elle avait déjà été récupérer plusieurs crabes avant de s’installer. Les yeux vers le haut, elle souffla une nouvelle fois, toujours teintée par cette simplicité :

- «  J’ai envie de vivre, tu sais… De découvrir Irydaë, de me faire mes idées sur tout… Mais j’ai envie d’autre chose aussi, c’est stupide non, d’avoir des envies complètement opposées ? Je ne sais même pas si on va survivre toi et moi, ou juste toi. On est obligé de se faire confiance, c’est ironique n’est-ce pas ? Que quelqu’un de tes origines et quelqu’un de mes origines soit dans l’obligation de se faire confiance, de travailler en équipe pour survivre et après ? Après ça donnera quoi, nous deux je veux dire ? On repartira d’un côté, on oubliera. Ou alors, on sera mort et y a qui qui nous pleurera ? Moi c’pas difficile, personne ne se souviendra de moi. Et les fous, ceux qui chassent, ceux qui mangent les hommes… Pourquoi ils peuvent vivre eux avec des idéaux si monstrueux ? Je n’ai pas envie que tu gardes le souvenir de ça de nous, croyant aux architectes… Je n’ai pas envie… »

C’était ça, juste ça, aussi brouillon que sa conversation pouvait sembler être, c’était réellement sa pensée, sa façon de voir la chose, sans structure sans mesure, ou avec trop de démesure. Elle s’arrêtait sur des détails, sur une philosophie de vie, sur une perception et après ? Fermant doucement les yeux, mastiquant un nouveau morceau de crustacé, Aure se demandait sincèrement à quoi ressembleraient leurs vies après tout ça ? Une  blessure physique laisse des traces, mais les cicatrices psychiques, à quoi elles ressemblent ?

- «  J’ai toujours eu peur de devenir un monstre, mais peut-être que je suis déjà un monstre derrière de belles apparences. »



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Ludwig Strauss
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Dim 10 Déc - 18:04
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Daënar -2
Le voleur de miel attitré refusa poliment la chemise que souhaitait lui offrir Aurore en bon gentleman. Il n’allait pas veiller sur son confort personnel en acceptant que sa partenaire se débarrasse de ce qui la gardait tout juste hors de portée du froid, ce n’était pas digne d’un homme. Certains auraient eu la malice d’accepter pour profiter du spectacle qu’offrirait une femme débarrassé de ses entraves vestimentaires, mais Ludwig n’allait pas laisser ses manières réduites à pareilles malices provinciales.

« Hm, pour les pierres je vais me débrouiller à les soulever entre deux branches. »

Ce qu’il fit un peu plus tard, soulevant le plus délicatement possible les cailloux à la couleur orangée entre un étau instable de deux morceaux de bois grésillant. Puis il laissait les pierres tomber dans l’eau dans un grésillement sonore, véritable cocotte-minute primitive. Il répéta à nouveau le processus, lentement, délicatement, avec mille et une précautions. Fort heureusement il n’avait guère laissé tomber une des boules brûlantes par terre ou sur ses pieds, de ce fait tout ce passa pour le mieux malgré le ridicule de la situation. L’industriel tenant entre deux baguettes un caillou brûlant, il y’avait de quoi faire rire quelques coquins.

Suivant le conseil de la my’tränne, le mafieux s’était à nouveau débarrassé de sa chemise trempée qu’il déposa près des flammes de leur camp de fortune dans l’optique de laisser la chaleur sécher son seul vêtement. Il y’avait moins de gêne désormais à retirer une pièce de tissu en présence de l’archère. Après tous ces événements, ils semblaient avoir atteint un certain stade de complicité respectueuse qui leurs permettaient de négliger certaines règles sociales. La caresse des flammes chaleureuses lui fit du bien, chassant bien vite l’engourdissement qui le gagnait tout à l’heure.

« La cire a bien bouilli. Il nous reste plus qu’à tromper les mèches dans la mixture et on pourra alors les allumer quand on aura besoin de plus de feu. D’ailleurs il serait sage qu’on garde un peu de cire si jamais le besoin de faire de nouvelles torches se fait sentir. »

Ludwig renifle et fixe leur futur repas, ne pouvant s’empêcher de saliver légèrement à l’idée de plonger ses crocs dans la chaire tendre et juteuse de quelques crabes moelleux et chauds. Aurore avait raison, il allait falloir décortiquer les carapaces de ces fruits de mer à pinces, mais vu les élans de son estomac il craignait que les carapaces ne passent aussi dans son œsophage par une précipitation d’affamé.

Il haussa un sourcil tout en levant son regard vers Aurore qui, semblait-il, souhaitait démarrer un nouveau débat philosophique. Ils allaient devoir créer une petite école à ce rythme, pensa malicieusement le daënar qui l’écouta néanmoins attentivement. Question plus compliquée que les précédentes. Une fois de plus, le pli sur son front indiqua qu’il était plongé dans ses pensées, cherchant à nouveau une réponse satisfaisante pour les deux partis.

« Et bien, Aurore … l’homme est un être social par nature. La solitude n’a jamais donné grand bien à l’humanité qui a cherché depuis ses tous débuts à se réunir pour mieux survivre, vivre, évoluer. Mais certains choisissent de vivre sans attache car, justement, ces liens deviennent parfois des parfois, des faiblesses. Enfaîte, je pense que toute personne est libre de choisir si, oui ou non, elle souhaite vivre avec d’autres et partager ses peines et ses bonheurs, et d’autres qui au contraire préfèrent s’abstenir de toute attache de peur que le plaisir ne se transforme en désespoir. Chaque chose a sa part de risques, après tout. »

Il n’avait pas d’avis précis car même s’il souhaitait n’avoir que des relations purement professionnelles avec le reste du monde, il lui arrivait souvent, malgré lui, de s’attacher un peu à certaines personnes qui sortaient de l’ordinaire et avec lesquelles il avait une certaine harmonie, que ce soit culturelle, philosophique ou tout autre domaine. Ludwig pouvait-il s’attacher. Oui, mais c’était si rare, si difficile, si … contraire à lui-même. Et pourtant les petits miracles arrivent, non ? Ces petits événements qui changent un homme, juste un peu, mais le changent quand même, telle une petite lumière de clair de lune perçant l’épais feuillage d’une sombre forêt. Autrefois, il avait envisagé cette possibilité, celui de créer un lien unique, solide et précieux. Son cœur s’était attendrit un jour, désireux d’avoir un peu de cette chaleur si particulière qu’on ne trouvait qu’aux côtés des personnes qui désiraient tout partager avec l’être choisit. Puis, un jour, il rejoignit Aildor pour découvrir que la neige de ces terres maudites avait recouvert ses espoirs par la dure réalité du monde, embaumant son cœur d’un linceul grisâtre.

Aurore lui ordonna d’ouvrir la bouche, armée d’un morceau de viande de crabe qui semblait des plus juteux. Sans rechigner il laissa la chaire tomber sur son palais avant de la mastiquer avec appétit, n’hésitant pas à exprimer sa satisfaction en abaissant ses paupières tout en marmonnant un « mmh » rêveur. Croisant son pouce et son index, il forma un cercle presque parfait, signe universel pour indiquer que le repas était excellent malgré toute la maladresse pour le préparer. Enfin quelque chose de consistant et appétissant, c’était vachement plus nourrissant que les racines qu’ils avaient dût mastiquer la nuit précédente, ou la viande salée qui malgré son goût assez plaisant n’en restait pas moins coriace à en faire souffrir les racines de ses molaires.

« Cuisiner, moi ? Je risque d’être un bien piètre cordon bleu ! »

Ludwig mangea en bon gourmand, avec appétit mais sans précipitation, savourant convenablement cette aubaine de la nature, ce cadeau inespéré pour soulager leurs faims et combler un peu leurs palais d’une saveur autre que l’amère sève des racines ou le goût sec des biscuits de survie. Mordillant une pince peu collaboratrice pour en extraire le juteux butin, il abandonna un instant sa quête majestueuse pour s’intéresser aux dires de la chasseuse qui semblait bien pensive, tout à coup. Après tout, les estomacs bien apaisés déliaient souvent les langues les plus pâteuses. Mordillant sans grande conviction le bout de la pince ramollie du petit monstre en armure, il tenta d’ordonner un peu tout ce flux de paroles, d’inquiétudes, de doutes qui s’échappaient des douces lèvres de la jeune femme comme la fumée d’un feu mourant. Poussant un petit soupir, il laissa tomber la pince qui lui opposait bien trop de résistance et s’approcha de sa camarade de discussion, s’asseyant près d’elle, jambes pliées, les mains reposées derrière son dos de chaque côté, une mèche rebelle caressant son nez.

« Un monstre. Regarde le loup. C’est un magnifique animal beau, fort, majestueux et noble. Certains parviennent à l’apprivoiser et il devient le plus doux et fidèle des compagnons. Mais le loup n’est-il pas un monstre pour les proies dont il tire de quoi se sustenter ? Être un monstre, c’est comme être beau. C’est subjectif et ça dépend du regard qui te fixe et te juge. Pour les cannibales qui nous pourchassent, ils doivent se considérer comme des héros, des défenseurs de la foi qui purgent le monde de l’hérésie. Pour nous, ce sont d’abominables êtres aux pulsions malsaines. »

Se permettant de sourire avec douceur, le regard amical et sans aucune forme de malice ou d’espièglerie, il porta sa main le long de ses cheveux, s’humectant brièvement les lèvres avant de poursuivre.

« Je pense que notre mésaventure a, finalement, un bon côté. On devient plus fort, peut-être, à survivre contre tout. Puis on s’échange nos points de vues et même si ces derniers sont souvent contradictoires et opposés, on s’accorde sur certains points et cela semble nous rapprocher, nous qui sommes de nature différente. Pour ma part, je ne penserais pas de mal à toi et aux autres mages en basant mon jugement sur quelques sauvages affamés. J’ai eu le privilège de rencontrer des personnes diverses et variées. Des malicieux, des ambitieux, quelques fous aux visions plus paradoxales que jamais, des pacifistes presque naïfs … et une chasseuse de crabes des plus terribles. »

Joueur, il ne s’était empêché de lancer cette petite plaisanterie à l’égard d’Aurore dans le but de remonter son moral qui semblait être prêt à s’effondrer malgré l’accalmie de leur situation. Glissant sa main dans sa poche, en sortit alors une petite fleur, presque minuscule, d’un blanc immaculé. Il avait récupéré la plante lors de sa quête de bois de chauffage et avait eut l’étrange instinct de la garder pour l’offrir à celle qui avait prit soin de lui, Ludwig, l’industriel conspirateur et pragmatique, lui que toute autre personne aurait jugé préférable d’abandonner ou de tuer pour débarrasser le monde d’un prédateur bien trop gourmand. Il déposa doucement la petite fleur sur le ventre de la rouquine, près de sa main, en guise de remerciement pour avoir supporté sa présence.

« Moi aussi, j’ai souvent des envies contradictoires. Je pense que le mieux c’est de suivre son cœur, sa passion, et la satisfaire l’espace d’un instant, aussi bref fut-il, avant de se porter vers d’autres objectifs. Un peu comme un écureuil qui savourerait une noisette des plus appétissantes avant d’aller rejoindre ses camarades pour une folle promenade à travers les bois plutôt que de se priver de l’un ou l’autre. »

Fixant les flammes presque hypnotiques du feu de camp, il ferma doucement les paupières, laissant la chaleur ne faire qu’un avec son corps et doucement le recouvrir d’un manteau bienfaisant.

« Et puis, une sage m’a dit que la vie valait la peine d’être savourée au jour le jour. »

Son sourire s’élargit en fixant de côté avec  espièglerie Aurore. Malgré tous leurs différents, malgré le début d’une aventure catastrophique, malgré toutes les menaces, les difficultés et les privations, ils arrivaient enfin à s’entendre non pas en tant que daënar et my’tränne, mais en tant que deux Irydars.


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Aurore Seraphon
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Lun 11 Déc - 22:32
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Est-ce qu’il y avait une bonne façon de vivre ou non, est-ce qu’il y avait vraiment une ligne de conduite parfaite, puis les autres ? La rouquine ne savait plus vraiment, n’avait pas réellement envie de croire qu’il n’y avait qu’une seule possibilité valable pour être heureux, qu’un seul schéma de vie existant. Au fond, Ludwig et elle n’étaient-ils pas la preuve que les modes de vie parfois opposés pouvaient tout autant s’accorder que se détruire ? Avisant le plafond, dont les courbures rocheuses n’avaient pas de sens, installée sur le sol froid et rugueux de la grotte, la rouquine ne savait plus vraiment ce qu’elle souhaitait à présent. Découvrir un mode de vie qu’elle ne connaissait pas, explorer des terres inconnues, céder à cette envie irrésistible de voyager aussi loin qu’elle le pourrait et celle de cesser son comportement enfantin, de s’installer, d’épouser le premier qui voudrait lui dire oui, fonder une famille. Oublier tout le reste, oublier ses pulsions si singulières. Portant un morceau de chair à ses lèvres, mâchant lentement la jeune femme écoutait d’une manière plutôt attentive les paroles de l’industriel. Elle eut un sourire amusé, quand il avait évoqué le fait de ne pas savoir cuisiner, eut cette envie de le mettre au défi de lui préparer un plat pour accompagner le thé qu’elle lui devait. Puis, inévitablement, la réalité la rattrapait, elle n’était pas son ami, il n’était pas le sien, au contraire. L’objectif était simplement la survie, puis chacun repartirait de son côté. C'était ça le plan après tout, non?

Le quarantenaire était finalement venu s’installer à ses côtés, la my’tränne n’avait pas bougé, n’avait pas cherché à s’éloigner ni à suivre du regard ses mouvements. Sa présence n’était plus un élément désagréable, au contraire, c’était plutôt rassurant de le savoir là, de savoir qu’il pouvait intervenir en cas de difficulté. Lâchant un demi-soupir, fermant les yeux, la rouquine s’imaginait un loup à la crinière d’un roux aussi intense que sa chevelure, un monstre pouvait-il réellement être un bon monstre en fonction des points de vue ? Se renfrognant, gonflant les joues, elle semblait émettre quelque doute. Un loup n’était pas un monstre, non, il ne faisait que respecter le rythme de la nature, rien de plus, tuer pour vivre, mourir si malade, c’était un cycle, c'était tout. Contrairement à l’homme qui ne respectait en rien le cycle de la vie, allant jusqu’à se croire supérieur.  Les lèvres de la rouquine s’étaient entrouvertes, prêtes à faire entendre son désaccord, puis se refermèrent simplement, jugeant que ce n’était pas nécessaire. Aurore avait écouté la suite de la conversation avec cette insouciance, cette façon si singulière de voir les choses, essayant de conserver pour elle son sourire déformant ses lèvres, se donnant presque une crampe aux zygomatiques.  Elle n’était pas qu’une simple chasseuse de crabes elle était LA chasseuse de crabes, la rouquine exterminatrice de crustacés.


- «  Je ne suis pas n’importe quelle chasseuse de crabes, je suis une magnifique grandiose, fantastique, imbattable chasseuse de crabe, les crustacés tremblent tous devant moi. » fronçant doucement les sourcils, elle ajouta simplement «  Dis donc, c’est mal de retourner mes propres phrases contre moi »

Un brin d’humour, formulé avec douceur, tout en agitant une pince de crabe juste au-dessus d’elle, la faisant trembler comme la bête aurait pu être effrayée en la voyant lui courir derrière. Un petit soupir encore, une respiration un peu bruyante. Aure profitait simplement de l’instant, sincèrement, du feu et de son crépitement, de la présence d’un homme non loin d’elle, de la grotte et des bruits qu’elle renferme. Tout cela ne formerait certainement pas un mauvais souvenir, plutôt un secret qu’on garde précieusement, qu’on ne partage pas, qu’on n’oublie pas. Un fantasme irréalisable, avec l’envie d’une vie qui n’arrivera jamais.

- «  J’ai failli me marier tu sais » souffle-t-elle honnête, comme-ci tout ça n’avait plus d’importance «  Il s’appelle Lucas. Il à mon âge environs, un homme responsable tenant une boutique, nos familles se fréquentent depuis longtemps, c’était une évidence, paraît-il, quelque chose qui devait se faire…. Obligatoirement. » Elle  avait ri repensant à la stupidité de la situation « Alors, quand il m’a demandé si je voulais bien l’épouser et que mes parents me regardaient avec des yeux brillants, j’ai dit oui. C’était stupide tellement. Moi j’étais une sauvageonne qui mangeait avec les doigts, qui riait très fort pour rien et qui se moquait de tout et de rien et lui… Un homme qui compte tout, qui contrôle tout. Enfin, on a préparé la cérémonie et puis le jour J… Je ne me suis jamais rendu au lieu de rendez-vous. » Aure s'était mordu doucement la lèvre inférieure «  J’ai fuis, je suis partie chasser toute seule, première fois que je faisais ça… Je ne suis revenue que trois semaines après, certaine d’obtenir la colère noire de mes parents… Au lieu de ça, ils m’ont servi une soupe me promettant de ne plus jamais fréquenter la famille de Lucas. Et je suis devenue chasseuse. Au fond, je sais pas ce qui aurait été le pire, l'épouser, ou mourir dévoré par les fous...»

C’était fou, complètement dérangeant, c’était la première fois que la rouquine en parlait à quelqu’un première fois, qu’elle acceptait de s’ouvrir de partager autre chose que des faux semblants, que des manières stupides ou des apparences trompeuses.

- « Et toi Ludwig, tu es marié ? Père de famille ? Je suis certaine que oui… Je te vois peut-être bien arrière-grand-père, ou pourquoi pas arrière arrière-grand-père… La fourche en main, prêt à refaire un derrière au premier homme qui approche de ses enfants ou de ses petits-enfants féminins. »

Taquine, elle s’était mise à rire légèrement en se redressant, jetant une petite pince de crabe vide en direction de l’industriel. Qu’il était difficile de comprendre un homme dont tout oppose qu’il était difficile de s’immiscer dans son esprit, de savoir ce qu’il pensait, ce qu’il voulait, ce qu’il désirait. Qu’il était stupide de s’attacher à être comme lui, peu importe les conditions. Aurore tentait de se convaincre qu’une fois tout ceci terminé, elle finirait par l’oublier.

- «  On reprend notre progression demain, avec de la chance on progressera suffisamment vite pour arriver vers la plage en deux jours. Idéalement si on pouvait faire le voyage de nuit, ça serait bien. »

S’obliger à revenir dans la réalité et non cette illusion d’homme et femme sauvage construisant petit à petit un abri agréable. Délicatement, elle avait fini par se relever, dépoussiérant sa tenue vestimentaire, tapotant légèrement le tissu. Elle allait faire ce qu’elle savait faire le mieux fuir. Ne pas penser, ne pas s’imaginer tout un tas de projets qu’elle n’accomplirait de toute façon pas. Un sourire en coin, elle feinta une révérence plutôt bien effectuée :

- « Monsieur l’industriel, la chasseuse que je suis va retourner à l’entrée, récupérer les affaires et vérifier que tout est parfaitement calme. Monsieur devrait terminer les crabes, car après, je ne l’épargnerai nullement… Surtout que monsieur n'a point l’air de faire du sport régulièrement, autant qu’il se prépare mentalement. » Elle laissa un minuscule silence s’installer avant de compléter, juste au cas où «  Je parle évidemment de notre progression après le repos et des efforts que nous allons devoir fournir pour dompter vite notre environnement. Refaire la mythique histoire de Tarzan et Jane ne nous apporterait pas grand-chose. Mh. »

Gonflant doucement les joues, elle avait roulé des yeux à la façon des enfants avant d’abandonner l’homme à son emplacement, non pas sans lui jeter un dernier coup d’œil. Aurore avait récupéré la torche, refaisant le chemin contraire, passant par le petit passage étroit dans la roche, progressant dans les deux autres salles avant de retourner à l’entrée où la pluie semblait encore particulièrement active. La jeune femme avait senti une multitude de frissons animer son corps, alors qu’elle regardait les gouttelettes s’abattent sur le sol désormais boueux. Passant une main dans sa chevelure, elle avait dû sembler un instant désorientée, un peu perdue dans ses pensées. S’installant sur le sol à la limite de l’humidité, elle avait semblé avoir besoin de prendre un moment pour elle, en toute intimité. Pas d’industriel, pas d’étrange pensée, juste elle, sa petite personne et le vent qui se lève doucement pour chasser les nuages gris encore bien trop présent à son goût. Prendre une inspiration, respirer vraiment, ne plus penser et laisser les dons des architectes l’imprégner petit à petit, lentement, jusqu’à ressentir cette sécurité. Fermer les oublier, faire abstraction de tout le reste, visualiser Amisgal, visualiser Khugatsaa. Aurore avait finalement affiché un demi-sourire, laissant le temps passer sans forcément se rendre compte que l’instant commençait à se faire long.

- «  Bon allez, Aure, on se reprend, on se dépatouille de tout ça et hop on rentre à la maison. »

S’étirant doucement elle avait fini par se relever, par récupérer les affaires restantes, les siennes et celle de Ludwig, il ne restait plus aucune trace de leur passage, hormis peut-être quelque pas ancien marquant le sol, qu’elle tentait d’effacer en frottant son pied sur la terre. Les bras chargés, la torche en main, elle avait refait le chemin qu’elle connaissait maintenant sur le bout des doigts, s’arrêta devant l’énorme magilithe murmurant simplement à son intention :

- « Si je pouvais juste avoir un petit morceau comme toi… Ma force serait plus intense… On rentrerait plus vite… Mais j’suis pas encore prête pour ça n’est-ce pas ?! »

Retournant dans la salle suivante, elle ne s’attarda cette fois pas, se contentant de repasser par le petit passage, qui lui donna quelques difficultés, chargées comme elle pouvait l’être. Ronchonnant, elle avait finalement fini par réapparaître déposant le tout non loin du feu, bloquant une nouvelle fois la torche dans une roche.

- «  Nous devrions l’éteindre pour la conserver le plus longtemps possible, non ? » s’installant de nouveau proche des flammes elle offrit un sourire sincère «  Je me disais… Peut-être que… » elle offrit un nouveau soupir ne s’attarda pas davantage «  Non, ce n’est pas important. Tu devrais dormir déjà. Ne m’oblige quand même pas à t’assommer. Demain est une longue journée. »



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Ludwig Strauss
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Ven 15 Déc - 22:06
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Daënar -2
Hochant lentement la tête, il l’écouta raconter ce qui semblait être un événement très significatif de sa vie, découvrant un peu plus cette jeune fois avec laquelle il devait survivre, coopérer et soutenir afin qu’ils parviennent, ensembles, à quitter l’enfer de la jungle pour embrasser de nouveau la civilisation. Ses paroles confirmaient ses pensées à l’égard d’Aurore. Elle était un électron libre comme l’air, indépendante et agissant plus par instinct. Tout le contraire de Ludwig, machine humaine qui tournait toujours dans son esprit les différentes possibilités et opportunités avant d’agir. Très minutieux, trop minutieux.

Surprit par la question de sa partenaire de caverne, il garda le silence un court instant avant de murmure lentement, faiblement :

« J’ai une fille, en effet. La lumière de ma vie et la chose à laquelle je tiens le plus au monde. Elle est … la plus belle chose que j’ai pu faire en ce monde. Pure, innocente, débordante d’amour … »

En pensant à elle, si loin de lui, seule à Daënastre, seule parmi les fourbes chacals et les vautours opportunistes, il serra inconsciemment sa main sur sa chemise, au niveau du torse, froissant violemment le tissu fragile tandis que son regard se perdait soudain dans les flammes de leur petit camp, sourcils froncés et des rides plissant son front. Cela devait être la première fois que quelqu’un voit une marque d’inquiétude naître sur le masque de nature neutre et teinté d’une dédaigneuse condescendance. Katharina n’avait que tout récemment rejoint le cycle de la vie de Ludwig mais elle occupait déjà son cœur martyrisé tel un baume chaleureux. Hors l’idée de laisser sa perle précieuse aussi loin de lui le répugnait, sentant même une main invisible et glacée pénétrer son torse pour étreindre violemment son cœur dans un étau plus glacé que les morsures d’une tempête.

Mais outre cela, c’était la volonté de survivre qui s’embrasa à nouveau, lui rappelant qu’il devait vivre pour elle, pour la protéger et veiller sur elle, pour honorer la mémoire de sa défunte mère et lui offrir l’amour dont elle a été si brutalement arrachée en ce monde.

Ludwig hocha vivement la tête quand l’archère émérite lui déclara qu’ils devaient quitter les lieux pour reprendre leur route. Puis il la laissa quitter les lieux en lui accordant un petit sourire, puis son visage s’assombrit à nouveau. Cherchant à se concentrer sur autre-chose que ses inquiétudes qui lui faisaient l’effet d’un poison insidieux, il s’empara d’une branche épaisse et solide qu’il commença à en taille le bout avec sa dague volée, amputant le morceau de bois de son écorce coriace petit à petit. Tailler un pieu lui servirait d’arme secondaire et il se disait que peut-être Aurore désirerait en avoir un aussi. Aussi primitifs soient-ils, les javelots en bois pouvaient autant les aider à pêcher quelques poissons que repousser les bêtes sauvages à distance respectable.  Ludwig y appliqua toute sa concentration, oubliant tout pour ne se focaliser que sur la création de ce pieu rudimentaire, sa lame découpant encore et encore de petits morceaux de bois qui commençaient à s’entasser à ses pieds, ses prunelles de givre brillant d’une étrange lueur sous la lueur du feu de camp qui continuait à doucement crépiter, indomptable et impassible.

Il ne remarqua le retour d’Aurore que lorsque cette dernière lui adressa la parole, lui arrachant un petit tremblement de surprise. Accidentellement, il se coupa le pouce avec la lame recourbée qui glissa contre le bois lisse. Le daënar réprima un juron sonore, portant sa plaie vers ses lèvres pour panser la blessure du bout de la langue. Un goût métallique et chaud l’accueillit, mais la douleur était supportable. Au pire il ne s’agissait que d’un mauvais moment à passer. Laissant tomber le long épieu de bois, il secoua lentement la tête d’un air grognon.

« Tu as sans doute raison, je crois que je fatigue. N’hésites surtout pas à me réveiller pour mon tour de garde. J’ai de toute façon peu envie de dormir. »

Pliant sa chemise devenue sèche pour en faire un coussin improvisé, il la déposa à même le sol dur et rocailleux avant de se coucher, dos tourné à la chasseuse. Il eut une dernière pensée pour leur avenir, pour le sort que le destin leur cachait. Puis les paupières du marchand se firent lourdes comme du plomb et lentement, il se laissa aller dans les bras du sommeil. Nul cauchemar ne vint troubler son moment de quiétude, seulement un instant de vide absolu mais réparateur. Les heures passèrent ainsi, le gentleman ayant finalement réussit à trouver une position assez peu douloureuse sur le matelas de pierre que leur offrait la caverne.

Vint ensuite son tour, Aurore le réveillant comme promis. Il comptait sur elle pour qu’elle n’ait pas eu la folle idée de lui laisser trop de temps de sommeil au détriment du sien. Ils avaient tout deux besoin d’un repos équitable s’ils voulaient être d’attaque pour faire face à nouveau aux horreurs de Niislegin. Pour passer le temps, il reprit sa tâche du soir, transformant à nouveau une branche assez solide et longue en une arme de fortune acceptable, son rythme se faisant plus lent et minutieux de peur qu’il ne se blesse à nouveau dans sa tâche ou que le frottement métallique contre l’écorce ne réveille l’aventurière qui sommeillait près de lui. Se grattant un instant le cou, il remarqua que le feu de camp était presque éteint, seules quelques braises subsistant encore. Il était temps de se remettre en route. Tapotant doucement l’épaule de la jeune rousse, il lui murmura doucement :

« Debout, c’est l’heure de partir. »

Avant, il avait eu le réflexe de ranger les affaires d’Aurore pour lui éviter la peine, ayant même déposé l’arme de secours près de son arc. S’appuyant sur son propre pieu, il mima quelques coups d’estoc pour s’habituer au poids de son arme, tentant quelques bottes peu impressionnantes mais qui devaient faire leur effet face à un adversaire belliqueux. Après tout, leurs poursuivants ne portaient aucune armure, pas même du cuir. Les pointes pourraient donc percer la chaire de ces maudits macchabés comme un cure-dent transpercerait le zest d’une orange gonflée de jus.

S’emparant de son propre équipement, il patienta le temps que la my’tränne se libère complètement des effets confus du sommeil avant d’ouvrir la marche en direction de la sortie, non sans jeter un dernier regard sur le bassin chaud, presque avec regret. Désormais la dureté de la réalité allait les englober à nouveau. Serrant plus fort son bâton pointu, il sortit en premier de l’abri rocheux, inondant ses poumons d’une profonde goulée d’air frais. Jetant un regard vers Aurore, il hocha brièvement la tête en signe de détermination solide, se permettant même de sourire légèrement pour montrer une confidence ressuscitée comme un phénix.

« Allons-y. »

La forêt. La boue. Les nuées de moustiques. Le froid. Les lueurs attentives derrière les buissons. Les voilà replongés dans cet univers hostile et inhospitalier, armés de courage et de volonté. Ludwig ouvrait la marche, le regard glissant d’un itinéraire à l’autre, prêt à repousser tout assaillant embusqué, toute bête surgissant soudainement de l’épais feuillage de la jungle. À le voir ainsi, on aurait pensé à ces sentinelles courageuses qui affrontaient les ténèbres de la forêt avec leur maigre équipement, la lance fermement dressée en direction de l’inconnu et de ses mystères, l’esprit tentant de calmer une imagination qui se faisait débordante en ces moments de suspens angoissant, créant monstres et chimères qui sapaient le courage des aventuriers les plus téméraires et des explorateurs les plus chevronnés.

Les heures s’écoulèrent et petit à petit le décor changeait. La forêt se fit moins épaisse et le sol plus rocailleux. Tandis que la végétation se raréfiait un peu en ces lieux au profil d’un espace plus dégagé, ils comprirent qu’ils étaient dans un champ ou plus exactement dans une des grandes clairières qui parsemaient la jungle de Niislegin. Il fallait avouer que quitter l’espace d’un instant l’oppressante forêt redonna de l’aplomb au daënar plus habitué aux demeures de pierre à perte de vue que les arbres noueux et torturés. Piétinant un sol composé d’une herbe douce qui lui chatouillait les jambes, il laissa son regard se perdre sur un décor des plus magnifiques, vaste étendue verdoyante qui aurait charmé toute personne en quête d’une terre à cultiver ou simplement un lieu de repos. Cependant il aurait du faire face aux propriétaires des lieux, à savoir des aurochs de toute sorte broutant en paix en troupeaux distinctifs ainsi que quelques oiseaux qui volaient à proximité de longs cours d’eau sinueux.

Un spectacle si apaisant qu’il en oublierait presque l’urgence de leur voyage forcé. Son attention fut attirée par un couple d’Erveekhei se partageant un fruit d’apparence appétissante et juteuse et se surprit à sourire devant ce petit spectacle simple mais beau.


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Aurore Seraphon
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Mer 20 Déc - 13:22
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La rouquine avait décroché un sourire, fin, discret, pensant finalement que l’homme qu’elle avait face à elle n’était pas ce monstre de technologie qu’elle avait imaginé. Difficile pour elle de distinguer pleinement ou s’arrêtait ses préjugés et/ou débutait sa réelle pensée. Allongée sur le sol, elle écoutait plus ou moins attentivement les paroles de son interlocuteur, analysait ce qu’il formulait, mais aussi ce qu’il ne formulait pas. Elle avait finalement eu le dernier mot, l’heure du repos avait largement sonné, ce qui signifiait aussi, que très prochainement il allait falloir de nouveau se mettre en route. Se redressant lentement, Aure avait eu gain de cause, prenant le premier tour de garde, pour ne pas dire l’unique. La jeune femme lui était sincèrement reconnaissante pour ne pas l’avoir abandonné et même si les différentes actions faites par l’un ou l’autre ramenaient certainement les points à égalités, elle ne le percevait pas ainsi. L’arc contre sa poitrine, le carquois contenant les flèches juste à côté d’elle, la jeune femme resta ainsi éveillé, longtemps, trop longtemps. Son esprit empli de fatigue avait fini par divaguer, lui offrant des visions de choses qui ne se dérouleraient certainement jamais. Quoi qu’il en soit, son regard s’était déposé sur la silhouette masculine, pour ne plus jamais la quitter. C’était un besoin, une sensation inexplicable qui avait pris place dans sa tête, comprendre. Comprendre comment un homme estimant avoir réussi quelque chose d’unique avec un enfant –enfant qui était visiblement bon en plus- pouvait tout autant ne pas apprécier le monde et vouloir le dominer à ce point-là. La rouquine s’était mordillé la lèvre inférieure, consciente qu’elle ne pourrait pas résoudre le mystère d’une vie, en quelques heures. Aurore avait luté, autant que possible pour ne pas s’endormir, elle c’était même relevée quelques fois pour marcher un peu, pour oublier, pour détendre ses muscles, puis c’était réinstallée sur le côté, jambe contre son buste. Ce n’est que quand elle avait senti sa tête tomber à plusieurs reprises sans parvenir à luter, qu’elle avait réveillé tout en douceur le technologiste.

- «  Ludwig, c’est ton tour… » avait-elle soufflé en tapant très doucement son épaule et son bras.

Puis, à son tour, elle avait fini par tomber dans le sommeil. Toujours dans cette position un peu étrange, d’alerte. Aurore restait demi-assise, l’arc proche d’elle, tout comme ses flèches, une main sur l’une d’entre elles. La jeune femme semblait même lutter contre le sommeil, jusqu’à être complètement engloutis par celui-ci, sans avoir la moindre possibilité de s’en sortir. Anéantie par ce besoin vital de dormir, Aure avait fini par ne plus laisser percevoir le moindre signe d’éveil. Seule sa respiration régulière et lente était perceptible, alors que chacun de ses muscles avait fini par se détendre. L’esprit de la rouquine ne lui avait offert aucun songe, certainement trop épuisé pour lui permettre de réfléchir à quoi que ce soit. Le temps avait fini par s’écouler rapidement, jusqu’à reprendre un rythme normal quand la voix de son binôme d’aventure s’était fait entendre et qu’une main chaude provoquait quelque mouvement de son épaule. Émergeant difficilement, les cernes sous ses yeux et sa mine tirée attestant de cette fatigue de plus en plus complexe à combler, la rouquine avait lâché un petit grognement, qui aurait dû certainement ressembler à un « Mh » de désapprobation. S’étirant lentement, son regard s’était arrêté dans un premier temps sur la nouvelle arme qui se tenait à ses côtés et sur ses affaires parfaitement bien rangées. La rousse avait offert un sourire sincère, avant de se redresser, de réveiller ses muscles dans des gestes légers, avant d’opiner quand il l’avait interpellé pour se mettre en route. Hissant sur son dos ses affaires, elle avait retenu un juron entre ses lèvres au contact de ses effets sur sa blessure. Décidément, celle-ci ne semblait pas entièrement endormie.

- «  Attends-moi » souffla la rousse en s’activant davantage

Difficile pour la rouquine de suivre pleinement le non-mage. La fatigue, la douleur, le contre coup de sa blessure et de son agression avaient des conséquences imperceptibles, mais pourtant bien présentes. Elle était en arrière, sans jamais se plaindre, suivait l’homme dont la silhouette avançait un tantinet plus vite que ce que le corps de la jeune femme acceptait. Les sens en alerte, Aurore semblait prête à réagir au moindre bruit ou mouvement suspect, elle aurait évidemment cette seconde de retard, mais elle au moins elle réagirait. Ses muscles se contractaient avec cette violence douloureuse, peu agréable. Fixée sur le lointain, la rouquine n’avait pourtant qu’une idée en tête, avancée. Pour se donner du courage, elle usait de son d’Amisgal pour s’offrir des petites accélérations, ou simplement pour soulager les mouvements de Ludwig ou des siens. Pour la première fois de son existence, Aurore, semblait sincèrement imaginer le pire, sans s’accrocher à la moindre branche de positif.  Silencieuse, elle n’en touchait néanmoins pas le moindre mot, préférant conserver pour elle les doutes que la situation lui imposait.

Puis, peu à peu, les arbres commençaient à disparaître, la végétation à changer, comme-ci, la forêt elle-même souhaitait un peu épargner le duo. C’est une véritable plaine qui s’offrait finalement à eux, une plaine qui rappelait à la jeune femme les contrées de Suhury, nouant sa gorge d’une émotion qu’elle n’avait pas ressentie depuis bien trop longtemps. Aurore avait cette envie de hurler, d’en vouloir à Irydaë entier de lui imposer cette épreuve, elle en venait même à maudire les architectes de ne pas lui venir en aide, de tolérer un comportement aussi peu respectable de certaine de leurs créations. Au lieu de contempler la beauté des lieux et des créatures, la rouquine ne percevait elle, que des souvenirs douloureux, des endroits qu’elle ne pourrait certainement plus jamais contempler. Puis peu à peu, son vent de colère s’estompa, doucement, lentement, atrocement, il avait fini par laisser place à la beauté de l’endroit, comme-ci cette parenthèse pouvait être le dernier sursaut de vie, le dernier espoir auquel s’accrocher encore un peu.  Son regard s’accrocha finalement sur le couple savourant un fruit, un sourire s’afficha sur ses lèvres avant de se perdre, à quoi bon.

- «  C’est beau » souffla-t-elle le visage quelque peu épuisé «  On a de la chance… On va avoir de quoi manger. Des fruits, c’est quand même autre chose que les baies. » Son regard passait de bête en bête, vérifiant chacun «  Ce ne sont pas des bêtes agressives, pas d’inquiétude. Il suffit de ne pas les déranger trop longtemps. De toute façon, nous n’avons pas réellement le temps de traîner. »

Le vent, ici, était parfaitement perceptible, il venait caresser avec une certaine délicatesse le corps des deux survivants. Difficile de dire s’il était naturel ou provoqué par une quelconque source de magie. Aurore était en tout cas parfaitement innocente cette fois. Elle avait fini par abandonner le technologiste, simplement pour laisser ses doigts effleurer l’herbe verte et douce, pour sentir la sensation que l’environnement pouvait lui procurer, pour se ressourcer. Un bruit cependant, avait attiré son attention, un élément semblait perturber autant les animaux que la plénitude des lieux. Comme un cri étouffé, la sensation d’être agressé, le bruit d’un corps qui lutte pour quelque chose, des froissements. Instinctivement, la rousse avait relevé le regard vers son binôme, cherchant à le situer, cherchant à savoir si lui aussi percevait une quelconque sensation étrange. Étrangement, la rouquine avait préféré ignorer dans un premier temps cette sensation, certaine que s’il avait pu s’agir d’un ennemi, celui-ci aurait inévitablement déjà attaqué. Non, c’était autre chose. La rouquine s’était hissée sur la pointe des pieds, récupérant un fruit qu’elle n’identifia pas, cependant, les animaux mangeant ce même fruit, lui permettait de s’assurer de sa comestibilité. La rouquine en lança un en direction du non-mage, avant de croquer à pleine dent dans le fruit juteux et sucré. Le goût était agréable délicat, un véritable petit moteur pour le moral.

Se grattant les avant-bras, la jeune femme semblait seulement prendre conscience qu’elle n’avait pas été épargné par les moustiques, dont la multitude de petits boutons rouges attestait de cet état de fait. Passant ses mains sur les petits bourgeons démangeant, elle tentait tant bien que mal d’éviter de céder à son envie de se gratter, avisant son binôme qui semblait en admiration vis-à-vis du lieu, elle roula quelque peu les épaules. Un courant d’air s’était levé, amenant avec lui une odeur désagréable, soulevant le cœur de la jeune femme. Cette fois-ci, il n’y avait pas le moindre doute, quelque chose était mort non loin d’ici, bête ou humain, peu importe, mais l’odeur ne pouvait nullement tromper. La rouquine avait fait un léger geste de la main à Ludwig, l’insistant à venir la rejoindre, sans pour autant faire davantage de bruit. Si l’odeur l’avait surprise, elle ne lui avait absolument pas coupé l’appétit, puisqu’elle avait croqué une nouvelle fois dans son fruit, dont le jus s’échappait de la commissure de ses lèvres. Gourmande, mais surtout réellement affamée elle n’était pas prête de se refuser un repas, même pour un ou deux cadavres.


- « Il y a une odeur étrange, tu ne trouves pas ? »

Au fond, la question n’avait même pas besoin d’être formulée, l’odeur était devenue omniprésente avec le petit vent qui venait de se lever. La rouquine avait rapidement identifié le sens du vent, prenant sa direction, à la recherche de la source de cette odeur, sans pouvoir même s’imaginer ce qu’elle allait y trouver. Des bruissements d’ailes étaient parfaitement perceptibles et c’est finalement la descente en piquet dans le ciel d’un Orchin qui lui avait offert une première indication. D’un geste de la main, elle avait stoppé la progression du duo, murmurant :

- «  Tu sais ce que ça mange cette bête-là ? La mort. Elle porte malheur… » souffla-t-elle les yeux voilés d’inquiétude.

Reprenant plus rapidement sa marche, Aurore ne pensait plus qu’à une chose identifier la source, le repas de la créature. Arrivant finalement au bord d’un précipice, juste à la limite de la plaine si agréable. Ses yeux s’écarquillèrent alors qu’un cri s’échappe de ses lèvres. Des corps, des morceaux d’humains, une multitude, en état de décomposition avancée ou non. Des visages avec des yeux sortant des orbites, des têtes décapitées, des pieds, des jambes et une marée ensanglantée plus ou moins séchés… Un souffle chaud s’exfiltra des lèvres de la jeune femme, comme un morceau d’âme qui s’évapore, comme une détermination qui rencontre sa première faille, une philosophie de vie qui rencontre un tournant. La mort, omniprésente, partout, dont des visages qui pouvaient faire penser à certaine personne rencontré au bal, d’autres impossibles à identifier. Sur des énormes troncs d’arbres taillés en pointe sur lesquelles se trouvaient empalés des hommes, des femmes, des enfants.  À quelque pas d’eux, sangloté un homme, main ligotée dans le dos à un pilier de bois, au vu de son état, il devait être là depuis des jours. Son visage était creusé par la faim et la fatigue, au niveau de son menton se trouvait un pique, une arme tranchante prête à le pourfendre. Le moindre petit coup de fatigue pouvait être fatal, sans avoir la moindre chance de survie.

Pourtant, si Ludwig avait eu dans l’idée de venir en aide à cet individu dont le regard venait de croiser celui du duo, suppliant, implorant, quelque chose stoppa la rouquine, quelque chose que l’industriel avait déjà du remarquer. Il était l’un d’entre eux. Les marques sur son corps, les dessins, tout concordaient. Cependant, pourquoi lui faisait-il subir un tel supplice. L’homme pouvait à la fois être un atout pour s’orienter, comme un grand danger. Aussi surprenant que cela pouvait paraître, Aurore venait de constater son premier changement, elle ne s’était pas précipitée pour lui venir en aide, non. Elle acceptait même la possibilité de le laisser là. Au milieu de la fosse à cadavre se trouvait l’Orchin, qui bien loin du moindre souci semblait déguster avec appétits les restes humains, dont les craquements des os faisaient à chaque fois frissonner la jeune femme.


- «  Qu’est-ce qu’on fait ? » demanda-t-elle tout en laissant parfaitement entrevoir qu’elle lui laissait la responsabilité de ce choix.



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Aurore s'exprime en #ff9999


Dernière édition par Aurore Seraphon le Lun 8 Jan - 17:57, édité 1 fois
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Ludwig Strauss
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Lun 8 Jan - 17:54
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Oui, c’était très beau. Un spectacle que même lui ne pouvait rester indifférent. Un air pur, une nature luxuriante, une belle diversité d’animaux se repaissant paisiblement à travers les champs verdoyants. Une sensation de liberté qui caressa l’âme de Ludwig et lui apporta un étrange bien-être, si enivrant que le daënar aurait put tout abandonner et se laisser tomber sur les hauts pâturages, loin de toutes ses obligations, ses soucis, ses manigances et ses complots.

Par réflexe, il porta un regard vers la belle Artémis qui l’accompagnait et eut tout juste le temps de rattraper le fruit qu’elle lui avait lancé dans un geste quelque peu maladroit. Inspectant cet étrange aliment dont il n’avait jamais vu la forme dans un quelconque restaurant chic d’Ünellia ou dans les auberges raffinées de My’trä, puis le porta à ses dents voraces pour en arracher une belle part qui fit naître un indiscret filet de jus sur le coin de ses lèvres, tachetant d’une blanche écume le noir orageux de sa barbe désordonnée par les impitoyables péripéties vécues en si peu de temps. Un goût sucré rafraîchit son gosier et illumina son palais d’une saveur inédite mais Ô combien agréable. Si bien qu’il n’hésita pas à mordre à nouveau dans ce délice végétal avec un appétit dissimulant plutôt une gourmandise innocente et enfantine.

Dommage que les moustiques venaient gâcher cet instant de quiétude. Misérables vampires volants ! Comment Orshin avait jugé bon de créer pareils parasites dont la seule raison d’être était d’absorber le sang des êtres vivants pour créer plus d’odieuses suceuses d’hémoglobine qui hanteront les nuits les plus douces. De tous les sons désagréables, le strident accord de violon né du bourdonnement d’un vol de moustique près d’une oreille distraite était un des plus affreux pour le gentleman qui ne put s’empêcher de fouetter l’air d’un hargneux mouvement du bras, dans le futile espoir d’emporter quelques moustiques.

Se faisant, il remarqua qu’Aurore lui faisait signe de la rejoindre. Intrigué par le changement d’expression sur le visage de l’archère aux yeux d’émeraude, il la rejoignit en quelques pas rapides, serrant fermement son pieu improvisé au cas où sa partenaire avait repéré quelques dangers qui avaient échappé à son regard. La première chose qui le frappa fut une odeur nauséabonde qui irrita ses narines. Une odeur de décomposition tristement reconnaissable. Cependant cela ne devait guère les inquiéter en ces lieux, non ? Des animaux venaient à mourir un jour ou l’autre pour fertiliser la terre et nourrir les charognards, tel était le cycle de la vie.

Un croassement bien trop imposant pour appartenir à un simple corbeau attira son attention vers le ciel azuré. Une créature au plumage sombre entacha le tableau bleuté du ciel. Un Ovchin, s’il en croyait les livres de zoologie consultés à Skingrad. Un charognard qui servait parfois de montures à certaines personnes peu recommandables ou aux goûts douteux. Qui aimerait chevaucher un être dont le nom même était synonyme de malheurs et de morbidité ?

« C’est de mauvais augure. »

La curiosité semblait avoir possédé la jeune femme qui s’était élancée vers le lieu d’atterrissage de la bête volante. Ludwig n’était pas très enchanté de jeter un coup d’œil au supposé repas du charognard mais n’avait pas d’autre choix que de suivre l’impétueuse chasseuse en fronçant des sourcils. Un mauvais pressentiment l’avait gagné. Hors, en atteignant le bord d’un précipice, le spectacle qui les attendaient avait eu de quoi retourner les tripes du mafieux qui porta instinctivement son avant-bras contre son nez lorsqu’il fut assaillit par des relents pestilentiels. Une véritable boucherie humaine s’étendait devant leurs regards horrifiés, macabre entrelacement de restes humains abjectement empilés à la merci des charognards affamés. Ludwig cracha bruyamment sur le côté une bile amer, maudissant silencieusement les auteurs de cette barbarie sans sens ni raison.

« Maudits scélérats … »

Le tyorumien préféra détourner les yeux des troncs d’arbre transformés en guirlandes sanglantes, fruit de l’art des sadiques bourreaux. Le destin venait de leur rappeler avec horreur que leurs poursuivants avaient un bien large territoire, même dans cette lande féérique. Cependant, ses prunelles rencontrèrent le visage bien vivant d’un homme, ou plutôt la triste parodie d’un homme dans la chaire avait déserté son corps pour ne laisser qu’une peau parcheminée recouvrant ses os. On aurait dit une momie abandonnée si ce n’est le faible mouvement de son torse nu qui indiquait clairement qu’il respirait. Mais un détail fit froncer les sourcils de l’industriel et Aurore semblait avoir remarqué la même chose que lui. Les tatouages qui ornaient son corps décharné correspondaient parfaitement aux signes tribaux et aux runes que portaient les fanatiques assoiffés de sang qu’ils fuyaient avec grande peine.

Ludwig fixa Aurore un court instant, cherchant une proposition dans le regard de la fougueuse archère. Mais cette dernière semblait être sujette aux mêmes doutes et reposait la responsabilité du choix entre ses mains. Dure responsabilité, mais n’était-ce pas à Ludwig de toujours porter les fardeaux les plus immoraux ?

S’approchant donc du supplicié, il l’examina d’un œil critique. Cet homme était bien trop faible pour pouvoir espérer se mouvoir sur ses frêles brindilles qu’étaient ses jambes. De plus, leurs provisions étaient maigres et l’idée de partager d’avantage de leurs précieuses ressources avec un parfait inconnu ne l’enchantait guère. Mais avant de se décider sur le sort de cet homme, il souhaitait récupérer quelques informations. Débouchant alors le bec de sa gourde, il la porta aux lèvres craquelées du prisonnier qui but avec avidité les quelques gorgées que lui accorda son silencieux mécène. Toussotant bruyamment, il se fit douleur de ne pas baisser la tête au risque de laisser son menton rencontrer la pointe mortelle de l’épieu disposé à son attention.

« Aidez moi … par Delkhii, aidez moi je vous en conjure. »

Posant une main qui se voulait réconfortante sur l’épaule de la victime, l’homme d’affaires hocha lentement la tête en s’exprimant d’une voix paisible et sereine.

« Bien sûr, mon brave. Mais avant, parles-moi un peu de toi. Par quelles sorcelleries un fils de Delkhii se retrouve à subir pareil châtiment ? »


« Le sacrifice … le sacrifice. Les enfants des Architectes doivent apaiser Karad’Zul ou ce sera la fin de l’ère du festin divin. »

Haussant un sourcil, le daënar tenta de comprendre ce que signifiaient toutes ces étranges formulations qui sortaient des lèvres de cet individu.


« Notre protecteur, Karad’Zul … c’est lui qui garde notre Eden à l’abri des étrangers qui pénètrent notre sanctuaire. Si nous ne lui offrons pas des sacrifices, il nous abandonnera à la merci des infidèles et hérétiques ! »

« Et tu as été choisis pour accomplir le rôle d’offrande ? »


« J’ignorais que c’était ainsi ! Je l’ignorais, par Delkhii ! Mère Magri nous disait que c’était un immense privilège. Elle nous promettait les douces caresses des ailes de Möchlog qui nous emportera vers le palais des Architectes pour festoyer dans du miel et du lait. Mais pas ça … pas ça … »

Ludwig passa un index le long d’une des mèches de sa moustache, enroulant les cheveux soyeux autour de son doigt d’un air pensif. Tout cela n’était pas bon du tout. Quel genre de protecteur pouvait bien garder le territoire de ces sauvages ? Sans doute un être tout aussi abject, si ce n’est pire. Hors il était déjà bien difficile d’imaginer atrocités plus abominables que les œuvres commises par le clan cannibale. Une chose était sûre cependant, cet homme était condamné. Autant abréger ses souffrances.

Il regarda brièvement Aurore, puis saisit lentement le bras gauche de l’adepte de Delkhii.

« Tout ira bien à présent, tout ira bien … »

La lame de sa dague brilla un instant sous l’éclat du soleil, puis elle se dissimula brusquement dans l’aisselle du supplicié, atteignant aussitôt le cœur de ce dernier qui eut un hoquet de surprise, les yeux exorbités, avant de soupirer lentement et de s’affaisser contre son tronc, libéré de ses tourments.

Le bourreau retira son arme du corps sans vie et essuya furtivement la lame ensanglantée contre le pagne du défunt avant de rejoindre Aurore d’un air sombrement impassible.

« Il était condamné. De plus, si jamais un traqueur venait par ici, il aurait put livrer notre position. Il fallait l’achever, c’était la seule solution. »

Fixant l’Ovchin qui continuait à se repaître, il eut une mine de dégout et fit part ensuite de ce que lui avait raconté le prisonnier.

« Il semblerait que quelque chose de très dangereux vient se repaître ici. On ne devrait pas traîner. Si un cannibale a peur d’une chose, elle doit être monstrueuse. »

Puis ils entendirent un son étrange et terrifiant. Un grondement sourd et un battement qui faisait trembler le sol jusqu’à ses fondements. On aurait dit qu’un colosse avançait d’un pas pesant et à en juger par les nombreuses bêtes qui prenaient la fuite, cela ne devait pas être très faux.

Instinctivement, il saisit la main d’Aurore et courut loin de ce massacre abominable, avisant un arbre dans les racines qui surgissaient du sol formaient une sorte de petite cage végétale recouverte de mottes de terre et de feuillages. Parfaite cachette de fortune. Il poussa l’archère en premier dans l’abri avant de la rejoindre en toute hâte tandis que les pas se faisaient plus puissants et plus proches, accompagnés d’un grognement d’apocalypse qui aurait fait passer les sifflements des usines daënares pour des petites flûtes inoffensives.

« Bon sang, quel-est cet enfer ? »


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Aurore Seraphon
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Mar 9 Jan - 20:14
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Le spectacle n’avait rien d’agréable, plus de créatures imposantes à regarder, plus de fruits juteux à goûter, plus l’odeur de l’herbe humide à sentir. La mort omniprésente. Dans son simple apparat, s’offrant de la plus cruelle des façons. Le regard de la rouquine brillait de cette intensité étrange, perdue, troublé par cette vision de cruauté sans limites. Un instant, Aure se demandait si elle était en mesure de supporter tout ça, si elle allait encore parvenir à lutter contre cette portion d’inhumanité qui régnait dans la région. Son regard d’un vert émeraude s’était fait plus froid, plus dur, alors qu’il détaillait cet homme flirtant avec son dernier souffle, luttant pour une vie qui allait le quitter de façon inévitable très prochainement. La my’tränne ne voulait pas prendre la décision, du moins, pas sentir le poids qu’entraîne ce choix sur sa conscience. Qui était-elle pour déterminer qui devait vivre ou mourir ?  La rouquine avait la désagréable sensation d’être une lâche sur l’instant et le long regard qu’elle avait lancé à Ludwig trahissait largement cette pensée.

Immobile, comme tétanisé par une peur qu’elle n’avait encore jamais connue, Aurore l’avait laissée gérer le problème, quelque peu soulagé de constater que son partenaire acceptait de prendre la décision. L’attention de la jeune était restée sur l’imposant volatile, bectant les cadavres, les morceaux d’humains qui étaient encore visibles ici et là. Comme anticipant ce que l’industriel allait faire, elle se refusait d’aviser l’action, se refusait d’être complice d’un meurtre. Puisqu’il ne pouvait s’agir que de ça après tout, un meurtre. Qu’il décide de laisses l’homme ici ou de le tuer, l’un dans l’autre, c’était EUX qui prenait la décision, donc eux les bourreaux, les meurtriers. Les monstres. Le mot resta un long suspendu dans l’esprit de la mage, un souvenir douloureux refaisant surface. Celui ou elle-même c’était qualifié de la sorte, ou elle-même avait succombé à quelque chose d’incontrôlable, une part d’ombre, un passager sombre qui faisait partie de sa personnalité, mais quelle tentait de renier autant que possible.  

Il demandait de la pitié, le groupe en avait-il seulement eu pour tous ces gens, ces morts oubliés de tous ? Un rictus avait fini par se dessiner sur le visage de la rousse, sourire étrange, froid cruel, défigurant les traits de son visage. Un trait d’humour plus sombre. Délaissant l’oiseau portant malheur, elle avait avisé celui qui était en mauvaise posture. La main de Ludwig était posée sur son épaule, comme-ci il offrait une dernière attention, il proposait une dernière danse, un dernier échange. Le mort vivant offrait des réponses intéressantes, un nom étrange qui ne laissait rien envisager de bon. S’approchant d’un pas plus rapide, la rouquine avait eu cette envie d’offrir sa révérence à l’individu, poussé par ce sentiment négatif qui commençait à la ronger. Qui osait encore se trouver des excuses, des justificatifs d’un tel comportement, une mère ferait ça à ses enfants ? Une créature serait idolâtrée par des fous ? Impossible.

Les yeux de la jeune femme avaient fini par s’écarquiller légèrement, avisant l’éclair brillant faire son œuvre, puis constatant le décès de l’homme vivant encore il y a peu. Le cadavre était encore agité par quelques soubresauts, un léger filet rougeâtre s’extirpant de ses lèvres. Essuyant sa lame, Ludwig avait fini par rejoindre la rouquine à quelques pas de là, justifiant son acte par des éléments plutôt terre à terre. Étrangement la my’tränne n’avait pas montré un dégoût ou un mécontentement. Une grimace avait dû faire son apparition une fraction de seconde, pas plus. Aurore avait relevé une main, la balançant dans l’air, signe qu’il n’était pas nécessaire de discuter davantage de tout ça, elle en aurait fait autant. Son instinct de survie avait définitivement pris les commandes de son cerveau, ce qui pour l’heure n’était pas une mauvaise chose.

- «  Allons… » tenta de souffler avant de se faire entraîner dans un élan de crainte de l’industriel.

Ludwig avait glissé sa main dans celle de la rouquine, l’entraînant dans un chemin qu’elle ne connaissait aucunement. Il avait eu peur, elle pouvait le sentir le percevoir, sa main était chaude, ce qui contrastait quelque peu avec la froideur que provoquait l’état de fatigue de la chasseuse. Aurore s’était retrouvée sous un arbre, parfaitement entourée par les racines. Lui n’avait pas tardé à la rejoindre. La jeune femme pouvait sentir son souffle, imaginer parfaitement les battements de son cœur. Le grognement qui se fit entendre dans un premier temps fit dresser les poils de l’avant-bras de la jeune, qui conserva instinctivement sa main dans celle de l’homme d’armes. Elle plaça un doigt de sa main non prise, devant ses lèvres, murmurant un shht significatif. Il fallait attendre savoir de quoi il allait en retourner, savoir ce qui attendait cette fois les deux fuyards. Ses lèvres s’entrouvrirent cependant rapidement, quand un carnivore fit finalement son apparition. Un velours agréable, des dents tranchantes recourbées, l’animal ne faisaient pas sa taille normale, loin de là.  Des griffes particulières bien aiguisées. L’aimshgiin ne se tenait pas bien loin, à quelques mètres du duo, relevant la tête, il semblait humer l’air avec une envie non dissimulé. L’animal avait mis quelques coups de patte au cadavre, avant de comprendre qu’il était sans vie, chose inutile pour la créature qui appréciait voir quitter la vie de ses proies. Un rugissant important s’était échappé de sa gueule, provoquant l’arrivée d’une deuxième bête. Le premier pivota légèrement, le temps pour lui de frotter sa tête contre celle de sa potentielle compagne. Dévoilant ainsi une multitude de petits éclats verts sur sa peau. Fronçant doucement les yeux, la respiration de la rouquine se coupa un instant. C’était la première fois qu’elle constatait cette chose étrange et l’unique supposition qu’elle était parvenue à faire et qu’il s’agissait d’une anomalie. Grimaçant, elle avait resserré doucement ses doigts sur la main du daënar. Il ne fallait pas bouger, par se faire réparer, surtout pas se faire sentir.

Les créatures étaient redoutables, sadiques et très agressives, elle n’avait jamais eu l’occasion d’en affronter un, chose qui jusque-là lui avait semblé être une chance. L’idée d’avoir survécu à autant, pour finir dévorer par des dents tranchantes ne l’emballait guère. La jeune femme coula un regard inquiet à son partenaire d’aventure, sans réellement parvenir à saisir s’il avait compris de quoi il retournait. L’animal de son côté continuait à renifler l’air. Il avait fini par se jeter dans la fausse, s’amusant avec les morceaux de corps, la bête semblait laisser sa compère terminer l’exploration. Celle-ci venait de monter sur l’arbre aux larges branches dont les racines abritaient les deux humains. Aurore relâcha la main de Ludwig, relevant les yeux pour chercher à capter la présence de l’animal. Si elle décryptait le moindre mouvement ou bruit venant des deux compères, ils étaient foutus. Avisant Ludwig, Aurore se contenta de lui demander mentalement de ne pas bouger, de rester le plus silencieux possible, quitte à ne plus respirer.

Là femelle semblait chercher un endroit ou installer son nid, si c’était cet arbre-là en particulier qu’elle choisissait cela risquait de compliquer les choses, vraiment. La créature aux ailes sombres surplombait la zone, visiblement peu enclin à abandonner si facilement sa réserve de nourriture, ce comportement semblait irrité le mâle. Le bruit du tronc n’avait de cesse de crier à chaque coup de griffe que l’animal offrait sur ses branches. Un bruit sourd avait fini par faire trembler la terre, la créature à la fourrure plutôt dense venait de descendre. La rouquine fit lever un vent contraire, afin d’être certaine que l’odeur corporelle humaine ne puisse pas parvenir à l’un d’entre eux. Un large grognement avait attiré l’attention de la seconde. L’oiseau semblait attaquer la créature, inconsciente, prise de folie, le nuage sombre se laissait tomber en piqué droit sur l’anomalie.


- «  Il faut sortir… C’est notre seule chance… » murmura-t-elle faiblement.

Poussant doucement Lud, elle l’obligeait à sortir avant de se hisser à sa suite. Attrapant de nouveau sa main, elle l’entraîna dans sa course, il ne fallait pas rester jamais. C’était l’unique chance du couple de fortune. Relâchant son emprise elle le poussa délicatement avec un courant favorable, alors que de son autre main elle s’appliquait à offrir un vent contraire, tournant comme une petite tornade. Il fallait faire vite, vraiment vite. Son cœur s’était emballé, sa respiration aussi, la silhouette masculine juste devant elle avait quelque chose de rassurant et elle n’avait qu’un seul espoir, celui de ne pas se faire repérer. Malheureusement les bruits s’intensifiant derrière eux ne laissaient que peu de chance aux doutes.

- «  Plus vite, plus vite ! »

La course était folle, intense, c’était certainement pire que les cannibales, certainement plus tragique aussi de terminer ainsi. La my’tränne s’appliquait, elle utilisait sa magie autant que possible, jusqu’à ses limites. Malheureusement, la chance ne semblait pas être du côté du duo, plus que devant se dressait le vide. Un seul choix, unique. Sauter, ou se faire dévorer. La course avait fini par ralentir jusqu’à se stopper. En bas, l’eau était présente, omniprésente avec un courant visiblement fort. Ne restait plus qu’à savoir si l’homme allait oser. Ne dit-on pas que l’instinct de survie prend toujours le dessus ?

- «  Saute… Je te suis ou affrontons la chose ensemble… Mais je ne crois pas être en mesure de rivaliser. »

Tendant la main vers Ludwig, elle lui proposait de faire ce saut ensemble, à deux. Signe de confiance, ultime, unique.

Aimshgiin par là(click)



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Ludwig Strauss
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Jeu 11 Jan - 21:00
Irys : 778577
Profession : [Officielle] Propriétaire d'industries de l'armement [Officieusement] Baron du crime
Daënar -2
Deux bêtes sanguinaires, armées jusqu’aux dents, jouaient avec les restes sanglants des sacrifices offerts par les fous dans une impunité sauvage insoupçonnée chez des animaux. Ces créatures étaient absolument terrifiantes, c’était la première fois que le daënar en voyait un spécimen de ses propres yeux et force était de constater que leur réputation de tueurs-nés n’était pas usurpée à en juger par leur vaste arsenal de griffes tranchantes comme des rasoirs et de crocs démesurés, sans oublier une musculature qui forçait la crainte et le respect.

Il n’avait pas souvenir, par contre, que les aimshgiins étaient dotés d’excroissances verdâtres sur leur fourrure. L’apparence de ces étranges écailles donnait l’impression de contempler du verre ou une sorte de minerai indéterminé. Se pourrait-il qu’il s’agisse d’une anomalie ? Voilà une bien étrange rencontre. Non, le destin ne se contentait plus de lui envoyer des monstres, il fallait aussi qu’ils soient contre-nature pour bien persécuter le criminel ! Serrant sa modeste lance de bois, il ne put réprimer un tremblement lorsque la bête poussa un rugissement à en faire trembler les murs d’une bibliothèque. Quelle force, quelle férocité, quelle bestialité ! Était-ce donc ainsi que Ludwig allait périr ? Dévoré lentement par les prédateurs les plus sadiques de la faune de Niislegin ? Inconsciemment, il serra d’avantage la main d’Aurore, seule consolatrice dans les malheurs vécus en ces terres maudites.

Fixant cette dernière, il hocha lentement la tête, comprenant en toute logique qu’il ne devait pas esquisser un geste au risque de révéler leur présence aux chasseurs bestiaux. Rigide comme une statue mortuaire, il attendait. Quoi donc ? Il ne pouvait le déterminer. Peut-être la fin, ce moment où leur odeur parviendra à l’un des monstres et où ils devront défendre leur petite cachette contre une tempête de griffes assoiffées de sang ? Attendre la fatalité d’un destin tragique et sans gloire, pire même que le sort promis par les fanatiques qui désiraient leur accorder une sorte de raison d’être pour un dessein affreux.

Cependant, un miracle se produisit, une chance inespérée. L’ovshin, prit par une agressivité qu’on ne soupçonnait pas chez un charognard, agressa le duo de félins monstrueux dans une parfaite folie. Comment ? Pourquoi ? Par quelle sorcellerie ? On dirait que la nature avait perdu toute raison en ces terres bannies de la clémence des dieux. Ils étaient dans un enfer où même les êtres les plus couards se montraient dotés d’une belliqueuse pulsion. C’était une ode au sang qui animait chaque être vivant !

Aurore lui souffla de fuir, maintenant. Ses muscles jusque-là tétanisés par la peur d’une mort violente furent parcourus par une vague électrique qui ranima ses sens et boosta son métabolisme par une piquée d’adrénaline. Telle une flèche tirée par l’arc d’Apollon, il fusa avec sa partenaire, ses jambes s’animant d’une vitesse désespérée, les ailes de la peur le guidant à travers les champs. Les grognements furieux derrière leurs dos indiquèrent que le couple d’aimshgiins venaient de les repérer et les poursuivaient avec une volonté féroce. C’était presque s’il sentait l’haleine fétide de leurs mâchoires claquant derrière lui.  Et puis soudain ils s’arrêtèrent devant un ultime obstacle : un précipice s’ouvrant vers l’immensité liquide d’une eau furieuse. Ludwig manqua de tomber lorsqu’il planta violemment la plante de ses pieds dans la terre poussiéreuse, le cœur battant la chamade. Un caillou virevolta en l’air et tomba, comptant plusieurs battements de cœur avant qu’il ne s’écrase dans l’eau.

Cette hauteur le terrorisait, sans oublier le courant fort qui promettait aux deux survivants de les entraîner dans une brutale et froide danse contre les récifs. Oh non, pas ça. Il préférait largement affronter les deux monstres. Ils auraient une chance, lui et Aurore. Ensembles, ils avaient bien réussit à terrasser certains de leurs tortionnaires. En alliant leurs forces, ils pourraient …

Bouche bée, le gentleman fixa les deux bêtes immobilisées en face d’eux, crocs et griffes prêtes à les déchiqueter en lambeaux sanglants. Les mains de l’homme d’affaires devinrent pataudes et ses doigts se relâchèrent le long du pieu qui retomba misérablement par terre, aux pieds des prédateurs qui savouraient d’avance l’écart qui les séparaient de leur festin. Jamais le mafieux ne s’était sentit aussi impuissant face à un danger. Bandits, forces de l’ordre, psychopathes, traîtres et espions … il en avait rencontré, des menaces, mais s’était toujours sortit indemne et avec brio de la situation grâce à son intellect. Mais là, sur ce précipice et face à deux monstres carnivores, toute l’ingéniosité du monde n’aurait put le sauver. C’est avec horreur qu’il comprit que, cette fois, il allait devoir laisser sa vie entre les mains de ce qu’il méprisait le plus : le hasard. La chance lui sourira t’elle, lui qui lui avait toujours tourné le dos ?

Un regard unique vers Aurore. Oui. Avec elle, peut-être … peut-être qu’il pouvait le faire. Fixant la main tendue, il la saisit maladroitement mais sans aucune hésitation, se contentant d’hocher vivement la tête.

Sentant que leurs proies avaient un projet derrière la tête, l’un des aimshgiins s’approcha pour les happer d’un coup de griffe apte à éventrer un homme nu, mais le duo suicidaire s’était déjà élancé vers le vide.

Le sifflement insistant du vent dans les oreilles de Ludwig ne put dissimuler le rugissement de fureur des prédateurs, mais il n’en avait cure. Son regard ne se portait plus que vers l’immensité bleue qui se rapprochait dangereusement vite. Serrant des dents, il abaissa ses paupières, sentant que la mort allait enfin avoir la main sur son âme. Puis son corps percuta l’élément liquide et ce fut le néant …

~

Un toussotement violent parcourut la poitrine endolorie de Ludwig lorsque la conscience regagna son corps. Crachant une goulée d’eau sur le sable, il se retourna, les cheveux collés sur son visage humide. Haletant, il jeta des regards effarés tout autour de lui. Le précipice, les aimshgiins, la chute … désormais, il se trouvait sur ce qui semblait être le flanc d’une montagne. Le courant les avait traîné jusqu’ici ? C’était miraculeux qu’ils aient survécu … mais où est Aurore. En cherchant autour de lui, il finit par apercevoir la tignasse enflammée de l’archère étendue un peu plus loin sur le sable. Tentant de se relever malgré ses vêtements aussi lourds que du plomb, il parvint jusqu’à la jeune femme qu’il retourna sur le dos.

« Aurore, hey, réveilles-toi. »

Tapotant doucement la joue de cette dernière, il tenta de la ramener parmi les conscients, vérifiant qu’elle n’avait pas succombé par malheur à leur terrifiante chute. Sans se socier de règles de pudeur, il entama un massage cardiaque sur la poitrine de la my’tränne, soucieux qu’elle ne se soit noyé. Sincèrement inquiet, il réitéra à plusieurs reprises le processus sans jamais oser passer à l’étape qui le pousserait à partager son propre souffle, confiant que ses mains allaient ramener à la vie l’impétueuse aventurière comme un adepte de Möchlog avec sa mystique magie.

« Allez, réveilles-toi … s’il te plaît … »


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Aurore Seraphon
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Sam 13 Jan - 16:11
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Profession : Agriculture/Chasse
My'trän +1
La fuite. Encore. Toujours. L’instinct de survie murmurerait certain, l’inconscience murmurerait d’autre. Main dans la main, le duo un peu particulier tentait de fuir un destin tragique, une fin lamentable pour ceux qui avaient réussi à réchapper au pire, était-ce seulement réellement le pire. Un choix. Unique simple. Définitif. Survivre. Coûte que coûte, peu importe la manière, tous les coups étaient permis quand il s’agissait d’une vie, d’autant plus pour leurs vies. Le branchage venait effleurer les bouts, entailler les plaies déjà ouvertes, les respirations s’emballaient, tout comme la symphonie des cœurs qui n’essayait nullement de se séduire, mais bien de maintenir un semblant de survie, d’espoir, aussi fuyant soit-il. Une respiration qui se coupe, un regard fuyant qui cherche une solution, une branche auxquelles se raccrocher, des pierres qui chutent en bas d’un gouffre, dont les mouvements de l’eau ne laissent que peu d’espoir quant à la finalité. Les jambes sont douloureuses, les muscles se contractent, le cerveau s’active pour trouver une réponse à la problématique en vain. Les doigts de la rouquine viennent entrelacer lentement ceux de l’industriel, alors qu’elle lui adresse un regard trop plein d’émotion. Sur cet instant, il était son tout, celui-là même qui la regardait pour la dernière fois, celui-là même qui avait vu l’espace de quelques jours son évolution. Submergé par ce flot de sentiments étranges, ce mélange de peur, de contrainte, de colère, de dégoût, de mépris aussi, la my’tränne ne parvenait plus à réagir convenablement.

Les bêtes sanguinaires avaient fini par rattraper le couple, non pas sans dévoiler des dents tranchantes et rougeâtres. Avec lui, avec sa présence, son regard, sa méfiance, elle acceptait le combat, elle acceptait de perdre et d’être faible, mais pas définitivement. Ne devait-il pas rentrer chez lui ? Ne devait-elle pas rentrer chez elle ? Enfouir sa tête dans la longue chevelure de sa mère, s’excuser de son comportement ? Ne devait-elle pas se résoudre à abandonner le combat, à accepter de faire une pause dans la découverte d’Irydaë. C’était tout et rien à la fois. Son regard était rendu plus froid, comme par le passé, comme-ci sur l’instant précis, ce n’était plus la jolie my’tränne pleine de vie, de douter, de rancune pour ces esclavagistes, ces étrangers. C’était celle qui avait déjà tué des humains, pour son bien et le bien des autres. Serrant doucement la main de Ludwig qui était à présent dans la sienne, sentant la moiteur de sa peau, imaginant cette respiration qui s’emballe comme la sienne, se cœur qui loupe plusieurs battements dans la vague de malédiction du destin. Et maintenant ? Les redoutables prédateurs s’impatientaient, ils s’amusaient de la peur de la proie, devaient déjà avoir parfaitement à l’esprit la procédure à entamer pour étouffer les proies, pour déclencher la souffrance, pour faire preuve du sadisme propre à l’espace. Un mouvement de recul, un commun accord, une attaque qui se déclenche et un saut tragique, potentiellement fatal.

Le contact de l’eau froide sur sa peau, l’effet violent du courant malmenant son corps, la difficulté de remonter et l’eau qui s’infiltre par sa bouche, son nez. Elle remonte de temps en temps, se fait projeter contre les roches, lutte pour sa survie, mais pas seulement la sienne, celle aussi de Ludwig. Les mains se tiennent encore et malgré la violence du choc, la force de l’eau, le duo semble lutté autant que possible pour une survie commune. Les visages finissent par revenir à la surface quelque seconde, le temps d’inspirer un air salvateur. Uniquement moment de répit pour des corps qui n’allaient pas tarder à se retrouver, marqué, bleuté, abîmé par la violence d’une eau sauvage. Les doigts se défont glisser et la dernière chose dont la rousse se souvient, c’est ce regard plein de détresse qu’elle a dû lui lancer, cette excuse formulée sans avoir besoin de la prononcer. Puis c’est l’obscurité, l’impression d’être une poupée de chiffon, l’impression de tirer son dernier souffle et de nouveau, cette pensée présente, cette excuse teintée de regret « je n’ai pas été suffisamment forte pardon. » Encore. Comme la fois où elle n’était pas parvenue à sauver tous les My’träns, où elle avait dû faire des choix, ou le sang des ennemis avait coulé sous ses flèches, ou elle avait forcé le dernier soupir des adversaires. Quand elle avait découvert que les bâtons des non-mages pouvaient blesser, traverser les chairs. C’était son tour à présent, douce récolte de ce qu’elle avait semé des mois auparavant. Pourquoi… Pourquoi maintenant ?

Et puis c’était fini, plus rien. Hormis cette voix, se murmure qui n’avait de cesse devenir souffler à son oreille qu’elle devait vivre qu’il n’était pas l’heure d’arrêter de se battre, pas maintenant. Et pourquoi pas ? Peu à peu, encore, les dernières forces quittent l’esprit de la my’tränne et c’est le silence qui vient prendre possession du reste. Englobant l’environnement et la poupée de chiffon qui flotte, qui se déplacent au grès des courants jusqu’à s’échouer visage contre le sable humide, collant. Les dernières vagues terminent de la pousser suffisamment loin pour ne plus risquer de se faire emporter et l’environnement reprendre le dessus, poursuit sa danse, en oubliant le corps inerte de la jeune femme sur le sable chaud. Aucun mouvement, aucun cri, aucune larme, juste ce silence, omniprésents. Étouffant.

Le corps est finalement retourné par le mouvement de l’homme, de cet industriel avait qui elle aurait tellement voulu vivre. Sur le dos, les cheveux de la my’tränne humide colle à son visage, le camouflant en partie, ses lèvres son entrouverte laissant échapper un fin filet d’air, imperceptible si l’on n’y prête pas réellement attention. Elle vie, encore. Toujours dans l’obscurité, la rouquine ne se rend compte de rien, son organisme reste aussi moue que la poupée de chiffon transporté par le courant. Puis c’est une douleur, violente, vive dans la poitrine qui la ramène. Comme un rythme contraire à sa propre cadence cardiaque. Une seconde, puis une troisième, brusques, ne répondant à aucune raison. Elle gémit, grogne, alors qu’elle recrache une quantité impressionnante d’eau. Elle tousse, plusieurs fois, longuement, respire de façon irrégulière avant d’ouvrir doucement les yeux. Plissant le regard, comme pour s’éviter une souffrance au contact du soleil. Transition lente entre l’obscurité et la réalité. Ses doigts s’enfoncent dans le sable, avant de venir frotter son propre visage, de retirer les mèches collantes de son visage. Où est-elle ? Que s’est-il passé ? Les carnivores, la chute, la promesse, l’excuse, tout lui revient fatalement à l’esprit. Violemment, douloureusement. Ouvrant définitivement les yeux, elle perd son regard dans la silhouette masculine qui la surplombe et qu’elle identifie. Elle relève sa main droite jusqu’à son visage, laisse ses doigts s’enfoncer dans la joue de Ludwig, comme pour s’assurer qu’il est réel, ses doigts effleurent ses lèvres, sa barbe et cette moustache si spécifique à cet homme, remonte le long de sa mâchoire avant de se prendre dans sa chevelure mi longue brune, plus entretenue pour un rond. Il est là. Vivant. Là.


- « Tu es vivant, Ludwig.» Souffle-t-elle de cette voix faiblarde, fatiguée « Je suis contente. »

Sincère, étrange. Regard dans regard, œil pour œil, l’instant offrit ce moment un peu particulier, qui ne voulait rien signifier de particulier. Le moment où la vie reprend le pas sur le reste, ou la survie est bien trop importante, ou le bonheur de vivre déborde pour être maintenu dans un coin de l’esprit. Se redressant difficile, Aurore à pourtant ce comportement qu’elle n’a jusque-là jamais eu vis-à-vis de personne. Elle approche son visage de celui de l’industriel, laisse ses doigts parcourir sa peau, son visage, sa chevelure qu’elle agrippe sans que ce ne soit douloureux, puis elle dépose ses lèvres contre les siennes, ferme les yeux, respire son odeur. L’échange ne dure que très peu de temps, pas suffisamment pour que les langues se découvrent, dansent ensemble, ni même au fond pour que l’homme réalise pleinement l’échange. Cela ne signifiait rien, pourquoi un baiser devrait-il forcément avoir une signification ? Elle ne lui promettait pas de l’aimer, ne le pensait même pas. C’était juste une façon logique d’exprimer l’instant, le soulagement, la crainte et ce méli-mélo, ce mélange d’événements douloureux et compliqués à exprimer. Reculant quelque peu, elle émit une légère pression sur son torse pour le faire reculer, pour cesser la proximité, sans pour autant d’être gênée par l’instant.

- « Tu n’es pas blessé ? » questionna-t-elle tout en avisant sa corpulence.

Les cheveux en bataille, les habits humides, pas de couleur rougeâtre à l’horizon, pas d’animaux à haut risque dans le coin. Elle se laissa retomber complètement sur le dos, lâchant un soupir avant de se mettre un rire. L’angoisse avait laissé place à l’euphorie, celle d’avoir survécu à tout ça encore. Un véritable rire, sincère, certainement contagieux s’échappait de ses lèvres, un rire à s’en donner mal au ventre, tant tout ceci n’avait pas le moindre sens, tant tout ça était irréaliste. Après ça serait quoi ? Une tornade, un cataclysme, l’apparition d’un architecte ? Elle avait ri, si fort, si sincèrement, tout en avisant cet homme dont un lien unique était en train de se créer. Se calmant petit à petit, elle lâcha un bref soupir, consciente qu’il n’allait pas pouvoir rester ici indéfiniment. Plus d’armes, plus rien, il repartait à zéro, complètement.

- « Ce n’est pas la peine de simuler de me réanimer pour pouvoir me toucher » plaisante-t-elle « la prochaine fois, demande-moi simplement. ou vérfie déjà que je respire... » Termine-t-elle dans un sourire.

Ne restait plus qu’à savoir où le duo se trouvait, vers où il fallait aller, comment. Mais pour l’heure, tout ceci n’était que secondaire, la rouquine se satisfaisant simplement d’être en vie, avec lui, souriante. S’autorisant de nouveau un contact en déposant la paume de sa main contre la joue de son interlocuteur, elle avait fini par la suite, par se remettre en position demi-assise. Avisant autour d’elle, lentement.

- « Qu’est-ce qu’on fait ? Avec le poids des vêtements, il va…falloir attendre un peu de sécher avant de se remettre en route… Un abri… Une progression… Après tout ça, je suis certaine qu’on va s’en sortir, on n’a pas réellement le choix. »

C’était tout, juste ça pour l’heure. Simplement, puis elle s’était relevé complètement, abandonnant le contact physique qu’elle avait imposé, ayant cette hésitation pour un second baisé, sans pour autant qu’il réserve une autre signification qu’un simple moment de satisfaction. Elle abandonna l’idée, la spontanéité ayant laissé place à la réflexion. Il fallait agir à présent, se remettre en route, vite. Retirant doucement son haut, sans que le moindre sentiment de pudeur l’anime, elle était venue le tordre autant que possible pour lui permettre de sécher, faisant de même avec son pantalon. Dévoilant un peu malgré elle, un corps meurtri par la violence de leur fuite. Des bleus marquaient partout sa peau claire, des écorchures étaient présentes, saignant par-ci par-là sans que ce ne soit véritablement alarmant. Et puis, il y avait cette blessure qu’il avait cautérisée quelque jour plus tôt, rouge, violet, difficile d’ignorer la douleur qu’elle devait représenter pour la my’tränne. Pourtant, comme souvent, elle n’en disait rien.

- « Tu devrais essorer tes vêtements aussi… Après on n’aura pas beaucoup de choix, autant suivre le courant, non ? »



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Aurore s'exprime en #ff9999
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Ludwig Strauss
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Dim 14 Jan - 0:32
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Daënar -2
Elle était encore en vie, quel soulagement. Le mafieux en aurait presque bondit de joie, chose qui le surprenait particulièrement lui qui n’était pourtant pas du genre à s’attacher à grand monde. La force de leur aventure a sans doute eu quelques effets insoupçonnés sur sa perception de la relation entre lui et la jeune mage. Intriguant, mais il n’y pensait pas trop en ce moment, satisfait de voir que l’archère respirait et parlait dans un état plus que correct bien qu’il se doutait que ses mains profanes n’étaient pas à l’origine de ce simulacre de résurrection maladroite.

Le contact de sa main sur sa joue ne le trouble guère, après tout son corps entier était engourdit par la douloureuse traversée à travers la rivière froide et tonitruante, ses sens étaient faibles mais son esprit restait acéré. Avec un sourire sincère, il souhaita exprimer son soulagement mais sa partenaire eut un doux réflexe plus rapide que l’homme d’affaires. Alors qu’elle se redresse et que l’homme, en bon gentleman, tente de la soutenir dans son geste, Aurore vient sceller brièvement ses lèvres avec celles du technologiste dans un bref mais tendre baiser qui le surprit, le laissant immobile un bref instant. Clignant des yeux, il fixa la jeune femme avec une certaine confusion tandis qu’un fin sourire se forma sur son visage. C’était une surprise, mais agréable. Secouant lentement la tête, il se massa les côtes quelque peu douloureuses.

« Quelques bleus et douleurs, rien de méchant. On a connu pire, hein ? »

Son sourire se fit plus large et sincère, emporté par la soudaine hilarité d’Aurore qui lui fit l’effet d’un baume à son humeur malmenée par les récents événements. Il y’avait de quoi rire, se moquer du destin ! Ils venaient de survivre à un couple de monstres affamés en sautant d’un énorme précipice et se faire emporter par un courant diabolique vers de nouvelles terres. Des aventures qu’il avait hâte de raconter à sa douce Katharina quand il rentrera. Car oui, maintenant il en avait le cœur net, il rentrera chez lui et Aurore aussi, car à eux deux ils semblaient rivaliser avec les plus grands dangers. Un duo de choc, tel l’épée et le bouclier.

Se massant lentement le dos endolori par toutes ses violentes péripéties, il ne put s’empêcher de rire légèrement à la dernière remarque d’Aurore. Petite farceuse.

« Tu m’aideras à améliorer mes talents de secouriste alors ? »

Secouant sa chevelure humide, il fixa le soleil d’un air distrait, frissonnant légèrement au contact d’Aurore. N’était-il pas amusant comment, il y’a quelques jours seulement, ils s’entendaient à peine sous prétexte de survivre le pire et qu’à présent ils s’entendaient comme deux vieux amis de longue date ? Aurore avait raison, ils n’allaient pas bouger bien loin vu leur état, mais c’était mieux de se déplacer pour trouver un abri de fortune que de rester ici à abuser de leur chance déjà bien extraordinaire. Si la fortune était une poudre dans un sablier, ils venaient de la consommer en entier en très peu de temps, autant ne pas compter sur elle à nouveau pour les protéger.

« Suivant le courant, on restera près d’une source d’eau potable et peut-être qu’on rencontrera quelques autochtones amicaux, vu la distance parcourue je pense que nous pouvons souffler, les sauvages sont bien loin. »

Ils n’étaient pas tirés d’affaire, Niislegin restait un continent peuplé de bêtes sauvages redoutables, en particulier de dragons majestueux mais terrifiants. Le duo ne devait pas traîner dans les terrains de chasse de ces reptiles ailés au risque de finir dans un torrent de flammes aptes à faire fondre la pierre ou emportés vers des nids en hauteur pour nourrir des bébés aux crocs acérés comme des piranhas, là au sommet de ces fabuleuses montagnes qui ressemblaient à une garnison de crocs de pierre défiant le ciel d’Irydaë de leur majestueuse stature.

Tapotant sa ceinture, il constata avec regret qu’il avait perdu ses armes, sa dague et sa fidèle hachette. Le courant les a sans doute emportées dans ses entrailles, loin vers quelques sources hors de portée du survivant. Ainsi ils reprenaient à zéro leur aventure, sans ressources ni outils, à la merci du monde mais avec une volonté endurcie et renforcée. Fixant sa partenaire qui se dévêtait pour libérer ses habits de leur poids liquide, il ne put s’empêcher de remarquer à quel point tous les dangers parcourus avaient impacté le corps de cette dernière, la couvrant de bleus, blessures, estafilades et autres traces qui auraient fait pâlir un vétéran de guerre.

Soupirant doucement, il se releva à son tour, retroussant les hanches avant de glisser ses mains dans ses poches.

« Au Tyorum, on avait souvent le droit à des torrents de pluie à des moments inattendus. On finit par s’habituer à être trempés de temps en temps. Je pense m’en sortir, Aurore. Suivant la rivière, on trouvera quelque chose d’intéressant peut-être. »

L’industriel attendit que la belle archère remette ses habits d’occasion avant d’entamer les premiers pas vers un nouvel horizon, à travers un décor nouveau, moins peuplé par les animaux et plus paisible, plus silencieux aussi. Des pierres majestueuses étaient étendues tels d’anciens monolithes, rappelant ces menhirs sacrés que taillaient quelques tribus my’trännes isolées au cœur des bois et des forêts de My’trä. Plus ils avançaient et plus le décor jusque-là fait de prairies verdoyantes laissait place à un terrain plus rocailleux et irrégulier. La présence de bouquetins bondissant habilement d’un rocher à l’autre était rassurante et frustrant. Rassurant car leur présence indiquait que les lieux étaient plutôt sûrs et pas le terrain privilégié de prédateurs, frustrant car sans son arc Aurore ne pouvait en abattre un pour qu’ils festoient à la hauteur de leur mésaventure. Le grondement sourd de son estomac renforça sa frustration qu’il tenta de cacher par un masque impassible.

Ludwig avisa une série de petites cavernes sur le flanc d’une des grandes montagnes, ensembles de trous naturels disposés à différentes hauteurs et dont les dimensions de quelques unes laissaient penser qu’elles pouvaient être assez spacieuses pour les abriter. Tapotant l’épaule d’Aurore, il lui indiqua ces petits sanctuaires sans avoir à souffler un mot, sachant d’avance qu’elle serait d’accord pour faire halte après la longue marche.

« Choisis une des cavernes. Si on tombe sur un ours, ce sera ta faute ! »

Taquin, il rit de bon cœur en tapotant amicalement l’épaule valide de la chasseuse avant de se diriger vers le refuge prometteur choisis par la rousse, avisant au passage la variété d’oiseaux qui avaient élu domicile sur les rebords escarpés de la chaîne montagneuse, leurs yeux globuleux fixant les deux étranges bipèdes avec curiosité.

« Hm, si on mettait la main sur quelques œufs … d’ailleurs, il nous faudra faire un feu. »

Un petit dragon, ça aurait été pratique pour allumer un doux feu ! Quel dommage qu’ils doivent encore amasser brindilles et pierres pour utiliser la bonne vieille méthode primitive. Le feu des cheminées lui manquait de plus en plus, mais au moins avait-il à ses côtés une toute autre flamme souriante et pétillante de vie.


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Aurore Seraphon
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Dim 14 Jan - 18:38
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Profession : Agriculture/Chasse
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- «  En effet » répondit-elle simplement sourire aux lèvres

Malgré la situation, malgré l’instant plus qu’étrange tant pour l’un et l’autre, le duo semblait enfin s’être fait à la présence de son binôme. La rouquine ne détachait pas son interlocuteur du regard, vérifiant de façon minutieuse qu’aucune blessure grave n’était présente. Il allait bien, vraiment, ils allaient bien. Aurore se contentait donc de cette situation, de cette survie un peu trop irréaliste, surhumaine. Après tout ça, difficile d’imaginer que le couple d’aventuriers n’avait pas de chance, puisque dans leur malchance, il y avait toujours un petit quelque chose auxquelles se rattraper, s’agripper.  Une fois debout, la rousse lança un regard plus appuyé à Ludwig, affichant une moue quelque peu amusée par cette proposition étrange.

- « Serait-ce une proposition indécente, Daënar ? » piqua-t-elle dans cette douceur nouvelle « Un pervers. C’est tout. Ce n’est pas très glorieux. Alooooors, leçon numéro un, toujours vérifier une respiration, toujours ! »

Elle était debout, dos à lui, retirant une à une ses affaires afin d’essorer le tout. Sa voix était toujours teintée de cette fatigue, faiblarde, peu encline à monter dans les aigus ou à être aussi dynamique qu’auparavant. Les muscles de la rouquine semblaient douloureux, se contractaient quelques secondes puis se détendaient par la suite. Ceci étant fait, elle ne trouvait guère d’autre idée lumineuse que de renfiler le tout avant de se tourner vers l’industriel qui semblait avoir déjà en tête le trajet qu’il fallait entreprendre. Le duo repartait dans cette étrange habitude, la recherche d’abris, la fabrication d’un feu, la recherche de nourriture. Dans le fond, la my’tränne semblait s’être habituée à tout ceci, tout comme à la présence de cet homme qu’elle ne semblait pourtant il y a plus d’une semaine en arrière, ne pas tolérer.

- « La météo est quelque chose de maîtrisé dans ma famille » souffla-t-elle un brin de nostalgique « Je n’ai pas souvent l’occasion d’être surprise par la pluie, ou une tempête, hormis quand je chasse, où quand j’accompagne un client pour une sortie. Et puis, chez nous, c’est plutôt sous forme de cycle. »

L’évocation de souvenir, d’habitude de vie. Chose à laquelle se raccrocher avec hargne pour se donner une raison de continuer. Chercherait-elle à présent à davantage maîtriser ses deux magies, chercherait-elle à éviter les conflits avec sa mère ? Tout ceci était difficile à dire, peut-être qu’après tout ça, Aurore serait prête à faire quelques concessions ou au contraire à partir définitivement de ces habitudes qui ne la satisfaisaient nullement. Tapotant les plis humides de sa tenue, la my’tränne avait finalement suivi instinctivement l’homme, profitant enfin du silence, des bouquetins sautillants de rocher en rocher. Le calme, enfin, sans risque aucun, du moins pour l’instant, ne fallait-il pas douter une seconde que le sort s’acharnerait encore. Détaillant la silhouette masculine qui progressait devant elle, Aurore s’était mise à réfléchir à tout ça, à l’objectif des architectes vis-à-vis de cette rencontre ? Était-ce une façon de lui faire comprendre que tous n’étaient pas néfastes, ou de lui offrir une possibilité de faire la paix ? Après les événements du bal ? Était-ce simplement le fruit du hasard, une coïncidence sans répercussion qui finirait par s’oublier, comme tout. Voulait-elle seulement oublier ? Se pinçant la lèvre, la rousse semblait se maudire, culpabilisant de ce lien, de cette affection qu’elle pouvait à présent lui porter. Ne devait-elle aucunement s’attacher davantage, sous aucun prétexte. Sans quoi, elle se retrouverait dans une position encore plus délicate.

- « Il y aura forcément un ours puisque tu es là. » Répondit-elle dans la même tonalité.  « Celle-ci, suffisamment haute et base pour nous laisser le temps d’anticiper tout danger. »

Escaladant doucement jusqu’à l’ouverture, la jeune femme grimaça quelque peu sous l’effort qu’elle imposait à son épaule. Devrait-elle obligatoirement montrer tout ça à un adepte de Möchlög. Une fois à l’intérieur, il était difficile de tenir debout, et les oiseaux autour semblaient aviser le duo d’une manière bien particulière. Roulant doucement des épaules, la rouquine s’était déjà relevée, consciente qu’il allait falloir recommencer à zéro.

- «  Bien, je laisse l’ours faire du feu, je vais monter sur les hauteurs voir si je trouve des œufs, des branches et de quoi manger. Tâche de trouver les bonnes pierres pour l’allumer ça t’entraînera, j’ai noté quelques lacunes dernièrement » un sourire offert, une main sur son épaule, amicale «  Je te promets que tu seras bientôt chez toi. »

Aurore ne savait pas réellement pourquoi elle avait senti le besoin de formuler cette évidence, ni même pourquoi l’idée d’être séparé semblait former ce petit poids dans sa poitrine.  Elle avait doucement secoué sa longue chevelure rouquine avant d’abandonner l’industriel de façon plutôt brusque. Ne souhaitait-elle simplement plus l’avoir dans son champ de vision pour les minutes à venir. Un dernier coup d’œil en sa direction et la rousse commençaient son ascension. Ses mouvements étaient plus ou moins sûrs, prévus avec soin, pour ne lui laisser aucune chance de chute. D’un premier regard, elle pouvait déjà visualiser les nids à plusieurs endroits. Fronçant les sourcils, Aurore avait fini par parvenir à son objectif le sommet. Malheureusement pour elle, hormis la vue imparable, il n’y avait pas de plaine, rien qui lui permettrait de s’alimenter. La rouquine ramassa donc quelques brindilles que le vent eût portées jusqu’ici, déchirant une partie de son vêtement pour enrouler le tout et le bloquer les branches dans un nœud particulièrement serré, la jeune femme était ensuite redescendue doucement, se décalant petit à petit pour rejoindre les nids qu’elle avait repérés un peu plus bas. Une fois arrivée, elle avisa la distance du nid et de leur lieu de repos.

- «  Ludwiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiig » cria-t-elle en espérant attirer son attention, tout en prenant un œuf en main. Une fois la silhouette masculine sur le bord elle poursuivit «  T’attrapes ? »

Hop, pas le temps pour l’industriel de répondre, Aurore venait déjà de jeter le premier œuf vers son destinataire, elle n’était pas très loin, pas très proche non plus, une distance raisonnable un peu plus haute que la cavité. Impossible pour elle de savoir s’il avait de bons réflexes ou non, quoi qu’il en soit, elle n’avait pas vraiment le choix de procéder ainsi :

- «  Attention !! Seconde tentative !! »

Hop, l’enchaînement se poursuivit ainsi 4 fois, la rouquine décidant de laisser deux œufs dans le nid. N’eut-elle pas le temps de souffler qu’un volatile foncé droit sur elle, pas plus qu’un gros rocher. L’oiseau semblait vouloir en découdre avec la voleuse de progéniture, il hurlait dans des petits cris stridents et laissait son bec s’abattre sur le crâne de la jeune femme. Se débattant légèrement, la rousse due finir par se résoudre par utiliser son don d’Amisgal pour projeter l’animal contre les rochers. Le choc fut si violent, que le piaf ne se releva pas. Une malchance pour lui, une chance pour le duo qui allaient manger autre chose que des œufs finalement. Attachant à sa ceinture les branchages, la jeune femme décida de jouer à un jeu particulièrement petit. Faisant silence, elle avait dans l’idée de faire peur à son partenaire qui à sa hauteur ne devait pas être en mesure de voir avec exactitude ce qui s’était passé. Elle s’appliqua à longer les roches le plus possibles, ventre contre pierre froide pour ne pas laisser entrevoir sa silhouette si l’homme tentait de se pencher. Elle ne répondait pas aux éventuels appels de l’industriel et descendait doucement du côté opposé ou elle se trouvait à la base. Une fois en bas et parfaitement en équilibre sur l’entrée de la grotte, elle afficha un sourire victorieux :

- «  Je suis là ! » dit-elle victorieuse sans même imaginer que l’homme aurait pu sincèrement s’inquiéter ou non «  Avec de quoi manger et de quoi faire le feu en plus ! Ne suis-je pas parfaite ? »



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Aurore s'exprime en #ff9999
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